Archives par étiquette : fille

La vie devant soi 

Nathalie STALMANS, Le retour des oies sauvages, Lamiroy, coll. “Opus”, 76 p., 10 €, ISBN : 978–2‑39081–075‑9

stalmans le retour des oies sauvagesLa men­tion « 1830Belgique2030 », au bas de la cou­ver­ture, inter­pelle. « Un label, qui pour­ra être apposé quelles que soient les col­lec­tions où se trou­ve le livre », pré­cise l’éditeur Lamiroy, qui songe déjà au bicen­te­naire nation­al. Si led­it ouvrage entre­tient une con­nex­ion avec l’histoire du pays. Quant à la col­lec­tion… Le retour des oies sauvages s’intègre dans les « Opus », des novel­las dont la longueur se situe entre la nou­velle et le roman. De belles plumes s’y sont déjà essayées, comme Alain Magerotte, Luc Del­lisse, Ziska Larouge… Con­tin­uer la lec­ture

Quand la (grand-)mère est forte

COLLECTIF, (Grands-)mères en lumière. Huit autri­ces trans­met­tent l’histoire de leurs aînées afro-descen­dantes et maghrébines, Mael­strÖm reEvo­lu­tion, 2024, 204 p., 15 E, ISBN : 978–2‑87505–507‑1

grands meres en lumiereL’Association Para­graFes vise à per­me­t­tre à toutes les femmes de se réap­pro­prier leur parole et leur par­cours de vie par le réc­it auto­bi­ographique et, par là-même à favoris­er la trans­mis­sion intergénéra­tionnelle. Ce recueil col­lec­tif, pub­lié sous la direc­tion de Manuela Var­ras­so, s’inscrit dans cette démarche et rassem­ble des hom­mages qui salu­ent l’héritage reçu des mères et grands-mères. Con­tin­uer la lec­ture

Deux ou trois considérations sur Pieterke Mol

Un coup de cœur du Car­net

Pieterke MOL, Com­ment dire au revoir à un père absent ?, Édi­tions Bleu dans vert, coll. « Peau com­mune », 2024, 82 p., 9 €, ISBN : 9782960269383

mol comment dire aurevoir à un pere absentConsidération # 1 : où il est dit qu’on crée pour ne pas n’être qu’un bout de viande déjà morte

Com­ment dire au revoir à un père déjà mort ? Com­ment tourn­er la page ? Qu’est-ce que lut­ter ? Pourquoi lut­ter ? Êtes-vous issu ou issue d’une famille tox­ique ? Assu­jet­tie à l’al­cool ? Échappe-t-on jamais aux ven­tres de nos mères ? Des lieux de nos nais­sances ? Hérite-t-on pour tou­jours des assué­tudes de nos père et mère ? Pieterke Mol est jeune, pho­tographe, autrice et réal­isatrice de pod­casts. Dès ses études, elle décide : ses créa­tions, pho­tos, textes, sons, seront auto­bi­ographiques. Non parce que Pieterke Mol con­sid­ér­erait son par­cours de vie comme exem­plaire : il n’y a rien de “gourouesque” dans la démarche de Pieterke Mol. Il y a du feu. Une langue splen­dide. Incan­des­cente. En 2020, Ça va n’aller, son pre­mier roman, avait ébloui, par­venant même, une pre­mière pour un livre auto-édité, à con­courir loin pour le Prix Rossel, tant le style de Pieterke Mol empor­tait ses lec­tri­ces et lecteurs dans un déluge de phras­es brèves et de mots puis­sants faisant bas­culer le réc­it de sa vie du côté de la lit­téra­ture plutôt que dans la “sim­ple” rela­tion d’une expéri­ence douloureuse, d’une enfance triste et mor­tifère et de sa pro­pre lutte dans l’en­fer de la coke et de l’al­cool. Con­tin­uer la lec­ture

Lever l’encre

Cather­ine BARREAU, Tes cen­dres, Arbre de Diane, coll. « Les deux sœurs », 2023, 81 p., 15 €, ISBN : 978–2‑9300822–27‑3

barreau tes cendresL’écriture inten­sé­ment poé­tique de Cather­ine Bar­reau s’affranchit du romanesque. Après qua­tre romans – dont La con­fi­ture de morts primé par le Rossel en 2020 –, l’autrice pub­lie, dans la col­lec­tion « Les deux sœurs », aux édi­tions L’arbre de Diane, son pre­mier recueil de poèmes, d’une incan­des­cence qui ressus­cite d’entre les mots.

