Archives par étiquette : mise en abyme

Comment perdre ses plumes

Cather­ine DESCHEPPER, Le com­plexe du gastéropode, Weyrich, coll. “Plumes du coq”, 2021, 208 p., 15 € / ePub : 10,99 €, ISBN : 978–2‑87489–646‑0

deschepper le complexe du gasteropodePrenez qua­tre jeunes auteurs prêts à tout pour percer. Installez-les con­fort­able­ment dans l’aile d’un beau château. Don­nez-leur trente jours pour met­tre la dernière main à leur nou­veau pro­jet lit­téraire. Promet­tez à un seul d’entre eux la pub­li­ca­tion et les feux de la rampe. Atten­dez. Observez.

Voilà le principe act­if du dernier roman de Cather­ine Deschep­per. Sur cette trame apparem­ment ortho­doxe se tis­sera un réc­it par­faite­ment imprévu, objec­tive­ment décon­cer­tant et auda­cieuse­ment bur­lesque. Con­tin­uer la lec­ture

Sous son emprise

Isabelle BIELECKI, La mai­son du Belge, M.E.O., 2021, 232 p., 18 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑8070–0270‑8

bielecki la maison du belgePoétesse, nou­vel­liste, dra­maturge, Isabelle Bielec­ki est aus­si roman­cière et elle a obtenu le Prix des amis des bib­lio­thèques de Brux­elles pour Les mots de Russie, paru en 2005. Large­ment nour­ri de son expéri­ence per­son­nelle, La mai­son du Belge, son nou­v­el opus, revient pré­cisé­ment sur les con­di­tions dans lesquelles a été écrit ce roman primé. Con­tin­uer la lec­ture

Vertige !

Un coup de cœur du Car­net

Kate MILIE, Le mys­tère Spilli­aert, 180° édi­tions, 2020, 154 p., 20 €, ISBN : 978–2‑931008–33‑1

millie le mystère spilliaertLe titre pilote vers le polici­er, une page de garde annonce un roman, le texte échappe aux éti­quettes et con­jugue les reg­istres : jour­nal de bord de l’autrice autour d’un pro­jet d’écriture, doc­u­ments qui le fondent (let­tres de pro­tag­o­nistes ou de témoins, liste de lieux à vis­iter), frag­ments d’une rêver­ie biographique à par­tir des points d’acmé d’une exis­tence. Con­tin­uer la lec­ture

Par la grâce de la Muse

Éric NEIRYNCK, J’ai un pro­jet : devenir fou, Lamiroy, 2020, 123 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87595–260‑8

J’ai un pro­jet : devenir fou, le dernier livre d’Éric Neirynck, fait référence à une cita­tion de Fiodor Dos­toïevs­ki, reprise par Bukows­ki et claquant comme la ban­nière de tant d’écrivains ou artistes rongés par une fièvre d’inadaptation sociale ver­tig­ineuse… Ces rares auteurs célébrés par le nar­ra­teur de ce court roman aux allures de provo­ca­tion ressem­blent plutôt au par­fait por­trait d’un auteur empêtré dans des illu­sions de lit­téra­ture et d’édition qui ont tou­jours été le véhicule des rêves avortés. Con­tin­uer la lec­ture

Aux frontières du réel

Thibaud PETIT, Jack, Mur­mure des Soirs, 2020, 224 p., 18 €, ISBN : 978–2‑930657–61‑5

« On peut sur­vivre de mille et un passés mais on meurt dès qu’on a per­du son seul avenir. » Ce con­stat cristallise les élans scrip­turaux du nar­ra­teur de Jack. Cet homme, frag­ilisé, dans la trentaine, emmé­nage dans un apparte­ment (aus­si étriqué que ses moyens et peu pim­pant que son allure) suite à une rup­ture sen­ti­men­tale non métabolisée. Bien sûr, il y a déjà eu le tri des sou­venirs, l’installation dans un quarti­er agréable, les encour­age­ments des proches, la for­mu­la­tion pos­i­tive de réso­lu­tions. Mais tout s’est enchaîné très vite, trop même. À présent, il y a surtout cet espace de céli­bat, ce min­i­mal­isme imposé, cette nou­velle page d’existence à écrire. Alors pourquoi ne pas se pren­dre au mot et l’écrire, ce roman jamais abouti, tel « un mec ayant besoin d’outils pour aller mieux » ? « Il m’offrait la pos­si­bil­ité d’adopter un autre regard sur mon his­toire et de faire de ce fardeau que je traî­nais de la matière à tra­vailler et à espér­er. En quelque sorte, il me pous­sait à regarder vers l’avant et à arrêter de croire que le passé m’emprisonnait, au risque d’en mourir. » Con­tin­uer la lec­ture

