Archives de catégorie : Recensions

Si voisin tu as, avec Watrin tu compatiras

Dominique WATRIN, La vie louche de ma voi­sine Fer­nande, Lamiroy, 2024, 180 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87595–937‑9

watrin la vie louche de ma voisine fernandeDominique Watrin est un auteur fan­tasque qui pour­rait large­ment incar­n­er l’un de ses pro­pres per­son­nages. Sa bib­li­ogra­phie présente un pan­el de héros pit­toresques var­ié. Avec une dizaine d’œuvres satiriques à son act­if, il a créé sa place dans l’univers de l’humour belge en se sig­nalant par un style bien per­son­nel. Un bon lous­tic ! En tant que lecteur, l’on gam­bade de fan­taisies en rail­leries et l’on sautille de mal­ices en facéties. Lire Watrin, c’est atter­rir au cœur de notre Wal­lonie et côtoy­er des per­son­nages dans le genre « hurlu­ber­lus » qui, en fin de compte, pour­raient être nos voisins à nous aus­si. C’est à par­tir de cette recette que Dominique Watrin pub­lie le troisième tome des aven­tures de sa voi­sine, La vie louche de ma voi­sine Fer­nande, aux édi­tions Lamiroy. Con­tin­uer la lec­ture

Plaidoyer pour une architecture vivante

Un coup de cœur du Car­net

Vir­gil DECLERCQ, Héritage, Bozon2x, 2025, 226 p., 21 €, ISBN : 978–2‑931067–27‑7

declercq héritageLivre de com­bats, de cœur, irrigué par l’amour du pat­ri­moine archi­tec­tur­al, la qual­ité de vie des citoyens, Héritage se présente comme un man­i­feste mar­qué par l’urgence face à la débâ­cle urban­is­tique, envi­ron­nemen­tale qui rav­age nos lieux de vie. Fon­da­teur de l’association Com­mu­nauté His­to­ria qui défend les édi­fices en péril, les joy­aux men­acés de démo­li­tion, Vir­gil Decler­cq nous délivre un essai qu’on aimerait dis­tribuer aux poli­tiques, aux ges­tion­naires de l’urbanisme, aux pro­mo­teurs immo­biliers, aux fonc­tion­naires européens afin de les dessiller. Con­tin­uer la lec­ture

Un jour, tu seras un homme, mon fils… Ou pas !

Giuseppe SANTOLIQUIDO, La nuit du Fils, suivi de Por­ca Stra­da !, Sam­sa, 2025, 118 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87593–582‑3

santoliquido la nuit du filsGiuseppe San­toliq­ui­do a com­mencé sa car­rière en Bel­gique (Renais­sance du livre, Ker, Genèse), mais il a été ensuite pub­lié chez Gal­li­mard. C’est dire la per­cus­sion de son éclec­tique (essais, nou­velles, romans, théâtre) tra­jec­toire.

Ce livre sem­ble avoir été pub­lié pour accom­pa­g­n­er une pièce, La nuit du Fils, « créée en févri­er 2025 à Brux­elles, au Théâtre des Galeries ». Dès les pre­mières lignes me frappe une sen­sa­tion prousti­enne. Comme si j’avais déjà lu… De fait, j’ai lu naguère un Bel­giques de Giuseppe San­toliq­ui­do décom­posé en trois longues nou­velles, or la pre­mière, De père en fils, présen­tait les per­son­nages et la sit­u­a­tion de la pièce. Une adap­ta­tion ? Une vari­a­tion libre, plutôt, une relec­ture ou même une con­clu­sion, quelques années plus tard. Curieuse­ment, aucune men­tion ne con­necte les deux textes… Con­tin­uer la lec­ture

Il n’y a pas de mauvaises herbes, il n’y a que des mauvais cultivateurs

Brigitte MOREAU, Je m’appelle Ange et je ne suis pas un mon­stre, F dev­ille, 2024, 62 p., 9 € / ePub : 6,49 €, ISBN : 978–2‑87599–193‑5

moreau je m'appelle ange et je ne suis pas un monstreLe nou­veau micro-roman de Brigitte More­au com­mence en force avec son incip­it : « J’ai tué mon frère. Je ne le détes­tais pas. En fait, nous nous enten­dions plutôt bien. » Après avoir dîné avec lui, la nar­ra­trice, Ange, explique qu’elle a poussé son frère, Jean-Math­ieu, sous un camion et qu’il n’a pas résisté. C’est dans la salle d’attente du com­mis­sari­at de police, où elle attend de faire sa dépo­si­tion, qu’elle se plonge dans ses sou­venirs et nous aide à com­pren­dre les raisons qui l’ont poussée à ce geste extrême. Con­tin­uer la lec­ture

