Archives par étiquette : Ghislain Cotton

Un surdoué dans la tourmente

Pierre-Marie DUMONT-SAINT MARTIN, Le temps des coqueli­cots, Lilys Edi­tions, 2018, 448 p., 24 € , ISBN : 978–2‑93084–859‑4

Sous ce nom de plume, Pierre-Marie Dumont-Saint Mar­tin, musi­cien con­fir­mé, revis­ite la guerre de 14–18 avec une fic­tion romanesque certes, mais large­ment guidée par l’Histoire – une de ses pas­sions – et par des sou­venirs et des témoignages rap­portés au sein de sa pro­pre famille. Réc­it d’aventures et d’initiation, porté par les jeunes épaules de Gérard Van­dervelde, musi­cien lui aus­si, et déjà flûtiste de tal­ent, engagé à dix-sept ans par l’orchestre sym­phonique de Liège (sa ville natale tout comme celle de l’auteur). On est en 1914. La guerre va se charg­er de mac­uler la par­ti­tion et Gérard la décou­vre de la façon la plus hor­ri­ble qui soit en assis­tant, lors d’une ren­con­tre for­tu­ite avec les pre­miers envahisseurs, à la tor­ture et à l’exécution de Mar­cel Kerff, gloire du cyclisme belge, avec lequel il chem­i­nait joyeuse­ment à moto. Plus tard, lors des mas­sacres de Namur et Dinant, c’est Richard, son meilleur ami, qui est abat­tu avant que ne dis­paraisse aus­si Elise, la sœur de Richard, dont il était épris. Con­tin­uer la lec­ture

Le malin plaisir d’Asmodée

Stanis­las-André STEEMAN, La Mai­son des veilles, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2018,  320 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–426‑4

La réédi­tion d’une œuvre de Stanis­las-André Stee­man est tou­jours bien­v­enue. Elle rend aus­si jus­tice à un pio­nnier du roman polici­er mod­erne et à un écrivain que la cri­tique française, rap­pelons-le, avait comique­ment qual­i­fié de « Simenon belge ». Une bourde por­teuse toute­fois d’une référence qui ne manque pas de per­ti­nence. Con­tin­uer la lec­ture

Disparition inquiétante…

Willy DECOURTY, Le flic évanoui, Mar­que belge, 2018, 160 p., 18 €, ISBN : 978–2‑39015–025‑1

Naguère bourgmestre d’Ixelles, Willy Decour­ty renoue avec son passé de jeune rédac­teur au jour­nal Le Peu­ple, au temps des Gold­en Six­ties, pour four­bir, avec Le flic évanoui, un réc­it qui vogue entre polar et roman d’aventures. Il habille ain­si le per­son­nage cen­tral, Maxime Rossi­ni, de son anci­enne tenue de chroniqueur cul­turel et peo­ple au sein d’une rédac­tion où les plus anciens recon­naîtront, sous les prénoms et les noms d’emprunt trans­par­ents, plusieurs rédac­teurs du jour­nal social­iste aujourd’hui dis­paru. Con­tin­uer la lec­ture

Épiphanies

Un coup de cœur du Carnet

Rose-Marie FRANÇOIS, La Belle Enceinte. Nos amours de Flan­dre et de Picardie, mael­strÖm, 2018, 158 p., 16 €, ISBN : 9782875053138

Qu’est-ce donc que cette « Belle Enceinte » qui fait le titre du dernier opus de l’œuvre foi­son­nante de Rose-Marie François ? Une ville mythique ? Une somptueuse par­turi­ente ? Un bijou totémique ? Ou la nar­ra­trice elle-même d’un livre qu’il serait vain de  résumer sans en détru­ire la nature, si le sous-titre, lui, en éclaire l’intention : Nos amours de Flan­dre et de Picardie.  Un sujet qui de l’aveu même de l’autrice l’a han­tée pen­dant trente-trois ans pour com­pren­dre « com­ment les mémoires entremêlées de mes ancêtres, tant ouest–flandriens que picards hen­nuy­ers, passent des entrailles de la terre aux feux nords du Sol­stice pour arriv­er jusqu’à nous aujourd’hui ». Con­tin­uer la lec­ture

Comme un bonnet sur la mer

Claude DONNAY, Un été immo­bile, M.E.O., 2018, 300 p., 20 €, ISBN : 978–2807001657

