DUMONT-DUPUIS, Carton rouge, Weyrich, coll. « Noir corbeau », 2024, 304 p., 20 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 9782874899331
Le duo wallon d’enquêteurs est de retour ! Roger Staquet et Paul Ben Mimoun, que l’on a déjà fréquentés dans les trois premiers tomes publiés par le duo Dumont-Dupuis, se retrouvent pour une enquête liégeoise cette fois, comme cela avait été le cas dans Neige sur Liège (Weyrich, 2021). Roger, le flic retraité, veuf inconsolable et sa Clio increvable, Paul, inspecteur en début de carrière. S’ils habitent Ottignies et Namur, c’est la jeune et craquante journaliste Clarisse Dubois (manque un‑e Dupont, non ?), autre comparse croisée dans les opus précédents, qui les réunit et les amène en cité ardente. C’est qu’elle ne répond plus au téléphone après avoir laissé à Paul un message vocal qui au fil des heures passe pour un appel au secours : « Il se passe un truc étrange. Rappelle-moi dès que tu peux. » Continuer la lecture


Rédiger un roman, c’est toujours livrer une part de soi. Personnages, scènes précises, ressentis, des bribes de vécu se glissent qui remontent à la surface à mesure que les mots se pressent et que les doigts courent sur le clavier. Mais il y a aussi des élans d’écriture fondateurs, ceux que guide le besoin irrépressible de se dire à livre ouvert pour extirper des blessures anciennes et souvent toujours vives. Parfois cet élan donne un livre unique, qui ne sera suivi d’aucun autre, parfois il sommeille quelque temps et le précèdent des préludes où la fiction domine jusqu’à ce que l’évidence s’impose comme une nécessité absolue. Il semble que le dernier roman de Karine Lambert appartienne à cette seconde catégorie, son nouvel opus venant à la suite de cinq romans publiés au cours des dix dernières années qui ont rencontré le succès auprès de ses lecteurs.
Dans
1919. La grande guerre a laissé de profondes blessures et l’on n’a mis fin au conflit qu’avec l’aide des États-Unis dont le Président Wilson porte le projet de création de la Société des Nations censée notamment garantir le maintien de la paix sur terre. C’est ce momentum de l’histoire de l’humanité que saisit Grégoire Polet dans ce huitième roman qui semble bâti sur un défi littéraire un rien débridé. Il prend soin en prologue de nous mettre au parfum :
« Mais de quoi vivent nos pensées ? ». Cette question liminaire anime le premier récit d’un ouvrage qui explore les méandres de la création artistique et qui donne le ton. Tout d’abord dans les souvenirs d’enfance d’un jeune garçon, ceux des premières images : couleurs, lumières, mouvements de poissons bondissant dans les bassins du zoo abandonné de Spa. Puis celles, au même endroit mais plus tard, des casques colorés des jeunes qui utilisent le même espace pour faire du skateboard. Puis la découverte de Pélléas et Mélisande dans un festival de théâtre et, après le spectacle, celle du verso de la scène, des décors que l’on démonte et des croix blanches marquant les repères au sol pour les acteurs. Fascination pour les rituels et les objets tandis que se dessine une carte du monde où l’on pointe des noms de lieux aux consonances exotiques.
Line Alexandre a déjà fait sa place dans notre espace littéraire avec six romans dont le premier, paru en 2009,
Jacob Dreyfus est un coriace. Journaliste, il a reçu le prix Pulitzer pour son enquête sur les nouveaux groupuscules suprémacistes blancs parue dans le Washington Post. Cette récompense fabuleuse le met au centre de l’attention alors que, dans la foulée, les autorités procèdent à des arrestations, y compris dans les rangs du Sénat. Elle lui vaut aussi rapidement des menaces de mort insistantes qui touchent l’ensemble de sa famille, mettant en évidence ses origines juives. À telle enseigne que les autorités décident de lui faire quitter les États-Unis et de l’installer avec sa femme et son fils en France sous une autre identité avec la protection permanente d’un garde du corps. Ce qui impose à Jacob, devenu Cyril Buissière, de rompre tout lien avec son passé, y compris avec le reste de sa famille.
