Archives de catégorie : Recensions

Il en faut peu pour être heureux, mais l’essentiel

Loren­zo MORELLO, Voulez-vous, M.E.O., 2024, 162 p., 18 €, ISBN : 978–2‑8070–0446‑7

morello voulez-vousLau­rent est un homme de 52 ans qui a fondé son entre­prise il y a 20 ans avec son ami de jeunesse, Léopold. Le jour où il apprend que le groupe ABBA sor­ti­ra un nou­v­el album (nous sommes en 2021), il décide de démis­sion­ner et de ven­dre ses parts dans la société à celui qui lui organ­is­era une entre­vue avec Ben­ny Ander­son, un des mem­bres du célèbre groupe, ce qui laisse Léo par­ti­c­ulière­ment per­plexe. Con­tin­uer la lec­ture

Souvenir d’exil, écho de résistance

Anne SYLVAIN, Elles iront voir la mer, Genèse, 2024, 200 p., 22,50 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782382010365

sylvain elles iront voir la mer« Il était embal­lé dans un petit morceau de papi­er jour­nal déchiré à la hâte, un jour­nal alle­mand. En surim­pres­sion étaient écrits au cray­on une suite de chiffres et un mot, qu’elle ne com­pre­nait pas, le tout grossière­ment entouré. Recht­san­walt. […] Le pen­den­tif était mag­nifique. Les lobes du cœur, fine­ment gravés, étaient asymétriques. Léon­tine lut sur le ver­so du médail­lon “Sou­venirs d’exil”. » Ce bijou, à l’odeur par­ti­c­ulière de soufre, recèle l’amour pro­fond, solen­nel et meur­tri de Mel­chior, alors en dépor­ta­tion à Soltau. Con­tin­uer la lec­ture

Décaper des personnages en coulisses

Car­o­line WLOMAINCK, Alice au par­adis, Lamiroy, 2024, 207 p., 20 €, ISBN : 9782875959003

wlomainck alice au paradisAlice au par­adis s’ouvre sur une scène clas­sique, celle d’un échange épi­der­mique entre une cliente et une employée d’un salon d’esthétique, cro­qué de façon foudroy­ante par cette même employée, en un mono­logue intérieur caus­tique, révéla­teur de son état d’esprit :

Le prob­lème avec les gens rich­es, c’est qu’ils pensent qu’on les attend comme le Messie. Ils croient incar­n­er cette prov­i­den­tielle exis­tence sans qui les autres ne sont rien. Rien de plus que la cica­tricielle blessure d’un furon­cle sur leur cul béni. Et cette aisance car­ac­téris­tique avec laque­lle ils tutoient les autres ! Un pronom qui nor­male­ment rap­proche, appelle à la sym­pa­thie, à l’amitié. À la con­fi­dence. Mais qui, sor­ti de leur bouche éloigne, rapetisse, rata­tine. Écrase. Et vous pro­jette instan­ta­né­ment dans le monde de la physique quan­tique où l’infiniment grand côtoie l’infiniment petit.  Con­tin­uer la lec­ture

Odile entre le marteau et l’enclume

Paul COUTURIAU, Les dis­parus de la Cour d’Or, Press­es de la Cité, 2024, 304 p., 21 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782258204201

couturiau les disparurs de la cour d orNous sommes à Metz en 1940. Odile Wald­ner, bib­lio­thé­caire munic­i­pale, com­mence à écrire un jour­nal secret qu’elle des­tine à son fils, encore tout bébé, afin qu’il sache la vérité sur elle.  Car elle pressent que sa vie ne sera pas un long fleuve tran­quille. 

