Archives par étiquette : Jan Baetens

Proust mis à nu par ses illustrateurs, même

Jan BAETENS, Illus­tr­er Proust. His­toire d’un défi, Impres­sions nou­velles, 2022, 240 p., 24 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782874499777

baetens illustrer proust histoire d'un défiEn cette année 2022 qui célèbre le cen­te­naire de la mort de Mar­cel Proust, Jan Baetens rend un hom­mage de biais à l’auteur d’À la recherche du temps per­du, en inter­ro­geant cet inter­dit implicite qui veut qu’« [o]n n’illustre pas Proust ». L’abondance des illus­tra­tions qui for­ment le cor­pus d’étude du livre de Jan Baetens sem­ble con­tredire la cen­sure tacite mais force est de recon­naître, avec l’auteur d’Illus­tr­er Proust, qu’il deve­nait urgent de se con­fron­ter à l’His­toire d’un défi, ain­si que le pré­cise le sous-titre de l’ouvrage. Con­tin­uer la lec­ture

La rentrée littéraire 2022 : une revue de presse (2)

revue de presse - illustration

Pho­to Pix­abay

Effer­ves­cence édi­to­ri­ale, course aux prix…, la ren­trée lit­téraire d’automne est tra­di­tion­nelle­ment une péri­ode d’intense activ­ité dans le monde du livre fran­coph­o­ne. La pléthore d’ouvrages disponibles expose les plus frag­iles d’entre eux à un pas­sage aus­si éphémère qu’anonyme sur les tables des libraires. Au jeu de la vis­i­bil­ité et de la con­sécra­tion, la presse joue naturelle­ment un rôle de médi­a­tion et de con­seil auprès des lec­tri­ces et lecteurs.

Le 10 sep­tem­bre, la revue de presse du Car­net et les Instants pro­po­sait un bilan de l’accueil médi­a­tique et cri­tique des autri­ces et auteurs belges de la ren­trée pub­liés dans des maisons d’édition français­es. Les maisons d’édition belges lan­cent leur ren­trée quelques semaines plus tard que leurs homo­logues hexag­o­nales ; les pre­miers livres arrivent sur les tables des librairies en sep­tem­bre seule­ment. Cette deux­ième livrai­son de notre revue de presse de la ren­trée 2022 leur est con­sacrée. Con­tin­uer la lec­ture

Le Top 3 de Thierry Horguelin

Le Car­net et les Instants revis­ite l’année lit­téraire 2021 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. La sélec­tion de Thier­ry Horguelin.
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Le Top 3 de Luc Dellisse

Le Car­net et les Instants revis­ite l’année lit­téraire 2021 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. La sélec­tion de Luc Del­lisse. Con­tin­uer la lec­ture

Pratique et théorie du ciné-roman-photo

Jan BAETENS, Une fille comme toi, Jean Boîte Édi­tions, 2020, 48 p., 20 €, ISBN: 978–2‑36568–032‑5

baetens une fille comme toiEn décou­vrant Une fille comme toi, on a songé aux Demoi­selles d’A de Yak Rivais (1979), ce roman cen­ton exclu­sive­ment con­sti­tué de phras­es tirées d’autres romans – quelque sept cents cita­tions piochées chez plus de qua­tre cents auteurs et patiem­ment assem­blées pour for­mer un réc­it cohérent. Con­tin­uer la lec­ture

Dans la maison vide

Jan BAETENS, Après, depuis, Impres­sions nou­velles, 2021, 96 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87449–879‑4

baetens apres depuisLes poètes ne man­quent pas, dans ce pays sans étoiles. Mais tous n’ont pas le même pou­voir d’évocation. Il ne suf­fit pas de met­tre en musique une expéri­ence ou un sou­venir. Il faut d’abord les réin­ven­ter, pour faire sur­gir leur car­ac­tère unique et irrem­plaçable. Cette règle est la con­di­tion même de la poésie. Con­tin­uer la lec­ture

Les belles fidèles ?

