Archives de catégorie : Coups de cœur du Carnet

Les livres qui ont par­ti­c­ulière­ment séduit la rédac­tion du Car­net et les Instants et ont reçu la men­tion “Coup de coeur”

Dark Side of the Moon

Un coup de cœur du Car­net

Olivi­er PAPLEUX, La Vénus de la val­lée mosane, M.E.O., 2023, 208 p., 19 €, ISBN : 978–2‑80700–383‑5

papleux la venus de la vallée mosaneUn ouvri­er cou­vreur, André Lelièvre, file le par­fait amour :

Eve est nue (…) je frétille comme aux pre­miers jours ! (…) Mon émo­tiv­ité beau­coup plus intense, pro­fonde et durable que la nor­male explique prob­a­ble­ment pourquoi je désire à ce point ma femme. 

Comme Emmanuel, leur enfant (onze ans), est éveil­lé et com­plice, l’épouse enceinte, les pre­mières pages don­nent l’impression de pré­cip­iter vers un feel-good book. Mais quelques sin­gu­lar­ités, d’emblée, embuent le miroir. Déjà, le nar­ra­teur détonne par­mi ses col­lègues : Con­tin­uer la lec­ture

Morceaux épars d’une certaine réalité

Un coup de cœur du Car­net

Emmanuel RÉGNIEZ, La recon­nais­sance, Arbre à paroles, coll. « iF », 2023, 128 p., 16, ISBN : 9782874067228

regniez la reconnaissanceC’est un jeu. C’est un point vibrant qui perce toutes les couch­es du temps. Ou alors, c’est une his­toire d’amour indéfin­i­ment dif­férée qui prend la forme d’une longue et lente fuite lux­ueuse. On pour­rait dire qu’ils sont deux, mais ce serait faire de ces per­son­nages une entité qui ne représente pas la somme des soli­tudes qu’accumulent leurs pas con­joints, à tra­vers l’espace et le temps – côté à côte, ils tra­cent des chemins par­al­lèles qui ne se crois­eront jamais.

Peut-être que ce que cher­chait Clarisse, c’était une île, une île sans adresse, un lieu juste pour elle et moi, que cette île soit une véri­ta­ble île, ou bien une île arti­fi­cielle, créée par elle, pour que nous puis­sions nous y repos­er, nous y arrêter, longtemps, plus longtemps, pour tou­jours. Con­tin­uer la lec­ture

« U Can’t Touch This »

Un coup de cœur du Car­net

Alex­is ALVAREZ, Rela­tion, Arbre à paroles, coll. « iF », 2023, 20 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87406–735‑8

alvarez relationQua­si-corol­laire de tout début vu que « pour absol­u­ment tout dans la vie, marcher, respir­er, boire du vin ou se faire pipi dessus, il y [a] une pre­mière et une dernière fois », elle peut enlis­er, empoiss­er, embourber, comme oxygén­er, alléger, stim­uler. Elle rebat en tout cas imman­quable­ment les cartes, qui façon­neront d’autres châteaux à l’architecture espag­nole ou végéteront en tas informe sur une table crasseuse. La fin d’une rela­tion, et plus par­ti­c­ulière­ment d’une rela­tion amoureuse, c’est notre lot à (presque) tous, un jour ou l’autre. Si l’expérience s’envisage comme banale­ment com­mune avec une dis­tance poéti­co-cynique, moins fréquents sont ceux qui la ressen­tent comme telle à l’instant T et à tous les autres qui suiv­ront et s’accumuleront le temps de… Quelle que soit sa con­fig­u­ra­tion sin­gulière, elle déplace tou­jours nos lignes intérieures. Con­tin­uer la lec­ture

