Maylis DAUFRESNE (autrice) et Stéphanie AUGUSSEAU (illustratrice), Au fil de l’eau, Orso, coll. « Murmure », 2021, 36 p., 14,6 €, ISBN : 9791097284459
« Zéphyr est grand et Éole est petite ». En plus d’être grand, Zéphyr est d’un blanc immaculé, possède de longues oreilles souples et ne se départit jamais d’un doux sourire. Et Éole, elle, est plus en rondeur, son pelage marron est recouvert de taches rose clair et un sourire identique se dessine sur son minois. Peut-être ce trait en commun scelle-t-il leur tendre amitié, ainsi que l’été, les étoiles et l’érable « qui éclabousse la clairière de rouge en automne » qu’ils aiment tous les deux. Mais il y a aussi toutes ces différences qui les rendent complémentaires et inséparables : l’un est posé et protecteur, l’autre est émotive et curieuse. En bref, ils s’adorent et ce, « […] depuis toujours, c’est-à-dire au moins six ans ». Continuer la lecture
« C’était au temps de la guerre du Viet-Nam, des hippies, du flower power ». Ce temps « Où tous les téléphones, tenus en laisse étaient assignés à résidence » nous dit encore Rose-Marie François entre autres repères chronologiques. Mais aussi « Où les réseaux sociaux se tissaient in situ, de visu et de vive voix ».
Dans ce récit d’anticipation, Xavier Deutsch nous projette en décembre 2087 dans les Asturies. Émile Poil, un vieil homme de 86 ans, dont le métier consiste à conduire des personnes, communiquer des messages et allumer des feux, est chargé cette fois-ci d’emmener un jeune garçon de 12 ans, Antonin, auprès de Cisco, à 40 kilomètres dans les montagnes. Des raisons de ce voyage, nous ne savons rien et un brin de mystère planera tout au long du récit.
Molly, de son vrai nom Marie-Odile – en hommage à la Tante Odile décédée prématurément dans d’horribles souffrances –, est une jeune fille pleine de vie qui se rend partout à vélo. À Saint-Péravy-la-Colombe, son village natal, elle va faire une petite révolution. Alors que son père, fan inconditionnel du Grand Général de Gaulle, aimerait qu’elle travaille au Carrefour comme lui, Molly a d’autres ambitions.
Comme son titre l’indique, cet enthousiasmant roman de Pierre Coran est un livre d’aventures. Il y raconte celles du petit Simon, fraîchement admis dans la bande des grands de son village, surnommés les Pièces-à-Trou, dont il va désormais partager les jeux, défis et exploits. Il y a quelque chose de l’ambiance de La guerre des boutons dans ce récit d’un groupe de gamins s’organisant dans la bataille, si ce n’est qu’ici, le conflit est bien plus sérieux et leur est imposé. Leur enfance dans la campagne montoise va en effet bien vite être bouleversée par l’arrivée de troupes allemandes : nous sommes en pleine période d’Occupation et le quotidien des jeunes garçons et de leur famille va en être radicalement changé. Tous vont apprendre à vivre en côtoyant le danger, la peur et les drames, tout en résistant comme ils le peuvent.
Octobre 1984 : le corps d’Henri Michaux est mis en bière en présence d’une vingtaine de personnes, désignées avec soin de son vivant. Parmi elles Yves Peyré, bibliothécaire, poète, essayiste, proche de l’écrivain-artiste depuis 1978, année où il vient de lancer à Lyon une nouvelle et ambitieuse revue littéraire, L’Ire des Vents. Timidement consulté, Michaux lui a aussitôt accordé son intérêt et promis sans doute l’une ou l’autre contribution. Les deux hommes se rencontrent, sympathisent rapidement malgré la dissymétrie : Michaux a 79 ans, Peyré 26, le premier est un créateur célèbre et fort sollicité, l’autre un provincial encore peu connu. Mais de nombreux engouements littéraires, picturaux et philosophiques leur sont communs, sans compter une profonde complémentarité de caractères. « J’avais rencontré ce mythe inaccessible » écrit Peyré, évoquant « l’émulation qu’il voulait bien m’offrir ». Leur rapport était-il du type père-fils, ou plutôt de maitre à disciple ? L’auteur préfère les formules « grand frère » et « cadet », chacun trouvant dans leur complicité son intérêt propre : le premier, se perpétuer en transmettant un précieux héritage moral, le second, s’enrichir d’une expérience humaine et créatrice hors du commun, tous deux relançant la curiosité et la réflexion de l’autre. Ainsi ces six années sont-elles marquées par une intensité relationnelle rare, dont le livre de Peyré donne le récit à la fois émouvant et minutieux.
