Archives par étiquette : Famille

Je te cherche dès l’aube

Un coup de cœur du Car­net

Car­o­line LAMARCHE, La fin des abeilles, Gal­li­mard, 2022, 198 p., 18 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782072961021
Mise à jour 18/11/2024 : le livre a été réédité au for­mat de poche en 2024 : Car­o­line LAMARCHE, La fin des abeilles, Gal­li­mard, coll. “Folio”, 2024, 206 p., 7,80 €, ISBN : 9782073045133

lamarche la fin des abeilleslamarche la fin des abeilles folioLe nou­veau réc­it de Car­o­line Lamarche se referme avec des ruis­seaux sur les joues, au milieu des pre­mières abeilles du print­emps – osmia bicor­nis, de petites abeilles rouss­es et soli­taires, dis­parues des zones d’agriculture inten­sive mais tou­jours présentes en zones urbaines. Attirées sans doute par  les filets de lumière qui ser­pen­tent entre les phras­es, par les mots solaires pour dire la nuit, elles con­tre­vi­en­nent à leur soli­tude pour se réu­nir sous la voûte de papi­er. Là où Dans la mai­son un grand cerf (Gal­li­mard, 2017) touchait à la pre­mière grande dis­pari­tion, celle du père, La fin des abeilles se penche sur la fig­ure de la mère, sa très longue vie et sa fin con­sid­érable­ment étirée. Con­tin­uer la lec­ture

Retour à Colombo

Isabelle STEENEBRUGGEN, Être son fils. Par­cours d’un enfant seul, Pour penser, 2021, 200 p., 16,50 €, ISBN : 9782371761254

steenebruggen etre son filsLe réc­it d’Isabelle Steene­bruggen se présente comme une fic­tion inspirée de faits réels. Il retrace la biogra­phie d’un nar­ra­teur s’adressant à une femme dont nous ne con­nais­sons rien. Nous com­prenons assez vite que nous allons lire un réc­it d’un homme mûr qui, tel Didi­er Eri­bon, nous relate sa vie avec une authen­tic­ité mât­inée d’un point de vue réflexif.

Nous suiv­ons ain­si le jeune Hidli, qui a gran­di dans les ter­res cul­tivables au Sri Lan­ka avec une mère tra­vailleuse, deux frères aînés et en fil­igrane, un père absent. Moins mar­qué par ses orig­ines mod­estes que par le car­ac­tère bien trem­pé de sa mère, le héros se gorge de toutes les facettes de cette fig­ure mater­nelle bien­veil­lante avec qui il vit à son insu des moments fon­da­teurs. Mal­heureuse­ment, sa maman lui est arrachée beau­coup trop tôt par la mal­adie. Con­tin­uer la lec­ture

Sommes-nous vraiment libres ?

Brigitte GUILBAU, Le pré­maturé qui voulait naître sous le signe du scor­pi­on et tutoy­er les étoiles, Lilys, 2021, 152 p., 7,20 €, ISBN : 9782390560142

guilbau Le prématuré qui voulait naître sous le signe du scorpion et tutoyer les étoilesLe pré­maturé qui voulait naître sous le signe du scor­pi­on et tutoy­er les étoiles, le nou­v­el opus de Brigitte Guil­bau, est un recueil de cinq nou­velles don­nant la parole à des jeunes, depuis leur vie in utero jusqu’à leurs pre­miers pas de jeunes adultes. Nous avons ain­si l’occasion d’explorer la vie d’un fœtus non désiré dans le ven­tre de sa mère. En pleine crise exis­ten­tielle, il analyse avec un humour grinçant les déci­sions pris­es par ses par­ents adeptes de l’improvisation.

Et c’est ain­si que, dans la toute nou­velle Dauphine grise où Papa avait atten­du en boudant que Maman sorte de chez le faiseur d’anges, ce casseur de lib­erté qui leur avait inter­dit de me déviss­er non sans leur rap­pel­er que j’étais déjà un fœtus, je devins la petite princesse atten­due, mais non désirée d’un cou­ple qui avait oublié l’espace d’une soirée qu’on ne donne pas la vie à un enfant, mais que, par­fois, il vous la vole. Con­tin­uer la lec­ture

