Archives de catégorie : Recensions

Attiser tous les feux

Pas­cale SEYS et Carine BRATZLAVSKY, Vir­ginia Woolf, écrire dans la guerre, Midis de la poésie, 2023, 52 p., 10 €, ISBN : 9782931054086

seys bratzlavsky virgini woolf ecrire dans la guerreDe Vir­ginia Woolf nous ne con­nais­sons que peu de por­traits. À vrai dire, tou­jours le même, présen­té sous dif­férentes nuances de gris. Fan­toma­tique, trans­par­ente, Woolf nous appa­raît sous un angle unique. Dans cet essai con­cis et par­faite­ment maîtrisé, Pas­cale Seys et Carine Brat­zlavsky ajoutent une dimen­sion à l’image fatiguée de l’autrice anglaise : on l’y décou­vre mou­vante, mor­dante, habitée d’un feu que ni les con­ven­tions ni l’épouvantable marche du monde ne parvi­en­nent à étouf­fer.

Il est rare, au cours de l’Histoire, qu’un homme soit tombé sous les balles d’un fusil tenu par une femme ; la vaste majorité des oiseaux, des ani­maux tués, l’ont été par vous et non par nous. Con­tin­uer la lec­ture

À vos destins

Car­o­line LAMARCHE, Éme­lyne DUVAL, Le livre du des­tin, La pierre d’alun, coll. « La petite pierre », 2023, 64 p., 15 €, ISBN: 978–2‑87429–129‑6

lamarche duval le livre du destinNou­velle curiosité de la col­lec­tion « La petite pierre » aux édi­tions brux­el­lois­es La pierre d’alun, Le livre du des­tin ou la div­ina­tion par les cartes du Mar­quis de La Pierre d’Alun se veut aus­si bien ludique et léger qu’ésotérique. L’ouvrage, en effet, ne cam­ou­fle pas ses inten­tions. Il a pour voca­tion de prédire l’avenir en s’appropriant le plus libre­ment pos­si­ble les règles de la div­ina­tion.

En ouver­ture, la pré­face du Livre du des­tin décrit les pro­tag­o­nistes d’un curieux jeu de rôle. Un jour, un Mar­quis n’en étant pas vrai­ment un, ancien coif­feur puis déten­teur d’une galerie d’art, « [à] l’heure du par­fait ray­on­nement de son dou­ble des­tin, [éprou­ve] le besoin d’en prédire la tra­jec­toire future ». Le voilà donc qui com­mande à une col­lag­iste un jeu de cartes div­ina­toires. Parce qu’il est néces­saire d’user sans détours du lan­gage pour traduire les visions de l’avenir, une poète est à son tour enrôlée. Con­tin­uer la lec­ture

Si proches et pourtant si loin

Loren­zo CECCHI, Dans l’enclos, M.E.O., 2023, 144 p., 16 € / ePub : 9,99 €, ISBN: 978–2‑8070–0368‑2

cecchi dans l'enclosÀ fréquenter nos sem­blables, nous avons tous vécu des sit­u­a­tions où la per­son­ne en face de nous paraît soudain imper­méable à nos pro­pos, retenue dans un monde auquel nous n‘avons pas accès et sur lequel elle n’a sou­vent elle-même plus prise. L’attention pro­gres­sive que notre société porte à la san­té men­tale nous per­met d’approcher ce mys­tère et la lit­téra­ture con­tribue à ce lent mou­ve­ment. L’on songe bien sûr aux livres fab­uleux écrits de cet ailleurs, à l’usage de l’écriture dans la thérapie, aux auteurs qui ont ten­té de décrire cet univers dans le roman et surtout dans les polars qui fleuris­sent chaque jour. Con­tin­uer la lec­ture

Le corps vivant de l’amour

Ade­line DIEUDONNÉ, Reste, L’Iconoclaste, 2023, 288 p., 20 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 978–2‑37880–354‑4

dieudonné resteReste. Tail­lé dans l’impératif, le titre claque, porte en lui la tonal­ité du roman mais aus­si une des fonc­tions de la lit­téra­ture : octroy­er de la vie à ce qui n’est plus, faire comme si le per­du était encore là, intimer « reste » à ce qui a som­bré dans la mort. C’est au milieu d’un décor de mon­tagnes, entre un chalet et un lac, que la nar­ra­trice adresse des let­tres à la femme de son amant, lui con­te leur his­toire d’amour secrète. Sans détour, la pre­mière let­tre s’ouvre de façon abrupte sur le fait trag­ique.