Voie de la parole et pensée indienne

Un coup de cœur du Car­net

San­drine WILLEMS, La parole comme voie spir­ituelle. Dia­logue avec l’Inde, Seuil, 2023, 200 p., 19,50 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782021493276

willems la parole comme voie spirituelle dialogue avec l'indeDans son dernier essai, l’écrivaine, philosophe, psy­ch­an­a­lyste et réal­isatrice San­drine Willems nous invite à un décen­trement, nous pro­pose un voy­age men­tal, esthé­tique et con­ceptuel loin de l’anthropocentrisme qui a façon­né l’Occident. S’ils se voient remis en ques­tion de nos jours, de l’intérieur de nos sociétés, l’anthropocentrisme de l’Occident et son pri­mat de l’humain ont eu une inci­dence sur notre per­cep­tion de la parole réduite à la sphère humaine, con­fisquée par cette dernière. L’ouverture de l’esprit aux dimen­sions qui échap­pent à la rai­son se fait sœur d’une expéri­ence de la spir­i­tu­al­ité qui, afin de ne rester murée dans l’indicible, doit se met­tre en quête d’un lan­gage, plus exacte­ment d’une parole qui puisse en ren­dre compte. Éblouis­sant essai sur les divers­es visions de la parole, sur sa nature, son orig­ine, son statut, ses effets, réflex­ions sur les puis­sances, les ressources, les mys­tères qu’elle détient, La parole comme voie spir­ituelle. Dia­logue avec l’Inde nous con­vie à une ren­con­tre avec l’Inde anci­enne. Con­tin­uer la lec­ture

Préserver l’étincelle de l’espoir jusqu’au bout

Un coup de cœur du Car­net

Katia LANERO ZAMORA, La machine (tome 2), ActuSF, 2023, 384 p., 20,90 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2376865742

lanero zamora la machine tome 2Le tome 2 de La machine de Katia Lanero Zamo­ra nous plonge dans une guerre civile qui fait rage depuis deux ans entre les Machin­istes, des anar­chistes défen­dant la jeune république espag­nole, et leurs opposants roy­al­istes, les Fléchistes. Dans le pre­mier tome, nous avons pu décou­vrir la façon dont l’histoire col­lec­tive s’articulait aux des­tins indi­vidu­els des héros Andrès et Vian Cabay­ol. Dans la suite de cette his­toire, c’est dans la vie con­crète des deux frères que les effets de la guerre sont dévoilés.

D’un côté, il y a Vian, affec­té à la colonne de Feu, la sec­tion d’élite des sol­dats de l’armée de Panîm, dirigée par son beau-père Ovan­do, un homme dur et cru­el. Mar­qué par l’empreinte de son rôle, Vian est devenu une machine de guerre dont le seul but est de vis­er, charg­er, tir­er. Sa part d’humanité revient pour­tant faire effrac­tion dans cer­tains moments. Con­tin­uer la lec­ture

“Ce qui fait décoller les poètes…”

Un coup de cœur du Car­net

Béa­trice LIBERT, illus­tra­tions de KOTIMI, Voy­ages à per­dre haleine, Motus, coll. « Pommes Pirates Papil­lons », 2023, 64 p., 13 €, ISBN : 9782360111275

libert voyages a perdre haleineDans Voy­ages à per­dre haleine, Béa­trice Lib­ert emmène en voy­age le vivant soit-il un humain, un ani­mal, un insecte volant ou ram­pant, un fruit et aus­si, avec brio, ceux qu’a pri­ori, le voy­age ne con­cerne pas : le chêne, le réver­bère, la fenêtre…

Les mots jouent, vire­voltent et s’enchaînent dans ce recueil abouti et effi­cace, tein­té d’absurde et d’humour. La poésie s’y con­jugue sans peine, et “Sans per­dre la bous­sole” : Con­tin­uer la lec­ture

L’humour comme rempart

Un coup de cœur du Car­net

Fan­ny RUWET, Bien sûr que les pois­sons ont froid, Icon­o­claste, 2023, 266 p., 19 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑37880–347‑6

ruwet bien sur que les poissons ont froidÉté 2021, Allie, 27 ans, vient de rompre avec son com­pagnon et d’emménager seule pour la pre­mière fois de sa vie. Pas franche­ment débor­dée de tra­vail, ni de moti­va­tion pour celui-ci, et quelque peu désœu­vrée, elle se lance dans un défi à la recherche de ses émo­tions intens­es d’adolescente : retrou­ver son pre­mier amour. Si tant est qu’on puisse appel­er « pre­mier amour » une rela­tion à dis­tance avec quelqu’un qu’on n’a jamais ren­con­tré… Avec l’aide de son fidèle ami Maxime, elle se met à la recherche de Nour, ce garçon au prénom épicène avec qui elle con­ver­sait longue­ment sur MSN. Au départ des quelques indices que recèle la mémoire de ses 15 ans, elle passe inter­net au peigne fin, échafaude des théories plus ou moins réal­istes et avance de ques­tion en ques­tion. Con­tin­uer la lec­ture