De tous les auteurs belges francophones, Michel Lambert a sans doute à son actif une des productions les plus fournies dans le genre de la nouvelle puisqu’à ce jour, on dénombre onze recueils parus parallèlement à son activité de romancier. La parution de son premier ouvrage remonte à 1987 et le plus récent date de 2022, tandis que plusieurs prix littéraires en ont souligné la qualité. Les éditions Weyrich ont eu la bonne idée de rassembler une douzaine de textes issus de différents recueils et couvrant une trentaine d’années, ce qui nous offre un panorama de sa production. À les lire, on mesure d’emblée la très grande homogénéité de son œuvre. Celle-ci se traduit dans son écriture, mais aussi et surtout dans l’univers narratif d’une rare constance, à telle enseigne que l’on peinerait à reconstruire une chronologie sans consulter les notes qui précisent les ouvrages parus dont elles ont été extraites.
Le nom de Colette Braeckman est intimement lié au quotidien Le Soir, pour lequel elle travaille depuis des décennies, et au Congo, ce pays dont elle a acquis une connaissance incontestable depuis de nombreuses années. Elle vient de publier un ouvrage imposant dans lequel elle nous livre pas à pas son itinéraire de journaliste, avec un souci de faire mémoire nourri d’une sincérité peu commune.
Née des confidences d’une amie de l’autrice, cette fiction place côte à côte un candidat réfugié afghan et une femme belge d’une cinquantaine d’années. Enseignante, mère de deux enfants, elle, dont le prénom nous est tu, se trouve à un moment de sa vie où la voie semble toute tracée. Mais elle a laissé partir un mari et vit avec un goût de trop peu. Lui a une jeune épouse restée au pays avec leur enfant, il veut obtenir le droit de séjour et les faire venir quand tout sera réglé. Ces deux-là dont la vie est en suspens vont entrecroiser leurs destins et vivre une histoire d’amour qui défie les idées reçues.
Octogénaire atteinte de la maladie d’Alzheimer, Dominique Biron se donne cinq jours pour balayer devant nous son existence avant de tirer sa révérence. Elle vient d’apprendre le diagnostic lors d’une visite médicale, accompagnée de sa fille et de son beau-fils. Elle sait désormais que l’on va la serrer de près, alors qu’elle revendique de toujours sa pleine liberté et vit dans sa modeste villa. Au rythme de la montée en surface des souvenirs, elle revient sur les faits qui l’ont marquée dans son enfance, sur sa vie avec son défunt mari, mort d’avoir avalé une frite de travers, sur la relation distendue avec ses enfants. Elle entrecoupe son récit de réflexions sur son voisinage et sur tout ce qui lui passe par la tête.
Écrivain désargenté en panne d’inspiration, sans cesse relancé par son éditeur, le narrateur principal est appelé par Edgard Brandt, un avocat qu’il a côtoyé des décennies plus tôt sur les bancs de l’université. Un rendez-vous est fixé dans un restaurant et un fois les mots de retrouvailles échangés, Brandt lui demande de l’introduire auprès de son éditeur auquel il a un manuscrit à présenter. Il précise que le temps presse, car il est atteint d’un mal incurable. L’avocat a une réputation sulfureuse due aux causes qu’il a défendues, à ses fréquentations, mais aussi à sa personnalité brutale et narcissique.
L’on sait Armel Job fin observateur des âmes humaines, tant il a créé de personnages dont la présence forte imprègne la vie de ses lecteurs. Voici qu’il s’est prêté au jeu de l’extrême brièveté, celui des instantanés de la collection « La petite pierre » des éditions de La Pierre d’Alun, qui associe ses écrits aux illustrations de Benjamin Monti pour ce nouveau petit volume spiralé.