Jan BAETENS, Adap­ta­tion et bande dess­inée. Éloge de la fidél­ité, Impres­sions nou­velles, 2020, 240 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87449–804‑6

baetens adaptation et bande dessineeOn con­naît l’amour que Jan Baetens porte aux arts du texte et de l’image et en par­ti­c­uli­er au neu­vième art, auquel il a con­sacré de nom­breux textes, depuis Formes et poli­tique de la bande dess­inée (Vrin, 1998) ou Hergé écrivain (Flam­mar­i­on, 2006) jusqu’à la toute pre­mière mono­gra­phie con­sacrée aux Cités obscures (Rebuild­ing Sto­ry Worlds. The Obscure Cities by Schuiten and Peeters, Rut­gers Uni­ver­si­ty Press, 2020). Adap­ta­tion et bande dess­inée vient se saisir d’un sujet qui, pour explicite que le titre puisse paraître, ouvre une véri­ta­ble boîte de Pan­dore théorique dont Baetens ordonne le con­tenu avec sagac­ité, habileté et sim­plic­ité. Con­tin­uer la lec­ture

Jan Baetens le sécessionniste

Jan BAETENS, Comme un rat, Herbe qui trem­ble, coll. « D’autre part », 2020, 170 p., 15 €/ ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑491462–05‑5

« Plus nous avançons dans une langue et plus son mys­tère s’épaissit. » Voici l’un des apho­rismes que l’on peut glan­er au fil de la déam­bu­la­tion à laque­lle nous con­vie Jan Baetens, chas­seur sub­til de raretés – mais, une fois atteint un cer­tain seuil de lit­térar­ité, quel livre ne devient pas un hapax ? La phrase énonce une vérité, pour­tant sa lim­pid­ité formelle suf­fi­rait à en con­tredire le sens. Et voilà juste­ment où se situe le charme irré­ductible de l’écriture de Jan Baetens : elle ose dire en toute clarté l’opacité la plus pro­fonde des mots et des textes. Elle se fait passeuse d’énigmes en tra­ver­sant d’un pas prime­sauti­er des labyrinthes qui feraient suin­ter d’angoisse d’autres plumes, pré­ten­du­ment plus sérieuses, plus stylées. Con­tin­uer la lec­ture

L’espace en regardant devant soi

Jan BAETENS, Ici, mais plus main­tenant, pho­togra­phies de Milan Chlum­sky, Impres­sions nou­velles, 2019, 112 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87449–686‑8

Une des fonc­tions de la poésie est de trou­ver le point d’intensité des choses.

La force minérale du monde, et la vivac­ité frag­ile des images et des mots, con­stituent un seul et com­plexe champ d’investigation.

Le méti­er unique de Jan Baetens, sa pas­sion et son orig­i­nal­ité fon­cière, con­sis­tent à capter et à refléter la diver­sité irré­sistible du monde dans de petits miroirs solaires, des post-it mag­né­tiques, qu’il dis­pose un par un autour de lui, avec une sci­ence d’abeille fouis­seuse.

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Il n’y a pas que la bataille des éperons d’or

Jan BAETENS, Karel VANHAESEBROUCK, Petites mytholo­gies fla­man­des, pho­togra­phies de Brecht Van Maele, pré­face de Claude Javeau, tra­duc­tion de Monique Nagielkopf assistée par Daniel Van­der Gucht, Let­tre volée, 2019, 174 p., 20 € ; ISBN : 978–2‑87317–533‑7

Une fois n’est pas cou­tume, le présent ouvrage a été écrit et pub­lié en néer­landais en 2014, avant d’être traduit. L’intérêt de la démarche à la base du livre jus­ti­fie une recen­sion, d’autant plus que les auteurs, fla­mands, con­nais­sent par­faite­ment la cul­ture tant du Nord que du Sud du pays. Jan Baetens a même obtenu le Prix tri­en­nal de poésie de la Com­mu­nauté française de Bel­gique.

