Archives par étiquette : Récit

Désormais sans Paul

Nadine EGHELS, Avec Paul, Arléa, coll. « La ren­con­tre », 2023, 185 p., 19 €, ISBN : 9782363083289

eghels avec paul

« Sept heures du matin donc. Le 10 octo­bre. Le jour se lève. Le réveil sonne. Le réveil sonne. Le réveil sonne. Et Paul ne l’éteint pas. Le réveil sonne. Je mau­grée. Pourquoi ne l’éteint-il pas ? » Ce jour défini­tif d’automne de 2018, dans leur lit plus petit que la moyenne pour « sen­tir l’autre, dans la pro­fondeur des limbes », Nadine Eghels ouvre les paupières sur un monde dif­férent, celui où son amour n’est plus. Le som­meil l’a englouti. 17, Samu, hôpi­tal, répar­er les vivants et laiss­er par­tir les morts ; telle est la fin de sa vie avec Paul Andreu et le début de son réc­it Avec Paul. Con­tin­uer la lec­ture

La nouvelle Odyssée

David JAUZION-GRAVEROLLES, Bien accueil­lir son pris­on­nier, M.E.O., 2023, 374 p., 25 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 9782807003743

jauzion graverolles bien accuellir son prisonnierÀ la demande d’un mem­bre de sa famille, le nar­ra­teur du réc­it décide de rédi­ger la biogra­phie de la sœur aînée de sa grand-mère, Marie Mon­tin, une nonagé­naire anal­phabète, afin de don­ner forme aux his­toires qu’elle racon­te. Il passe alors de nom­breuses heures à écouter son témoignage, d’autant plus impor­tant que son mari Jean, un ancien sol­dat pris­on­nier pen­dant la Deux­ième guerre, est décédé 20 ans plus tôt.

Habitué à la recherche pointilleuse d’informations grâce à sa thèse de doc­tor­at, l’apprenti biographe nous donne à lire un car­net de bord où l’on retrou­ve les extraits du solil­oque de Marie et de sa biogra­phie, mais aus­si ses réflex­ions sur les dif­fi­cultés qu’il tra­verse dans ce tra­vail de recon­sti­tu­tion. Nous apprenons ain­si que la guerre a éclaté quelque peu après le mariage de Marie et Jean et nous décou­vrons leur quo­ti­di­en par­al­lèle, l’une dans l’attente des nou­velles et du retour de son époux, l’autre dans la vie de sol­dat et de cap­tif avec la faim et la las­si­tude qui l’accompagnent notam­ment. Con­tin­uer la lec­ture

Ne plus amasser de mousse

Clé­ment MAGOS et Damien RUELENS, En roulotte à tra­vers l’Europe cen­trale. Une errance hip­po­trac­tée, Par­tis pour, 2022, 196 p., 13,50 €, ISBN : 978–2‑931209–01‑1

magos en roulotte a travers l europe centraleEn roulotte à tra­vers l’Europe cen­trale. Une errance hip­po­trac­tée se range dans la col­lec­tion « Errances » des édi­tions Par­tis pour, col­lec­tion qui aug­mente fréquem­ment le texte. Frot­ter son index sur la tra­jec­toire annotée de la sep­tième page ouvre l’appétit. Plus que de situer spa­tiotem­porelle­ment le voy­age annon­cé, cette carte stim­ule nos attentes : dess­inée, la tra­jec­toire en roulotte a eu lieu (de la Croat­ie à la Pologne, en pas­sant par la Hon­grie et la Slo­vaquie) mais ne dévoile rien de plus.

Une sélec­tion d’œuvres, placée après les remer­ciements fin­aux, définit rétroac­tive­ment le car­can de l’errance : la lignée de con­quérants ou d’aventurier.e.s mobil­isée, et com­men­tée par­fois ironique­ment, offre un appui inspi­rant. Pour Clé­ment Magos et Damien Rue­lens, le voy­age a débuté dans ces réc­its, sortes de cail­loux-balis­es à polir. Au gré de la pra­tique, les appren­tis­sages hip­piques s’affineront : le savoir trans­mis, ques­tionnable et con­tra­dic­toire, illus­tre d’ailleurs à mer­veille l’adage d’une de leurs ren­con­tres croates, selon lequel on est tou­jours l’incapable de quelqu’un. À leur tour, les deux acolytes lais­sent une trace de leurs foulées, par le tour­nage de reportages in situ qui ajoutent une couche réflex­ive à leur démarche et l’embellissent, et par l’écriture de cet ouvrage. Gliss­able dans une poche, il appelle au mou­ve­ment. Con­tin­uer la lec­ture