Ta
Mort
Pen­dant
le Grand
Con­fine­ment
À bout de souf­fle court
Pas de vis­ite Pas de virus Pas d’emmerdeur […]
Con­tin­uer la lec­ture

Musique des cœurs et des rancœurs

Mau­reen DOR, Con­cert au réfec­toire à 16h30, Buchet Chas­tel, 2023, 254 p., 19,9 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑283–03849‑9

dor concert au refectoire a 16h30Bernard Ver­rat à la ville est Hervé Vin­cent à la scène. Pas celle de grandes salles, non. Celle que son assis­tante de fille lui installe dans les maisons de retraite où il donne des réc­i­tals tout au long de l’année. Voilà 25 ans que cet ancien chef d’entreprise s’est recon­ver­ti en croon­er après avoir tout per­du. Et même si ses con­certs ont lieu à 16h30, il ne ménage pas ses efforts pour plaire à son pub­lic du troisième âge. Depuis cinq années, sa fille Lydie l’a rejoint à bord de la camion­nette aux let­tres dorées « HERVÉ VINCENT, LA MUSIQUE DES CŒURS, LA MUSIQUE AU CŒUR » et sil­lonne la France avec lui. Elle a même agré­men­té le show d’un moment très appré­cié des spec­ta­teurs, le clou du spec­ta­cle : une tombo­la un rien par­ti­c­ulière, avec tirage au sort quelque peu trafiqué. Car si le gag­nant, ou plus prob­a­ble­ment la gag­nante, pou­vait à son tour se mon­tr­er généreux avec le chanteur, Lydie se rap­procherait de son rêve d’une autre vie, dans la lux­ueuse mai­son de son enfance. Con­tin­uer la lec­ture

Le plaisir s’estompe-t-il avec l’âge ?

Un coup de cœur du Car­net

Geneviève DAMAS, Per­fect Day, Lans­man, 2022, 52 p., 11 €, ISBN : 9782807103658

damas perfect dayÀ tra­vers ce mono­logue, écrit pour l’actrice Hélène The­unis­sen, nous suiv­ons le quo­ti­di­en de Marie Cou­turi­er, une sex­agé­naire céli­bataire qui doute beau­coup et n’aime pas voir son corps vieil­lir. Ce corps, qu’elle n’aimait déjà pas dans sa jeunesse et qu’elle aurait dû pour­tant aimer, n’est aujourd’hui plus que l’ombre de ce corps passé avec ses bras fripés, ses rides, ses pattes d’oie, ses dents que l’on bichonne pour qu’elles ne se déchaussent pas, ses quelques poils blancs sur le pubis, sa cel­lulite, les con­tours du vis­age qui s’affaissent, ses chevilles qui s’épaississent… Marie voit la vieil­lesse comme une guerre, un bom­barde­ment sans fin. Ce qu’elle craint le plus, c’est de ne plus jamais faire l’amour. Peut-être a‑t-elle déjà vécu sa dernière fois ? Sera-t-elle encore objet de désir et de fan­tasme ? La vieil­lesse ne peut-elle pas aus­si être le champ de tous les pos­si­bles ? Con­tin­uer la lec­ture

Le livre du père

Mehtap TEKE, Petite, je dis­ais que je voulais me mari­er avec toi, Viviane Hamy, 2022, 256 p., 18,90 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑38140–024‑2

teke petite je disais que je voulais me marier avec toiLa ren­trée lit­téraire 2022 accorde une large place aux pre­miers romans : 90 sur les 345 romans fran­coph­o­nes annon­cés, selon le décompte de Livres Heb­do. Mehtap Teke est l’une de ces nou­velles plumes à décou­vrir. Paru aux édi­tions Viviane Hamy, Petite, je dis­ais que je voulais me mari­er avec toi con­te l’histoire d’un homme qui, dans l’espoir d’une vie meilleure, quitte sa Turquie natale pour l’Europe occi­den­tale.

Le roman est presque entière­ment écrit à la deux­ième per­son­ne du sin­guli­er : si la nar­ra­trice, une jeune femme, racon­te l’histoire de son père, elle la racon­te aus­si à son père. Et retrace le par­cours de vie d’un enfant pau­vre né en Turquie, retiré tôt de l’école où il excel­lait. Arraché à ses rêves intel­lectuels, il est con­traint de tra­vailler dans les champs de coton avec son père, puis de quit­ter son pays d’origine pour rejoin­dre l’Europe occi­den­tale, en quête d’une vie meilleure. Là-bas, il besogne sur des chantiers de con­struc­tion, devient père d’une famille nom­breuse. Avec une obses­sion : offrir à ses filles les pos­si­bil­ités et l’aisance sociale et finan­cière dont il a été privé. Con­tin­uer la lec­ture

Où en sommes-nous avec la mort ?