Nous sommes à Metz en 2018. Michel Eng­berg, con­ser­va­teur au Musée de la Cour d’Or, est épuisé par sa longue quête jusque-là infructueuse à la recherche de man­u­scrits pré­cieux qui ont – auraient – été cachés pen­dant la guerre pour les sous­traire à la destruc­tion pro­gram­mée par les nazis. À quelques mois de sa retraite pro­fes­sion­nelle, sera-t-il aidé ou util­isé par l’ambitieuse Gabriela Agnel­li, nou­velle recrue du Musée, dont « Michel a vite com­pris qu’elle était de pas­sage à Metz – un pas­sage qu’elle souhaite aus­si bref que pos­si­ble » ? Et de fait, elle ne rêve que d’une car­rière pres­tigieuse au Lou­vre… Con­tin­uer la lec­ture

Scruter l’obscur

Un coup de cœur du Car­net

Zoé DERLEYN, Je m’appelle Aus­tralie, Rouer­gue, coll. « La brune », 2024, 132 p., 16 €  / ePub : 11,99 €, ISBN : 978–2‑8126–2596‑1

derleyn je m'appelle australieDécou­verte par les édi­tions Quad­ra­ture pour son pre­mier recueil de nou­velles, Le goût de la limace, Zoé Der­leyn avait déjà retenu notre atten­tion par la force nar­ra­tive de ses pre­miers textes qui avaient obtenu le prix Franz De Wev­er 2018 et avaient été retenus dans la liste des final­istes du prix Rossel, ce qui est plutôt rare pour ce genre lit­téraire. Zoé Der­leyn pour­suiv­it sa car­rière édi­to­ri­ale en France avec un pre­mier roman, Debout dans l’eau, aux édi­tions du Rouer­gue, prix Mar­cel Thiry 2022. Elle revient aujourd’hui à la nou­velle, tou­jours au Rouer­gue. Ce recueil inti­t­ulé Je m’appelle Aus­tralie prou­ve à nou­veau que l’autrice belge maîtrise le genre avec une rare maes­tria, tant par son approche déli­cate de ses sujets que par une écri­t­ure ciselée. Con­tin­uer la lec­ture

L’amour et le poème comme viatiques

Philippe COLMANT, À la marge du ciel, Pré­face de Philippe Leuckx, ill. de Philippe Col­mant, Coudri­er, 2024, 97 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39052–058‑0

colmant a la marge du cielNé en 1964 à Brux­elles, Philippe Col­mant est tra­duc­teur de for­ma­tion et de pro­fes­sion. Depuis 2012, il exerce ses com­pé­tences de tra­duc­teur-réviseur au sein de l’u­nité française de la Cour des comptes européenne à Lux­em­bourg. Auteur d’une dizaine de recueils de poèmes, il a obtenu le prix Jean-Kobs 2021 pour Cette vie insen­sée et le prix Dela­by-Mour­maux 2023 pour Tec­tonique du temps. Il a égale­ment signé à ce jour qua­tre romans policiers mais con­sid­ère la poésie comme son prin­ci­pal champ d’expression. Il est mem­bre de l’Association des écrivains belges de langue française (AEB), de l’Association royale des écrivains et artistes de Wal­lonie (AREAW) et du Gre­nier Jane Tony. Il a égale­ment pub­lié un recueil à qua­tre mains avec Philipe Leuckx, Frères de mots. Ce n’est pas leur seule col­lab­o­ra­tion, puisque Philippe Leuckx a signé et signe encore ici une  pré­face aux poèmes de Philippe Col­mant tan­dis que ce dernier fait béné­fici­er de son art pho­tographique l’édition du recueil de Leuckx, Matière des soirs. C’est d’ailleurs une car­ac­téris­tique de la mai­son d’édition Le Coudri­er que de pub­li­er des livres qui sont le fruit des divers tal­ents des pro­tag­o­nistes de son cat­a­logue, soit comme auteurs et autri­ces, pho­tographes, dessi­na­teurs et dessi­na­tri­ces, pein­tres ou pré­faciers. Le Coudri­er favorise ain­si en son sein les dia­logues mul­ti­fonc­tion­nels de ses mem­bres. Con­tin­uer la lec­ture

