Michel CLAISE, Les années d’or (Salle des pas perdus III), Genèse, 2020, 256 p., 21 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 9791094689707
Troisième est donc ce nouveau tome de la fresque entamée avec La salle des pas perdus, roman paru en 2006, suivi par Les années paix (2010). Avec Les années d’or, qui courent de 1960 à 1970, c’est une période plus proche qui défile, celle que Michel Claise a connue lui-même enfant et adolescent. Son ambition demeure identique : faire œuvre de mémoire tout en suivant le destin d’une poignée de personnages pleinement inscrits dans les enjeux de leur temps, à la pointe des débats d’idées, des mouvements qui traversent la société. Continuer la lecture

Avant de s’éclipser définitivement au printemps 2014, traçant sa dernière route vers les rivages lointains de l’enfance perdue, Jean-Claude Pirotte nous avait aimablement prévenus :
Dans ce roman d’apprentissage, nous suivons Véra, jeune adolescente entêtée et peu sociable, qui s’évade dès qu’elle en a l’occasion grâce à la lecture. Véra vit à Namur avec son père, un avocat renommé, dans une maison un peu délabrée, campée au bas d’un coteau de la citadelle. L’obligation scolaire et les mesquineries des jeunes adolescentes de son école obscurcissent le quotidien de la jeune femme qui se verrait bien vivre en autarcie avec son père, figure complice et bienveillante, avec qui elle partage de nombreux traits.
« Quand un créancier ne veut ni payer ni s’arranger à l’amiable, c’est la plainte, le tribunal, le jugement, et finalement, dans le cas qui nous occupe, la saisie. C’est là que j’entre en scène ». Qu’il entre en scène. L’huissier. Le narrateur des quinze nouvelles du premier recueil de Jean Pierre Jansen, On n’entre pas comme ça chez les gens ! avec sa dose d’humanité, de philosophie et un humour tout personnel que rend bien le style familier de l’auteur, avec ses comparaisons malicieuses.
Littératures une collection de fictions belges apparue en 2013 au sein des Éditions Academia. Fondée en 1987, cette maison d’édition a tout d’abord développé des collections de sciences humaines universitaires. Avec Littératures notamment, la maison accueille désormais récits, romans, nouvelles d’autrices et auteurs francophones de Belgique. « L’objectif est de donner vie à des textes d’auteurs débutants ou confirmés, des textes variés et de qualité », nous explique Sidonie Maissin, responsable des relations publiques et commerciales pour les éditions Academia.
Chauffeur de taxi à la vie un peu terne, Franck est sollicité pour une course qui se révélera hors du commun. Au premier abord, Hélène est juste une cliente qui part en week-end. Mais le tempérament fantasque de la vieille dame pique la curiosité du taximan, et la course est assez longue, propice aux confidences. Tandis que la route défile, Hélène égrène ses souvenirs.
Le mot « anagrammes » vient du grec ancien anagramma, « renversement de lettres ».
Après une existence en noir et blanc, La fièvre d’Urbicande, le deuxième album des mythiques Cités obscures de François Schuiten et Benoît Peeters, couronné par le Prix du Meilleur album d’Angoulême en 1985, connaît une nouvelle vie. Une résurrection-recréation placée sous le signe de la couleur souverainement déployée par Jack Durieux. Après Les murailles de Samaris, un premier album en couleur qui révolutionna le langage de la bande dessinée, La fièvre d’Urbicande est sorti en noir et blanc alors qu’initialement il avait été conçu pour la couleur et qu’un tiers des planches de l’album ont été colorisées. Dès l’origine, la logique du mystérieux Réseau qui colonise Urbicande appelait la fièvre de la couleur.