IVG, il était des voix…

Dominique COSTERMANS, L’impensé de l’IVG, Cour­tes­lignes, coll. « Nar­ra­tions », 2022, 18 € / ePub : 12 €, ISBN : 9782960309706

costermans l'impensé de l'ivgUne sit­u­a­tion d’appel, une sec­ousse, des pour­cent­ages mais « [d]errière ces chiffres cepen­dant, pas de chair, pas de vécu, pas d’histoire, guère de con­texte ». Une ques­tion de départ donne alors corps à cet Impen­sé de l’IVG : « Qui sont ces femmes qui avor­tent ? » ou, à plus forte mesure, « que dis­ent les femmes quand elles peu­vent par­ler de leur IVG ? »

L’on assiste alors à l’éclosion de la parole de Garance, Mar­guerite, Églan­tine, Lilas, Flo­ra, Capucine, Iris, Rose, Daph­né, Vio­lette, Ané­mone et Jas­mine. Douze réc­its d’expérience d’interruption volon­taire de grossesse, d’histoires vécues glanées et cueil­lies, sans effluve débor­dant, par Dominique Coster­mans. Con­tin­uer la lec­ture

Que serais-je sans toit ?

Un coup de cœur du Car­net

Chris­tine VAN ACKER, Le peu­ple d’ici-bas. Chris­tine Bris­set, une femme ordi­naire, Esper­luète, 2022, 208 p., 22 €, ISBN : 9782359841602

van acker le peuple d'ici basSi l’on vous demande de citer le nom d’une per­son­ne qui s’est illus­trée dans la lutte con­tre la mis­ère et pour l’accès au loge­ment dans l’immédiat après-guerre, il est fort prob­a­ble que le nom de l’Abbé Pierre vous vien­dra en pre­mier à l’esprit, du moins s’il vous en vous vient un. Cer­taine­ment pas celui de Chris­tine Bris­set. Sans doute de quoi illus­tr­er l’adage qui veut qu’une femme se cache sou­vent der­rière l’homme célèbre… Et pour­tant, pen­dant plus de quar­ante ans, cette pio­nnière de l’action sociale a mul­ti­plié les ini­tia­tives nova­tri­ces dont celle du squat et de la con­struc­tion col­lec­tive de loge­ments. Établie à Angers, mar­iée à un riche indus­triel, elle n’a eu de cesse de rompre avec les codes soci­aux liés à son rang et de se pos­er en pre­mière ligne des com­bats pour le loge­ment alors que la France, au sor­tir de la guerre, se déme­nait pour la reprise économique. Con­tin­uer la lec­ture

Une voix surgie des cendres de la Shoah

Samuel HERZFELD, Jür­gen Löwen­stein. Des­tin d’un enfant juif de Berlin, Pré­face de Mar­i­anne Sluszny, Jour­dan, 2022, 140 p., 14,90 €, ISBN : 9782874667152

herzfeld jurgen lowensteinÀ l’heure où les derniers témoins directs de la Shoah dis­parais­sent, l’essai de Samuel Herzfeld délivre une voix qui s’est longtemps tue, celle de Jür­gen Löwen­stein né en 1925 à Berlin, qui revint des camps de la mort, qui réchap­pa de lieux d’où nul n’était cen­sé revenir et s’installa en Israël. Il ne s’agit jamais d’un témoignage « de plus » d’un sur­vivant d’Auschwitz mais tou­jours d’un ultime geste de trans­mis­sion d’une entre­prise de mort plan­i­fiée par un régime. Remar­quable­ment pré­facé par Mar­i­anne Sluszny, Jür­gen Löwen­stein. Des­tin d’un enfant juif de Berlin est l’histoire d’une ren­con­tre intergénéra­tionnelle entre Samuel Herzfeld et un homme âgé, « un mémo­r­i­al vivant », ren­con­tré à Tel-Aviv. C’est au silence autour de la Shoah qui mar­que son his­toire famil­iale que l’auteur s’affronte, c’est ce mutisme qu’il lève en recueil­lant les pro­pos d’un sur­vivant qui a con­nu la fin de la République de Weimar, la mon­tée du nazisme, la pas­siv­ité com­plice des nations qui ont lais­sé faire les plan­i­fi­ca­teurs de l’extermination. A l’instar des Stolper­steine, des pavés de la mémoire, toute voix de rescapé qui s’élève rap­pelle inlass­able­ment au monde les mil­lions de vic­times juives, tsi­ganes… Pour ceux et celles qui se sont tues à jamais, pour les généra­tions présentes et futures, Jür­gen Löwen­stein par­le, au nom des dis­parus, pour sec­ouer les con­sciences, l’oubli, les cen­dres, pour rap­pel­er que l’Homme, et non une idée de l’Homme, est mort à Auschwitz. Con­tin­uer la lec­ture

