Archives de catégorie : Recensions

Nostalgique Belgique

Rose-Marie FRANÇOIS, Bel­giques, Ker, coll. « Bel­giques », 2022, 118 p., 12 €, ISBN : 9782875863249

francois belgiquesSi la qua­trième de cou­ver­ture annonce que la col­lec­tion « Bel­giques » rassem­ble des recueils de nou­velles, ce n’est pas le cas pour le présent vol­ume.  Pas de fiction‑s en l’occurrence, mais une mosaïque de sou­venirs de l’autrice, sou­venirs de son enfance, de sa sco­lar­ité, de sa car­rière de pro­fesseure, de « vraie Belge mul­ti­lingue », de son œuvre, de ses voy­ages, de ses ren­con­tres.

La Bel­gique de Rose-Marie François com­mence en mai 1940 quand, à 6 mois, elle est emmenée avec sa mère et sa tante sur les routes de France par son grand-père.  Dans cette Bel­gique en guerre, on écoute Radio-Lon­dres, on – des par­ents, des proches, des voisins – cache des réfrac­taires à la cave ou dans des granges, on soigne des résis­tants…. mais il ne faut bien sûr par le dire. Con­tin­uer la lec­ture

Dans  « ma Belgique », il y a « ma belle » et « magique »… 

Gré­goire POLET, Petit éloge de la Bel­gique, Folio-Gal­li­mard, 2022,  115 p., 2 € / ePub : 1,99 €, ISBN : 978–2‑07–288599-00
Gré­goire POLET, Bel­giques — 101 détails, Ker, coll. « Bel­giques », 2022, 206 p., 12 € / ePub : 5,99 €, ISBN : 978–2‑87586–328‑7

polet petit eloge de la belgiqueGré­goire Polet con­sacre à la Bel­gique deux ouvrages parus simul­tané­ment : le pre­mier à l’enseigne de Gal­li­mard, le sec­ond dans la col­lec­tion « Bel­giquese.

Dans Petit éloge de la Bel­gique, l’éloignement du pays natal pen­dant plusieurs années a sans doute éclairé d’une lumière nos­tal­gique cer­tains textes. Les épisodes de l’enfance à la Mer du Nord nous valent des pages à la poésie sub­tile, d’une grâce sem­blable aux aquarelles de Rik Wouters. Polet y écrit les rêver­ies d’enfant avec « des mots-voiliers sur l’horizon de la mer ». Con­tin­uer la lec­ture

Visages et figures de la Belgique

Marc QUAGHEBEUR, Bel­giques, Ker, coll. « Bel­giques », 2022, 108 p., 12 € / ePub : 5,99 €, ISBN : 9782875863300

quaghebeur belgiquesProf­i­tant du cli­mat humide quoiqu’ensoleillé que nous promet­tait la venue de l’automne, les édi­tions Ker propulsent sur les tables des libraires une nou­velle pièce de la col­lec­tion « Bel­giques ». C’est Marc Quaghe­beur qui en signe le dix-neu­vième recueil de nou­velles. Comme Rose-Marie François, Lau­rent Demoulin, Colette Nys-Mazure avant lui – pour ne citer qu’un échan­til­lon restreint – il applique habile­ment la con­signe de dress­er un « por­trait en mosaïque de la Bel­gique » afin de livr­er dans un tableau impres­sion­niste le reflet d’une Bel­gique : la sienne.

La Bel­gique de celui qui a voué sa vie à la lit­téra­ture fran­coph­o­ne de Bel­gique sem­ble ne vouloir se laiss­er décou­vrir qu’au tra­vers de fig­ures des champs lit­téraire et artis­tique du pays. L’ombre d’Abraham esquisse le por­trait de Sarah Kalis­ki (1941–2010) ; Tant de haine nous racon­te le dévoue­ment au théâtre et à la recherche de Michèle Fabi­en (1945–1999) ain­si que sa fas­ci­na­tion pour le tra­vail de Pierre Mertens ; Les lisières de l’infini con­te l’impertinence du poète Jean-Claude Pirotte (1939–2014). L’empereur Charles Quint prend égale­ment la parole dans Avant que le soleil ne se couche. D’autres fig­ures, apparem­ment anonymes, voient pour­tant leur vie décor­tiquée et leur per­son­nal­ité exhibée avec ten­dresse dans Brux­elles… Brux­elles…, On l’appelait meringue, Passés les sables et L’un et l’autre. Aus­si appa­rait-il claire­ment que cha­cune des pier­res de la mosaïque com­posée par Marc Quaghe­beur est de nature iden­tique. Chaque per­son­nal­ité provient du ter­ri­toire de Bel­gique ou l’occupe. Mys­térieuses, elles bril­lent par la force de leur car­ac­tère et la fatal­ité du des­tin qui les attend. Enfants d’une époque, elles en por­tent la mar­que et les séquelles : l’originalité se décou­vre au départ des con­ven­tions. Con­tin­uer la lec­ture

Le Grand Inventaire

Ste­fan LIBERSKI, Teo mal­gré, Onlit, 2022, 14 €, ISBN : 9782875601612

Qu’en un lieu, qu’en un jour, un seul fait accom­pli
Tienne jusqu’à la fin le théâtre rem­pli.
Boileau, dans L’Art poé­tique (chant 3, vers 45–46)

liberski teo malgréIl y a quelque chose du théâtre clas­sique dans Teo mal­gré, le dernier roman de Ste­fan Liber­s­ki, pub­lié chez ONLiT.

