Archives par étiquette : Corinne Hoex

Le Top 2024 d’Éric Brucher

Le Car­net et les Instants revis­ite l’année lit­téraire 2024 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. Aujourd’hui : la sélec­tion d’Éric Bruch­er. Con­tin­uer la lec­ture

Scènes de bal, grenadine et canari

Corinne HOEX, Les reines du bal, Gras­set, coll. « Le courage », 2024, 96 p. , 14 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 9782246838340 

hoex les reines du balRares sont les romanciers qui, dans leurs œuvres, inter­ro­gent le bal de la vie qui touche à sa fin, les dernières mesures de la valse exis­ten­tielle. Dans son réc­it Les reines du bal, Corinne Hoex décrit dans une par­ti­tion en trente mesures le micro­cosme d’une rési­dence pour per­son­ne âgées, le des­tin de femmes qui ont été par­quées dans des mouroirs invis­i­bles. Elles refusent de se résoudre au sort que leur monde veut leur impos­er — l’effacement —, elles refusent de dis­paraître, pris­es en étau entre des camisoles chim­iques et un corps médi­cal déshu­man­isé. Par­mi les reines de ce bal enfer­mées dans la rési­dence Les Pâquerettes, il y a Madame Prunier, Madame Pincemin, Madame Spinette, Madame Simonart, Madame Cop­pens. Cha­cune affronte à sa manière la vieil­lesse qui monte en elles ; ce petit peu­ple que la société a sous­trait au regard se déchire sou­vent. Peu importe qu’on ait déjà un orteil dans la tombe. La logique du bal, c’est la rival­ité, les coups bas pour rafler la pre­mière place sous les pro­jecteurs. Con­tin­uer la lec­ture

Le palais des plumes et des âmes

COLLECTIF, Une vie de palais, Académie royale de la langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique, 2024, 159 p., 18 €, ISBN : 978–2‑8032–0077‑1

collectif une vie de palaisLa jaque­tte du livre et sa cou­ver­ture, en dis­tor­sion, offrent une mise en abyme du pro­jet offert aux lecteurs. Une volon­té d’ouverture (fenêtre aux bat­tants écartés), de jovi­al­ité (ciel bleu en arrière-plan et rose en encart), de sec­ond degré (un fau­teuil – d’académicien – flotte dans un tour­bil­lon de noms d’auteurs et autri­ces). Der­rière, la solen­nité d’une insti­tu­tion pres­tigieuse, l’Académie royale… séduit davan­tage, dans sa ligne épurée. Con­tin­uer la lec­ture

Le Top 2023 de Jean Jauniaux

Le Car­net et les Instants revis­ite l’année lit­téraire 2023 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. La sélec­tion de Jean Jau­ni­aux. Con­tin­uer la lec­ture

Le Top 2023 de Daniel Simon

Le Car­net et les Instants revis­ite l’année lit­téraire 2023 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. La sélec­tion de Daniel Simon. Con­tin­uer la lec­ture

Désenchantées

Corinne HOEX, Nos princes char­mants, Impres­sions nou­velles, 2023, 128 p., 14 €, ISBN : 978–2‑39070–043‑2

hoex nos princes charmantsCorinne Hoex est aus­si bien prosatrice que poétesse. Elle en offre une preuve écla­tante en ce print­emps où, quelques semaines à peine après la sor­tie du livre de poésie L’ombre de toi-même parait un recueil de réc­its courts, Nos princes char­mants.

L’ironie point sous l’in­ti­t­ulé doucereux. Ni princes ni char­mants, les per­son­nages mas­culins dépeints ici sont des maris infidèles, des com­pagnons indif­férents, qui préfèrent leur tra­vail à leur épouse, des hommes vieil­lis­sants, dont le pou­voir de séduc­tion s’amuït, des amants lassés. L’un ment pour dis­simuler ses frasques, l’autre se fait odieux, quand un troisième ne voit plus guère en sa com­pagne qu’une cuisinière à sa dis­po­si­tion. Racon­tés surtout du point de vue des femmes, ces fic­tions décli­nent toutes les nuances du désen­chante­ment amoureux – banale éro­sion des sen­ti­ments, décou­verte du mon­stre tapi der­rière le vis­age char­mant des pre­miers ren­dez-vous, ou décep­tion face au quo­ti­di­en : Con­tin­uer la lec­ture

