Archives de catégorie : Recensions

Véronique Bergen ou la langue brise-lame

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Écume, ONLiT, 2023, 24,99 €, ISBN : 978–2‑87560–159‑9

Mise à jour du 29/08/2023 : Écume reparait en coédi­tion entre Les équa­teurs et Onlit le 30/08/2023

bergen écume bergen ecumeChaque nou­v­el opus de Véronique Bergen révèle l’immensité d’un monde insoupçon­né. Son nou­veau roman, Écume, pub­lié aux édi­tions ONLIT (qui avaient accueil­li Tous doivent être sauvés ou aucun en 2018 et Icône H. en 2021), n’y déroge pas. Plongeant dans l’élément aqua­tique, Écume, au titre aus­si tranché qu’évocateur, éclabousse les riv­ières du con­formisme.

S’ouvrant sur la for­mule « Détrompez-vous », le roman affole d’emblée nos bous­soles et nos sex­tants. Il est tail­lé dans la syn­taxe de la mer, épouse les voca­bles des êtres qui l’habitent. Écume sec­oue les vagues de l’Histoire, plonge dans les bas-fonds de la mémoire, puise dans la matière noire des « océani­cides » et des ruées vers le sper­ma­ceti qui n’a valeur d’or qu’au prix de mas­sacres, pour livr­er un hymne à la lib­erté à l’état sauvage. Con­tin­uer la lec­ture

Quarante-cinq minutes

Stéphanie BLANCHOUD, Le temps qu’il faut à un bébé girafe pour se tenir debout,  Lansman/Rideau, coll. « Théâtre à vif », 2023, 40 p., 10 €, ISBN : 9782807103740

blanchoud le temps qu'il faut a un bebe girafe pour se tenir deboutQuar­ante-cinq min­utes. C’est le temps d’une mi-temps au foot­ball ou le temps qu’il faut à un gira­fon pour se tenir debout, après sa nais­sance. C’est aus­si le temps régle­men­taire que dure une vis­ite au par­loir, en prison. Et le temps que Louise passe sur un banc, chaque mer­cre­di, face au numéro 44 de la rue Berk­endael, à Brux­elles, la prison des femmes.

Tout en comp­tant les trous dans le trot­toir, Louise racon­te son his­toire depuis ce banc. Elle par­le de sa mère qui est comme un fan­tôme à présent. Elle se sou­vient de sa mère qui visait les pigeons avec son pis­to­let à billes. Des his­toires qu’elle leur racon­tait. De sa voix récon­for­t­ante. Mais aus­si de la vio­lence de l’homme qui a partagé sa vie durant dix-huit ans. Quand elle était plus jeune, Louise mon­tait dans sa cham­bre lors de leurs dis­putes et ne redescendait que quand elle entendait Vival­di, signe qu’il était par­ti et que sa maman ramas­sait les morceaux brisés. Dix-huit années à voir sa mère s’éteindre à petit feu. Vival­di était l’échappatoire de celle-ci, sa bouée de sauve­tage. Que s’est-il passé le jour du meurtre ? Le jour où sa mère a mis fin à son cal­vaire en tuant son beau-père ? Louise a plein de ques­tions, mais sa mère ne se sou­vient de rien. Elle se ferme de plus en plus jusqu’à défini­tive­ment refuser de la voir. Con­tin­uer la lec­ture

« La toujours-bonne-nouvelle »

Un coup de cœur du Car­net

Gabriel RINGLET, La blessure et la grâce, Albin Michel, 2023, 277 p., 20 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑226–48152‑8

ringlet la blessure et la graceL’épigraphe de la pianiste Hélène Gri­maud qui ouvre le nou­v­el opus de Gabriel Ringlet donne une clé de lec­ture de l’optique de cet essai : « Nous sommes toutes et tous blessés. Per­son­ne n’échappe au trag­ique de l’existence.  La seule dif­férence est peut-être que l’artiste a davan­tage con­science de cette blessure, qu’il refuse de s’en accom­mod­er, qu’il en fait une grâce. » Con­tin­uer la lec­ture