Du plus grave au plus folâtre, voire au burlesque, la tessiture littéraire de Frank Andriat s’épanouit à tous les niveaux avec une liberté de cancre surdoué, ce qui est bien entendu la marque de tout bon professeur. De la fable politique aux frasques de Bob Tartouze en passant par la pédagogie et l’enseignement (son beau souci), la pédophilie, l’inceste, les biographies, la psychologie, les paraboles, les approches philosophiques etc., il s’ébroue à travers une profusion d’ouvrages qui frise la surabondance. Cette fois c’est dans la veine comico-philosophico-réaliste qu’avec l’antihéros français Joe Dubois (dit Averell) né en 1965, il fait un bout de chemin chaotique mais en principe prometteur de baraka puisqu’il débute par une glissade de l’adolescent sur un copieux étron, glissade provoquée par celui qui deviendra son pire ennemi : l’arrogant Bill Babeleer.
Véronique Gallo pratique plusieurs formes d’écritures : une écriture destinée à être partagée et portée par sa voix, ses mises en scène, à travers sa série humoristique Vie de mère ou son spectacle The One Mother Show, où elle met en scène avec humour les affres d’une vie de femme/mère/professionnelle, au bord de la crise de nerfs. Elle exerce une autre écriture, plus silencieuse comme on le dirait d’une lecture silencieuse, moins médiatique, destinée à une rencontre intime avec les lecteurs et lectrices : celle de romans. Deux écritures, l’une humoristique, l’autre tragique, pour une même réalité : celle de femmes obligées d’assurer sur plusieurs fronts.
Historien, essayiste, scénariste de bande dessinée, auteur d’ouvrages marquants (entre autres Les templiers, chevaliers du Christ ou hérétiques ?, Ed. Tallandier, Hitler et la franc-maçonnerie, Les Illuminati,
C’est décidément tout l’art du romancier que de nourrir ses créations de sa propre expérience et, par la voie de l’écriture, de la métamorphoser en fiction pour lui donner corps et sens aux yeux de ses semblables. Luc Bawin est médecin et ses engagements professionnels et militants lui ont donné l’occasion de côtoyer le milieu de l’adoption et celui du soutien aux réfugiés, deux thématiques qu’il marie dans Soustractions, œuvre aux résonances multiples.
Cette brique de sept cents pages est née en deux temps de l’imagination féconde de deux amis d’enfance vivant en Belgique : Sandro Galeazzi et Guillaume Grâces. Sous le même titre Magister dixit, la seconde partie a rejoint la première (éditée sous pseudonymes chez Lilys) à l’enseigne des Nouveaux Auteurs. .Nouveaux, ils le sont en littérature, « l’un travaillant dans la finance, l’autre pour la défense »…
Alors que l’idéologie néolibérale a programmé la déshumanisation du travail, qu’elle s’y attelle, que la révolution numérique pousse à confondre le travailleur et l’ordinateur, l’humain résiste, existe. Il n’a pas déserté le peuple des laborieux qui prend la parole autant que l’outil dans Le bureau des secrets professionnels. Et tant qu’il parlera, humain il restera.
Loin des indigestes journaux de confinement qui ont accompagné la Covid-19 comme son ombre, loin de l’avalanche d’essais plus ou moins éclairés, se contentant le plus souvent de surfer sur la vague de l’opportunisme, dans Le livre au temps du confinement, Tanguy Habrand analyse avec brio les impacts de la crise covidienne sur la chaîne du livre. Davantage que s’en tenir à une radiographie des manières dont l’industrie du livre a fait face, s’est adaptée (ou pas) au confinement, Tanguy Habrand appréhende la crise sanitaire comme un révélateur, un « analyseur » écrit-il, des champs du monde culturel, plus largement du monde socio-politique. La pandémie posée en « analyseur institutionnel » a permis de mettre à nu le fonctionnement de la république du livre.
Créé en 1913, le personnage de Barnabooth, voyageur libre et délicat, nous entraîne à travers l’Europe du début du 20e siècle. Sous la plume précieuse de Valery Larbaud, les villes du vieux continent se succèdent, se déplient, de Moscou à Londres, de Paris à Berlin. Occasion pour Barnabooth de dessiner une cartographie intime et personnelle que le lecteur devine au fil des fragments compilés du journal et des poèmes. L’un de ceux-ci éclaire particulièrement le contexte sentimental dans lequel s’effectue cette traversée,