En bordure de crépuscule

Corinne HOEX, L’ombre de toi-même, Tétras Lyre, 2023, 68 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930685–69‑4

hoex l'ombre de toi-mêmePub­lié aux édi­tions Tétras Lyre, le dernier ouvrage de Corinne Hoex sem­ble le miroir d’un autre, paru une dizaine d’années aupar­a­vant dans la même mai­son, L’autre côté de l’ombre (2012) : for­mat iden­tique, coex­is­tence du texte et de l’image,  ques­tion­nement du vis­i­ble et frac­tion­nement d’un long poème en petites parts sub­tiles – comme pour étir­er les sec­on­des et y puis­er plus encore de matière à explor­er. L’ombre de toi-même est un livre déli­cat, patiem­ment tis­sé entre les instants nébuleux qui mar­quent l’entrée dans la nuit. Con­tin­uer la lec­ture

Horizons littéraires en vingt-deux instantanés

COLLECTIF, Fenêtres sur court, textes réu­nis et présen­tés par Lau­ra Delaye, Nau­si­caa Dewez, Lau­rence Ghigny, Vio­laine Gréant et Valéri­ane Wiot, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2021, 278 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87568–550‑6

fenetres sur courtAutomne 2021 : Espace Nord sort son 400e numéro, La Fureur de lire fête ses 30 ans. Les comptes ronds inci­tent à mar­quer le coup et ce dou­ble jubilé ne fait pas excep­tion. Ce n’est donc pas une réédi­tion clas­sique dans la col­lec­tion pat­ri­mo­ni­ale qui a hérité, par le hasard de la numéro­ta­tion, de ces deux zéros sur sa tranche. Et, tant que l’on par­le de chiffres, il ne s’agit pas à pro­pre­ment d’une mais plutôt de vingt-deux réédi­tions. Vingt-deux !? Dans un seul vol­ume ? Par­faite­ment ! Vingt-deux nou­velles, échan­til­lon choisi par­mi les plus de cent pla­que­ttes éditées dans le cadre de la Fureur de lire. Tâche ardue à n’en pas douter. Con­tin­uer la lec­ture

Le mistral souffle encore à Uzès

Corinne HOEX, Uzès ou nulle part, Cormi­er, 2020, 84 p., 17 €, ISBN : 9782875980236

hoex uzes ou nulle partExiste-t-elle vrai­ment cette ville d’Uzès ? Sans doute est-ce une des­ti­na­tion prisée pour les amoureux du Sud de la France mais pour d’autres, le nom même de cette com­mune résonne comme un leurre, une hypothèse. Pour Corinne Hoex, la ville n’a pas de con­sis­tance même si para­doxale­ment elle n’en finit pas de bruire, de ren­voy­er l’écho d’une décep­tion. Le titre de son dernier recueil en témoigne, Uzès ou nulle part. Une ville comme gom­mée de la carte, une ville-fan­tôme. Con­tin­uer la lec­ture

Le Top 3 de Jean Jauniaux

Chaque jour, Le Car­net et les Instants revis­ite l’an­née lit­téraire 2020 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. Aujour­d’hui : la dou­ble sélec­tion de Jean Jau­ni­aux. Con­tin­uer la lec­ture

Le papillon et l’ogre

Corinne HOEX (texte), Marie BORALEVI (dessins), Et surtout j’étais blonde, Tétras Lyre, 2019, 64 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930685–39‑7

Dans le recueil poé­tique superbe­ment illus­tré par Marie Borale­vi, Corinne Hoex cisèle en des textes aus­si per­cu­tants que con­cis un univers trou­ble grav­i­tant autour de l’enfance, de la con­di­tion fémi­nine. Sous la forme de comptines acérées, elle nous plonge dans la loi de la pré­da­tion mas­cu­line, dans le bal­let de la blondeur enfan­tine et de son saccage. Les exer­gues d’Annie Ernaux et de Car­o­line Lamarche don­nent le ton de cette éducation/déséducation sen­ti­men­tale que l’auteure de Ma robe n’est pas frois­sée, Le grand menu, Le ravisse­ment des femmes déplie en six scan­sions allant de l’état de grâce à la mise à mort de la nymphette. L’échiquier de la séduc­tion fémi­nine et de la destruc­tion ne ménage aucune issue : tou­jours déjà écrite, l’histoire dis­tille son chemin de croix, ses bagatelles pour un mas­sacre. Avec une économie d’écriture qui libère les feux de la cru­auté, Corinne Hoex taille le réc­it d’une immo­la­tion. Blondeur et beauté ont pour des­tin de se voir jetées en pâture à l’appétit des mâles. La loli­ta de Nabokov croise l’ogre de la Petite Poucette. La petite pis­seuse ver­sion Gains­bourg doit être rossée, brisée sur l’autel du Père. Con­tin­uer la lec­ture

Estampillé « ritournelle »

Corinne HOEX et Kikie CRÊVECOEUR, Elles vien­nent dans la nuit, Esper­luète, 2018, 24 p., 20 €, ISBN : 978–2‑35984–105‑3

un bruit léger de pas
elles vien­nent dans la nuit
depuis ce lieu per­du
les embrass­er
les per­dre

Cinq vers – une estampe.