G, comme Gloria et Géniale

Un coup de cœur du Car­net

Almu­de­na PANO, Glo­ria, Rue de l’Échiquier, 2023, 224 p., 24,90 €, ISBN : 978–2‑37425–385‑5

pano gloriaG tra­vaille comme assis­tante sociale dans un cen­tre pour mineurs. D’apparence coquette et sportive, fana de self­ies, elle dénote avec l’image qu’on se forge d’une pro­fes­sion­nelle du domaine, qu’on voudrait les cheveux gras, le sourire éteint et les épaules ployées par la lour­deur des vécus aux­quels elle se frotte. Et pour­tant G se démène corps et âme pour ses pro­tégés, s’investit dans leur exis­tence cabossée, oublie ses plans per­son­nels, hap­pée qu’elle est par sa mis­sion d’aide à autrui. À cause de son salaire de mis­ère, elle se voit con­trainte d’habiter chez ses par­ents, mod­estes et aimants, et d’écouter les ser­mons de ses amies inquiètes de sa sit­u­a­tion, sans pour autant se résoudre à cess­er sa quête sisyphéenne : « Je sais que mon tra­vail c’est comme un panse­ment sur une jambe de bois. Mais je ne peux pas regarder ces enfants, qui ont des prob­lèmes que tu ne saurais même pas imag­in­er, et rester là sans rien faire. » G, amie d’Elisa Sar­tori (généreuse com­parse de l’autrice), a fourni à Almu­de­na Pano la matière pre­mière de l’album lors d’une inter­view en 2017 ; après, le pro­jet a mûri et s’est réori­en­té, en rai­son d’impulsions édi­to­ri­ales et d’ébranlements intimes. Con­tin­uer la lec­ture

Véronique Bergen ou la langue brise-lame

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Écume, ONLiT, 2023, 24,99 €, ISBN : 978–2‑87560–159‑9

Mise à jour du 29/08/2023 : Écume reparait en coédi­tion entre Les équa­teurs et Onlit le 30/08/2023

bergen écume bergen ecumeChaque nou­v­el opus de Véronique Bergen révèle l’immensité d’un monde insoupçon­né. Son nou­veau roman, Écume, pub­lié aux édi­tions ONLIT (qui avaient accueil­li Tous doivent être sauvés ou aucun en 2018 et Icône H. en 2021), n’y déroge pas. Plongeant dans l’élément aqua­tique, Écume, au titre aus­si tranché qu’évocateur, éclabousse les riv­ières du con­formisme.

S’ouvrant sur la for­mule « Détrompez-vous », le roman affole d’emblée nos bous­soles et nos sex­tants. Il est tail­lé dans la syn­taxe de la mer, épouse les voca­bles des êtres qui l’habitent. Écume sec­oue les vagues de l’Histoire, plonge dans les bas-fonds de la mémoire, puise dans la matière noire des « océani­cides » et des ruées vers le sper­ma­ceti qui n’a valeur d’or qu’au prix de mas­sacres, pour livr­er un hymne à la lib­erté à l’état sauvage. Con­tin­uer la lec­ture

« La toujours-bonne-nouvelle »

Un coup de cœur du Car­net

Gabriel RINGLET, La blessure et la grâce, Albin Michel, 2023, 277 p., 20 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑226–48152‑8

ringlet la blessure et la graceL’épigraphe de la pianiste Hélène Gri­maud qui ouvre le nou­v­el opus de Gabriel Ringlet donne une clé de lec­ture de l’optique de cet essai : « Nous sommes toutes et tous blessés. Per­son­ne n’échappe au trag­ique de l’existence.  La seule dif­férence est peut-être que l’artiste a davan­tage con­science de cette blessure, qu’il refuse de s’en accom­mod­er, qu’il en fait une grâce. » Con­tin­uer la lec­ture