Le pire n’arrive pas toujours

Un coup de cœur du Car­net

Thomas GUNZIG, Le sang des bêtes, Au dia­ble vau­vert, 2022, 208 p., 16 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 979–10-307‑0452‑5 

gunzig le sang des betesÀ chaque roman, Thomas Gun­zig décrit, de manière pré­cise et doc­u­men­tée, cer­taines pra­tiques socié­tales bien con­tem­po­raines, par exem­ple les tech­niques de vente (dans Manuel de survie à l’usage des inca­pables) ou dans le cas de son dernier roman, Le sang des bêtes, la pra­tique et le marché du body-build­ing. En même temps, il imag­ine des choses invraisem­blables dont on se dit cepen­dant que, vu les proces­sus qu’il évoque, elles risquent de ne pas tarder à devenir réelles. Dans Le sang des bêtes, il s’agit de la géné­tique et de ce que des appren­tis sor­ciers peu­vent en faire. Con­tin­uer la lec­ture

À toutes les Léonie

Aurélie GIUSTIZIA, Vent debout, Cent mille mil­liards, 2021, 162 p., 15 €, ISBN : 978–2‑85071–173‑2

giustizia vent deboutLa ren­trée lit­téraire de sep­tem­bre 2021 con­te­nait son lot de sur­pris­es, par­mi lesquelles le pre­mier roman d’Aurélie Gius­tizia. Un livre garan­ti par son édi­teur « zéro retour, zéro stock, zéro pilon, zéro indisponi­bil­ité » grâce au choix de l’impression à la demande. Une faible empreinte car­bone, pour un texte qui ne manque pour­tant ni de noirceur ni de flamme.

Vent debout est un livre en tout point dressé : con­tre la vie, con­tre la mort, con­tre la nor­mal­ité, con­tre les injus­tices, et surtout con­tre l’aveuglement. Quelques élé­ments sig­ni­fi­cat­ifs, sur lesquels s’ouvre le roman, don­nent corps à un per­son­nage mar­qué par une clair­voy­ance qui paraît tant métaphorique que phys­i­ologique. Con­tin­uer la lec­ture

Le grain sépia des secrets de famille…

Jean-Luc & Simon OUTERS, Por­traits de famille, La pierre d’alun, coll. « La petite pierre », 2021, 58 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87429–119‑7

outers portraits de familleOn a tous été con­fron­tés aux vieilles pho­tos de famille. Pho­togra­phies polaroïd, sépia, argen­tiques qui ont cet avan­tage sur le numérique d’être imprimées donc aus­si le pou­voir de remon­ter à la sur­face un jour ou l’autre, sans crier gare. Pho­tos déten­tri­ces le plus sou­vent de secrets « flot­tant dans l’atmosphère » qu’ils soient d’alcôve, d’état ou de polichinelle. Gar­di­ens de mémoires enfouies, ces clichés, retrou­vés au fond de quelque tiroir, pren­nent la place de mots souf­flés, écrits et per­dus. Paroles qui s’envolent, images qui restent même si elles s’effacent par­fois. Dans ce texte pub­lié à La pierre d’alun sous forme de petit car­net à spi­rales (à feuil­leter en écoutant William Sheller), les images de Simon répon­dent aux mots de Jean-Luc. Ou peut-être est-ce l’inverse ? Peu importe puisque le dia­logue ici entre le père et le fils naît en quelque sorte de ces bains révéla­teurs qui font revivre les sil­hou­ettes famil­iales dél­itées. Con­tin­uer la lec­ture

L’implacable loi des générations

Jean-Marc DEFAYS, Deux fau­teuils au bal­con, Mur­mure des soirs, 2021, 127 p., 19 €, ISBN : 978–2‑930657–74‑5

defays deux fauteuils au balconLa famille a la cote en lit­téra­ture ces derniers temps. Elle y appa­raît sou­vent tox­ique, source de vio­lences et de dys­fonc­tion­nements. Voici un réc­it qu’on imag­ine auto­bi­ographique, tout en douceur et en empathie, sur la présence offerte par un fils à sa mère dev­enue veuve. Un roman qui se déroule comme une petite musique de cham­bre.

Octogé­naire, veuve, la mère du nar­ra­teur a quit­té la mai­son famil­iale pour s’installer dans un apparte­ment situé au sep­tième étage d’un immeu­ble en ville. En bor­dure d’un fleuve, elle y a une vue qui est comme une con­so­la­tion. À l’image du titre et des pho­togra­phies en cou­ver­ture qui sont en elles-mêmes tout un réc­it, le bal­con où mère et fils s’installent régulière­ment est devenu un phare sur l’existence, la leur et celle de ceux et celles qu’ils voient déam­buler à leurs pieds. Con­tin­uer la lec­ture

La garde-robe : portrait en coupes et coutures

Sébastien MINISTRU, La garde-robe, roman, édi­tions Grasset/Collection Le courage, 2021, 183 p., 18,10 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑246 82635–4

ministru la garde robeCeux ou celles qui héri­tent, pour le meilleur ou pour le pire, des vête­ments d’une per­son­ne décédée récoltent, si on en a gardé la mémoire, les traces d’une vie, les sou­venirs d’une époque. C’est sur cet argu­ment, inédit à notre con­nais­sance, que Sébastien Min­istru a fondé son deux­ième roman au titre on ne peut plus sobre : La garde-robe.