Mar­di 5 avril 2022.
M. est là, allongé près de moi. Il est mort.
Il est mort.
J’espère, en les écrivant, que ces mots m’aideront à appréhen­der cette réal­ité   Con­tin­uer la lec­ture

Amour maudit

Brigitte MOREAU, Romuald et Juli­enne, F dev­ille, 2022, 58 p., 9 €, ISBN : 9782875990617

moreau romuald et julienneRomuald et Juli­enne sont deux amoureux qui se fréquentent depuis quelque temps et qui ont envie d’afficher au grand jour leur amour. Leurs ren­dez-vous ont été jusqu’à présent clan­des­tins car leurs familles se vouent une haine féroce, mais ils ignorent pour quelles raisons.

Bien décidés à faire évoluer les men­tal­ités pour pou­voir se mari­er, ils déci­dent de chercher cha­cun de leur côté l’origine de la dis­corde qui a provo­qué cette haine afin de trou­ver une stratégie de réc­on­cil­i­a­tion. Con­tin­uer la lec­ture

C’est un arbre, une forêt

Sara GRÉSELLE, Sil­va, Esper­luète, coll. « Cahiers », 2023, 20 p., 11,90 €, ISBN : 9782359841688

greselle silvaEn latin, Sil­va désigne le bois, le bosquet et, au fig­uré, une grande quan­tité, une matière abon­dante. Dans la langue de Sara Gréselle, le con­cret et l’imagé fusion­nent, et Sil­va évoque ain­si à la fois la femme-arbre et la femme-forêt. En ter­mes édi­to­ri­aux, Sil­va se con­cen­tre en une pla­que­tte, mince et allongée : 20 pages, seule­ment, à la sève épaisse et col­lante qui cir­cule irré­sistible­ment, irrigue pro­fondé­ment. Sil­va, plurielle­ment sin­gulière et sin­gulière­ment plurielle.

Dans ce texte puis­sant, Gréselle s’arrête sur une expéri­ence intime, qu’une femme sur qua­tre con­naî­trait, ce qui d’ailleurs « […] ne chang[e] rien à la soli­tude de l’expérience ». Un jour de Vénus pas très loin­tain donc, « une de [s]es branche a été arrachées. Non, ce n’est pas ça : une de [s]es branche est tombée. Ça n’a pas fait le bruit qu[’elle] avai[t] imag­iné ». Les mots posés soulig­nent la déli­catesse du moment et trahissent un mou­ve­ment qui ne souf­fre aucun retour en arrière : une fois que la branche, qui partage le flux vivant, les ter­mi­naisons nerveuses et la pul­sa­tion intérieure, se détache, elle retourne à la terre, qui accueille en silence. Il faut ensuite cautéris­er l’écorce blessée, accepter le temps de la cica­tri­sa­tion et « faire con­fi­ance aux racines, au réveil du print­emps, le temps que revi­enne, un jour, le chant des oiseaux ». Car le cycle, immuable, suiv­ra son cours. Con­tin­uer la lec­ture

L’humour comme rempart

Un coup de cœur du Car­net

Fan­ny RUWET, Bien sûr que les pois­sons ont froid, Icon­o­claste, 2023, 266 p., 19 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑37880–347‑6

ruwet bien sur que les poissons ont froidÉté 2021, Allie, 27 ans, vient de rompre avec son com­pagnon et d’emménager seule pour la pre­mière fois de sa vie. Pas franche­ment débor­dée de tra­vail, ni de moti­va­tion pour celui-ci, et quelque peu désœu­vrée, elle se lance dans un défi à la recherche de ses émo­tions intens­es d’adolescente : retrou­ver son pre­mier amour. Si tant est qu’on puisse appel­er « pre­mier amour » une rela­tion à dis­tance avec quelqu’un qu’on n’a jamais ren­con­tré… Avec l’aide de son fidèle ami Maxime, elle se met à la recherche de Nour, ce garçon au prénom épicène avec qui elle con­ver­sait longue­ment sur MSN. Au départ des quelques indices que recèle la mémoire de ses 15 ans, elle passe inter­net au peigne fin, échafaude des théories plus ou moins réal­istes et avance de ques­tion en ques­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Quand l’amitié se propose…