Écrivain belge dans la trentaine, Jésus-Noël cherche l’inspiration à Amble­teuse, sur la Côte d’Opale. Il y fait la con­nais­sance d’Amelle, une nageuse coif­fée d’un bon­net blanc qu’il a observée avec gour­man­dise tous les matins depuis la dune et qui était elle-même attirée par ce guet­teur immo­bile. S’ensuit une com­plic­ité ami­cale qui va débouch­er sur un rap­port plus intime dont la dis­pari­tion brusque d’Amelle, apparem­ment enlevée par un bel­lâtre à cabri­o­let, déjoue l’heureuse con­clu­sion. Grande frus­tra­tion pour Jésus qui n’a plus pour la retrou­ver que le fil d’Ariane qu’elle sem­ble avoir lais­sé à des­sein chez elle : le jour­nal de Maria, sa mère, espag­nole d’origine, vic­time d’un mariage calami­teux avec un fils-à-maman et tor­turée par le mépris très act­if que lui voue sa belle-famille du Bra­bant Wal­lon, bour­geoise et cul-ser­ré. Réc­it poignant dont Jésus envis­age de faire un livre tout en y cher­chant un élé­ment qui le met­trait sur la piste de la dis­parue. Ain­si com­mence le sec­ond roman de Claude Don­nay où affleure la fibre poé­tique qui a nour­ri ses nom­breux recueils. Et où le sexe s’exprime aus­si avec fran­chise, qu’il s’agisse de saphisme ou d’une par­touze où per­son­ne ne laisse sa part aux chiens. Con­tin­uer la lec­ture

La vie en guirlande

Daniel SIMON, Ce n’est pas rien, M.E.O., 2018, 128 p., 15,00 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑8070–0159‑6

Poète, dra­maturge, nou­vel­liste, Daniel Simon tra­verse la lit­téra­ture en élec­tron libre aus­si nour­ri de rêves éveil­lés que vig­i­lant obser­va­teur des heurs et mal­heurs d’un monde qu’il aimerait plus juste et plus frater­nel. C’est ce qu’il exprime au fil des pages de Ce n’est pas rien – Nou­velles et textes brefs, flâner­ie sig­nifi­ante patron­née en exer­gue par Thomas d’Aquin : « il faut un min­i­mum de con­fort pour pra­ti­quer la ver­tu ». Ce qui d’ailleurs pour­rait aus­si se traduire par : il est plus aisé de se mon­tr­er intran­sigeant quand on vit dans le con­fort. L’ironie pos­i­tive pra­tiquée par Simon, on la retrou­ve en force dans le texte qui clôt le recueil : une lec­ture-spec­ta­cle inter­prétée naguère au Château de Sen­effe, inti­t­ulée  Mod­este propo­si­tion pour les enfants per­dus, directe­ment inspirée de la fameuse provo­ca­tion de Swift rel­a­tive à la famine d’Irlande. Il s’agit bien enten­du pour l’auteur de des­tin­er la majorité des nour­ris­sons ren­dus « dodus et gras » à la table de « per­son­nes de bien et de qual­ité » :

Ils pour­ront en offrant leurs flancs et leur râble aux plus fines bouch­es de nos États, faire de leur brève exis­tence un sub­til en-cas (…)Bien pré­parés, ils servi­ront la nation mieux que vifs et mis­éreux, promis aux injures de leur con­di­tion.

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Reine de neuf jours

Daniel CHARNEUX, Si près de l’aurore, Luce Wilquin, 2018, 342 p., 22 €, ISBN : 978–2‑88253–546‑7

charneux si pres de l aurore.jpgSans doute est-ce l’effet d’une influ­ence réciproque, mais l’Histoire sem­ble con­naître auprès du pub­lic un notable regain de faveur tant au tra­vers de  la lit­téra­ture que des médias. Ain­si de nom­breuses séries télévisées à car­ac­tère his­torique exploitent-elles, avec gour­man­dise et suc­cès, des fonds lit­téraires anciens ou récents. Avec des choix plus mar­qués pour cer­tains ter­ri­toires et cer­taines épo­ques. C’est certes le cas pour l’Angleterre et par­ti­c­ulière­ment pour l’époque des Tudor qui a inspiré de nom­breuses réal­i­sa­tions comme la  série Wolf Hall par exem­ple, adap­tée de deux romans d’Hilary Man­tel et axée plus par­ti­c­ulière­ment sur la per­son­ne de Cromwell. Ce pour­rait aus­si bien être le cas pour Si près de l’aurore, le roman his­torique de Daniel Charneux  dont l’héroïne n’est autre que Jane Grey, petite fille de Mary Tudor et d’Henry VIII, dont le jeu des suc­ces­sions fit une reine éphémère, à l’âge de seize ans. Zéla­trice sincère et incon­di­tion­nelle de la nou­velle reli­gion angli­cane, elle allait, après un règne éclair de neuf jours, se voir sup­plan­tée et vouée à la hache du bour­reau par sa tante, la très catholique reine Mary 1re dite « la Sanglante », fille d’Henry VIII et de Cather­ine d’Aragon, future épouse aus­si de Philippe II d’Espagne.   Con­tin­uer la lec­ture