En 2018, Sébastien Min­istru pub­lie un pre­mier roman remar­qué, Appren­dre à lire, déjà dans la col­lec­tion « Le courage » dirigée par Charles Dantzig chez Gras­set. Il y évoque la rela­tion émou­vante entre un fils et un père anal­phabète qui lui demande de l’initier à la lec­ture et à l’écriture. Son deux­ième roman démarre égale­ment sur les liens exis­tants entre un père et son enfant, une fille cette fois. Vera. Rien d’émouvant cepen­dant car le père est ici tyran­nique, ce qui déter­min­era sa volon­té farouche d’échapper à toute emprise. Con­tin­uer la lec­ture

Le rôle de sa vie

Ste­fan LIBERSKI, Une grande actrice, ONLiT, 2021, 212 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87560–141‑4

liberski une grande actriceCet automne, ONLiT inscrit un auteur de renom à son déjà riche cat­a­logue. C’est en effet à l’enseigne de la mai­son d’édition brux­el­loise que Ste­fan Liber­s­ki pub­lie son nou­veau roman, Une grande actrice.

Ladite actrice s’appelle Jacque­line Boulanger et est non pas comé­di­enne de pro­fes­sion, mais employée admin­is­tra­tive dans une uni­ver­sité. Elle mène pour­tant sa vie comme sur une scène, pas­sant d’un rôle à l’autre au gré de ses humeurs et intérêts. Méprisante avec son mari, cru­elle avec ses trois enfants, elle sait toute­fois com­ment se faire appréci­er : Con­tin­uer la lec­ture

Le homard sans carapace

Nathanaëlle PIRARD, Sal­ly, Mur­mure des soirs, 2021, 249 p., 19 €, ISBN : 978–2‑930657–72‑1

Pirard SallySal­ly est une jeune fille de 15 ans qui vit à Brux­elles. N’ayant jamais con­nu son père, elle n’a pas la vie sim­ple avec sa mère dépres­sive et alcoolique, qui a l’insulte et les coups faciles dans ses moments de détresse. Sal­ly est bien seule dans son quo­ti­di­en, mais elle a l’intelligence d’être ouverte aux ren­con­tres qui vont lui servir de refuge. C’est ain­si qu’elle fait la con­nais­sance de deux autres soli­tudes : Eva, une voi­sine d’une sep­tan­taine d’années, et William, un étu­di­ant exilé de son Camer­oun natal. Avec ses deux nou­veaux amis, elle peut avoir quelques con­ver­sa­tions à pro­pos de leur pas­sion com­mune pour les livres. Con­tin­uer la lec­ture

Un joyeux petit vent frais

Un coup de cœur du Car­net

Noelia DIAZ IGLESIAS, Un oura­gan dans la barbe, CFC, 2021, 112 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87572–065‑8

diaz iglesias un ouragan dans la barbeUn oura­gan dans la barbe est le pre­mier album de l’autrice Noelia Diaz Ige­lisas. Dans cette bande dess­inée qui emprunte des thé­ma­tiques et cer­tains traits à l’album jeunesse, la nar­ra­tion se révèle effi­cace, les procédés graphiques joyeux et expres­sifs et les per­son­nages (dont le grand-père bar­bu, et Hugo que nous apercevons tous deux sur la cou­ver­ture) attachants et sin­guliers. Con­tin­uer la lec­ture

Dénouer le passé pour tisser des liens

Un coup de cœur du Car­net

Monique BERNIER, La cham­bre du pre­mier, M.E.O., 2021, 189 p., 17 €, ISBN : 978–2‑8070–0302‑6

bernier la chambre du premierVoilà vingt-sept ans que Sylvie est par­tie vivre en Aus­tralie avec son mari. Vingt-sept ans sans don­ner de nou­velles à sa famille ni en pren­dre. Vingt-sept années d’absence, de silence, de soli­tude, à atten­dre que ses enfants soient indépen­dants, pour se dégager de l’emprise de cet homme bien loin de celui qu’elle pen­sait épouser. Vingt-sept ans après avoir lais­sé sa famille der­rière elle pour lui, elle les laisse, lui et leurs enfants, pour la retrou­ver. Enfin, « famille » est un bien grand mot : aucun lien avec sa mère, depuis tou­jours ; pas d’affinités avec son frère aîné ; seule sa grand-mère compte, elle qui l’a élevée après la mort de son père dont elle n’a pour sou­venir qu’une image figée sur une pho­togra­phie. Con­tin­uer la lec­ture

Qui étions-nous, exactement ?