Un coup de cœur du Car­net

Anne GUINOT, Un si pro­fond silence, Âme de la Colline, 2021, 178 p., 15 €, ISBN : 978–2‑9602025–2‑6

guinot un si profond silenceAnne Guinot est née en 1983 dans « un pays de forêts et de riv­ières ». Elle vit en Bel­gique depuis 2008 (Brux­elles d’abord, le Con­droz ensuite). Un si pro­fond silence est son pre­mier livre. Un lieu de mots d’où elle nous par­le de com­ment sa vie s’est figée quand elle a per­du sa mère, alors enceinte de jumeaux, et de com­ment le silence s’est instal­lé dans son corps. Elle avait deux ans. Con­tin­uer la lec­ture

Percée dans l’enfance contuse

Véron­i­ca LENNE, À l’ombre du ven­tre, Tétras Lyre, 2020, 66 p., 14 €, ISBN : 978–2‑930685–51‑9

En plaçant en exer­gue Boris Cyrul­nik qui nous affirme “la famille, ce havre de sécu­rité, et en même temps le lieu de la vio­lence extrême”, Véron­i­ca Lenne, psy­choprati­ci­enne et poétesse brux­el­loise nous prévient : À l’ombre du ven­tre nous emmène, avant de nous plonger dans le vif du pro­pos, au sein d’une fig­ure mater­nelle dure, voire vio­lente. Con­tin­uer la lec­ture

Une étoile solitaire à la recherche de la rédemption

Un coup de cœur du Car­net

Mar­tine ROUHART, Les fan­tômes de Théodore, Mur­mure des soirs, 2020, 116 p., 16 €, ISBN : 978–2‑930657–60‑8

Comme tous les dimanch­es, Char­lie rend vis­ite à son père Théodore. Ces deux-là sont unis par une belle com­plic­ité où les mots sont super­flus : con­tem­plat­ifs, ils aiment se gorg­er des petites con­tin­gences de la vie. Con­tin­uer la lec­ture

Entre ici, Marie Denis…

Un coup de cœur du Car­net

Marie DENIS, L’odeur du père, Névrosée, coll. « Femmes de let­tres oubliées », 2019, 110 p., 14 € / ePub : 8.99 €, ISBN : 978–2‑931048–20‑7

Il est des textes qui, une fois lus, se déposent en vous, et mènent dans les tré­fonds de votre sen­si­bil­ité un lent tra­vail d’irrigation phréa­tique, dont l’impact réel peut pren­dre des mois, des années à se mesur­er. Ain­si, imman­quable­ment, L’odeur du père de Marie Denis, pub­lié pour la pre­mière fois en 1972 chez le très con­fi­den­tiel Robert Morel – qui pro­po­sait des petits ouvrages d’un for­mat atyp­ique, tout car­ton­nés de blanc, et où le texte com­mençait à même la pre­mière de cou­ver­ture… Con­tin­uer la lec­ture

Sur les traces d’une mère fantôme

Michel TORREKENS, L’hirondelle des Andes, Zel­lige, coll. « Vents du Nord », 2019, 204 p., 20 €, ISBN : 978–2‑914773–91‑1

L’hirondelle des Andes.
Un titre poé­tique, qui fait rêver.
Un roman qui entrelace les beautés ful­gu­rantes, paysages, villes, d’un périple à tra­vers le Pérou, et les sen­ti­ments mêlés de la jeune voyageuse qui s’y est lancée comme on relève un défi. Con­tin­uer la lec­ture

Dominique Loreau. Quête et impossibles retrouvailles

Dominique LOREAU, Motus, Tan­dem, Coll. « Alen­tours », 2019, 64 p., ISBN : 978–2‑87349–137‑6

Com­ment sur­vivre à un père mort ? Com­ment se sauver du néant, recon­quérir le fil qui s’est rompu entre le père et soi, entre soi et soi ? Dans Motus, un recueil de textes poé­tiques ryth­més par des pho­togra­phies, la cinéaste et poète Dominique Lore­au tend l’oreille à ce que son père, le philosophe Max Lore­au, lui a légué, à ce qu’il a trans­mis comme impos­si­ble. Les textes son­dent une énigme, tournoient autour d’une absence, d’un éloigne­ment que vien­dra sceller la mort du père. Motus et bouche cousue, motus et lèvres qui met­tent en mots la béance, le manque… Dominique Lore­au lance une let­tre au père, moins dans la veine de celle de Kaf­ka que sous la forme d’une quête et d’un com­bat. Max Lore­au (1928–1990), le philosophe qui renou­vela la phénoménolo­gie, qui fit de la pein­ture, des arts le kairos d’une autre pen­sée, Max Lore­au, pro­fesseur à l’ULB, auteur d’une œuvre innervée par la ques­tion des com­mence­ments, se voit recon­nec­té à son « motus », au mou­ve­ment interne qui, com­man­dant sa vie, impul­sa sa pen­sée. Con­tin­uer la lec­ture