Faux coupable

Sarah BERTI, Avant les tour­nesols, Luce Wilquin, 2018, 305 p., 21 €, ISBN : 978–2‑88253–541‑2

berti avant les tournesols.jpgSarah Berti n’en est pas à son pre­mier polar au sein d’une œuvre lit­téraire par ailleurs abon­dante, mais la Rebec­quoise con­sent cette fois une infidél­ité à son ter­roir bra­bançon ain­si qu’à Tiziana Dallav­era, l’enquêtrice favorite qui partage ses pro­pres orig­ines transalpines. Nous voila donc dans la région de Mons, à affron­ter la haine majus­cule et inaltérable de Smer­al­da – jeune femme d’une petite ving­taine d’années – envers Antoine Jankovic, l’homme qui, en 2003, a été recon­nu comme l’assassin de sa mère, Madeleine Auri­ol (alias Lena Ori­oles). Une mère artiste, pleine d’originalité, de sen­su­al­ité et de joie de vivre, admi­ra­trice incon­di­tion­nelle de Vin­cent Van Gogh dont elle entrete­nait religieuse­ment la mémoire en tant que guide de la ville de Mons. L’affaire s’était avérée d’autant plus claire et vite résolue que l’arme du crime – une stat­uette – allait être retrou­vée dans le jardin de Jankovic qui lui-même recon­naî­trait sa cul­pa­bil­ité ain­si que son mobile : le refus de Lena de pour­suiv­re leur liai­son mal­gré ses sup­pli­ca­tions. Et voila que quinze ans plus tard, coup de ton­nerre, un témoignage venu d’ailleurs sem­ble inno­cen­ter Jankovic… Con­tin­uer la lec­ture

L’école buissonnière

Un coup de cœur du Carnet

Chris­tine VAN ACKER, La Bête a bon dos, José Cor­ti, coll. « Bio­phil­ia », 2018, 190 p., 18 €, ISBN : 978–2‑7143–1203‑7

van acker la bete a bon dosÀ la fois atyp­ique et mil­i­tante incon­di­tion­nelle du par­ti de la vie dans tous ses états, Chris­tine Van Ack­er use de nom­breux reg­istres pour assumer sa créa­tiv­ité et servir sa vision du monde. À par­tir d’un amour aus­si tenace que trop sou­vent déçu pour son espèce, ses gammes vont de l’humour et de l’autodérision à l’ironie pos­i­tive, à la parabole futée et jusqu’au sur­réal­isme d’une éclairante excen­tric­ité. Avec La Bête a bon dos, l’exploration de l’univers ani­mal la met en vacances de l’humain – enfin, presque… Avec pour car­bu­rant la ver­tu car­di­nale des vrais décou­vreurs : le per­pétuel éton­nement. Mais, est-ce pour nous effray­er qu’elle mobilise presque d’entrée de jeu le micro­scope et le jar­gon savant du bio-généti­cien pour évo­quer la résis­tance du « roy­aume du vivant » face à « l’empire de l’inanimé » ? «  L’eucaryote ne com­pren­dra jamais com­ment un pro­cary­ote, tout à la joie de laiss­er son ADN bar­bot­er nu comme un ver, accom­pa­g­né de nom­breux ribo­somes dans un bain cyto­plas­mique partagé, arrive à sur­vivre sans la pro­tec­tion des parois du Noy­au. »   Encore faut-il pré­cis­er que « Le domaine des eucary­otes (…) regroupe tous les organ­ismes uni­cel­lu­laires ou pluri­cel­lu­laires qui se car­ac­térisent générale­ment par la présence d’un noy­au et de mito­chon­dries dans leurs cel­lules ». Con­tin­uer la lec­ture