Car­o­line LAMARCHE, L’Asturienne, Impres­sions nou­velles, coll. « Tra­vers­es », 2021, 340 p., 22 €, ISBN : 978–2‑87449–893‑0

lamarche l'asturienneOui, qui vrai­ment étions-nous ? se demande Car­o­line Lamarche dans son dernier réc­it, L’Asturienne, qui parait aujourd’hui aux Impres­sions Nou­velles et dans lequel elle (re)découvre l’histoire des siens.

Tout com­mence douze ans après le décès de son père (2001), dans la cave de la mai­son famil­iale où l’autrice retrou­ve une vieille malle con­tenant des dizaines de dossiers, autant de doc­u­ments soigneuse­ment archivés par Fred­dy Lamarche sa vie durant. Car­o­line Lamarche entame alors un long tra­vail de recherch­es qui l’amène à pour­suiv­re le grand œuvre du père, recom­posant l’histoire de la famille Lamarche-Hauzeur, ces pio­nniers de la métal­lurgie. Con­tin­uer la lec­ture

Les héritières de Dallas

Anne DUVIVIER, Cen­dres, M.E.O., 2021, 108 p., 14 € / ePub : 8.99 €, ISBN : 9782807002999

duvivier cendresCen­dres est un court réc­it qui nous plonge dans les pré­parat­ifs d’un voy­age de deux sœurs, Vio­lette et Lila, sur l’île d’Ischia au large de Naples, afin de dis­pers­er les cen­dres de leur oncle Robert. Hélène, la fille de ce dernier, accom­pa­g­n­era le duo afin de respecter les volon­tés mys­térieuses du défunt. La rai­son du choix du lieu est en effet assez énig­ma­tique… Con­tin­uer la lec­ture

Vinciane Moeschler et ses autres

Vin­ciane MOESCHLER, Alice et les autres, Mer­cure de France, 2021, 208 p., 18 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑7152–5668‑2

moeschler alice et les autresEn lit­téra­ture, dans les arts, la matière, à savoir ce sur quoi la créa­tion repose, ce dont elle s’empare, ne vit qu’à être sondée par la manière. La puis­sance des œuvres tient dans ce jeu d’invention entre matière et manière. Auteure d’une œuvre mar­quante — Trois incendies couron­né par le Prix Rossel 2019, le non moins sidérant Annemarie S. ou les fuites éper­dues ou encore Schéhérazade, ma folie —, Vin­ciane Moeschler creuse dans Alice et les autres les ver­tiges d’un psy­chisme en proie à des trou­bles dis­so­ci­at­ifs. Con­tin­uer la lec­ture

Rendre grâce à la vie…

Un coup de cœur du Car­net

Nico­las CROUSSE, Retour en pays natal, Cas­tor astral,2021, 192 p., 18 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 9791027802869

crousse retour en pays natalEn cette fin d’été paraît aux Édi­tions Le cas­tor astral, le dernier roman de Nico­las Crousse, Retour en pays natal. Ce livre « hors-normes », à la fois réc­it lit­téraire et explo­ration ini­ti­a­tique, mène le lecteur  depuis l’enfance de l’auteur dans les années soix­ante jusqu’à nos jours. Et au-delà…. . L’auteur nous prévient : « ceci n’est pas un roman, pas un livre de nou­velles, pas non plus un recueil de poésies, pas davan­tage une auto­bi­ogra­phie. » À ce jeu-là, de dire « ce qui n’est pas », Nico­las Crousse nous dévoile en réal­ité tout ce qui fait ce livre et qui nous a enchan­té. Ne pour­suit-il pas ici l’écriture de cet auto­por­trait poé­tique paru sur le site de son édi­teur (Jacques Fla­ment) et qu’il inti­t­u­lait : Je rends grâce à la vie… ? Le réc­it se partage en trois scan­sions : « Réveille-toi mon enfance », « Sou­viens-toi ma vie », « Dors mon âme ». Le titre est issu d’un haïku du poète  Kobayashi Issa qui paraît en épigraphe : Dans chaque per­le de rosée/tremble/mon pays natal. Con­tin­uer la lec­ture