Les naufragés du temps

Patrizio FIORILLI, Sauver Hitler, F dev­ille, coll. « Œuvres au jaune », 2025, 65 p., 9 € / ePub : 6,49 €, ISBN : 978–2‑87599–194‑2

fiorilli sauver hitlerEn 2022, Patrizio Fio­r­il­li nous avait éton­nés avec Au com­mence­ment, il y eut le mal, aus­si biblique que peu catholique : divers­es audaces déca­paient un paysage his­torique trop sou­vent académisé. Dans son qua­trième ouvrage, tou­jours pub­lié par les édi­tions brux­el­lois­es F dev­ille (sans point et sans majus­cule), l’auteur reste fidèle à l’Histoire mais nous revient dans un reg­istre plus court, un micro-roman. Con­tin­uer la lec­ture

Qu’attendons-nous pour lever les yeux ?

Jean-Marc CECI, Les étoiles du silence, Le soir venu, 2025, 232 p., 17,95 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782940797042

ceci les étoiles du silenceAvec Les étoiles du silence, Jean-Marc Ceci déploie un roman cha­toy­ant, aux croisées du réc­it d’apprentissage, du con­te philosophique et du réal­isme mag­ique. Le lecteur suit du regard un enfant, Pei­hn, étran­glé par une tristesse indi­ci­ble, « étrange et incon­solable », qui lui coud les lèvres depuis trois ans. Observ­er le ciel et les autres, écouter le monde, appren­dre à se con­naitre, à être aimé et à s’aimer seront les dif­férents pétales de sa mag­nifique flo­rai­son sonore. Con­tin­uer la lec­ture

Là où tu ne savais pas / Que tu pouvais aller…

Un coup de cœur du Car­net

Béa­trice LIBERT et Clau­dine GOUX (illus­tra­tions), Poèmes sans ombre pour voir la vie du bon côté, Ate­lier du Grand Tétras, 2024, 43 p., 13 €, ISBN : 978–2‑37531–122‑6

libert poemes sans ombre pour voir la vie du bon côtéBéa­trice Lib­ert est poétesse, mais aus­si plas­ti­ci­enne, essay­iste et éditrice (Couleur Livres et Le Tail­lis Pré). Elle pub­lie volon­tiers des textes placés en miroir avec des illus­tra­tions, dont ils s’inspirent ou qui les exal­tent. C’est ain­si un ouvrage agré­men­té de pho­togra­phies qui lui avait valu en 2023 le prix du Par­lement de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles. Con­tin­uer la lec­ture

« Retiens mon nom : je suis un tupilak »

Carl NORAC (auteur) et Man­dana SADAT (illus­tra­trice), Tupi­laks !, Esper­luète, coll. « Albums », 2025, 80 p., 25 €, ISBN : 9–782359-84–1947

norac tupilaksIni­tiale­ment, les tupi­laks, fig­ures de la mytholo­gie groen­landaise, sont créés par un sor­ci­er inu­it. Pour façon­ner ces créa­tures mi-humaines mi-ani­males, il se sert d’éléments (os, ten­dons, peau, poils, dents, bois, etc.) issus de la faune locale (cervidés, renards, ours, orques, baleines, oiseaux, etc.) ; par­fois aus­si de frag­ments d’hommes (cheveux, ongles, etc.). Con­tin­uer la lec­ture

Le poème et les mots dits          

Philippe LEUCKX, Petites notes, Lieux-Dits, coll. « Cahiers du loup bleu », 2025, 32 p., 7 €, ISBN : 978–2493715-85–2

leuckx petites notesLa col­lec­tion « Cahiers du Loup bleu », dirigée par le poète Jacques Goor­ma, fait la part belle aux auteurs con­tem­po­rains et au for­mat dépouil­lé au sein des Édi­tions Les Lieux-dits, créées par le pein­tre Ger­main Roesz en 1994 à Stras­bourg. « L’idée des Cahiers du loup bleu est née avec l’évidence de tou­jours met­tre en qua­trième de cou­ver­ture le dessin d’un loup com­mandé à une ou un artiste différent.e.s. L’aventure dou­ble ain­si la part poé­tique et plas­tique. Les poèmes vien­nent de poètes très con­nus ou incon­nus et il en est de même pour les artistes », dit l’éditeur. Ici, les poèmes de Philippe Leuckx parais­sent sous une cou­ver­ture dont le graphisme bleu est de l’artiste Chris­tine Val­cke. Con­tin­uer la lec­ture

