Archives de catégorie : Coups de cœur du Carnet

Les livres qui ont par­ti­c­ulière­ment séduit la rédac­tion du Car­net et les Instants et ont reçu la men­tion “Coup de coeur”

Clair-obscur en mezza-voce

Un coup de cœur du Car­net

Eléonore DE DUVE, Dona­to, Cor­ti, 2023, 216 p., 21 €, ISBN : 9782714312952

de duve donatoDona­to a marché, arraché, caressé, goûté, ri, pleuré. Il s’est penché, cour­bé, est remon­té. Il a souri, pleuré, bu, dan­sé et racon­té peu. Il a quit­té la chaux de son vil­lage des Pouilles pour le Pays noir de Charleroi.

Avare de mots, mais riche de sou­venirs, il laisse à sa petite-fille moins que des pho­togra­phies en noir et blanc, des traces – à peine des esquiss­es – lacu­naires, sur lesquelles restent à met­tre couleurs, odeurs, saveurs. Des mots qui trahi­ront inévitable­ment la vérité : Con­tin­uer la lec­ture

Crepax par la bande

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Gui­do Crepax. L’axiome d’Eros, La let­tre volée, 2023, 140 p., 18 €, ISBN : 9782873176167

Bergen Guido CrepaxBien sûr, il y a son Emmanuelle – pre­mier fris­son, ces jambes pen­dantes, devant l’osier d’un fau­teuil démen­tiel où elle trône en reine dés­abusée – et son His­toire d’O – deux­ième fris­son, cette sil­hou­ette nue et aveu­gle attirée en laisse par un laquais sor­dide vers quel ver­tige ? Deux som­mets de ce que l’on hésite à qual­i­fi­er de « bande dess­inée éro­tique » et qui mérite mieux son appel­la­tion de Neu­vième art. Mais Gui­do Crepax (1933–2003), c’est bien plus que Réage ou Arsan couchées, détail­lées et encrées en noir et blanc dans des albums qui firent les délices inter­dites de plusieurs généra­tions d’amateurs du genre, ou cap­tivèrent des uni­ver­si­taires, depuis Roland Barthes jusqu’aux Gen­der stud­ies ; c’est même bien plus que l’héroïne Valenti­na, « icône fémi­nine con­juguant avid­ité sex­uelle et art de l’onirisme ». Qui ain­si, à part les col­lec­tion­neurs mani­aques, se rap­pelait que le dessi­na­teur milanais avait égale­ment traité des States à l’époque où ils étaient autant enflam­més par le jazz, la guerre du Viêt-Nam et la ségré­ga­tion raciale ? Et qu’il avait illus­tré La mar­quise d’O (ini­tiale ô com­bi­en pré­fig­u­ra­trice) du roman­tique alle­mand Kleist, Le procès de Kaf­ka, Drac­u­la, Franken­stein, His­toire de l’œil de Bataille ? Con­tin­uer la lec­ture

Les dragons aussi ont besoin de ronronner

Un coup de cœur du Car­net

Jérôme COLIN, Les drag­ons, Allary, 2023, 177 p., 18,90 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 97822370734709

colin les dragonsAprès dix ans de rela­tion de cou­ple, Jérôme, trente-cinq ans, se voit obligé de faire une pause car sa com­pagne souhaite avancer (enten­dez avoir un enfant) et l’invite à réfléchir, lassée par les dif­fi­cultés de son com­pagnon à envis­ager l’avenir. Dès qu’il porte son regard sur le monde, il éprou­ve effec­tive­ment un mélange sub­til d’anxiété, de colère et de lucid­ité inci­sive. Ce temps d’arrêt est l’occasion de jeter sur le papi­er une his­toire vécue vingt ans plus tôt et enfouie pro­fondé­ment en lui… Con­tin­uer la lec­ture