Unité de lieu.

Unité de temps.

Unité d’action. Con­tin­uer la lec­ture

L’envol d’un colibri

Marie COLOT, 113 raisons d’espérer, Mag­nard jeunesse, coll. « La brève », 2022, 77 p., 8,90 € / ePub : 6,49 €, ISBN : 9782210974739

colot 113 raisons d'espérerMarie Colot pub­lie un nou­v­el opus dans la col­lec­tion « La brève » chez Mag­nard jeunesse, car­ac­térisée par des textes courts disponibles dans un for­mat à lire et à écouter. Nous décou­vrons ici le jeune Noé, 14 ans, écrasé par un monde trop angois­sant pour lui. Con­scient de la grave crise cli­ma­tique dans laque­lle nous sommes plongés, il rédi­ge des listes pour se don­ner l’illusion de tenir les drames à dis­tance.

Empêtré dans une forme de tor­peur à cause de la six­ième extinc­tion de masse, il est hor­ri­fié face à son frère Louis qui vit sa vie d’adolescent insou­ciant et ses par­ents qui ont décidé d’avoir un nou­v­el enfant. Il se sent bien seul avec ses peurs, s’isole de plus en plus de ce qu’il con­sid­ère comme l’inconscience humaine, il est qual­i­fié de sen­si­ble et de pes­simiste. Le voilà figé dans un piège dont il ne voit pas l’issue, ce qui rend la com­mu­ni­ca­tion avec lui par­fois dif­fi­cile telle­ment le sujet le tient à cœur. Con­tin­uer la lec­ture

Casterman en héritage

Flo­ri­an MOINE, Cast­er­man, de Tintin à Tar­di. 1919–1999, Pré­face de Pas­cal Ory, Impres­sions nou­velles, 2022, 420 p., 29, 50 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782874499913

moine casterman de tintin a tardiSe trou­ve-t-il un.e Belge fran­coph­o­ne né.e durant les Trente Glo­rieuses que n’aient pas pro­fondé­ment marqué.e les pub­li­ca­tions Cast­er­man ? Pour ma part, venu au monde in extrem­is l’année du pre­mier choc pétroli­er et de la guerre du Kip­pour, je ne manque jamais de fris­son­ner en feuil­letant les qua­tre albums mythiques de la série « La bonne nou­velle » signés Pil­amm, qui furent offerts à ma mère à l’occasion de sa grande com­mu­nion (en 1960). Han­tées de phar­isiens aux chairs bouffies et de com­plo­teurs olivâtres, de mer­can­tis à l’œil torve et de lépreux émaciés, ces brochures avaient pour voca­tion de délivr­er par l’image le mes­sage des Évangiles aux enfants de la société déchris­tian­isée. J’ignore si, dès le plus jeune âge, cette lec­ture m’a édi­fié ou au con­traire m’a rodé au mor­bide (la tête du Bap­tiste dans le plateau d’argent, un must en la matière) ; elle a fait de moi un mem­bre à part entière de la généra­tion Cast­er­man. Con­tin­uer la lec­ture

Enfin de ses nouvelles…

Émile VERHAEREN, Con­tes de minu­it et autres nou­velles, étab­lisse­ment de texte et post­face de Christophe Meurée, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2022, 180 p., 9 €, ISBN : 9782875685681

verhaeren contes de minuit et autres nouvellesÉmile Ver­haeren est depuis longtemps recon­nu comme un des som­mets de la poésie belge de langue française. Il faut se rep­longer dans ses Villes ten­tac­u­laires pour retrou­ver quelque har­monie au tumulte de nos errances urbaines ; il faut réé­couter ses rythmes, palper ses images : Ver­haeren n’est pas un clas­sique de manuel, il par­le à notre époque.

Et voilà que le mon­stre sacré parvient à dérouter le lecteur, plus d’un siè­cle après sa mort. On le con­nais­sait poète, on savait ce que la postérité et la bonne intel­li­gence de cer­tains pein­tres, dont Ensor, devaient à sa plume. Quelques-uns par­mi nous avaient enten­du par­ler de son théâtre, sans l’avoir vu joué. Mais peu nom­breux de nos con­tem­po­rains avaient lu ses nou­velles. Cette élite regroupait les éru­dits, les pas­sion­nés, les spé­cial­istes. Comp­tons dans le nom­bre Christophe Meurée, qui a mis toute sa sci­ence et son bon goût dans l’établissement des textes et dans la post­face de l’anthologie qui nous occupe ici. Con­tin­uer la lec­ture