L’esquive

Jean-Louis SBILLE (auteur) et Kikie CRÊVECŒUR (illus­tra­trice), Pains per­dus, La pierre d’alun, coll. « La petite pierre », 2022, 64 p., 15 €, ISBN : 9782874291210

sbille crevecoeur pains perdusPains per­dus De prime abord, le titre choisi pour le trente-six­ième car­net de la col­lec­tion « La Petite Pierre » cha­touille les sou­venirs. Quelques tranch­es (ras­sis­es ou briochées, selon), des œufs, du lait, du beurre, du sucre ; la promesse d’un mets saupoudré de doux récon­fort. Cepen­dant, l’élan régres­sif est vite ren­voyé dans les cordes : sur la cou­ver­ture couleur sang, en impres­sion argen­tée, se détache l’image d’un gant et d’un sac de boxe. Les pains se font alors gnons, le beurre col­ore les yeux de noir. Et c’est bien du sport de com­bat dont il s’agira car, dès la pre­mière page tournée, Kikie Crêvecœur plante le décor (un ring) et la chro­ma­tique (noir, blanc, rouge). Con­tin­uer la lec­ture

Safety fuckin’ first !

Patrick DECLERCK, Sniper en Ari­zona, Buchet-Chas­tel, 2022, 375 p., 19 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 978–2‑283–03619‑8

declerck sniper en arizonaÀ l’approche d’un cap impor­tant, l’être humain peut faire preuve de réac­tions et d’envies imprévis­i­bles et par­fois éton­nantes. Et, à for­tiori, quand la vie même est men­acée, quand le risque d’un boule­verse­ment irréversible se fait sen­tir, l’importance de cette réac­tion est décu­plée.

Cer­tains fer­ont un bap­tême de l’air, d’autres iront écouter le chant des baleines.

Patrick Decler­ck, chez qui une inter­ven­tion déli­cate au cerveau est pro­gram­mée, a lui choisi de suiv­re plusieurs for­ma­tions de sniper en plein cœur du désert de l’Arizona. Con­tin­uer la lec­ture

À la recherche du temps perdu

Nathalie GONDRY, Matthieu, Luc Pire, 2022, 186 p., 18 €, ISBN : 9782875422644

gondry matthieuUn cri déchi­rant brise le silence de la nuit. Une mère a per­du son fils de 19 ans, Matthieu, dans un acci­dent de voiture. Le chauf­feur était ivre. Une seule réponse s’impose face à ce drame : le silence.

Juste après l’accident, Nathalie Gondry, qui n’est pas autrice au départ, écrit pour se libér­er. Elle plonge dans les sou­venirs, de la nais­sance de son fils aux derniers moments avec lui, en pas­sant par des anec­dotes de la vie quo­ti­di­enne. Con­tin­uer la lec­ture