Amélie, avec deux ailes

Un coup de cœur du Car­net

Amélie NOTHOMB, Psy­chopompe, Albin Michel, 2023, 156 p., 19 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑226–48561‑8
Livre audio lu par Françoise Gillard, Audi­olib, 2h52, 20 €

nothomb psychopompePsy­chopompe reprend le cours de l’exploration auto­bi­ographique qu’Amélie Nothomb a entamée dès 1993 avec la paru­tion du Sab­o­tage amoureux, et a entretenue régulière­ment par la suite (Stu­peur et trem­ble­ments, Méta­physique des tubes, Biogra­phie de la faim, Ni d’Ève ni d’Adam et La nos­tal­gie heureuse). Ce nou­veau livre revient sur des événe­ments déjà nar­rés aupar­a­vant, pour leur chercher un sens et une unité. Con­tin­uer la lec­ture

Une semaine dans la vie d’un homme

Un coup de cœur du Car­net

Jean-Luc OUTERS, Mon nom ne vous dira rien, Impres­sions nou­velles, 2023, 208 p., 18 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑39070–064‑7

outers mon nom ne vous dira rienJour­nal­iste sportif, Dominique se retrou­ve céli­bataire pour une semaine. Julie, son épouse, est en séjour pro­fes­sion­nel en Afghanistan et, dis­posant de temps, il reprend con­tact avec Philippe, un ami de longue date qu’il n’a plus vu depuis une éter­nité. Ce dernier l’informe de l’état de son épouse, Elsa, qui a con­trac­té une forme pré­coce de la mal­adie d’Alzheimer qui laisse son com­pagnon désem­paré. Out­re sa perte de mémoire des faits récents et son inca­pac­ité à recon­naître qui que ce soit, celle-ci prend régulière­ment la poudre d’escampette, sil­lonne Brux­elles puis ne retrou­ve plus son chemin. Elle s’exprime le plus sou­vent dans son ital­ien natal et lorsqu’elle est accostée par de per­son­nes qui pro­posent de la recon­duire chez elle, elle leur répond invari­able­ment : « Mon nom ne vous dira rien ». Exténué, Philippe a fait la con­nais­sance d’une jeune femme et il demande à son ami d’assurer une présence une nuit auprès d’El­sa. Con­tin­uer la lec­ture

Réel et fiction à la chaîne

Un coup de cœur du Car­net

Fan­ny GARIN, Des tueries et un film, Sabot, 2023, 136 p., 12 €, ISBN : 978–2‑492352–13‑3

garin des tueries et un film« C’est cela la fic­tion, ce corps mou, spongieux et rose pâle de porc aux pieds noirs. C’est cela la fic­tion, le polar, des fleurs jetées au corps du porc, des fleurs jetées autour et déjà fanées, flétries. On imag­ine n’importe quoi. »

L’opus Des tueries et un film, de Fan­ny Garin, sous-titré « poème dra­ma­tique et doc­u­men­taire », explose les digues de la représen­ta­tion, aggrave la ten­sion entre fic­tion et réel. Oscil­lant entre scé­nario de film, pièce de théâtre, poème, notes, ce livre est, lit­térale­ment, inclass­able. Nulle autre voix que celle de Fan­ny Garin n’aurait pu livr­er cette espèce de « polar sanglant agro-indus­triel ». Nulle autre mai­son d’édition que Le sabot, dont l’objectif est d’ « inter­venir sur le monde et le dire sans pas­siv­ité », n’aurait pu l’accueillir. Con­tin­uer la lec­ture

Venir au monde

Un coup de cœur du Car­net

Louis ADRAN, La nuit de Neauphle où naître, Cheyne, 2023, 64 p., 17 €, ISBN : 9782841163281

adran la nuit de neauphle ou naitrePlacé sous le signe de l’énigme (du dire, du vivre), s’ouvrant sur une cita­tion de Mar­guerite Duras (« Ça rend sauvage l’écriture. On rejoint une sauvagerie d’avant la vie »), le recueil poé­tique La nuit de Neauphle où naître dépose un verbe qui est de l’ordre d’un regard éminem­ment tac­tile. Le bal­let d’ombres humaines que Louis Adran con­voque se voit nim­bé d’un flou quant aux lieux, aux épo­ques, aux per­son­nages, aux actions. Dans une langue qui, hors de tout mime, fait l’épreuve de sa genèse, cette suite poé­tique scan­dée en qua­tre par­ties qui ryth­ment l’avancée de la nuit nous entraîne dans des paysages forestiers, cham­pêtres par­cou­rus par des êtres ten­dus vers l’avènement d’une nais­sance. Dans la splen­deur étince­lante de l’écriture se découpent une fuite vers Neauphle, la ren­con­tre de femmes, accoucheuses de « l’être nou­veau », l’attente dans la nuit de l’été d’un événe­ment qui rend le naître à lui-même. Con­tin­uer la lec­ture

