Paul JORION, L’avènement de la Singularité. L’humain ébranlé par l’intelligence artificielle, Textuel, coll. « Petite anthologie critique », 2024, 125 p., 14,90 € / ePub : 10,99 €, ISBN : 9782386290008
Anthropologue, économiste, chercheur et développeur en intelligence artificielle, auteur de nombreux ouvrages (La crise du capitalisme américain, La guerre civile numérique, Se débarrasser du capitalisme est une question de survie, Comment sauver le genre humain ? avec Vincent Burnand-Galpin, À quoi bon penser à l’heure du grand collapse ?, Le capitalisme à l’agonie, Quelques considérations relatives au phénomène « provo »), Paul Jorion interroge en tant que penseur et artisan de la révolution technologique les enjeux, les conséquences, les dangers, les promesses de l’IA. La thèse qu’il développe nous dit que le point de bascule a eu lieu le 14 mars 2023, non pas le jour du dépassement de la Terre, mais la date à laquelle le modèle de langage multimodal, le Chat-GPT4, a signé l’avènement de la Singularité. Continuer la lecture

Louable, très louable intention de la part des Éditions de la Province de Liège et du Musée de la Vie wallonne que de proposer deux petits précis de wallon liégeois, afin de clarifier les nombreux questionnements qui subsistent à propos de cet idiôme, jugé en danger par l’UNESCO même. Si le premier volume est tout entier consacré à l’aspect phonétique de la maîtrise, avec applications et exercices à l’appui, le second propose de reparcourir l’histoire et la culture de la langue wallonne, depuis ses origines les plus profondes jusqu’à ses illustrations littéraires du 20e siècle.
Sur la couverture, un aphorisme peint, lettres noires sur fond rouge, de et par François Jacqmin : « Pourvu qu’il n’arrive Rien ». Ce grand Rien, que pouvait-il représenter pour le poète des Saisons et du Domino gris ? On songe à « la Catastrophe », qui hantait les pages du seul roman de Christian Dotremont, La pierre et l’oreiller. Mais chez Jacqmin, qui n’a cessé de creuser par l’écriture ce puits sans fond qu’est la notion même d’exister, ce grand Rien reste un mystère. Les écrits publiés, inédits ou ébauchés de Jacqmin, déposés et inventoriés aux Archives et Musée de la Littérature (AML), font désormais l’objet d’une volonté de publication intégrale. C’est ainsi qu’
Une pluie de publications récentes fait la part belle aux écrits de Colette Nys-Mazure. Parmi celles-ci, Sans crier gare évoque son attachement pour l’univers ferroviaire. La Tournaisienne y dépeint un microcosme en miroir de la société.
Destiné à ceux et celles qui écrivent ou que l’écriture de fiction tenterait, cet essai est nourri de la demande faite un jour à Thomas Lavachery d’animer un séminaire autour des « Pratique de l’écriture pour la jeunesse » dans le cadre d’un master consacré aux métiers du livre jeunesse créé par l’Université Charles de Gaulle, Lille 3.
Docteur en philosophie, maître de conférences à l’Université catholique de Lille, Tyler Reigeluth questionne les projets de « villes intelligentes », de « smart cities » qu’on nous impose de manière écrasante à travers le monde depuis les années 2000. Publié aux Éditions Météores dont on soulignera la force de la ligne éditoriale, L’intelligence des villes. Critique d’une transparence sans fin sonde les enjeux explicites et cachés, les fantasmes, la vision de l’urbanisation et du vivre ensemble que mobilise le « solutionnisme technologique » (Evgeny Morozov), la gestion technologique de l’espace urbain. Que recouvre le mot d’ordre actuel d’une intelligence artificielle censée « sauver » les villes des impasses écologiques, sociales qu’elles génèrent ?
Peu connu du grand public, le Français Yves Peyré est l’auteur fécond et polygraphe de plusieurs recueils de poèmes, de neuf récits, de vingt-cinq essais consacrés principalement à la peinture, de nombreux livres coproduits avec des artistes, sans compter la direction de quatre revues et d’ouvrages collectifs. Grand connaisseur de l’œuvre d’H. Michaux, il participe en 1995 au colloque Les ailleurs d’Henri Michaux, organisé par Éric Brogniet à la Maison de la Poésie de Namur. Ainsi débute une longue complicité assise sur une quête commune, dont l’objet n’est rien de moins que l’essence profonde du poétique contemporain et sa réinvention multiforme. É. Brogniet publie dans sa revue Sources un premier article, puis le développe en quarante-trois pages sous le titre Yves Peyré, l’espace de l’instant, intégrées dans l’épais volume
Ressaisir la cohérence, la puissance d’une œuvre, l’arracher aux malentendus durables qui n’ont cessé de la recouvrir, dissiper les lectures paresseuses dont elle est prisonnière : c’est à l’aune de ces trois ambitions que se tient l’essai que Jérôme Michel consacre à Simon Leys. Sinologue, historien de la peinture et de la calligraphie chinoises, traducteur de Confucius, Shitao, Lu Xun, Shen Fu, Pierre Ryckmans bouleverse le paysage intellectuel lorsque, en 1971, il publie sous le pseudonyme de Simon Leys, Les habits neufs du président Mao. Chronique dénonçant la tragédie de la Révolution culturelle, s’inscrivant à contre-courant du maoïsme en France, cet essai (publié par Champ Libre, l’éditeur de Guy Debord) retentit comme une bombe. Comme l’analyse finement Jérôme Michel, c’est son amour pour la Chine ancienne et actuelle, sa fascination pour une civilisation « autre » vue comme une figure de l’Esprit permettant à l’occidental qu’il est de se décentrer, qui le pousse à révéler ce qu’il perçoit comme l’imposture du Grand Timonier, le plongeon du rêve communiste dans le cauchemar du totalitarisme. Révéler les sombres dessous de la « Grande Révolution culturelle prolétarienne », pourfendre un régime de terreur lui vaut d’être ostracisé, traité comme un paria.