Cœur et corps à l’ouvrage

Un coup de cœur du Car­net

Isabelle WÉRY, Self­ie de Chine, Midis de la poésie, 86 p., 12 €, ISBN : 978–2‑931054–07‑9

wery selfie de chineDe son pro­pre aveu, l’une des fonc­tions du “taff d’écrivaine” d’Isabelle Wéry est de “sculpter des images pour autrui”. Sculpter, on le fait avec les mains, mais aus­si avec la langue : sculpter des mots implique la col­lab­o­ra­tion active du corps et du cœur, qui parvient à don­ner vie à cette Chine presqu’irréelle, tant elle est éloignée des quo­ti­di­ens occi­den­taux. Et pour­tant, le petit livre d’Isabelle Wéry est aux antipodes d’un Ori­ent fan­tas­mé : c’est dans la Chine bien réelle et son désor­dre organ­isé que plonge ce sino-self­ie, dans un tour­bil­lon ardent que réper­cu­tent les thèmes, les reg­istres, les formes de dis­cours qui s’y trou­vent brassés. Prose poé­tique, cadavre exquis et ten­ta­tives man­darines, franglais, ono­matopées et bor­bo­rygmes mêlés de voyelles décu­plées et d’une ponc­tu­a­tion erra­tique se passent le relais pour un résul­tat chao­tiquo-exta­tique. Con­tin­uer la lec­ture

Prétextes à la fugue

Philippe HERBET, Fils de pro­lé­taire, Arléa, 2022, 120 p., 15 €, ISBN : 9782363083043

herbet fils de proletaireSi la pho­togra­phie a le don de repro­duire à l’infini ce qui n’a lieu qu’une fois (Barthes), l’écriture a celui, tout aus­si boulever­sant, de met­tre en mou­ve­ment des instan­ta­nés. C’est ce que le réc­it auto­bi­ographique de Philippe Her­bet, pho­tographe mais aus­si – s’il était encore besoin de s’en assur­er[1] – écrivain, expose avec clarté. Pub­lié aux édi­tions Arléa dans la col­lec­tion « La ren­con­tre », Fils de pro­lé­taire tra­vaille le pas­sage du temps en par­courant de petits tableaux d’un quo­ti­di­en passé, déli­cats morceaux de sou­venirs effrités dans la soupe du temps, tou­jours racon­tés au présent – pour pal­li­er, peut-être, cette sen­tence lap­idaire et presque dés­in­téressée : “Je n’ai pas de pho­tos d’enfance.” Con­tin­uer la lec­ture

Dire le désastre

Un coup de cœur du Car­net

Luc BABA, Ves­dre, Arbre à paroles, 2022, 123 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87406–725‑9

baba vesdreDix mois à peine après les ter­ri­bles inon­da­tions de juil­let dernier, voici que nous parvient un texte nour­ri de ces jours où les riv­ières et les fleuves ont tué des hommes et détru­it des maisons. Luc Baba, qui vit au bord de la Ves­dre, a été témoin direct du désas­tre qu’il nous rend en séquences brèves, tout en finesse. Car le pro­pos d’un écrivain n’est pas de recenser, de doc­u­menter un dossier mais de met­tre des mots qui suiv­ent au plus près les femmes et les hommes cernés par les flots.

D’abord pour rap­pel­er le plaisir des per­son­nes qui vivent en com­pag­nie de l’eau, qui s’endorment et se réveil­lent avec son mur­mure à l’oreille, qui en con­nais­sent la faune et la flo­re, la lumière et les odeurs. Et qui savent que quelque­fois, elle grogne, monte jusqu’à un point don­né, puis se retire. Mais cette fois, c’est dif­férent, elle ne s’arrête pas, tous les points de repère sont effacés, il n’y a plus d’électricité, les télé­phones sont déchargés, cha­cun est seul chez soi, sans plus aucun con­tact direct autre que des vis­ages aux fenêtres. Dans les flots passent des voitures, des objets, des ani­maux, des arbres. Dans l’esprit de ceux et celles qui atten­dent, des images défi­lent, les vis­ages des par­ents et amis, la crainte du pire, des lam­beaux de prières, des sou­venirs qui se bous­cu­lent. On est sous le toit et on sait que ce qui est en-dessous est déjà per­du, le puz­zle qu’on a com­mencé, la pho­to encadrée, les livres et les choses que l’on aime. Et on pense à l’après. Con­tin­uer la lec­ture