Icare et encore

Guy GOFFETTE, L’oiseau de craie, choix anthologique et post­face Rossano Rosi, Impres­sions nou­velles, coll. “Espace Nord”, 2023, 291 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–573‑5

et cha­cun se tourne comme une fleur
avide vers la
flache de ciel chu
sur l’asphalte, ô vieux miroir de ben­zine

Guy Goffette L'oiseau de craieGuy Gof­fette, aujourd’hui et pour tou­jours, fait son entrée dans la pres­tigieuse col­lec­tion Espace Nord. Il se voit offrir l’une des antholo­gies du cat­a­logue, que l’on serait ten­té d’appeler trop rares, car cul­ti­vant depuis quelques années la fâcheuse habi­tude d’être très réussies. De Poésie/Gallimard à Espace Nord, la poésie au for­mat de poche con­sacre désor­mais tout à fait, en France et en Bel­gique, la dual­ité du Gau­mais de Paris et du Parisien de Gaume. Un Guy Gof­fette que l’on sait attaché à ce petit grand écart ; ter­ri­to­ri­al­ité du Nord par ailleurs partagée, prob­a­ble­ment de bonne grâce, avec les admirés Rimbe et Ver­laine. Con­tin­uer la lec­ture

Plus chauds que le climat

Max de RADIGUÈS, Hugo PIETTE, Eddie & Noé, Sar­ba­cane, 2023, 80 p., 14,90 €, ISBN : 9782377318452

de radigues piette eddie & noéAller à l’école, voilà qui sem­ble bien sec­ondaire à l’heure de l’urgence cli­ma­tique. Eddie et Noé préfèrent man­i­fester pour sauver le monde. « La planète sèche, alors nous aus­si ! » s’exclame Sarah, une copine de classe qui les suit dans leur grève. Mais comme ils ne peu­vent pas chang­er toute la société d’un coup, peut-être devraient-ils com­mencer par ce qui leur est proche ? Par exem­ple… leur école, aka l’Athénée Dirk Frimout !

Comme si les prob­lèmes envi­ron­nemen­taux ne suff­i­saient pas, ces ados sont con­fron­tés à d’autres dif­fi­cultés : ne pas se faire attrap­er par le directeur (spoil­er alert : c’est raté), télécharg­er Sex edu­ca­tion pour éviter qu’il n’apparaisse dans l’historique de la plate­forme de stream­ing, garder son petit frère parce que maman tra­vaille tard, s’assumer tel qu’on est, avoir le cœur brisé, se dis­put­er avec sa meilleure amie, trou­ver le moyen de se réc­on­cili­er… Con­tin­uer la lec­ture

Miroir, ô mon miroir…

Loïc NOTTET, Les aveuglés, Michel Lafon, 2023, 270 p., 16,95 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782749938035

nottet les aveuglés le palais des murmuresNatan est un ado dont le quo­ti­di­en a été boulever­sé il y a quelques semaines lorsque sa sœur Théo a dis­paru. Même si la police a déclaré l’affaire classée et con­clu à un sui­cide après l’enquête, Natan ne peut s’empêcher de penser que sa sœur est tou­jours vivante car aucun corps n’a été retrou­vé. Il avait bien vu qu’elle avait changé récem­ment et il est con­va­in­cu qu’un détail lui a échap­pé pour com­pren­dre sa dis­pari­tion. Il la sent en dif­fi­culté et décide alors de men­er sa pro­pre enquête avec Miko, son ami de tou­jours, et Pen­ny, une fille de son lycée qu’il con­naît peu. Con­tin­uer la lec­ture

Creuser la peau du poème

Un coup de cœur du Car­net

Char­line LAMBERT, Sous dial­y­ses précédé de Chan­vre et lierre, post­face Véronique Bergen, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 200 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87568–581‑0

lambert sous dialyses precede de chanvre et lierreSous une cou­ver­ture flam­boy­ante qui tient tant de la soupe pri­mor­diale que de la super­no­va, Espace Nord réédite les deux pre­miers recueils de la poétesse Char­line Lam­bert. Sous dial­y­ses et Chan­vre et lierre, tous deux parus en 2016 (l’un aux édi­tions L’Âge d’homme, l’autre au Tail­lis Pré), se font écho dans cette belle édi­tion assor­tie d’une post­face vir­tu­ose signée Véronique Bergen.