L’art réside peut-être moins dans sa fin, l’œuvre produite, accrochée aux cimaises, dite achevée, que dans la dynamique qu’il instaure. Stéphane Lambert aime s’immerger dans la trajectoire des artistes pour saisir ce qui met en tension leur vie, la détourne du quotidien ordinaire, la transfigure et la déchire jusqu’à, parfois, l’anéantir. De Rothko à Goya, de Spilliaert à Van Gogh en passant par Klee et Monet, ses essais et ses romans témoignent d’un dialogue constant entre l’écriture et la peinture pour dire le mystère de la création, son aspiration à une spiritualité, son élan, obscur et lumineux, vers une profondeur mythologique. L’écrivain parvient ainsi à saisir l’artiste dans ce bord de l’abîme dont il surgit, qui le nourrit, l’absente au monde et le menace du désastre – mais ce désastre n’est-il pas la possibilité nécessaire à son contrepoint, l’œuvre ?
Le nom de Colette Braeckman est intimement lié au quotidien Le Soir, pour lequel elle travaille depuis des décennies, et au Congo, ce pays dont elle a acquis une connaissance incontestable depuis de nombreuses années. Elle vient de publier un ouvrage imposant dans lequel elle nous livre pas à pas son itinéraire de journaliste, avec un souci de faire mémoire nourri d’une sincérité peu commune.
L’ouvrage Déclinaisons du quotidien, de l’autrice, danseuse et enseignante-chercheuse Agathe Dumont, décline toutes les étapes de recherches qui ont présidé à l’écriture de ce livre, consacré à la danse.
Il y a cinquante ans paraissait le premier numéro des Cahiers du Grif (Groupe de Recherches et d’Informations Féministes), un an après la première Journée des femmes à Bruxelles et en pleine effervescence. Les 1500 exemplaires sont vendus en vingt-quatre heures. Le féminisme est alors multiple. Sa vivacité est grandissante et son développement constant. Les rassemblements sont nombreux. Les réflexions touchent de plus en plus de domaines.
Le goût du paradoxe et de la provocation chers à Laurent De Sutter a‑t-il atteint dans ce livre le comble de l’insolence avec l’apologie de la faiblesse ? En rien : l’effort passionnant de ce penseur turbulent, sa généalogie subversive des idées qui dictent notre mentalité de savoir pour le pouvoir, porte en effet au-delà de toute clôture dominatrice de nos façons de penser et d’agir. Car il s’agit bien d’un effort (Super) d’attention flottante (-faible) et non moins vigilante pour penser loin des forces de maîtrise et d’assujettissement où notre modernité s’est enlisée en voulant nous « gouverner ».
Poète, essayiste, académicien, Roger Bodart est l’auteur de nombreuses monographies sur l’art. Préfacé par Florence Richter, L’art, c’est la chair. 8 peintres et sculpteurs belges regroupe en un volume les monographies que Roger Bodart a consacrées à Antoine Wiertz, Albert Crommelynck, Edmond Dubrunfaut, Idel Ianchelevici, Suzanne van Damme, Jacques Maes, Georges Grard et Léon Devos. Davantage qu’une collection de textes rédigés dans le cadre d’une initiative du Ministère de l’Instruction Publique (ancêtre des Ministères de la Culture et de l’Enseignement), publiés entre 1948 et 1963, le recueil affirme une pensée de l’art, est sous-tendu par un questionnement de l’évolution esthétique à travers le temps, par une analyse du phénomène des avant-gardes, de la volonté de table rase, de la coexistence d’une multiplicité de langages plastiques.
André Doms expose ici, de manière décomplexée, une dimension fondamentale de son parcours de vie en tant que poète, lecteur et traducteur : il invite à une exploration de son monde intérieur, de ses valeurs et de sa conception du poème après avoir livré dans