Genèse et formes de pensée et d’action

Un coup de cœur du Car­net

Éric CLEMENS, En étoile. Intro­duc­tion à la philoso­phie, I. Le devenir, Press­es uni­ver­si­taires de Lou­vain, 2023, 208 p., 21 €, ISBN : 9782390613114
Éric CLEMENS, En étoile. Intro­duc­tion à la philoso­phie, II. La dépense, Press­es uni­ver­si­taires de Lou­vain, 2023, 202 p., 21 €, ISBN : 9782390613398

clemens en étoile introduction a la philosophie 1 clemens en etoile introduction a la philosophie 2

Éblouis­sant par­cours en étoile, res­saisie d’une intro­duc­tion à la philoso­phie en s’éloignant d’une approche qui exposerait les sys­tèmes et les courants de pen­sée des orig­ines grec­ques de la philoso­phie occi­den­tale au paysage con­tem­po­rain, En étoile. Intro­duc­tion à la philoso­phie se con­stru­it autour d’un choix préju­di­ciel : la voie élue est celle d’un retour ques­tion­nant sur le « qu’est-ce que penser ? », une inter­ro­ga­tion à laque­lle la philoso­phie se voue depuis tou­jours et en laque­lle elle a con­den­sé son geste. Con­tin­uer la lec­ture

Ressortir et compléter le puzzle

Un coup de cœur du Car­net

Vin­cent ENGEL, Vous qui entrez à Mon­techiar­ro, Asmod­ée Edern et Ker, 2023, 412 p., 25 € / ePub : 9,99 € / audi­o­livre : 20,90 €, ISBN : 978–2‑87586–355‑3

engel vous qui entrez a montechiarroTrois épo­ques : la fin du 19e siè­cle, le fas­cisme et la pandémie. L’Italie : Venise, Rome, Lipari et… la Toscane bien sûr mais, pas tant que ça finale­ment. Plus acteur que décor, le vil­lage de Mon­techiar­ro est en fil­igrane des dif­férents réc­its, sans for­cé­ment les abrit­er.

Il y a d’abord Rober­to, qui quitte son bourg toscan à con­trecœur. Son ainé envoie leur mère à l’hôpital à Venise et Rober­to ne peut rester loin de l’unique objet de son affec­tion. Au cœur de la Sérénis­sime, il décou­vre une autre forme d’amour, en même temps qu’un courage et une déter­mi­na­tion que per­son­ne ne lui con­nais­sait. Con­tin­uer la lec­ture

La constellation poético-écologique des Bodart-Richter

Un coup de cœur du Car­net

Flo­rence RICHTER et François OST (dir.), La tribu Bodart-Richter. Entre écolo­gie et poésie, AML Édi­tions, coll. “Archives du futur”, 2023, 292 p., 28 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 9782871680956

la tribu bodart-richterÉvéne­ment dans le cat­a­logue de AML Édi­tions, l’ouvrage con­sacré à la famille d’écrivains Bodart-Richter l’est à plus d’un titre. Tout d’abord parce que, pub­lié dans la col­lec­tion « Archives du Futur » des Archives et Musée de la Lit­téra­ture, ce vol­ume se place sous le signe d’une œuvre plurielle, mul­ti­ple, celles du poète et essay­iste Roger Bodart, de la roman­cière, dra­maturge et essay­iste Marie-Thérèse Bodart, de la nou­vel­liste et essay­iste Anne Richter et de l’écrivaine Flo­rence Richter. Ensuite, parce que le pan­el des rich­es con­tri­bu­tions (Jean-Claude Vantroyen, François Ost, Manon Houtart, Sask­ia Bursens, Yves Namur, Éric Brog­ni­et, Flo­rence Huy­brechts, Pas­cale Tou­s­saint, Christo­pher Gérard, Isabelle Moreels, Patrick Berg­eron, Flo­rence Richter, sans oubli­er l’introduction signée par Lau­rence Boudart et Flo­rence Huy­brechts) se rassem­ble autour des lignes de con­ver­gence entre l’œuvre de l’un et des autres, à savoir le nouage intime entre écolo­gie et écri­t­ure. Con­tin­uer la lec­ture