Un désir grouille, venu de plus loin encore que l’œsophage, un désir plus rond que l’ombilic, plus brûlant que l’urètre. Un désir sonore en canal, qui élar­git les digues des artères et érode l’épiderme. Devien­dra un chant plus tard, s’il n’est pas du chan­vre.

Entr­er en poésie comme Char­line Lam­bert, avec elle, c’est gliss­er dans une eau claire : le liq­uide ourle la peau comme les mots, détache net­te­ment des con­tours qui, à l’air libre, sem­blaient flous et s’affirment alors avec inten­sité, déter­mi­na­tion, pour se couler dans un monde auquel ils ont tou­jours appartenu. Entr­er en poésie comme on comble un vide avec un plein – le plein des mon­des pal­pi­tants qui four­mil­lent sous les vertèbres. Con­tin­uer la lec­ture

Dissolutions

Lau­rence VIELLE, Bil­lets d’où, Cas­tor Astral, 2023, 199 p., 9 €, ISBN : 9791027803477

vielle billets d'oùDans Bil­lets d’où, Lau­rence Vielle s’adonne, selon ce qui lui est cou­tu­mi­er, à une poésie entre­tenant des liens étroits avec la pra­tique de l’oralité. Elle y développe une pen­sée issue de la vie quo­ti­di­enne, de choses vues, vécues ou ressen­ties, qui se décline ensuite en élans fic­tion­nels qui ten­dent à la recherche de soi-même et de l’autre.

La col­lec­tion « Poche/Poésie » de la mai­son d’édition bor­de­laise Le Cas­tor Astral accueille à la per­fec­tion le cli­mat fon­da­men­tale­ment intime de ces bil­lets au titre calem­bour. Puisque le mes­sage d’un bil­let s’adresse à un des­ti­nataire (implicite­ment ou explicite­ment), un « tu », par­fois un « vous », se fait sou­vent le récep­ta­cle des con­fi­dences de la poétesse. Aus­si bien le lecteur anonyme, qu’un fam­i­li­er de la poétesse ou la poétesse elle-même, il est une omniprésence qui invite à se plonger sans pudeur dans une vie que l’on ques­tionne autant qu’elle inter­roge : Con­tin­uer la lec­ture

Un cœur fou sous un chapeau noir

Un coup de cœur du Car­net

Eugène SAVITZKAYA, L’amour de loin, dessins de l’auteur et de Muriel Logist, La pierre d’alun, coll. « La petite pierre », 2023, 64 p., 15 €,  ISBN : 978–2‑87429–127‑2

savitzkaya logist l'amour de loinLes années pas­sant, l’enchantement soudain et imprévis­i­ble que provo­quent les livres sin­guliers d’Eugène Sav­itzkaya réside encore et tou­jours dans le jeu formel de l’écriture, qu’il pra­tique avec la vivante sou­p­lesse de l’acrobate. Évi­tant de rester engoncé dans la car­i­ca­ture que peut con­stituer par­fois le man­teau de poète, plutôt prêt à se met­tre en retrait, à l’écart, ce « fraudeur » (pour repren­dre le titre d’un de ses romans) du monde lit­téraire s’avance tan­tôt déli­cat et tout en saveur, tan­tôt lassé des injus­tices per­pétrées au nom des règles et des normes, ce qui peut alors sus­citer de la part de ce « fou trop poli » (autre titre encore) les plus vio­lentes ripostes. Con­tin­uer la lec­ture

De la chaleur humaine

Marc MEGANCK, La lunette, F dev­ille, coll. « Œuvres au jaune », 2023, 78 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87599–060‑0

meganck la lunetteMarc Meganck pra­tique une lit­téra­ture à dif­férentes vitesses (his­toire, décou­vertes, polici­er, roman, …) et vient de nous offrir un objet étrange et mer­veilleux, triste et joyeux, mélan­col­ique et d’une rare énergie, La lunette, micro-roman. Nous ne vous dévoilerons pas ici de quelle lunette il s’agit…