Ces Petites mytholo­gies fla­man­des s’inscrivent dans la lignée des Mytholo­gies de Roland Barthes. Les auteurs en repren­nent les principes. Le mythe n’est pas qu’un réc­it ancien : la société mod­erne en pro­duit elle aus­si en les renou­ve­lant sans cesse. Et le mythe ne réflé­chit pas une vision du monde ; c’est lui qui la pro­duit et l’incarne dans divers­es expres­sions très con­crètes. Il est ain­si l’expression actu­al­isée de valeurs éter­nelles et immuables. Il appa­raît donc comme la façon dont une société se voit et se pense. Ces sens cachés, il faut les faire advenir, les ren­dre con­scients ; c’est ce qui fonde et jus­ti­fie la démarche de ces analy­seurs, comme l’a été, du côté fran­coph­o­ne, Jean-Marie Klinken­berg dans ses Petites mytholo­gies belges. Con­tin­uer la lec­ture

Le roman-photo : traversée du genre

Jan BAETENS (Textes), Clé­men­tine MÉLOIS (dessins et couleurs), Le roman-pho­to, Le Lom­bard, coll. « La petite bédéthèque des savoirs », 2018, 88 p., 10 € / ePub : 4.99 €, ISBN : 978–2‑8036–3735‑5

Pub­lié dans la dynamique col­lec­tion « La petite bédéthèque des savoirs » créée par David Van­der­meulen, Le roman-pho­to de Jan Baetens (textes) et Car­o­line Mélois (dessins et couleurs) explore ce genre hybride, longtemps décrié, auquel Jan Baetens, poète, pro­fesseur en sémi­o­tique et en études cul­turelles à l’Université catholique de Lou­vain, a don­né ses let­tres de noblesse. Pio­nnier des études sur ce genre nar­ratif longtemps méprisé, assim­ilé à la presse de cœur bas de gamme, Jan Baetens nous fait voy­ager dans la genèse, les orig­ines du genre. Faisant ain­si un sort aux idées reçues, aux a pri­ori négat­ifs (proche de la bande dess­inée, le roman-pho­to agencerait des pho­tos stéréo­typées à des textes basiques placés sous le signe d’une his­toire à l’eau de rose), il retrace son appari­tion en Ital­ie après la Deux­ième Guerre mon­di­ale avant qu’il n’émerge en France (avec le mag­a­zine Nous deux). Loin de se résumer à une par­alit­téra­ture pour ménagères en mal de d’histoires d’amour, il offre une diver­sité qui fut longtemps mécon­nue. Étroite­ment asso­cié au ciné­ma, le roman-pho­to baigne dans des orig­ines nim­bées de flou. Cer­tains voient dans Cesare Zavat­ti­ni (le scé­nar­iste, entre autres, du Voleur de bicy­clette) l’inspirateur de ce genre poly­mor­phe. Afin de le cir­con­scrire, il importe de le définir en le dif­féren­ciant de deux gen­res appar­en­tés, le ciné-roman et le roman dess­iné.  


Lire aus­si : La petite bédéthèque des savoirs, un tra­vail d’ex­pert (C.I. n° 198)


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Sonder les articulations de la poésie

Philippe BECK en con­ver­sa­tion avec Jan BAETENS, Réin­ven­ter le vers, L’arbre à paroles, coll. « Midis de la poésie », 2018, 26 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87406–669‑6

La col­lec­tion d’essais des Midis de la poésie pro­pose un dia­logue intense et ser­ré entre deux poètes, deux philosophes, deux chercheurs. Jan Baetens inter­roge Philippe Beck et, à tra­vers leurs échanges, se déploie une réflex­ion sur la poésie d’aujourd’hui, sur sa place dans la vie de la langue et sa posi­tion dans la société.


Lire aus­si : “Portes et livres ouverts : Midis de la poésie” (C.I. n° 198)


Philippe Beck pro­pose un por­trait du poète en ostéopathe. Le tra­vail du poète fait en effet cra­quer les artic­u­la­tions de la langue ; il les déplace pour en faire enten­dre les pos­si­bles. Il réfute ain­si l’idée que le poème invente une autre langue. Con­tin­uer la lec­ture

