Un coup de cœur du Carnet
Caroline LAMARCHE, La fin des abeilles, Gallimard, 2022, 198 p., 18 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782072961021
Mise à jour 18/11/2024 : le livre a été réédité au format de poche en 2024 : Caroline LAMARCHE, La fin des abeilles, Gallimard, coll. “Folio”, 2024, 206 p., 7,80 €, ISBN : 9782073045133

Le nouveau récit de Caroline Lamarche se referme avec des ruisseaux sur les joues, au milieu des premières abeilles du printemps – osmia bicornis, de petites abeilles rousses et solitaires, disparues des zones d’agriculture intensive mais toujours présentes en zones urbaines. Attirées sans doute par les filets de lumière qui serpentent entre les phrases, par les mots solaires pour dire la nuit, elles contreviennent à leur solitude pour se réunir sous la voûte de papier. Là où Dans la maison un grand cerf (Gallimard, 2017) touchait à la première grande disparition, celle du père, La fin des abeilles se penche sur la figure de la mère, sa très longue vie et sa fin considérablement étirée. Continuer la lecture
Le récit d’Isabelle Steenebruggen se présente comme une fiction inspirée de faits réels. Il retrace la biographie d’un narrateur s’adressant à une femme dont nous ne connaissons rien. Nous comprenons assez vite que nous allons lire un récit d’un homme mûr qui, tel Didier Eribon, nous relate sa vie avec une authenticité mâtinée d’un point de vue réflexif.
Le prématuré qui voulait naître sous le signe du scorpion et tutoyer les étoiles, le nouvel opus de Brigitte Guilbau, est un recueil de cinq nouvelles donnant la parole à des jeunes, depuis leur vie in utero jusqu’à leurs premiers pas de jeunes adultes. Nous avons ainsi l’occasion d’explorer la vie d’un fœtus non désiré dans le ventre de sa mère. En pleine crise existentielle, il analyse avec un humour grinçant les décisions prises par ses parents adeptes de l’improvisation.
À chaque roman, Thomas Gunzig décrit, de manière précise et documentée, certaines pratiques sociétales bien contemporaines, par exemple les techniques de vente (dans
La rentrée littéraire de septembre 2021 contenait son lot de surprises, parmi lesquelles le premier roman d’Aurélie Giustizia. Un livre garanti par son éditeur « zéro retour, zéro stock, zéro pilon, zéro indisponibilité » grâce au choix de l’impression à la demande. Une faible empreinte carbone, pour un texte qui ne manque pourtant ni de noirceur ni de flamme.
On a tous été confrontés aux vieilles photos de famille. Photographies polaroïd, sépia, argentiques qui ont cet avantage sur le numérique d’être imprimées donc aussi le pouvoir de remonter à la surface un jour ou l’autre, sans crier gare. Photos détentrices le plus souvent de secrets « flottant dans l’atmosphère » qu’ils soient d’alcôve, d’état ou de polichinelle. Gardiens de mémoires enfouies, ces clichés, retrouvés au fond de quelque tiroir, prennent la place de mots soufflés, écrits et perdus. Paroles qui s’envolent, images qui restent même si elles s’effacent parfois. Dans ce texte publié à La pierre d’alun sous forme de petit carnet à spirales (à feuilleter en écoutant William Sheller), les images de Simon répondent aux mots de Jean-Luc. Ou peut-être est-ce l’inverse ? Peu importe puisque le dialogue ici entre le père et le fils naît en quelque sorte de ces bains révélateurs qui font revivre les silhouettes familiales délitées.
La famille a la cote en littérature ces derniers temps. Elle y apparaît souvent toxique, source de violences et de dysfonctionnements. Voici un récit qu’on imagine autobiographique, tout en douceur et en empathie, sur la présence offerte par un fils à sa mère devenue veuve. Un roman qui se déroule comme une petite musique de chambre.
Ceux ou celles qui héritent, pour le meilleur ou pour le pire, des vêtements d’une personne décédée récoltent, si on en a gardé la mémoire, les traces d’une vie, les souvenirs d’une époque. C’est sur cet argument, inédit à notre connaissance, que Sébastien Ministru a fondé son deuxième roman au titre on ne peut plus sobre : La garde-robe.