Dans l’ouvrage Elles vien­nent dans la nuit de la poète Corinne Hoex et de l’artiste Kikie Crêve­coeur, cinq vers sur chaque page entrent en réso­nance avec une estampe sur l’autre page. Davan­tage qu’un dia­logue, il faudrait sans doute par­ler d’un dip­tyque : les poèmes se voient non véri­ta­ble­ment illus­trés par les estam­pes mais, eux-mêmes devenus empreintes frag­iles (de par la retenue et la déli­catesse qui sourd d’eux), ils sont embrassés et per­dus à tra­vers elles – et vice ver­sa. Con­tin­uer la lec­ture

L’œuvre au noir de Corinne Hoex

Corinne HOEX, Leçons de ténèbres, Le Cormi­er, 2017, 67 p., 16 €, ISBN : 9782875980113

Dans Leçons de ténèbres, Corinne Hoex s’inspire de l’œuvre de Gesu­al­do (1566–1613) et de la « légende noire » [1] qui car­ac­térise sa vie. À tra­vers cinq mou­ve­ments, en de courts poèmes, elle décrit le musi­cien mais aus­si la con­di­tion humaine en général et l’artiste mod­erne en par­ti­c­uli­er : comme un leit­mo­tiv  y revient  en effet un sub­stan­tif : « soli­tude ».  Con­tin­uer la lec­ture

Un moment mémorable et une carrière

Corinne HOEX, Le Grand Menu, Post­face de Nathalie Gillain, Les Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2017, 155p., 8,5 €, ISBN : 9782875681461

hoex grand menuExcel­lente ini­tia­tive, cette réédi­tion en Espace Nord du pre­mier roman de Corinne Hoex, Le Grand Menu, paru en 2001 aux Edi­tions de l’Olivier ! Il en émerge avec une grande fraîcheur, tout auréolé pour­tant des suc­cès qui ont suivi, tant dans le champ romanesque que dans la poésie ou la dérive his­torique. J’avais beau­coup aimé déjà à l’époque, cette suite inat­ten­due d’épisodes coupés dans le vif d’un présent con­tinu. La qua­trième de cou­ver­ture sup­po­sait alors « une tragédie muette », men­tion assor­tie d’un point d’interrogation, il est vrai. Rien n’est plus retenu que cette série d’évocations d’un monde clos sur une enfant et ses adultes de par­ents. Con­tin­uer la lec­ture

Invitation à la danse

Corinne HOEX, Tan­go, gravures de Mar­tine Souren, Esper­luète, 2016, 20 p., 8 €   ISBN : 9782359840711

hoex-tangoSavez-vous danser le tan­go?

Corinne Hoex vous y invite, dans un poème trou­blant, cerné des som­bres, intri­g­antes gravures de Mar­tine Souren, inti­t­ulé tout sim­ple­ment Tan­go.

Il faut danser, nous rap­pelle-t-elle, mais il lui manque une robe qui tienne au corps, alors que la sienne se dérobe en soieries glis­santes, en rubans sat­inés, en franges mou­vantes.

Une étrange pla­que­tte, qui nous laisse au bord d’un secret. L’art de danser le tan­go, de tout son cœur, de tout son corps, peut-être.

Francine Ghy­sen

Corinne Hoex, poétesse inconditionnelle

Corinne HOEX, L’Été de la rainette, Le Cormi­er, 31 p., 10€

hoexLe con­di­tion­nel est-il un mode ou un temps ? Le débat, loin d’être clos entre gram­mairiens et lin­guistes, pour­rait trou­ver une ébauche de solu­tion chez les poètes, en l’occurrence ici chez une poétesse. En effet, dans la pla­que­tte L’Été de la rainette, qu’elle pub­lie à l’enseigne du Cormi­er, Corinne Hoex ouvre tous ses textes par un énig­ma­tique “Ce serait…”. Par là, un proces­sus très sub­til se réamorce dans l’esprit du lecteur, qui con­siste à situer la scène dans laque­lle il refait à chaque fois irrup­tion entre l’imaginaire hypothé­tique et l’imparfait du sou­venir évanes­cent. Con­tin­uer la lec­ture