Dans la lit­téra­ture et l’édition, les gen­res se mêlent facile­ment,  sont plus « flu­ides » que dans le dis­cours social : micro-roman et pourquoi pas nou­velle (comme les Anglo-Sax­ons, l’auraient prob­a­ble­ment nom­mée en short-sto­ry) ? Mais, n’y eut-il pas récem­ment des « romans à nou­velles », des ciné-romans, des ciné ou vidéo-poèmes, des aut­ofic­tions qui ne sont pas des romans auto­bi­ographiques… ? Les gen­res se mêlent, comme dans tous les lieux de notre psy­ché et du réel socié­tal. Con­tin­uer la lec­ture

Révéler la beauté  de la nuit

Paul G. DULIEUIl voulait pein­dre la nuit, Tra­verse, 2022, 193 p., 18 €, ISBN : 978–2‑93078–342‑0

dulieu il voulait peindre la nuitD’emblée, on s’attache à ce Mar­cel Fau­reuve, fig­ure cen­trale du roman de Paul G. Dulieu Il voulait pein­dre la nuit, qui, licen­cié aux approches de la soix­an­taine de la société dans laque­lle il œuvrait comme pho­tographe, saisit l’occasion de cette retraite anticipée pour se con­sacr­er à sa pas­sion : pein­dre. Avec une prédilec­tion pour le ciel noc­turne, les étoiles, qu’il monte con­tem­pler  depuis la lucarne du toit d’ardoises.

Au grand dam de son épouse, la réal­iste Géral­dine, qui devine que « le dia­ble de la pein­ture » va s’emparer de lui et qui ne partage pas son vibrant amour pour la nuit, pour le noir. À ses yeux, le noir est « tout ce qui reste quand toutes les couleurs ont dis­paru. (…) c’est le trou, le manque, l’opacité, la céc­ité. » Con­tin­uer la lec­ture

Laisse-moi rêver encore un peu

Un coup de cœur du Car­net

Daniel DE BRUYCKER, L’ombre et autres reflets, Herbe qui trem­ble, coll. “D’autre part”, 2023, 142 p., 18 €, ISBN : 978–2‑491462–55‑0

de bruycker l'ombre et autres refletsL’Auteur est mort, se dit-il. Cer­tains ne s’en plain­dront pas, embar­rassés qu’ils étaient par la sur­vivance de cette instance investie d’une « autorité » – tout ce qui est détestable à l’époque, s’exerçât-elle sur un texte… D’autres con­tin­ueront à entretenir le culte de cette fig­ure à tra­vers son incar­na­tion humaine, espérant l’entrevoir, lui adress­er quelques mots, voire le touch­er, et ain­si man­i­fester leur recon­nais­sance infinie, leur adu­la­tion.

Et les per­son­nages, ont-ils seule­ment leur mot à dire quant à cette réé­val­u­a­tion con­tem­po­raine de l’Auteur ? Par­tent-ils encore en quête de leur démi­urge, comme dans telle pièce bien con­nue de Piran­del­lo ? Ten­tent-ils d’entrer encore en dia­logue avec leur deus ex machi­na, par exem­ple pour lui sug­gér­er une fusion totale (« Madame Bovary, L’assassin de Roger Ack­royd, c’est toi et c’est moi ») ? Con­tin­uer la lec­ture

Le Printemps Simenon : un festival qui ouvre des fenêtres

georges Simenon

Georges Simenon

Du 8 au 11 mars, la Cité Ardente a célébré les 120 ans de la nais­sance de Georges Simenon en lui con­sacrant un fes­ti­val, Le Print­emps Simenon, dont l’objectif était de faire décou­vrir ou redé­cou­vrir l’œuvre de l’auteur lié­geois, mais aus­si et surtout de mon­tr­er son actu­al­ité.

Expo­si­tions, col­lo­ques, ren­con­tres lit­téraires, rétro­spec­tives ciné­matographiques, prom­e­nades thé­ma­tiques et con­férences ont ain­si ani­mé la ville natale de l’écrivain pen­dant qua­tre jours. Un pro­gramme riche et var­ié, fruit d’une col­lab­o­ra­tion entre la ville de Liège, John Simenon et l’ULG (Benoit Denis, directeur du Fes­ti­val, est pro­fesseur de lit­téra­ture à l’ULG et directeur du Cen­tre d’études Georges Simenon), dont on épin­glera ici quelques moments forts. Con­tin­uer la lec­ture