Philippe LEUCKX et Christophe PINEAU-THIERRY, Ces mots ajustés au cœur, Cygne, 2023, 52 p., 10 €, ISBN : 9782849247297

leuckx pineau thierry ces mots ajustes au coeurLa col­lec­tion « Le chant du Cygne » dirigée par le jeune poète Ismaël Bil­ly avait accueil­li déjà dans son cat­a­logue des œuvres séparées de Philippe Leuckx et de Christophe Pineau-Thier­ry. Elle réu­nit ici  les deux poètes  dans un seul vol­ume où leurs textes s’inscrivent dans un échange éclairé du sceau de l’amitié. Chaque page explore l’énigme de ce lien que nouent les lignes dont, d’entrée, elles annon­cent que ce sera un bon­heur de dire.

Il y a la décou­verte pro­gres­sive de l’autre, les mains, les regards explorent les apparences, ce qui paraît. Ce sont les mots qui diront Con­tin­uer la lec­ture

La forza del destino

Chris­tiana MOREAU, La nuit de la tar­entelle, Press­es de la Cité, 2023, 269 p., 21 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 9782258204140

moreau la nuit de la tarentelleLe nou­veau roman de Chris­tiana More­au nous plonge dans un vil­lage des Pouilles où une bac­térie vir­u­lente attaque les oliviers, l’emblème du vil­lage de Salen­to. Ayant gran­di dans une pro­priété agri­cole désor­mais presque ruinée par l’abattage des arbres malades, Élisa annonce à son père qu’elle désire étudi­er le chant à l’institut de musique clas­sique de Milan afin de devenir can­ta­trice. Si l’on met de côté l’impossibilité pour ses par­ents de pay­er ses études, Élisa se voit oppos­er un refus formel à son désir : c’est qu’elle est la pre­mière de la famille à oser ten­ter un autre méti­er que celui d’agricultrice trans­mis de généra­tion en généra­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Tosca et le chœur des femmes

Sophie VAN DER STEGEN, L’envol de Tosca, Ker, 2023,152 p., 18 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑87586–356‑0

van der stegen l'envol de toscaPrix du Roman Noir de la Foire du livre de Brux­elles 2023, L’envol de Tosca fait écho à la pas­sion de l’autrice, la Brux­el­loise Sophie van der Ste­gen, pour l’opéra. Un monde où les femmes sont invis­i­bil­isées…

Dra­maturge, Sophie van der Ste­gen a tra­vail­lé quelques années comme direc­trice de la Com­mu­ni­ca­tion et dra­maturgie à la Chapelle Musi­cale Reine Elis­a­beth (fonc­tion dont le roman se fait l’écho à tra­vers l’une des héroïnes) avant de fonder la com­pag­nie de théâtre musi­cale Arti­choke dans le but d’ouvrir la musique clas­sique à tous les publics, celui des plus jeunes en par­ti­c­uli­er. Gageons que son pre­mier roman don­nera l’envie à un pub­lic non ini­tié de décou­vrir le monde de l’opéra qui sert de trame à ce livre. En effet, l’œuvre de Gia­co­mo Puc­ci­ni est l’un des fils rouges du réc­it à tra­vers trois de ses œuvres phares, mais égale­ment quelques élé­ments biographiques évo­qués, en italiques, dans des inter­ludes. Rap­pelons que le com­pos­i­teur ital­ien est décédé à Brux­elles le 29 novem­bre 1924 et c’est pré­cisé­ment dans la cap­i­tale belge que se déroule l’essentiel du roman. La ville sert de décor et, en par­ti­c­uli­er, un cer­tain Théâtre Belvédère, dans lequel on a cru recon­naître un mélange entre l’opéra de La Mon­naie et le Théâtre du Parc, bien que l’autrice présente à son pro­pos une page Wikipedia, fic­tive sem­ble-t-il. L’histoire, elle, tient sur une péri­ode plutôt lim­itée de qua­tre mois et se déroule en qua­tre Actes, fin de l’année 2019. Une his­toire d’aujourd’hui cen­trée autour de trois per­son­nages féminins qui vont inter­a­gir à par­tir de leur pas­sion partagée pour l’opéra. Con­tin­uer la lec­ture