Cinéma on ice et skate-writing

Jean-Philippe TOUSSAINT, La pati­noire, Impres­sions Nou­velles, 140 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87449–668‑4 

Pass­er de l’écriture de romans à la réal­i­sa­tion de film, de la pho­togra­phie à l’art con­ceptuel  exige un art vir­tu­ose du pati­nage. Romanci­er (La salle de bain, Mon­sieur, La télévi­sion, Faire l’amour, Nue, Foot­ball, Made in Chi­na, tous au Édi­tions de Minu­it…), réal­isa­teur, pho­tographe, artiste con­ceptuel, Jean-Philippe Tou­s­saint met en abyme sa pra­tique des arts dans le film La pati­noire (1999) dont les Impres­sions Nou­velles édite le texte. Résul­tat d’une refonte de divers­es ver­sions du scé­nario, ce ciné-roman, accom­pa­g­né d’un cahi­er de pho­tos, d’une post­face de Lau­rent Demoulin et d’un dossier de presse, explore le motif du film dans le film. Hom­mage au sep­tième art, La pati­noire accom­plit sous une veine comique ten­ant aus­si bien de Jacques Tati, de Buster Keaton que de Chap­lin ce qu’Escher pour­suit graphique­ment, à savoir un enchâsse­ment d’un film (Dolores) dans un film (La pati­noire). À la main qui des­sine une main qui des­sine d’Escher répond ici un ciné­ma au car­ré, un film qui par­le d’un film en train de se tourn­er, un film doté d’un exposant x, manière de sug­gér­er que l’une des déf­i­ni­tions pos­si­bles du ciné­ma est celle d’un hoquet-hock­ey sur un ter­rain glis­sant parsemé de peaux de banane.

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Auteur en quête de son personnage

Annie PRÉAUX, Bird et le mage Chô, M.E.O., 2017, 220 p., 17€, ISBN : 978–2‑8070–0134‑3

preauxSan­drine se réveille un matin dans sa mai­son d’enfance où trô­nent les objets et les meubles d’un autre. Que s’est-il passé cette nuit-là ? Après avoir appris bru­tale­ment son licen­ciement et avoir noyé son cha­grin et son incom­préhen­sion dans des litres d’alcool, San­drine a atter­ri devant son anci­enne porte, en pleu­rant, frap­pant et appelant son défunt père. Le nou­v­el occu­pant, Jean-Marc, l’a recueil­lie chez lui et touché par sa détresse, lui a prodigué des soins. Le lende­main, il la laisse repar­tir, non sans regret. Une fas­ci­na­tion le prend tout d’un coup pour San­drine qui ressem­ble à s’y tromper à Bird, l’héroïne de son roman préféré, Le bais­er can­ni­bale. Il sent qu’il a besoin d’elle pour écrire à son tour le roman dont il a tou­jours rêvé, mais il la laisse s’échapper. Con­tin­uer la lec­ture

Celui qui a(n)imait le monde

Un coup de coeur du Carnet

André-Joseph DUBOIS, Quand j’étais mort, Weyrich, coll. “Plumes du coq”, 2017, 236 p., 15 €, ISBN : 9782874894152

dubois AJDepuis L’œil de la mouche (1983), André-Joseph Dubois prend un malin plaisir à observ­er le monde qui l’entoure et à nous le restituer avec le regard posé et amusé de l’étranger qui rendrait compte d’une expédi­tion en ter­res loin­taines. Après une pause de 30 ans, il nous est revenu en 2013, sans rien renier de sa verve. Nour­ri sans aucun doute de travaux tels que ceux de Pierre Bour­dieu, dont La Dis­tinc­tion, cri­tique sociale du juge­ment, paru en 1979, il met en scène des per­son­nages qui cul­tivent le don de la dis­tance cri­tique envers les autres et eux-mêmes, dans une forme de mise en spec­ta­cle ludique du réel qui frise sans les attein­dre le cynisme et la mis­an­thropie mais qui génère une ironie  mêlée de tru­cu­lence. Con­tin­uer la lec­ture

Une commode bleue contre un mur ocre

Un coup de coeur du Carnet

Mar­cel SEL, Rosa, ONLiT, 2017, 300 p., 19.50 €/ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑87560–086‑8

selTout le monde con­naît peu ou prou le blogueur Mar­cel Sel, qu’on le lise ou pas, qu’on s’en amuse ou qu’on s’en irrite…

Le voilà qui endosse le cos­tume de romanci­er et, pour un coup d’essai, c’est un coup de maître… et un coup de cœur.