Voie royale sans issue

Un coup de cœur du Car­net

Mar­guerite VAN DE WIELE, Filleul du roi !, Névrosée, coll. « Femmes de Let­tres oubliées », 2023, 198 p., 16 €, ISBN : 978–2‑931048–52‑8

van de wiele filleul du roiFaire revivre des voix con­trar­iées, sor­tir de l’ombre de grandes effacées qui ont fait la lit­téra­ture, nos Let­tres, leur redonner une place dans l’histoire lit­téraire, val­oris­er le tra­vail artis­tique des femmes, excaver des pépites trop longtemps enfouies, voilà l’entreprise de la col­lec­tion « Les femmes de Let­tres oubliées » aux édi­tions Névrosée. Des réha­bil­i­ta­tions qui ne sont pas sans enjeu de légitim­ité pour les généra­tions futures, qui ren­dent vis­i­ble un héritage injuste­ment invis­i­bil­isé ; une démarche d’orpailleuse à tra­vers les ray­on­nages des Archives et Musée de la Lit­téra­ture et de la KBR. Aujourd’hui, sort de l’oubli Filleul du roi ! et son autrice, Mar­guerite Van de Wiele (1857–1941). Elle qui fut la pre­mière autrice belge à faire de l’écriture un méti­er à part entière, la pre­mière écrivaine du pays à vivre de sa plume. Deux de ses ouvrages ont déjà revu la lumière grâce à l’initiative de la même mai­son d’édition : Âme blanche (2019) et Fleurs de civil­i­sa­tion (2020). Con­tin­uer la lec­ture

Flux de verbe, flux de vie

Un coup de cœur du Car­net

Char­line LAMBERT, Thot THOMAS, Quicon­ques, Chat polaire, 2023, 74 p., 15 €, ISBN : 978–2‑931028–25‑4  

lambert quiconquesChaque livre de Char­line Lam­bert nous con­duit dans des régions qui n’appartiennent qu’à elle, au plus loin des écri­t­ures pré­fab­riquées et des œil­lères de la pen­sée. Avec son cinquième recueil poé­tique inti­t­ulé Quicon­ques, la poétesse nous con­vie à fouler des ter­res pétries d’énigmes et de sen­so­ri­al­ité. Le titre donne la tonal­ité du voy­age : l’entrée dans des proces­sus de sub­jec­ti­va­tion désub­jec­ti­vante, poreuse, supra ou infra-per­son­nelle. L’écriture entre dans une phase de raré­fac­tion, d’allègement et invente une langue à la hau­teur du reg­istre des sen­sa­tions tra­ver­sées. Un flux de vie, de verbe relie le lichen et la chair, les rochers et l’humain. Au tra­vers du champ lex­i­cal de la vio­lence subie et don­née — potence, piloris, mise en joue, plaie… —, dans l’agencement d’un espace poé­tique acquis aux flot­te­ments du « je et du « tu », Char­line Lam­bert s’aventure dans la con­ci­sion du minéral, dans les secrets du végé­tal. Ryth­mé par les dessins de Thot Thomas (dont le nom évoque le dieu égyp­tien de l’écriture, Thot), Quicon­ques délivre une langue-peau tail­ladée, per­cée d’alvéoles, orante des blancs dans lesquels elle germe. Con­tin­uer la lec­ture

Crocs en stock

Un coup de cœur du Car­net

Car­o­line WLOMAINCK, Inci­sives, Lamiroy, 2023, 233 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87595–833‑4

wlomainck incisivesInci­sives, à mi-chemin entre deux gen­res, jux­ta­pose cinq micro-romans ou maxi-nou­velles (de 33 à 60 pages).