Vrai ou faux ?

Arnaud NIHOUL, Le témoin silen­cieux, Genèse, 2023, 256 p., 22,50 €, ISBN : 9782382010242

nihoul le temoin silencieuxLe doute est bien sou­vent le meilleur moteur d’une enquête poli­cière. Il est nour­ri par le sen­ti­ment trou­ble, encore indéfi­ni, que l’on ne peut se résoudre à accepter pour telles les con­clu­sions tirées d’un enchaine­ment de faits que rien ne sem­ble reli­er. À la base, deux décès et une dis­pari­tion. Con­tin­uer la lec­ture

G, comme Gloria et Géniale

Un coup de cœur du Car­net

Almu­de­na PANO, Glo­ria, Rue de l’Échiquier, 2023, 224 p., 24,90 €, ISBN : 978–2‑37425–385‑5

pano gloriaG tra­vaille comme assis­tante sociale dans un cen­tre pour mineurs. D’apparence coquette et sportive, fana de self­ies, elle dénote avec l’image qu’on se forge d’une pro­fes­sion­nelle du domaine, qu’on voudrait les cheveux gras, le sourire éteint et les épaules ployées par la lour­deur des vécus aux­quels elle se frotte. Et pour­tant G se démène corps et âme pour ses pro­tégés, s’investit dans leur exis­tence cabossée, oublie ses plans per­son­nels, hap­pée qu’elle est par sa mis­sion d’aide à autrui. À cause de son salaire de mis­ère, elle se voit con­trainte d’habiter chez ses par­ents, mod­estes et aimants, et d’écouter les ser­mons de ses amies inquiètes de sa sit­u­a­tion, sans pour autant se résoudre à cess­er sa quête sisyphéenne : « Je sais que mon tra­vail c’est comme un panse­ment sur une jambe de bois. Mais je ne peux pas regarder ces enfants, qui ont des prob­lèmes que tu ne saurais même pas imag­in­er, et rester là sans rien faire. » G, amie d’Elisa Sar­tori (généreuse com­parse de l’autrice), a fourni à Almu­de­na Pano la matière pre­mière de l’album lors d’une inter­view en 2017 ; après, le pro­jet a mûri et s’est réori­en­té, en rai­son d’impulsions édi­to­ri­ales et d’ébranlements intimes. Con­tin­uer la lec­ture

Véronique Bergen ou la langue brise-lame

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Écume, ONLiT, 2023, 24,99 €, ISBN : 978–2‑87560–159‑9

Mise à jour du 29/08/2023 : Écume reparait en coédi­tion entre Les équa­teurs et Onlit le 30/08/2023

bergen écume bergen ecumeChaque nou­v­el opus de Véronique Bergen révèle l’immensité d’un monde insoupçon­né. Son nou­veau roman, Écume, pub­lié aux édi­tions ONLIT (qui avaient accueil­li Tous doivent être sauvés ou aucun en 2018 et Icône H. en 2021), n’y déroge pas. Plongeant dans l’élément aqua­tique, Écume, au titre aus­si tranché qu’évocateur, éclabousse les riv­ières du con­formisme.