Devenir militant à dix ans

Char­ly DELWART, Ronan BADEL, Les aven­tures de moi-même. Jour­nal de ma manif, Flam­mar­i­on Jeunesse, 2024, 144 p., 12,50 € / ePub : 8,99 €, ISBN : 9782080430182

delwart badel les aventures de moimeme journal de ma manifGas­pard a dix ans et un gros prob­lème : avec ses meilleurs copains, Nils et Arto, il a décou­vert que leur super ter­rain vague allait être rem­placé par un super­marché flam­bant neuf. Mais ce ter­rain, c’est là où ils jouent tous les jours depuis qu’ils sont tout petits ! Ils y ont con­stru­it leur cabane, un ter­rain de billes ultra com­plexe, un par­cours à vélo avec racines-obsta­cles… En bref, l’heure est grave. Mais les par­ents de Gas­pard ne sem­blent pas s’en apercevoir, esti­mant que c’est dom­mage, certes, mais dans l’ordre des choses. Alors il réflé­chit : est-ce à lui à accepter la sit­u­a­tion ? Mais des super­marchés, il y en a tout plein, alors qu’un ter­rain de jeux comme ça, dans le quarti­er, il n’y en a qu’un ! Gas­pard se dit que, par­fois, il faut essay­er de chang­er les choses qui ne sont pas justes. Mais com­ment faire ? Écrire au directeur du super­marché ? Faire une péti­tion ? Une grève de la faim ? Une Z.A.D. ? Con­tin­uer la lec­ture

Le terreau arable des mots

Jean-Marie CORBUSIER, À ras, Tail­lis Pré, 2023, 137 p., 17€, ISBN : 978–2‑8745–216‑3

« …il faut beau­coup par­ler pour cacher
un mutisme authen­tique… »
Georges PERROS

corbusier a rasAvec ce nou­veau recueil, À ras, pub­lié comme les précé­dents au Tail­lis Pré, Jean-Marie Cor­busier pour­suit encore plus loin son duel avec les mots du poème. Un com­bat tou­jours renou­velé pour le poète dis­cret et « en retrait » (nulle­ment « retranché » pour autant) qu’il est, pas­sion­né par les paysages qui ont le silence en partage, les Ardennes, la Bre­tagne. Un com­bat sans cesse renou­velé au moment de cou­vrir la page blanche et dont l’âpreté naît juste­ment de cette économie des mots scan­dés, répétés. Con­tin­uer la lec­ture

De l’impermanence et du temps

Patrick DEVAUX, Stat­ues ombel­lifères, illus­tra­tions de Cather­ine Berael, Coudri­er, 2024, 61 p., 16 €, ISBN : 978–2‑39052–060‑3

devaux statues ombellifèresNé à Mouscron le 14 juil­let 1953, Patrick Devaux éprou­ve dès l’en­fance une atti­rance très forte pour la poésie. Sa ren­con­tre avec la jeune poétesse Kath­leen Van Melle, puis avec Paul, le père de celle-ci, qui l’in­tè­gre à ses activ­ités lit­téraires au sein du G.R.I.L., accélère sa moti­va­tion pour l’écriture. Poète dis­cret pour ne pas dire timide et volon­tiers enclin à la mod­estie, Patrick Devaux abor­de pro­gres­sive­ment dans ses thèmes tous les sujets, de la vie à la mort, de l’om­bre à la lumière. Sa sen­si­bil­ité le porte à observ­er la nature, à en saisir les images et les sym­bol­es, à en capter le tran­si­toire et l’éternel retour. Con­tin­uer la lec­ture

« On ne va nulle part en battant des nageoires »

Guil­laume DRUEZ, Cœur de pédé suivi de Bocal, Oiseaux de nuit, coll. « Rideaux rouges » 2023, 114 p., 10 €, ISBN : 9782931101674

druez coeur de pedeCœur de pédé nous met en présence de Guil­laume qui souf­fre du syn­drome du cœur brisé. Son cœur est totale­ment nécrosé, broyé par un cha­grin d’amour.