Les mots, la guerre, l’amour

Jean-Luc OUTERS, Hôtel de guerre, Gal­li­mard, coll. « L’infini », 2022, 192 p., 18 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782072944239

outers hotel de guerreAu fil d’une sai­sis­sante fic­tion, Jean-Luc Out­ers nous embar­que dans une remon­tée dans le temps, un ver­tige mémoriel, direc­tion Sara­je­vo assiégée, au cœur des com­bats dans l’ex-Yougoslavie. Invité par Reporters sans fron­tières à se ren­dre à Sara­je­vo en qual­ité d’écrivain, l’auteur séjourne en 1994 durant une semaine à l’Holiday Inn où sont regroupés les jour­nal­istes inter­na­tionaux. Vingt-cinq ans plus tard, une force irré­press­ible le pousse à remet­tre ses pas dans l’année 1994, à se don­ner ren­dez-vous avec un pan de passé col­lec­tif mar­qué par la douleur, avec un frag­ment de passé intime con­den­sé dans le nom d’Anna, une anesthé­siste ital­i­enne ren­con­trée dans un hôpi­tal. Con­tin­uer la lec­ture

Jean Marc Turine : écrire enfin l’indicible

Jean Marc TURINE, Révérends pères, Esper­luète, 2022, 122 p., 16 €, ISBN : 978–2‑35984–150‑3

turine reverends peresDans ses œuvres radio­phoniques, dans ses livres qui sou­vent leur répon­dent, Jean Marc Turine s’est attaché à don­ner voix à ceux et celles que l’on n’écoute pas : Liên, la jeune Viet­nami­enne au corps détru­it par l’agent orange dans Liên de Mê Linh, ou le peu­ple rom dans La Théo des fleuves – un roman qui a valu à son auteur le prix des Cinq con­ti­nents de la Fran­coph­o­nie. Avec Révérends pères, c’est un silence d’une autre nature que l’écrivain brise : il met en mots les agres­sions sex­uelles que lui ont infligées à l’adolescence plusieurs jésuites, pro­fesseurs du Col­lège Saint-Michel où il était sco­lar­isé, et désignés par une ini­tiale dans le livre. Con­tin­uer la lec­ture

Devenir-Un-Indien

San­dra DE VIVIES, Vivaces, La place, 2021, 96 p., 15 €, ISBN : 978–2‑9602918–0‑3

de vivies vivacesEn novem­bre 2021, San­dra de Vivies pub­li­ait son pre­mier livre : une col­lecte de réc­its dits pho­to­sen­si­bles réu­nis sous le titre de Vivaces. L’ouvrage est paru aux édi­tions La place, une jeune mai­son d’édition brux­el­loise puisqu’elle présente deux titres à son cat­a­logue : Vivaces, bien enten­du, et Où est ma mai­son de Haleh Chinikar. Les édi­tions La place annon­cent qu’elles « accom­pa­g­nent l’exploration, le doute, les textes qui en por­tent les traces de même que les formes frontal­ières ou hybrides : réc­it texte-image, prose poé­tique, français mât­iné d’une autre langue, etc. » Con­tin­uer la lec­ture

La composition du silence

Un coup de cœur du Car­net

Veroni­ka MABARDI, Sauvage est celui qui se sauve, Esper­luète, 2022, 208 p., 18 €, ISBN : 9782359841497

J’écris : voici mon frère, il n’a fait que pass­er, mais la phrase ment. Alors je cherche les traces qu’il a lais­sées dans le regard des autres. Il me relie à eux. Qu’est-ce qui s’est inscrit en eux de son pas­sage ?

Suiv­re le fil : plonger sous la matière, là où s’emmêlent et se con­fondent les fibres, rejoin­dre la sur­face, repren­dre. Les mots de Veroni­ka Mabar­di cir­con­scrivent en pointil­lé les con­tours de la perte et tra­cent, d’un même mou­ve­ment, l’empreinte d’un corps qui jamais n’a pu se résoudre à respecter les lim­ites. Ce corps est celui de son frère, Shin Do Mabar­di, arrivé à l’âge de cinq ans dans cette famille d’intellectuels de gauche, douce et généreuse, depuis la Corée du Sud. En dépit de l’amour qui l’attend de pied ferme et amor­tit la bru­tal­ité du déracin­e­ment, l’expérience est avant tout celle d’un arrache­ment. Dans la terre coréenne, Shin Do laisse des radi­celles tranchées vives. Un morceau de son iden­tité se développe sans lui à l’autre bout du monde, plaçant son exis­tence sous le signe de la frag­men­ta­tion. Con­tin­uer la lec­ture