« Vau­tours », au départ du recueil, dégage une atmo­sphère qui rap­pelle les derniers livres de Mar­tine Rouhart. Eliane, une dame de 87 ans, vient d’apprendre qu’elle n’en a plus pour très longtemps mais demeure très pos­i­tive, des « ailes bat­tantes » poé­tisent sa vie en l’adossant aux mer­veilles intimistes de son jardin : Con­tin­uer la lec­ture

Retrouvailles avec une famille commune

Un coup de cœur du Car­net

Olivia MOLNAR et Ald­win RAOUL, Atlas des plantes de mau­vaise vie, Hélice Hélas, 2023, 72 p., 24 €, ISBN : 9782940700264

molnar atlas des plantes de mauvaise vieL’Atlas des plantes de mau­vaise vie est présen­té comme un « her­bier de l’infra-ordinaire » en écho au tra­vail de Georges Perec. 31 plantes ver­nac­u­laires s’y déploient, ayant en com­mun la  par­tic­u­lar­ité de grandir à l’état sauvage dans les rues de Brux­elles, mais aus­si partout dans les villes du Nord de l’Europe. Elles sur-vivent entre les pavés, dans les anfrac­tu­osités des trot­toirs, sous le béton qui, banale­ment, nous encer­cle de toute part. En prenant le temps de s’arrêter sur leurs exis­tences, les artistes Olivia Mornar et Ald­win Raoul s’attèlent à mon­tr­er la richesse du lex­ique dans lequel les plantes appa­rais­sent. Cette richesse est un trem­plin pour activ­er notre imag­i­naire végé­tal, et rap­pel­er à notre mémoire les mythes, les his­toires et les légen­des que les plantes véhicu­lent. À chaque plante est reliée une recherche minu­tieuse dans des gri­moires, des livres savants et autres tré­sors les consignant, les pro­tégeant. On y redé­cou­vre que les plantes ne sont pas seule­ment de mau­vais­es herbes insignifi­antes et invis­i­bles. Elles sont surtout des « com­pagnonnes dis­crètes » de l’humanité. Majori­taires sur la planète et il est plus que temps d’en par­ler, de leur accorder de l’attention et du soin, pour voir le monde autrement, pour déplac­er et trans­former notre rap­port à la ville, à la nature, à l’humanité. Con­tin­uer la lec­ture

« Un oiseau décisif »

Un coup de cœur du Car­net

Marc DUGARDIN, Dans la soli­tude inachevée, Rougerie, 2023, 76 p., 13 €, ISBN : 978–2‑85668–423‑8

dugardin dans la solitude inachevéeEmprun­té au poème de Véronique Wau­ti­er (1954–2019) placé en exer­gue, le nou­veau titre de Marc Dugardin, Dans la soli­tude inachevée, s’inscrit dans la lignée de ses précé­dents recueils pub­liés aux édi­tions Rougerie. Pen­sons à Table sim­ple (2015), Let­tre en abyme (2016) et D’une douceur écorchée (2020) qui se con­stru­isent notam­ment autour du motif de l’oiseau, de l’interrogation qu’il porte en son sein. Celle-ci est tant d’une sim­plic­ité désar­mante que d’une den­sité blessante, car « ce qui tra­verse le chaos / ressem­ble à un oiseau ». Con­tin­uer la lec­ture

Aghar, l’expulsée

Un coup de cœur du Car­net

Tarek ESSAKER, Les Chem­i­nants, Réc­it poé­tique, Trad. en arabe de Ziad Ben Youssef, Pré­face de Vin­cent Lefèvre, Post­face en français et pré­face en arabe de Rafi­ka Bhouri, Arbre à paroles, 2023, 284 p., 18 €, ISBN : 9782874067327

essaker les cheminantsÉblouis­sante médi­ta­tion poé­tique autour de la fig­ure d’Agar/Aghar, ser­vante de Sarah, qui donne à Abra­ham un fils, Ismaël, Les Chem­i­nants mène la poésie dans des régions invo­ca­toires et oniriques où langue, monde, vision, his­toire, reli­gion se ressour­cent. À la femme sac­ri­fiée de la Genèse, à la femme qui don­na nais­sance aux douze tribus et que Sarah con­damna au désert avec l’assentiment d’Abraham et la béné­dic­tion de Dieu, Tarek Essak­er donne une voix plurielle, de sable et de silence brûlant, soutenue par les fig­ures d’Aref, le témoin, de Dieu, des Chem­i­nants, des prophètes, de Yaccoub/Jacob. Con­tin­uer la lec­ture