Vous allez com­mencer à lire ce roman ; vous allez le dévor­er et il vous dévor­era.  Con­tin­uer la lec­ture

Folie et génie : le duo gagnant

Un coup de coeur du Carnet

Nico­las MARCHAL, Le Grand Cerf, Neufchâteau, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2016, 164 p., 14€

marchalLui, il est écrivain. Ou plutôt Écrivain. Même que son pre­mier roman a été salué par la cri­tique. Et ce n’est pas rien, un suc­cès cri­tique pour un pre­mier roman ! Alors for­cé­ment, ça met de la pres­sion pour le deux­ième : après l’exploit, il s’agit de ne pas décevoir. D’ailleurs, il a déjà envoyé un début de man­u­scrit à des édi­teurs parisiens. Donc pres­tigieux. Oh, bien sûr, ça ne sera pas son Grand Roman, mais pour ça il a encore le temps. Il a encore beau­coup de chefs‑d’œuvre à écrire alors pour le Grand Roman, celui qui le fera entr­er au Pan­théon des Grands Écrivains, il devra encore atten­dre. Évidem­ment, ce serait cer­taine­ment plus facile si sa chère épouse adorée ne l’embêtait pas tou­jours avec ses préoc­cu­pa­tions bass­es de petite-bour­geoise. Et puis ce bébé qui braille sans cesse ! Et qui réclame sans se lass­er cette ridicule comp­tine qui vante les mérites d’un grand cerf qui vient en aide à un stu­pide lapin. Qui voudrait y croire ? Alors que l’Écrivain aimerait tant racon­ter à son fils une mer­veilleuse his­toire de son cru mais non, décidé­ment non, l’enfant réclame à corps et à cris le grand cerf. Con­tin­uer la lec­ture

La carte et la trace

Un coup de coeur du Carnet

Diane MEUR, La carte des Mendelssohn, Paris, Sabine Wespieser, 2015, 483 p., 25 €/ePub : 17.99 €

À chaque livre, Diane Meur sur­prend. C’est assuré­ment le cas avec ce sep­tième roman, dans lequel elle renou­velle pro­fondé­ment sa manière de faire. Comme pour les autres, il s’agit d’une his­toire de fil­i­a­tion, de des­tins qui s’étendent par-delà les généra­tions. Le point de départ du roman est ce per­son­nage d’Abraham Mendelssohn, ban­quier de son état, coincé entre deux hommes célèbres, son père Moses Mendelssohn, un des grands philosophes alle­mands, une des Lumières de la pen­sée juive, et son fils, Félix Mendelssohn Bartholdy, le musi­cien roman­tique alle­mand. À par­tir de cette fig­ure, Diane Meur explore le des­tin des mem­bres de cette famille pro­lifique qui étend ses ram­i­fi­ca­tions et ses réseaux loin en Europe.

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Le dédoublement de Léo

René BEGON

cecchi_begonLeur his­toire avait plutôt bien com­mencé. Mal­gré sa timid­ité, c’est Luci­enne que le séduisant Léo avait invitée à danser lors d’une soirée d’anniversaire. Ensuite, les choses avaient suivi leur cours. Luci­enne et Léo filaient le par­fait amour, elle insti­tutrice, lui livreur pour une entre­prise. Une ombre au tableau : l’impossibilité d’avoir des enfants… Con­tin­uer la lec­ture

Faire sa fête à la fiction

Un coup de coeur du Carnet

Bernard QUIRINY, His­toires assas­sines, Paris, Rivages, 2015, 240 p., 18 €/ePub : 12,99 €

quiriny_marchalC’est un Quiriny sacré­ment en forme qui revient à la nou­velle, le for­mat qui l’a fait con­naître, et qui lui réus­sit si bien – même s’il est presque aus­si juste de dire que Bernard Quiriny réus­sit bien à la nou­velle. Con­tin­uer la lec­ture

Est-ce ainsi que les hommes vivent?…

….et leurs bais­ers au loin les suiv­ent [1]

Un coup de coeur du Carnet

Armel JOBDe regret­ta­bles inci­dents, Paris, Laf­font, 2015, 288 p., 19 €/ePub : 12.99 €

job_romanWern­er Sualem, gérant d’une épicerie coopéra­tive, fait par­tie depuis plus de 25 ans de la troupe de théâtre ama­teur “Le roy­al Sil­lon” à Brul, petit vil­lage de l’est de la Bel­gique. Après avoir joué les comiques, il monte une pièce dra­ma­tique d’Haakon  Ibsen, Le cheval de retour, une his­toire d’amours irrémé­di­a­ble­ment ratées et déçues. Mais le drame ne va pas rester con­finé à la scène et c’est le vil­lage tout entier qui va se trou­ver pris dans les tur­bu­lences provo­quées par d’anciens drames enfouis – de regret­ta­bles inci­dents – qui vont refaire sur­face. Con­tin­uer la lec­ture