Le génocide rwandais restera un fait majeur de la fin du 20e siècle. L’ampleur du nombre de victimes en regard de la population, la rapidité méthodique des massacres et l’absence d’intervention de la communauté internationale ont donné à ce drame une dimension tragique qui ne cesse d’interpeller. De nombreux écrivains ont puisé leur inspiration dans ces faits, qu’ils les aient vécus ou non en tant que Rwandais. Si le sujet est loin d’avoir été épuisé, plus le temps passe, plus il impose d’apporter une contribution originale, d’autant que Monique Bernier a déjà abordé cette thématique dans La honte (Les Éperonniers, 1999),
L’amitié est un sentiment universel. Elle élève l’âme, cette immatérialité à la fois solitaire et solidaire. Ainsi, l’amitié est peut-être la moitié de l’âme. Elle est un alter ego, un autre que soi, égal et juste, une possible libération de l’esprit et du corps. Elle est intangible et pure, comme l’amour. Elle est irrationnelle et non reproductible. Elle est donc immorale, car on ne peut aimer tout le monde de la même manière. Or la morale doit s’appliquer à tout être humain, dixit Kant. Rutebeuf s’en fout.
Mathilde, une journaliste pour un magazine belge, rejoint au Maroc son amie Alicia Zitouni, qu’elle a rencontrée un an plus tôt lors d’un reportage. Ces deux-là ont accroché tout de suite malgré leurs différences : Mathilde est une petite bourgeoise cartésienne coincée par la loi du marché professionnel, tandis qu’Alicia est une cheffe cuisinière lumineuse au passé chaotique, mais qui voit le beau partout. Le prétexte de ces retrouvailles est la notoriété grandissante d’Alicia, qui accepte un article sur elle, uniquement s’il est rédigé par son amie Mathilde, car la machine médiatique la broie un peu trop à son goût. Besoin de bienveillance oblige…
Disparaître sans laisser de traces est sans doute un art aussi subtil que celui du crime parfait. Les deux réclament une méticulosité à toute épreuve et surtout une discrétion absolue.
François Emmanuel n’est plus à présenter. Depuis près de trente ans, son œuvre se déploie et elle forme aujourd’hui un ensemble impressionnant. Déclinée en pièces de théâtre, romans, essais et nouvelles, elle a imposé avant tout une plume au service de la subtilité et qui se met au chevet des âmes de ses personnages. Dans son nouveau roman Ana et les ombres, l’auteur, psychiatre de formation et de métier qui ne se perd jamais en diagnostics et qui semble avoir renoncé à jamais nommer quelque forme de pathologie ni surtout à y enfermer ses personnages, explore les coulisses du mal-être pour nous livrer la part d’irréductible humanité qui se trouve au cœur des blessures qui empêchent de vivre pleinement.
Ce pourrait être un roman qui commence avec brio par la relation de la rencontre entre Nathaniel Hawthorne et Herman Melville, au Monument Mountain, le 5 août 1850.
Place des Ombres, après la brume. Un diptyque romanesque qui joue du mystère, penche vers le fantastique, cultive les coïncidences troublantes, les signes énigmatiques, vagabonde d’une époque à l’autre.
Comme chaque mercredi, Gil attend Jo aux Trois Compères, un café sans grand charme. Cette fois, sa comparse de banquette ne se contentera pas d’un léger retard : elle ne viendra pas à leur rendez-vous. Qu’est-ce qui a provoqué rupture dans leur rituel parfaitement établi ? Comment s’accommoder d’une telle absence ? Dans sa vie plutôt solitaire qu’elle voudrait réglée comme du papier à musique, Gil compense chaque faille, chaque estafilade en façonnant des archétypes imaginaires avec qui mieux dialoguer : il y avait Arnaud-chéri, le fiancé plus parfait que celui qui se contente de visites horizontales à l’improviste. Il y aura donc Joséphine, aussi belle que la vraie, mais bien plus proche d’elle, comme dans ses souvenirs de la rue des Goélands. Une grande sœur avec qui s’accorder une relation non régie par contrat, avec qui tous les sujets pourront être abordés.
La subtile nuance, si déplaçable, entre Love and Friendship, se rappelle à nous grâce au film récent ainsi titré, qui est l’adaptation cinématographique du premier roman de Jane Austen, Lady Susan. Pourquoi recourir à l’anglais pour évoquer le dernier roman de Claire Huynen, À ma place ? Parce que le rapprochement s’est imposé par la formule compacte et si aisément assimilable qu’on n’a pas cru nécessaire d’en donner une version française, et aussi, parce que le précédent d’une romancière anglaise si experte dans l’analyse des sentiments humains susceptible d’encore inspirer des relectures et transpositions n’est pas inadéquat. En effet, tout, dans le bref roman de Claire Huynen, invite, à l’instar d’Austen, à nuancer, ou plus exactement à hésiter, peu mais souvent comme en est le mouvement, à aller dans un sens et à en revenir pour en suivre un autre. Cela en toute légèreté. Certes, dès les premières pages du roman, une information matérielle est donnée, dont l’importance apparaît définitive.
Le propos de Bonne fête, mouton ! ne pourrait être plus “à propos”, justement, en ces drôles de temps dans lesquels peur et amalgames côtoient de près, dans la cour de récré, la légèreté d’enfants qui s’amusent les uns avec les autres et n’ont rien demandé.