Le féminin et la parole défaillante

Chris­tine VAN ACKER, Je vous regarde par­tir. Poèmes, Arbre à paroles, 2019, 66 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87406–680‑1

On le sait, les femmes écrivains accor­dent une atten­tion émi­nente à la rela­tion entre l’en­fant qu’elles furent et leurs par­ents, leur mère en par­ti­c­uli­er. Cette remé­mora­tion peut pren­dre divers­es tour­nures, générale­ment plus proches de la récrim­i­na­tion que de l’idéal­i­sa­tion. Chris­tine Van Ack­er, quant à elle, adopte une posi­tion tout en nuances, com­bi­nant le reproche et la ten­dresse, l’api­toiement et la per­plex­ité, la souf­france et la joie de vivre. Plutôt que la for­mule du réc­it, elle a choisi celle du recueil de poèmes, plus libre, plus frag­men­taire, non sans analo­gies avec le jour­nal intime – un jour­nal inspiré en l’oc­cur­rence non par les faits actuels, mais par le sou­venir des faits passés, de l’en­fance de l’héroïne à la mort de ses par­ents. Je vous regarde par­tir, toute­fois, présente une struc­ture non pas diariste mais ter­naire et dyschronique. En effet, jusqu’à la p. 17, les poèmes évo­quent le grand Départ et le deuil qui s’en­suit. Des pages 18 à 40, on assiste à un retour en arrière vers l’époque de l’en­fance. La dernière par­tie, enfin, cible la péri­ode du vieil­lisse­ment et de l’ag­o­nie. Cette tri­par­ti­tion non linéaire mon­tre claire­ment que, en matière de ques­tion­nement auto­bi­ographique, la recherche du sens est de nature fon­cière­ment rétro­spec­tive : c’est après-coup seule­ment que, l’ir­rémé­di­a­ble étant advenu, le sujet peut procéder à une ten­ta­tive de bilan mémoriel et affec­tif, où la vie cède le pas au vécu. « Vous emporterez avec vous / ce qui nous regarde / et ne vous apparte­nait pas ». Con­tin­uer la lec­ture

L’adoption est une road-story

Isabelle SPAAK et Flo­rence BILLET, Une mère etc., Icon­o­claste, 2019, 192 p., 17 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑37880–071‑0

Isabelle Spaak, prix Rossel 2004 pour Ça ne se fait pas, revient aujour­d’hui avec un réc­it aigu­isé, pub­lié chez L’i­con­o­claste.

Qui peut me dire s’il con­naît un enfant adop­té en paix avec lui-même ? En dépit de toute la fer­veur du monde, ces lais­sés-pour-compte des pre­miers jours fuient de toutes parts, tel un vase per­cé.

C’est à une explo­ration des alchimies famil­iales, de leurs mys­tères, que nous con­vie l’autrice d’Une mère, etc., s’in­spi­rant cette fois de l’his­toire vraie de Flo­rence Bil­let, née en Colom­bie, française d’adop­tion. Depuis les pages, le vécu upper­cute : si Flo­rence est renom­mée Emmanuelle dans la fic­tion, c’est le véri­ta­ble nom de sa mère biologique qui est inscrit, et l’en­chaîne­ment des épisodes de vie ont tout de la cadence sin­gulière, tac­chy­cardique, de l’au­then­tic­ité – ou peut-être, et c’est sans doute encore plus vrai : de l’ur­gence. Con­tin­uer la lec­ture

Respirer des mots

Véronique JANZYK, La robe de nuit, ONLIT, 2018, 80 p., 9 € / ePub : 5.49 €, ISBN : 978–2‑87560–106‑3

Les mots que l’on respire ce sont les fleurs d’un bou­quet dont on demande le nom.

Ce serait l’apaisement, le côté posi­tif et l’espoir qui l’emportent dans ce livre de Véronique Janzyk qui tout de même en appelle à la com­pas­sion. Con­tin­uer la lec­ture