Brelan de garnements

DOCTEUR LICHIC, Anec­dotes, Col­lages de Jean-Christophe Ditroy, Cac­tus inébran­lable, 2017, 88 p., 9 €, ISBN : 978–2‑930659–64‑0 ; Jean-Philippe QUERTON, Minute d’insolence, Illus­tra­tions de Ben­jamin Mon­ti, Cac­tus Inébran­lable , 2017, 88 p., 9 €, ISBN : 978–2‑930659–66‑4 ; Raoul VANEIGEM, Pourquoi je ne vote pas et autres inédits, Illus­tra­tions de Serge Poliart et Joseph Ghin, Cac­tus Inébran­lable , 2017, 84 p., 9 €, ISBN : 978–2‑930659–65‑7

docteur lichic anecdotesLes édi­tions du Cac­tus Inébran­lable tirent une salve de trois petits livres où la plus rafraîchissante des gaminer­ies côtoie des pépites de sagesse ou de sub­ver­sion. Leurs auteurs que le Gloupi­er qual­i­fierait sans doute de « déli­cieux chenapans » ne sont pas novices dans le genre, il s’en faut, et leur inven­tiv­ité, pas seule­ment facétieuse, s’est déjà large­ment illus­trée dans plusieurs opus­cules et mag­a­zines dont les plus folâtres et joyeuse­ment trans­gres­sifs. Au générique, on trou­ve le mul­ti­ple Doc­teur Lichic, Jean-Philippe Quer­ton, funam­bule et bra­con­nier des mots, ain­si que l’infatigable et salu­bre con­temp­teur de « l’ordre social dom­i­nant », Raoul Vaneigem. Con­tin­uer la lec­ture

Vestiges des jours…

Un coup de cœur du Carnet

Alain DARTEVELLE, Dans les griffes du Doudou, Ker, coll. « Bel­giques », 2017, 132 p., 12 €/ePub : 5.99 €, ISBN : 978–2‑8758–6218‑1

dartevelle dans les griffes du doudou.jpgDébar­qué du futur où il aime aven­tur­er son écri­t­ure à la fois imagée, directe et stylée, Alain Dartev­elle promène sa plume dans un  nou­veau recueil de nou­velles et dans un passé proche. Le sien, lié for­cé­ment à celui de la Bel­gique, ce pays mul­ti­ple qui prête son nom à la col­lec­tion mise en œuvre  par les édi­tions Ker. Prom­e­nade donc, dans une mémoire per­son­nelle, folâtre, amère par­fois, tein­tée de nos­tal­gie, large­ment ouverte à l’amitié, volon­tiers voluptueuse, mais aus­si désen­chan­tée et imprégnée de cet « humour gris » dont l’auteur revendique le label. Pour l’introduire : des évo­ca­tions sub­jec­tives de ces deux têtes de gon­do­le de notre vit­rine cul­turelle que sont Hergé et Magritte. Auto­por­trait dés­abusé pour le pre­mier : celui de l’artiste en fin de vie, rav­agé à la fois par  la leucémie et par les inter­ro­ga­tions sur son œuvre et sur sa créa­ture cen­trale : « Tintin m’a vam­pirisé, me souti­rant titre après titre, planche  après planche, case après case, mes forces vives. Cette belle énergie qui m’a man­qué ensuite pour vir­er de bord et met­tre le cap sur mon for intérieur ».  Dans Signé Magritte, on suit avec une coupable jubi­la­tion l’odyssée d’un quidam (serait-il un de ces dou­bles de l’auteur qui se mul­ti­plient à tra­vers le recueil ?) pour qui l’ombre du pein­tre flotte entre un statut révolu d’idole de sa jeunesse et une stature de petit-bour­geois ron­douil­lard, de « sale type », métic­uleux faiseur de  chro­mos aléa­toires, et par ailleurs épris de can­u­lars scat­ologiques. Sus donc à l’imposteur ! Et l’on assiste ain­si, impuis­sants, mais admi­rat­ifs face à tant de déter­mi­na­tion,  à l’attentat au purin per­pétré con­tre qua­tre toiles lors de l’exposition brux­el­loise. Atten­tat suivi toute­fois de regrets : il avait eu pour cibles les toiles les plus caus­tiques de l’artiste. « De quoi méditer à loisir sur les risques que com­porte la fâcheuse ten­ta­tion de met­tre à jour des secrets d’enfance… »   Con­tin­uer la lec­ture

Merci à la vie

Un coup de cœur du Carnet

Michel CLAISE, Cobre (Cuiv­re), Luce Wilquin, 2017, 258 p., 20€ / ePub : 13.99€, ISBN : 9782882535375

claise.pngSan­ti­a­go, 11 sep­tem­bre 1973. La sol­datesque de Pinochet investit le  palais de la Mon­e­da où le Prési­dent Allende vient de se sui­cider. Cette page par­mi les plus noires de l’Histoire du Chili mar­que le début du nou­veau roman de Michel Claise. C’est aus­si pour Jorge Cor­rea, un jeune attaché de presse pro­tégé par Allende, le point de départ d’une odyssée ini­ti­a­tique à plus d’un égard. Con­tin­uer la lec­ture