Demoulin nous donne des ailes…

Un coup de cœur du Car­net

Lau­rent DEMOULIN et Alain DULAC, Réguli­er / irréguli­er : son­nets, Herbe qui trem­ble, 2025, 126 p., 18 €, ISBN : 9782491462802

demoulin regulier irregulierIl est de ces auteurs dont on attend avec impa­tience le nou­v­el opus, le nou­veau gise­ment. Peut-être parce que l’on sait qu’ils sont un peu musi­ciens, un peu orpailleurs. Ou bien plus sim­ple­ment parce qu’on sup­pute la fête de la langue et de l’esprit à laque­lle ils vont nous con­vi­er. C’est assuré­ment le cas avec Lau­rent Demoulin chez qui il y a, mine de rien, sans avoir l’air d’y touch­er, des pépites jail­lis­santes dans l’écriture. Con­tin­uer la lec­ture

Télévision, ton univers (im)pitoyable

Olivi­er SCHOONEJANS, 20 Heures Acad­e­my, M+ édi­tions, 2025, 325 p., 21,90 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑38211–286‑1

schoonejans 20 heures academyPrenez deux extrêmes, d’une part les jour­naux télévisés et d’autre part les émis­sions de téléréal­ité, degré zéro de la télévi­sion, mélangez ces deux extrêmes, et vous obtenez la toile de fond de 20 Heures Acad­e­my, le pre­mier roman d’Olivi­er Schoone­jans, qui sait de quoi il par­le.

Olivi­er Schoone­jans est jour­nal­iste pour RTL-TVI et présente depuis plus de dix ans le jour­nal télévisé de 13h. Chaque édi­tion se ter­mine par l’interview d’unꞏe invitéꞏe. Régulière­ment, il s’agit d’un auteur ou d’une autrice et l’empathie, l’intérêt que le jour­nal­iste met dans ses ques­tions nous don­nait à penser que celui-ci pub­lierait un jour son livre. Voilà nos pré­dic­tions réal­isées avec ce pre­mier roman. Con­tin­uer la lec­ture

Ce vaste espace à traverser, de soi à soi…

Un coup de cœur du Car­net

Mar­tine ROUHART, La nuit ne dort jamais, Cygne, coll. « Le chant du cygne », 2025, 59 p., 12 €, ISBN 978–2‑84924–814‑0

rouhart la nuit ne dort jamaisMar­tine Rouhart a été sub­tile­ment inspirée en plaçant quelques vers d’Anne Per­ri­er en épigraphe de La nuit ne dort jamais : “En dor­mant, je me suis tournée / Vers la pente ombrée Des Paroles”(Extrait de D’entre Ciel et Terre).

Le pre­mier recueil pub­lié par la poétesse suisse ne s’intitulait-il pas Selon la nuit (Édi­tions Les Amis du livre, Lau­sanne, 1952) ? Appa­rait une affinité sen­si­ble entre la poétesse belge et son ainée, sin­gulière­ment mise en lumière dans ce vol­ume paru aux Édi­tions du Cygne. Il est com­posé de trois par­ties (« La nuit vient », « Elle ne dort jamais » et « La nuit s’en va ») dont les titres s’entrelacent pour for­mer celui du qua­torz­ième ouvrage de l’autrice mon­toise. Con­tin­uer la lec­ture

L’adolescence en roue libre

Max DE RADIGUES, Dix sec­on­des, Cast­er­man, 2025, 120 p., 22 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 9782203290372  