Creuser la peau du poème

Un coup de cœur du Car­net

Char­line LAMBERT, Sous dial­y­ses précédé de Chan­vre et lierre, post­face Véronique Bergen, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 200 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87568–581‑0

lambert sous dialyses precede de chanvre et lierreSous une cou­ver­ture flam­boy­ante qui tient tant de la soupe pri­mor­diale que de la super­no­va, Espace Nord réédite les deux pre­miers recueils de la poétesse Char­line Lam­bert. Sous dial­y­ses et Chan­vre et lierre, tous deux parus en 2016 (l’un aux édi­tions L’Âge d’homme, l’autre au Tail­lis Pré), se font écho dans cette belle édi­tion assor­tie d’une post­face vir­tu­ose signée Véronique Bergen.

Un désir grouille, venu de plus loin encore que l’œsophage, un désir plus rond que l’ombilic, plus brûlant que l’urètre. Un désir sonore en canal, qui élar­git les digues des artères et érode l’épiderme. Devien­dra un chant plus tard, s’il n’est pas du chan­vre.

Entr­er en poésie comme Char­line Lam­bert, avec elle, c’est gliss­er dans une eau claire : le liq­uide ourle la peau comme les mots, détache net­te­ment des con­tours qui, à l’air libre, sem­blaient flous et s’affirment alors avec inten­sité, déter­mi­na­tion, pour se couler dans un monde auquel ils ont tou­jours appartenu. Entr­er en poésie comme on comble un vide avec un plein – le plein des mon­des pal­pi­tants qui four­mil­lent sous les vertèbres. Con­tin­uer la lec­ture

Un cœur fou sous un chapeau noir

Un coup de cœur du Car­net

Eugène SAVITZKAYA, L’amour de loin, dessins de l’auteur et de Muriel Logist, La pierre d’alun, coll. « La petite pierre », 2023, 64 p., 15 €,  ISBN : 978–2‑87429–127‑2

savitzkaya logist l'amour de loinLes années pas­sant, l’enchantement soudain et imprévis­i­ble que provo­quent les livres sin­guliers d’Eugène Sav­itzkaya réside encore et tou­jours dans le jeu formel de l’écriture, qu’il pra­tique avec la vivante sou­p­lesse de l’acrobate. Évi­tant de rester engoncé dans la car­i­ca­ture que peut con­stituer par­fois le man­teau de poète, plutôt prêt à se met­tre en retrait, à l’écart, ce « fraudeur » (pour repren­dre le titre d’un de ses romans) du monde lit­téraire s’avance tan­tôt déli­cat et tout en saveur, tan­tôt lassé des injus­tices per­pétrées au nom des règles et des normes, ce qui peut alors sus­citer de la part de ce « fou trop poli » (autre titre encore) les plus vio­lentes ripostes. Con­tin­uer la lec­ture

Laisse-moi rêver encore un peu

Un coup de cœur du Car­net

Daniel DE BRUYCKER, L’ombre et autres reflets, Herbe qui trem­ble, coll. “D’autre part”, 2023, 142 p., 18 €, ISBN : 978–2‑491462–55‑0

de bruycker l'ombre et autres refletsL’Auteur est mort, se dit-il. Cer­tains ne s’en plain­dront pas, embar­rassés qu’ils étaient par la sur­vivance de cette instance investie d’une « autorité » – tout ce qui est détestable à l’époque, s’exerçât-elle sur un texte… D’autres con­tin­ueront à entretenir le culte de cette fig­ure à tra­vers son incar­na­tion humaine, espérant l’entrevoir, lui adress­er quelques mots, voire le touch­er, et ain­si man­i­fester leur recon­nais­sance infinie, leur adu­la­tion.