L’amour et la guerre sous l’herbe qui tremble…

Jan BAETENS, Frédéric COCHÉ (gravures), Faire séces­sion, L’herbe qui trem­ble, coll. “D’autre part”, 2017, 112 p., 14 €, ISBN : 9782918220602
Luc DELLISSE, L’amour et puis rien, L’herbe qui trem­ble, coll. “D’autre part”, 2017, 119 p., 14 €, ISBN : 9782918220596

dellisse amour et puis rien 1Les édi­tons L’herbe qui trem­ble à Paris ont à coup sûr eu le nez fin en choi­sis­sant Thier­ry Horguelin pour diriger leur nou­velle col­lec­tion bap­tisée « D’autre part ». Pas­sion­né de ciné­ma et de jazz, ancien libraire, chroniqueur, on le con­naît avant tout pour le tra­vail de fond qu’il effectue, avec rigueur, dans le monde de l’édition. Chineur invétéré, grap­pilleur de pépites lit­téraires oubliées dans les cales des notes de bas de pages, cet arpen­teur livresque qui partage son temps entre Mon­tréal, sa ville natale, Brux­elles et Paris est aus­si et surtout auteur. On cit­era au pas­sage l’un de ses derniers ouvrages, Alphabé­tiques, objet lit­téraire et ludique qui témoigne de son attache­ment à la con­trainte oulip­i­enne et qu’ont pub­lié, il y a deux ans, les édi­tions… L’herbe qui trem­ble. Tir croisé donc qui aboutit aujourd’hui à la pub­li­ca­tion des deux pre­miers livres sous sa direc­tion. Une pre­mière salve de qual­ité puisqu’on retrou­ve deux de nos écrivains con­fir­més qui parta­gent une même den­sité d’écriture mêlant métic­u­losité du trait, ironie mali­cieuse et haute teneur poé­tique. Con­tin­uer la lec­ture

Le top 3 de Pierre Malherbe

La suite de notre rétro­spec­tive de l’an­née. Aujour­d’hui : le choix de Pierre Mal­herbe.


Lire aus­si : la fiche de Pierre Mal­herbe


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Le top 3 de Daniel Simon

La suite de notre rétro­spec­tive de l’an­née. Aujour­d’hui : le choix de Daniel Simon.


Lire aus­si : la fiche de Daniel Simon


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La lecture entre parenthèses

Un coup de cœur du Carnet

Jan BAETENS, Milan CHLUMSKY (pho­tos), La lec­ture, Les Impres­sions Nou­velles, 2017, 74 p., 12€, ISBN : 978–2‑87449–460‑4

baetens la lectureLa lib­erté du lecteur a quelque chose de désar­mant, juste­ment parce qu’elle est illim­itée, incon­di­tion­nelle. Par­tant de deux tableaux d’Henri Fan­tin-Latour ayant pour titres La Lec­ture et réal­isés respec­tive­ment en 1870 et 1877, Jan Baetens pour­suit, dans ce nou­veau recueil, son ques­tion­nement sur les liens qui unis­sent, de manière par­fois souter­raine, le texte et l’image. On pour­rait dire d’ailleurs que ces cor­re­spon­dances sont envis­agées ici selon un triple dia­logue puisqu’aux textes inspirés par les tableaux du pein­tre grenoblois né en 1836 vien­nent se gref­fer les pho­togra­phies de Milan Chlum­sky qui ouvrent et fer­ment le vol­ume. Une con­struc­tion tridi­men­sion­nelle cohérente et exigeante, comme tou­jours chez Baetens, et qui per­met cet échange décu­plé entre trois formes artis­tiques. Le pein­tre d’abord, Fan­tin-Latour, que tous les ama­teurs de lit­téra­ture con­nais­sent pour son coin de table en 1872. Un por­trait de groupe réal­iste représen­tant les poètes présents lors d’un dîn­er des Vilains Bon­shommes à Paris et où l’on voit, dans le coin gauche, Rim­baud face à Ver­laine et tour­nant le dos aux autres lit­téra­teurs. On recon­naît facile­ment le style de Fan­tin-Latour dans les deux tableaux qui ser­vent au poète de déclencheurs d’écriture. Deux pein­tures qui met­tent cha­cune en scène deux femmes, l’une faisant la lec­ture à l’autre. Comme le pré­cise Jan Baetens dans son intro­duc­tion,  « il était clair que la réponse textuelle devait être autre chose qu’une illus­tra­tion ver­bale de l’image ». Les quar­ante textes-frag­ments du recueil sont donc à envis­ager comme des pro­longe­ments, des exten­sions de tous les non-dits, de tous les secrets qui sont con­tenus dans les deux toiles et donc dans l’acte de lire. Con­tin­uer la lec­ture