de radigues dix secondesDans les années nonante, Mar­co traîne son apathie entre le canapé de ses potes et le siège de son scoot­er. L’é­cole l’en­nuie, sa vie de fils unique le gave et la rou­tine bien rangée de ses par­ents le saoule. Mar­co rêve d’autre chose. Rien de pré­cis, pas d’ob­jec­tifs par­ti­c­uliers : juste vivre. C’est dans sa quête de sen­sa­tion forte qu’il ren­con­tre « le schmet », dealeur et caïd du coin. Mar­co n’a alors plus qu’une envie, s’in­té­gr­er à cette nou­velle bande, faire la fête et « s’é­clater la tête » avec des drogues tou­jours plus dures. De plus en plus dis­tant de son groupe d’amis qui préfèrent jouer à Zel­da que snif­fer de la coke sur les park­ings de boite de nuit, il s’isole, manque l’é­cole et, surtout, tombe amoureux de Zoé. Dix sec­on­des les yeux fer­més sur son scoot­er, c’est ce qu’il faut au jeune Mar­co pour s’of­frir son shoot d’adré­naline. Mais comme pour tout drogué, la dose doit tou­jours aug­menter pour main­tenir ses effets. “Paumé”, “los­er”, “zonard”, on observe Mar­co s’enfoncer dans son mal-être ou chaque nou­velle expéri­ence risque d’être la dernière. Con­tin­uer la lec­ture

Les éclats de conscience

Chris­tine DELMOTTE-WEBER, Je voudrais mourir par curiosité, Oiseaux de nuit, coll. « Rideaux rouges », 2025, 94 p., 10 €, ISBN : 9782931101742

delmotte weber je voudrais mourir par curiositéNous décou­vrons Myr­i­am, seule chez elle. Elle par­le d’un effet par­ti­c­uli­er pro­duit au réveil, comme si sa con­science, à cet instant-là, ne fai­sait plus par­tie d’elle-même. Baba, sa com­pagne, arrive et la réveille. Mais est-elle bien réelle ? Nous com­prenons petit à petit que Myr­i­am est vis­itée par le fan­tôme de Baba. Quelques temps plus tôt, elles ont vécu un ter­ri­ble acci­dent de voiture. Baba est morte sur le coup, Myr­i­am s’en est sor­tie. Elle y a toute­fois vécu un phénomène assez sin­guli­er : une Expéri­ence de Mort Immi­nente (EMI). Depuis, elle essaie de com­pren­dre ce qui lui est arrivé, ain­si qu’à Baba, et s’intéresse beau­coup à la con­science délo­cal­is­able. Baba lui manque énor­mé­ment. Elle aimerait qu’elle vienne plus sou­vent la vis­iter. Con­tin­uer la lec­ture

La fiction et ses modalités plurielles d’engagement

Marie GIRAUD-CLAUDE-LAFONTAINE, De nou­velles formes d’engagement lit­téraire dans la lit­téra­ture fran­coph­o­ne con­tem­po­raine de Bel­gique. Thomas Gun­zig, Char­ly Del­wart et Kenan Gör­gun, Peter Lang, 2024, 570 p., 45 €, ISBN : 9783034350938

giraud claude lafontaine de nouvelles formes d engagementDans son magis­tral tra­vail con­sacré à la ques­tion des nou­velles formes d’engagement lit­téraire dans la généra­tion d’écrivains belges fran­coph­o­nes nés dans les années 1970, la chercheuse Marie Giraud-Claude-Lafontaine repense à nou­veaux frais les ques­tions com­plex­es d’engagement en lit­téra­ture, de fic­tion cri­tique, de pou­voir de la lit­téra­ture dans le champ politi­co-social. Remar­quable à plus d’un titre, con­sacré aux œuvres de Thomas Gun­zig, Char­ly Del­wart et Kenan Gör­gun, l’essai cir­con­scrit préal­able­ment le champ de son étude en éman­ci­pant la notion (éminem­ment plurielle, mul­ti­ple) d’engagement de sa cap­ture sar­tri­enne, en prob­lé­ma­ti­sant la poli­tique de la lit­téra­ture dans sa spé­ci­ficité belge. Con­tin­uer la lec­ture

Un élan attaché et attachant

Ade­line DIEUDONNÉ (autrice) et Arnold HOVART (illus­tra­teur), Un élan de com­pag­nie (con­seils et astuces pour s’en débar­rass­er), Arènes, 2025, 40 p., 14,90 €, ISBN : 979–10-375‑1302‑1

dieudonné hovart un élan de compagnieIl y a toutes sortes d’albums pour enfants : ceux pour rêver et con­tem­pler, ceux pour sen­si­bilis­er et appren­dre, ceux pour s’émerveiller et fris­son­ner, ceux pour décou­vrir et explor­er, ceux pour s’évader et s’inventer, et ceux pour rire et pass­er un agréable moment. Un élan de com­pag­nie (con­seils et astuces pour s’en débar­rass­er) appar­tient sans con­teste à cette dernière caté­gorie (bien qu’elles puis­sent être, évidem­ment, poreuses les unes aux autres). Con­tin­uer la lec­ture