Paul DE RÉ, Quand l’aube se dérobe, Murmure des Soirs, 2025, 152 p., 20 €, ISBN : 9782931235249
Immenses pelouses bondées au moindre centimètre carré occupé, glacières bleues sur nappes froissées et draps de bain sur gazon, piscine chahutée aux millions d’éclaboussures, chaleur cuisante (souvent les premiers coups de soleil), cris suraigus en continu. Le domaine récréatif provincial de Wégimont a la saveur d’un bonbon Napoléon pour de nombreux Liégeois : douceur du souvenir et acidité du qui-ne-reviendra-plus. La lecture du dernier roman de Paul De Ré, publié au Murmure des Soirs, décale les contours de ces images floues thésaurisées et leur donne une arrière-plan historique inattendu. Continuer la lecture






Après le roman (
Plus lumineux et clair que le violet dans la gamme duquel il se décline, le mauve, équilibrant l’ardeur rouge et la sérénité bleue, symbolise dans le monde ésotérique la transformation spirituelle, l’intuition et la sagesse, la créativité et l’imagination. Élégante vivace estivale, la mauve, son homonyme féminin, parsème les sols de bouquets joyeux quand, en breuvages infusés, elle ne tapisse pas de douceur les gorges irritées et d’apaisement les digestions compliquées. Mauve, c’est le prénom que porte l’héroïne de Victoire de Changy, comme s’il avait été pensé lettre par lettre en attente de son âme. C’est sa mère synesthète qui a braillé ce nom à sa naissance, et il lui va comme un gant, à elle, la fille de la flamboyante Anna et des tranquille papa et solide pépa, elle qui navigue entre ces chromatiques froides et chaudes teintant sa personnalité. Velouté extérieur du mauve, robustesse intérieure de la mauve.
Le récit s’ouvre sur la signature d’un premier contrat de travail pour Luce, 25 ans, engagée à Bruxelles pour un poste de traductrice de modes d’emploi. Elle aurait préféré traduire des romans à la quête du mot juste et dépérit rapidement dans une entreprise déshumanisée entourée de collègues froids et distants, empreints d’une certaine méchanceté compétitive.
Le récit s’ouvre sur le décès d’une personne qui replonge l’héroïne, Delphine, dans une vieille amitié ayant pris une grande place dans sa vie. Elle prend alors un carnet pour jeter sur le papier cette histoire qui a pris un tournant décisif une douzaine d’années plus tôt. À cette époque, Delphine était amie avec Anne, Noémie et Éléonore et leur quatuor était scellé par la mort, ou plutôt la perte ou l’absence d’amour ayant laissé des traces profondes indélébiles.
On le sait, un deuxième roman est une étape aussi cruciale qu’ardue pour les écrivain-e‑s. Mehtap Teke n’aura guère attendu pour franchir cet obstacle, puisque Au hasard heureux parait un an et demi à peine après
Ruby est photographe et le narrateur, de trente ans son aîné, l’a rencontrée à la faveur de séances de prises de vue dans un jardin, alors qu’il préparait un ouvrage sur les arbres. Fasciné par le caractère solaire de la jeune femme en couple avec Claire, il a renouvelé les collaborations avec elle et une complicité s’est instaurée entre eux, alimentée par une fascination commune pour un pays, la Birmanie. 

Dans certains États américains, des couples peuvent adopter des enfants et s’en séparer un peu plus tard. Ces derniers sont alors vendus à moindre prix à une autre famille et les associations qui se chargent de la transaction utilisent de véritables méthodes de marketing (catalogue, spots vidéo, défilés d’enfants, speed dating…), qui engendrent une compétition inévitable entre les candidats à l’adoption. Marie Colot s’est inspirée d’un documentaire sur ce phénomène appelé re-homing pour planter le décor de son histoire. Le ton est donné. Un ton âcre et interpellant.