La parade des jouets

Nico­las ANCION, Nous sommes tous des play­mo­biles, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2017, 206 p, 8,5 €, ISBN : 978–2875682680

ancion.jpgLa col­lec­tion « Espace Nord » accueille dans son con­ser­va­toire la réédi­tion du recueil de nou­velles Nous sommes tous des play­mo­biles, de Nico­las Ancion, auteur pro­lifique et vis­ité par un imag­i­naire d’une large et sig­nifi­ante orig­i­nal­ité. Recourir aux play­mo­biles, ces fig­urines des­tinées à vivre tous les caprices de la créa­tiv­ité enfan­tine, donne le ton de ce texte régi par l’ironie du sort et la manière pour les per­son­nages qui en sont les jou­ets de réa­gir à ses man­i­fes­ta­tions anodines en apparence, mais sou­vent généra­tri­ces d’effet papil­lon. Ain­si une tache de sauce sur une chemise peut con­duire au boule­verse­ment de toute une vie famil­iale comme un sim­ple quipro­quo peut men­er au crime. Les « vic­times » de ces aléas du des­tin n’en sont pas pour autant de belles âmes et peu­vent en tir­er prof­it avec un cynisme jubi­la­toire comme dans « Moi, je dis qu’il y a une jus­tice » ou « J’apprends à bien tuer ». Et com­ment ne pas lire avec un sourire vague­ment com­plice et un brin de mal­ice la nou­velle déjan­tée inti­t­ulée « Brux­elles insur­rec­tion » où deux jeunes « ter­ror­istes » du cru enlèvent et malmè­nent dure­ment un vieil académi­cien français pour lui faire apos­tasi­er son inté­grisme du verbe, cet autre ter­ror­isme  con­damné par les deux lib­er­taires de la langue avec une verdeur jouis­sive quoique fort incivile : Con­tin­uer la lec­ture

Autopsie d’un désastre

Éric BROGNIET, Tut­ti Cadav­eri, suivi de la tra­duc­tion en ital­ien de Rio Di Maria et Chris­tiana Panel­la, illus­tra­tion de cou­ver­ture de Daniel Pel­let­ti, L’Arbre à paroles, 2017, 48 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87406–653‑5

brognietTut­ti Cadav­eri, le texte d’Éric Brog­ni­et con­sacré à la cat­a­stro­phe du Bois du Cazier paraît aujourd’hui accom­pa­g­né de sa tra­duc­tion en ital­ien. Ceux qui ont suivi à tra­vers les media la quin­zaine d’enfer vécue à Marcinelle du 8 au 23 août 1956, se sou­vi­en­nent de ce cri ter­ri­ble qui mit fin à tout espoir pour nom­bre de familles de mineurs – en majorité ital­i­ennes – rassem­blées devant les grilles du char­bon­nage sin­istré. Con­tin­uer la lec­ture

La vie en jeu…

Alain DARTEVELLE, Toy Boy et autres leur­res, illus­tra­tions de Marc Sevrin, Acad­e­mia, coll. “Livres libres”, 2017, 166 p., 16,15 €/ ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑8061–0346‑8

dartevelleCela fait longtemps déjà qu’Alain Dartev­elle nous a famil­iarisés avec ses incur­sions malignes dans un futur par­fois assez proche pour fig­ur­er un corol­laire de notre actu­al­ité. C’est certes le cas avec Toy Boy et autres leur­res qui, à la suite du réc­it prin­ci­pal, réu­nit sept nou­velles de la même eau. Avec la com­plic­ité des images de Marc Sevrin, d’un noir pro­fond et réal­isées selon la tech­nique de la carte à grat­ter. Con­tin­uer la lec­ture

Rues mode d’emploi

Éric DEJAEGER, Streets (loufo­queries citadines), illus­tra­tions de Jean-Paul Ver­straeten, Gros Textes, 2017, 112 p., 10 €, ISBN : 978–2‑35082–330‑0

dejaeger streetsNaguère pro­fesseur de langues et d’économie, Éric Dejaeger fait par­tie de cette armée des ombres qui, sans toit ni loi, sont les indis­pens­ables SDF de la lit­téra­ture. Ces poètes qui à force de souf­fler dans les trous de nez des mus­es, risquent peu d’être hébergés dans leurs céna­cles. On ne s’étonnera pas que ce vagabond des let­tres compte par­mi ses amis de cœur et de plume des per­son­nal­ités aus­si joyeuse­ment bac­téri­ennes que Mar­iën, Scute­naire, Chavée ou Bukows­ki. Con­tin­uer la lec­ture