S’ouvrant sur la for­mule « Détrompez-vous », le roman affole d’emblée nos bous­soles et nos sex­tants. Il est tail­lé dans la syn­taxe de la mer, épouse les voca­bles des êtres qui l’habitent. Écume sec­oue les vagues de l’Histoire, plonge dans les bas-fonds de la mémoire, puise dans la matière noire des « océani­cides » et des ruées vers le sper­ma­ceti qui n’a valeur d’or qu’au prix de mas­sacres, pour livr­er un hymne à la lib­erté à l’état sauvage. Con­tin­uer la lec­ture

Quarante-cinq minutes

Stéphanie BLANCHOUD, Le temps qu’il faut à un bébé girafe pour se tenir debout,  Lansman/Rideau, coll. « Théâtre à vif », 2023, 40 p., 10 €, ISBN : 9782807103740

blanchoud le temps qu'il faut a un bebe girafe pour se tenir deboutQuar­ante-cinq min­utes. C’est le temps d’une mi-temps au foot­ball ou le temps qu’il faut à un gira­fon pour se tenir debout, après sa nais­sance. C’est aus­si le temps régle­men­taire que dure une vis­ite au par­loir, en prison. Et le temps que Louise passe sur un banc, chaque mer­cre­di, face au numéro 44 de la rue Berk­endael, à Brux­elles, la prison des femmes.

Tout en comp­tant les trous dans le trot­toir, Louise racon­te son his­toire depuis ce banc. Elle par­le de sa mère qui est comme un fan­tôme à présent. Elle se sou­vient de sa mère qui visait les pigeons avec son pis­to­let à billes. Des his­toires qu’elle leur racon­tait. De sa voix récon­for­t­ante. Mais aus­si de la vio­lence de l’homme qui a partagé sa vie durant dix-huit ans. Quand elle était plus jeune, Louise mon­tait dans sa cham­bre lors de leurs dis­putes et ne redescendait que quand elle entendait Vival­di, signe qu’il était par­ti et que sa maman ramas­sait les morceaux brisés. Dix-huit années à voir sa mère s’éteindre à petit feu. Vival­di était l’échappatoire de celle-ci, sa bouée de sauve­tage. Que s’est-il passé le jour du meurtre ? Le jour où sa mère a mis fin à son cal­vaire en tuant son beau-père ? Louise a plein de ques­tions, mais sa mère ne se sou­vient de rien. Elle se ferme de plus en plus jusqu’à défini­tive­ment refuser de la voir. Con­tin­uer la lec­ture

« La toujours-bonne-nouvelle »

Un coup de cœur du Car­net

Gabriel RINGLET, La blessure et la grâce, Albin Michel, 2023, 277 p., 20 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑226–48152‑8

ringlet la blessure et la graceL’épigraphe de la pianiste Hélène Gri­maud qui ouvre le nou­v­el opus de Gabriel Ringlet donne une clé de lec­ture de l’optique de cet essai : « Nous sommes toutes et tous blessés. Per­son­ne n’échappe au trag­ique de l’existence.  La seule dif­férence est peut-être que l’artiste a davan­tage con­science de cette blessure, qu’il refuse de s’en accom­mod­er, qu’il en fait une grâce. » Con­tin­uer la lec­ture

Icare et encore

Guy GOFFETTE, L’oiseau de craie, choix anthologique et post­face Rossano Rosi, Impres­sions nou­velles, coll. “Espace Nord”, 2023, 291 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–573‑5

et cha­cun se tourne comme une fleur
avide vers la
flache de ciel chu
sur l’asphalte, ô vieux miroir de ben­zine

Guy Goffette L'oiseau de craieGuy Gof­fette, aujourd’hui et pour tou­jours, fait son entrée dans la pres­tigieuse col­lec­tion Espace Nord. Il se voit offrir l’une des antholo­gies du cat­a­logue, que l’on serait ten­té d’appeler trop rares, car cul­ti­vant depuis quelques années la fâcheuse habi­tude d’être très réussies. De Poésie/Gallimard à Espace Nord, la poésie au for­mat de poche con­sacre désor­mais tout à fait, en France et en Bel­gique, la dual­ité du Gau­mais de Paris et du Parisien de Gaume. Un Guy Gof­fette que l’on sait attaché à ce petit grand écart ; ter­ri­to­ri­al­ité du Nord par ailleurs partagée, prob­a­ble­ment de bonne grâce, avec les admirés Rimbe et Ver­laine. Con­tin­uer la lec­ture