C’est vrai, je vis.
Avec un cœur brisé.
Hors d’usage.
Ratat­iné.
Mis en miettes. 
Con­tin­uer la lec­ture

L’inattendu et toujours vierge surgissement

Béa­trice LIBERT, Vis­ages de la grâce, Les Lieux-Dits édi­tions, coll. « Jour & Nuit », 2024, 15 €, ISBN : 978–2‑493715–50‑0

libert visages de la graceRécem­ment primée par la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles avec le Prix de poésie 2023 de son Par­lement pour Comme un livre ouvert à la croisée des doutes, Béa­trice Lib­ert est une autrice pro­lixe qui s’épanouit à la fois dans une écri­t­ure plurielle entre poèmes et pros­es, ou pour petits et grands, mais aus­si dans son tra­vail de for­ma­trice en ate­liers d’écriture et une œuvre pic­turale per­son­nelle. Elle pos­sède un don cer­tain pour la var­iété des formes styl­is­tiques qu’elle manie sur un large spec­tre et qu’elle n’hésite pas, comme ici encore, à métiss­er entre elles. Sou­venirs auto­bi­ographiques, lud­isme, expéri­men­ta­tions métaphoriques, onirisme, apho­rismes, lyrisme retenu, formes brèves ou formes longues, humour ou ici poésie gnomique, elle s’aventure avec bon­heur hors des car­cans et des sen­tiers bat­tus, nous faisant ain­si partager son plaisir et son ent­hou­si­asme pour la langue française, qu’elle enseigna longtemps. Con­tin­uer la lec­ture

Moi aussi, je veux un Oncle Panda !

Un coup de cœur du Car­net

Carl NORAC (auteur) et Kris DI GIACOMO (illus­tra­trice), L’Oncle Pan­da, À pas de loups, 2024, 40 p., 16 €, ISBN : 9782930787961

norac di giacomo l'oncle pandaOn le con­naît tous, il existe dans nos imag­i­naires. Il habite loin, très loin, sur un autre con­ti­nent, ce qui l’auréole de mys­tère. On ne le voit jamais, par­fois pas même une fois dans sa vie. Il doit être libre d’entraves, sans enfant, et il mène une vie aisée. Peut-être qu’il ne nage pas dans ses pièces d’or comme Pic­sou, mais il pos­sède cer­taine­ment beau­coup de biens. Son exis­tence est rem­plie de voy­ages, de fêtes, d’aventures, de con­quêtes. Il est fan­tasque et orig­i­nal de tem­péra­ment, généreux et libre de car­ac­tère, déton­nant et char­mant de per­son­nal­ité. On rêve de le crois­er, un jour, et par­fois on s’imagine une adop­tion transat­lan­tique. Eh bien, Carl Norac, lui, a eu la souri­ante chance de le ren­con­tr­er, son oncle d’Amérique ! Et cet événe­ment a plan­té en lui une graine de créa­tion, qui déploie feuil­lage et fleur dans L’Oncle Pan­da. Con­tin­uer la lec­ture

L’étonnement ascensionnel

Pierre SCHROVEN, La mer­veille d’être là, Arbre à paroles, 2024, 72 p., 13 €, ISBN : 978–2‑87406–741‑9

« Le seul fait d’exister était un véri­ta­ble bon­heur »
Blaise Cen­drars

schroven la merveille d'etre laChaque recueil de Pierre Schroven est une ode au mir­a­cle du vivant. Ce douz­iène recueil, La mer­veille d’être là, pub­lié comme les précé­dents aux édi­tions de l’Arbre à paroles, résonne d’autant plus dans le par­cours de l’auteur qu’il fait suite à celui inti­t­ulé Ici sor­ti en 2021. Ici et , deux pôles qui oscil­lent entre l’enracinement et l’élévation. Après les arabesques du corps dan­sé dont le poète avait épuisé les motifs, ce nou­v­el opus est mar­qué par des élans aériens qui tran­scen­dent la pesan­teur inévitable du cor­porel. Dès lors, le mou­ve­ment ici se veut ascen­sion­nel. Les yeux se lèvent, pas­sant du ter­restre à l’aérien. Le regard poé­tique embué de mots s’éloigne de la page pour s’animer dans la sur­prise révélée par la vie des cimes. Con­tin­uer la lec­ture