Et les per­son­nages, ont-ils seule­ment leur mot à dire quant à cette réé­val­u­a­tion con­tem­po­raine de l’Auteur ? Par­tent-ils encore en quête de leur démi­urge, comme dans telle pièce bien con­nue de Piran­del­lo ? Ten­tent-ils d’entrer encore en dia­logue avec leur deus ex machi­na, par exem­ple pour lui sug­gér­er une fusion totale (« Madame Bovary, L’assassin de Roger Ack­royd, c’est toi et c’est moi ») ? Con­tin­uer la lec­ture

Rencontre entre intimité et Justice

Un coup de cœur du Car­net

Thier­ry WERTS, Le monde rêvé d’Alva Teimosa, La Trace, 2023, 130 p., 16 €, ISBN : 979–10-97515–79‑9

werts le monde reve d'alva teimosaDans un for­mat poche et avec une cou­ver­ture au graphisme élé­gant, Le monde rêvé d’Alva Teimosa, troisième livre de Thier­ry Werts après For Intérieur (éd. PIPPA) et Demain n’existe pas encore (déjà aux édi­tions La Trace) accroche d’emblée le regard. La lec­ture vient con­firmer le charme de la cou­ver­ture.

On sent que chaque mot a été soigneuse­ment choisi ain­si que sa dis­po­si­tion sur la page. On décou­vre l’héroïne, Mar­tine Robi­co, en pleine ascen­sion du som­met de la Pierre Avoi, dans le Valais, près de Mar­tigny. Ce prélude l’amène devant une stèle à la mémoire d’Alva Teimosa, décédée à 40 ans. On devine que les deux femmes sont liées par un secret intime, mais aus­si que la vie de Mar­tine Robi­co se vit à la lisière du monde, dans une soli­tude assumée, comme nous invi­tent à le penser ces quelques lignes épurées : Con­tin­uer la lec­ture

Le temps du feu

Un coup de cœur du Car­net

Adlynn FISCHER, L’été du ver­tige, La ville brûle, 2023, 225 p., 22 €, ISBN : 9782360121410

fischer l ete du vertigeC’est l’été. Pen­dant une semaine, Mar­got et Louise sont lais­sées seules à la mai­son par leur père, qui doit s’absenter. Louise, jeune ado­les­cente, invite copains et copines à inve­stir les lieux, pour une fête appelée à se pro­longer. Une bande d’ados prend racine dans le salon. Sous l’influence d’Aurora, une jeune femme arrivée là un peu mys­térieuse­ment, le groupe va se retrou­ver pris dans un jeu dan­gereux où il s’agit de tout oser. Le désir d’expérimenter prend le pas sur la pru­dence et chaque mem­bre de groupe va relever les défis et pos­er des actions tan­tôt absur­des, tan­tôt chargées d’un sens poli­tique cer­tain. C’est qu’en ter­res ado­les­centes, il est impératif de ne jamais mon­tr­er qu’on a peur : celui ou celle qui en appelle aux règles ou qui préfère renon­cer a for­cé­ment per­du. Con­tin­uer la lec­ture

Pour un bouquet de violettes

Un coup de cœur du Car­net

Pas­cale FONTENEAU, Com­ment (et pourquoi) j’ai mangé mon amant, Onlit, 2023, 18 €, ISBN : 9782875601643

fonteneau comment et pourquoi j ai mange mon amantHélène a tout pour être heureuse. Un mari, des enfants, un boulot sta­ble et peu de soucis matériels. Elle mène une vie sans his­toires avec un petit goût de trop peu, un rien d’amertume sans doute lié au manque de ten­dresse que lui témoignent ses proches. Un mari cadre dans une banque, qui aime tout anticiper et prévoir, fort de ses cer­ti­tudes, une fille juriste qui s’inscrit dans le sil­lage du père, un fils bril­lant qui s’apprête à par­tir au Japon.

Dans la com­pag­nie d’assurances où elle assure la direc­tion des con­tentieux com­mer­ci­aux, elle reçoit les con­fi­dences d’Isabelle, dont le fils sem­ble fil­er un mau­vais coton. Une petite voix en elle lui mur­mure la petitesse de ce monde où tout est prévis­i­ble, mal­gré les risques qui, même assurés, peu­vent tout faire bas­culer sans crier gare. À son médecin, elle con­fie, faute d’écoute de son mari : « (…) ce qui m’inquiétait le plus, surtout depuis mon dernier anniver­saire, c’était de voir ma vie se dérouler désor­mais sans change­ment, sans un pli jusqu’à la fin. Une vie comme un tapis roulant qui, inex­orable­ment, me con­duirait là où finit l’existence. » En guise de remède, il lui pre­scrit quelques change­ments, un brin de fan­taisie et des vit­a­mines. Con­tin­uer la lec­ture