Cet automne, ONLiT inscrit un auteur de renom à son déjà riche catalogue. C’est en effet à l’enseigne de la maison d’édition bruxelloise que Stefan Liberski publie son nouveau roman, Une grande actrice.
Sally est une jeune fille de 15 ans qui vit à Bruxelles. N’ayant jamais connu son père, elle n’a pas la vie simple avec sa mère dépressive et alcoolique, qui a l’insulte et les coups faciles dans ses moments de détresse. Sally est bien seule dans son quotidien, mais elle a l’intelligence d’être ouverte aux rencontres qui vont lui servir de refuge. C’est ainsi qu’elle fait la connaissance de deux autres solitudes : Eva, une voisine d’une septantaine d’années, et William, un étudiant exilé de son Cameroun natal. Avec ses deux nouveaux amis, elle peut avoir quelques conversations à propos de leur passion commune pour les livres.
Un ouragan dans la barbe est le premier album de l’autrice Noelia Diaz Igelisas. Dans cette bande dessinée qui emprunte des thématiques et certains traits à l’album jeunesse, la narration se révèle efficace, les procédés graphiques joyeux et expressifs et les personnages (dont le grand-père barbu, et Hugo que nous apercevons tous deux sur la couverture) attachants et singuliers.
Voilà vingt-sept ans que Sylvie est partie vivre en Australie avec son mari. Vingt-sept ans sans donner de nouvelles à sa famille ni en prendre. Vingt-sept années d’absence, de silence, de solitude, à attendre que ses enfants soient indépendants, pour se dégager de l’emprise de cet homme bien loin de celui qu’elle pensait épouser. Vingt-sept ans après avoir laissé sa famille derrière elle pour lui, elle les laisse, lui et leurs enfants, pour la retrouver. Enfin, « famille » est un bien grand mot : aucun lien avec sa mère, depuis toujours ; pas d’affinités avec son frère aîné ; seule sa grand-mère compte, elle qui l’a élevée après la mort de son père dont elle n’a pour souvenir qu’une image figée sur une photographie.
Oui, qui vraiment étions-nous ? se demande Caroline Lamarche dans son dernier récit, L’Asturienne, qui parait aujourd’hui aux Impressions Nouvelles et dans lequel elle (re)découvre l’histoire des siens.
Cendres est un court récit qui nous plonge dans les préparatifs d’un voyage de deux sœurs, Violette et Lila, sur l’île d’Ischia au large de Naples, afin de disperser les cendres de leur oncle Robert. Hélène, la fille de ce dernier, accompagnera le duo afin de respecter les volontés mystérieuses du défunt. La raison du choix du lieu est en effet assez énigmatique…
En littérature, dans les arts, la matière, à savoir ce sur quoi la création repose, ce dont elle s’empare, ne vit qu’à être sondée par la manière. La puissance des œuvres tient dans ce jeu d’invention entre matière et manière. Auteure d’une œuvre marquante —
En cette fin d’été paraît aux Éditions Le castor astral, le dernier roman de Nicolas Crousse, Retour en pays natal. Ce livre « hors-normes », à la fois récit littéraire et exploration initiatique, mène le lecteur depuis l’enfance de l’auteur dans les années soixante jusqu’à nos jours. Et au-delà…. . L’auteur nous prévient : « ceci n’est pas un roman, pas un livre de nouvelles, pas non plus un recueil de poésies, pas davantage une autobiographie. » À ce jeu-là, de dire « ce qui n’est pas », Nicolas Crousse nous dévoile en réalité tout ce qui fait ce livre et qui nous a enchanté. Ne poursuit-il pas ici l’écriture de cet autoportrait poétique paru sur le site de son éditeur (Jacques Flament) et qu’il intitulait : Je rends grâce à la vie… ? Le récit se partage en trois scansions : « Réveille-toi mon enfance », « Souviens-toi ma vie », « Dors mon âme ». Le titre est issu d’un haïku du poète Kobayashi Issa qui paraît en épigraphe : Dans chaque perle de rosée/tremble/mon pays natal.