Comment revisiter poétiquement le mythe

Edith HENRY, Le soir saigne rouge, ill. de cou­ver­ture Rocio Pasa­lo­dos, ill. intérieures Cather­ine Berael, Coudri­er, 2024, 75 p., 18 €, ISBN : 978–2‑39052–055‑9

henry le soir saigne rougeLa vieil­lesse rougit de son impiété /et moi, je rougis / de mes ter­res brûlées, écrivait Edith Hen­ry dans J’ai sep­tante ans et je danse la sar­dane. Ici le rouge — couleur du feu, de la pas­sion, de l’amour, de la vie mais aus­si des men­strues, de la vio­lence et du sang — s’impose une fois de plus. Sous cet emblème de la couleur rouge, Péné­lope, Cir­cé, Mélu­sine et Xéna, fig­ures féminines mythiques, vont déclin­er la dra­maturgie de la vie et du des­tin. Péné­lope, épouse d’Ulysse, est l’incarnation de la fidél­ité. Dans sa soli­tude, elle est tou­jours brûlante d’amour pour son époux par­ti au loin. Elle craint aus­si la vio­lence des hommes à laque­lle elle fut et demeure con­fron­tée. Dans ce pre­mier chant, Edith Hen­ry mêle habile­ment dans une même trame les fils de l’histoire et du mythe grec, y com­pris des références à une ver­sion postérieure de celui-ci, la Télé­go­nie, une épopée du cycle troyen aujour­d’hui per­due. On trou­ve la trace de cette ver­sion dans le sec­ond chant où Edith Hen­ry donne la parole à la magi­ci­enne Cir­cé : Con­tin­uer la lec­ture

En équilibre sur la ligne du temps

Gré­goire POLET, Pax, Gal­li­mard, 2024, 448 p., 23,50 € / ePub : 16,99 €, ISBN : 9782073055170

polet pax1919. La grande guerre a lais­sé de pro­fondes blessures et l’on n’a mis fin au con­flit qu’avec l’aide des États-Unis dont le Prési­dent Wil­son porte le pro­jet de créa­tion de la Société des Nations cen­sée notam­ment garan­tir le main­tien de la paix sur terre. C’est ce momen­tum de l’histoire de l’humanité que saisit Gré­goire Polet dans ce huitième roman qui sem­ble bâti sur un défi lit­téraire un rien débridé. Il prend soin en pro­logue de nous met­tre au par­fum : Con­tin­uer la lec­ture

Objets de Marcel Broodthaers à marée haute

Un coup de cœur du Car­net

Mar­cel BROODTHAERS, Le Bes­ti­aire n°III de Mar­cel Broodthaers, Poèmes, 1960–1963, édi­tion et présen­ta­tions par Maria Gilis­sen-Broodthaers et Jean Daive, L’atelier con­tem­po­rain, 2024, 208 p., 30 €, ISBN : 9782850351433

le bestiaire n°III de marcel broodthaersInclass­able briseur de moules, poète, artiste con­ceptuel qui, dans une veine post­duchampi­enne, boulever­sa les rap­ports entre écri­t­ure, images et objets, d’une lib­erté de pirate au pays des signes et de l’institution muséale, Mar­cel Broodthaers (1924–1976) fut un génial brouilleur de fron­tière entre l’écrit et le dessin, l’humain et l’animal, le con­cept et la matière. À l’occasion du cen­te­naire de la nais­sance de Mar­cel Broodthaers, L’Atelier con­tem­po­rain pub­lie des poèmes-poèmes, des poèmes-objets placés sous le signe du bes­ti­aire. Remar­quable­ment édité et présen­té par Maria Gilis­sen-Broodthaers et Jean Daive, Le Bes­ti­aire n° III de Mar­cel Broodthaers, Poèmes, 1960–1963 nous plonge dans l’espace de créa­tion physique et men­tal d’un artiste qui pub­lia des recueils de poèmes, des ouvrages — Mon livre d’Ogre, Minu­it, La bête noire, Pense-bête —, qui décon­stru­isit la poésie en la dépor­tant vers les arts plas­tiques. Con­tin­uer la lec­ture