Rencontre entre intimité et Justice

Un coup de cœur du Car­net

Thier­ry WERTS, Le monde rêvé d’Alva Teimosa, La Trace, 2023, 130 p., 16 €, ISBN : 979–10-97515–79‑9

werts le monde reve d'alva teimosaDans un for­mat poche et avec une cou­ver­ture au graphisme élé­gant, Le monde rêvé d’Alva Teimosa, troisième livre de Thier­ry Werts après For Intérieur (éd. PIPPA) et Demain n’existe pas encore (déjà aux édi­tions La Trace) accroche d’emblée le regard. La lec­ture vient con­firmer le charme de la cou­ver­ture.

On sent que chaque mot a été soigneuse­ment choisi ain­si que sa dis­po­si­tion sur la page. On décou­vre l’héroïne, Mar­tine Robi­co, en pleine ascen­sion du som­met de la Pierre Avoi, dans le Valais, près de Mar­tigny. Ce prélude l’amène devant une stèle à la mémoire d’Alva Teimosa, décédée à 40 ans. On devine que les deux femmes sont liées par un secret intime, mais aus­si que la vie de Mar­tine Robi­co se vit à la lisière du monde, dans une soli­tude assumée, comme nous invi­tent à le penser ces quelques lignes épurées : Con­tin­uer la lec­ture

Le temps du feu

Un coup de cœur du Car­net

Adlynn FISCHER, L’été du ver­tige, La ville brûle, 2023, 225 p., 22 €, ISBN : 9782360121410

fischer l ete du vertigeC’est l’été. Pen­dant une semaine, Mar­got et Louise sont lais­sées seules à la mai­son par leur père, qui doit s’absenter. Louise, jeune ado­les­cente, invite copains et copines à inve­stir les lieux, pour une fête appelée à se pro­longer. Une bande d’ados prend racine dans le salon. Sous l’influence d’Aurora, une jeune femme arrivée là un peu mys­térieuse­ment, le groupe va se retrou­ver pris dans un jeu dan­gereux où il s’agit de tout oser. Le désir d’expérimenter prend le pas sur la pru­dence et chaque mem­bre de groupe va relever les défis et pos­er des actions tan­tôt absur­des, tan­tôt chargées d’un sens poli­tique cer­tain. C’est qu’en ter­res ado­les­centes, il est impératif de ne jamais mon­tr­er qu’on a peur : celui ou celle qui en appelle aux règles ou qui préfère renon­cer a for­cé­ment per­du. Con­tin­uer la lec­ture

Pour un bouquet de violettes

Un coup de cœur du Car­net

Pas­cale FONTENEAU, Com­ment (et pourquoi) j’ai mangé mon amant, Onlit, 2023, 18 €, ISBN : 9782875601643

fonteneau comment et pourquoi j ai mange mon amantHélène a tout pour être heureuse. Un mari, des enfants, un boulot sta­ble et peu de soucis matériels. Elle mène une vie sans his­toires avec un petit goût de trop peu, un rien d’amertume sans doute lié au manque de ten­dresse que lui témoignent ses proches. Un mari cadre dans une banque, qui aime tout anticiper et prévoir, fort de ses cer­ti­tudes, une fille juriste qui s’inscrit dans le sil­lage du père, un fils bril­lant qui s’apprête à par­tir au Japon.

Dans la com­pag­nie d’assurances où elle assure la direc­tion des con­tentieux com­mer­ci­aux, elle reçoit les con­fi­dences d’Isabelle, dont le fils sem­ble fil­er un mau­vais coton. Une petite voix en elle lui mur­mure la petitesse de ce monde où tout est prévis­i­ble, mal­gré les risques qui, même assurés, peu­vent tout faire bas­culer sans crier gare. À son médecin, elle con­fie, faute d’écoute de son mari : « (…) ce qui m’inquiétait le plus, surtout depuis mon dernier anniver­saire, c’était de voir ma vie se dérouler désor­mais sans change­ment, sans un pli jusqu’à la fin. Une vie comme un tapis roulant qui, inex­orable­ment, me con­duirait là où finit l’existence. » En guise de remède, il lui pre­scrit quelques change­ments, un brin de fan­taisie et des vit­a­mines. Con­tin­uer la lec­ture