Dans la voie du féminisme

Marie-Louise HAUMONT, Le tra­jet, Post­face de Daniel Laroche, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2022, 398 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–569‑8

haumont le trajetIni­tiale­ment paru en 1976 aux édi­tions Gal­li­mard, le roman Le tra­jet de Marie-Louise Hau­mont (récom­pen­sé alors par le prix Fem­i­na) est aujourd’hui réédité dans la col­lec­tion Espace Nord et assor­ti d’une post­face de Daniel Laroche. Née en 1919 et décédée en 2012, Marie-Louise Hau­mont, écrivaine belge, reste encore peu con­nue dans nos con­trées, en rai­son sans doute, comme l’explique le post­faci­er, de la pro­duc­tion lit­téraire « peu var­iée et quan­ti­ta­tive­ment mod­este » de celle-ci.

Je vivais dans l’avenir comme les vieil­lards vivent dans le passé, mais le passé ne laisse aucune place à l’inconnu tan­dis que moi j’étais sans cesse à la croisée des chemins, m’engageant dans l’un, puis dans l’autre, essayant, brouil­lon­nant, effaçant pour trou­ver mieux […]. J’étais, au pro­pre, maîtresse de mon sort et gou­ver­nante du des­tin de tous les per­son­nages qui partageaient mon exis­tence sec­ondaire.  Con­tin­uer la lec­ture

Que serais-je sans toit ?

Un coup de cœur du Car­net

Chris­tine VAN ACKER, Le peu­ple d’ici-bas. Chris­tine Bris­set, une femme ordi­naire, Esper­luète, 2022, 208 p., 22 €, ISBN : 9782359841602

van acker le peuple d'ici basSi l’on vous demande de citer le nom d’une per­son­ne qui s’est illus­trée dans la lutte con­tre la mis­ère et pour l’accès au loge­ment dans l’immédiat après-guerre, il est fort prob­a­ble que le nom de l’Abbé Pierre vous vien­dra en pre­mier à l’esprit, du moins s’il vous en vous vient un. Cer­taine­ment pas celui de Chris­tine Bris­set. Sans doute de quoi illus­tr­er l’adage qui veut qu’une femme se cache sou­vent der­rière l’homme célèbre… Et pour­tant, pen­dant plus de quar­ante ans, cette pio­nnière de l’action sociale a mul­ti­plié les ini­tia­tives nova­tri­ces dont celle du squat et de la con­struc­tion col­lec­tive de loge­ments. Établie à Angers, mar­iée à un riche indus­triel, elle n’a eu de cesse de rompre avec les codes soci­aux liés à son rang et de se pos­er en pre­mière ligne des com­bats pour le loge­ment alors que la France, au sor­tir de la guerre, se déme­nait pour la reprise économique. Con­tin­uer la lec­ture

Anatomie des âmes

Gérard ADAM, Le maître du Mont Xin, M.E.O., 2022, 624 p., 29 €, ISBN : 978–2‑8070–0350‑7

adam le maitre du mont xinGérard Adam est un ogre en matière lit­téraire, il ne cesse d’éditer dans sa mai­son MEO,  de lire, de reli­er et de mar­quer de sa vigueur atten­tive le paysage lit­téraire en Bel­gique fran­coph­o­ne et au-delà de nos fron­tières.  Encore une fois, avec Le maître du Mont Xin, il nous livre un roman hors normes. Déjà en 2008,  Qôta-Nîh avait mar­qué les lecteurs et la cri­tique tant ce roman por­tait des ques­tions fortes et fines à la fois à pro­pos de la reli­gion, déjà, de l’art de soign­er, de la spir­i­tu­al­ité,…

Le maître du Mont Xin, son dernier opus,  se donne à lire généreuse­ment… L’auteur fait en sorte, dans sa volup­té romanesque, que le monde prenne place dans cette his­toire aux mul­ti­ples bifur­ca­tions. Tout autant roman d’aventure que quête spir­ituelle, l’auteur instille un patient réquisi­toire con­tre les hys­téries religieuses et développe surtout une remar­quable réflex­ion sur les liens qui nouent les cul­tures, les civil­i­sa­tions qui s’opposent, puis se relient, avant de se trans­former… Gérard Adam traque les dif­férences pour en relever, dans le même temps, les étranges con­fig­u­ra­tions des con­traires qui devi­en­nent avec le temps de sur­prenantes, et par­fois, mon­strueuses, simil­i­tudes. Con­tin­uer la lec­ture

L’univers carcéral en Nouvelle-Calédonie

Chan­tal DELTENRE, Camp Est. Jour­nal d’une eth­no­logue dans une prison de Kanaky Nou­velle-Calé­donie, Post­face de Marie Salaün, Anar­char­sis, coll. « Les ethno­graphiques », 228 p., 16 €, ISBN : 9791027904440

deltenre camp estEth­no­logue, écrivaine, autrice de La mai­son de l’âme (Edi­tions Mael­ström, 2010), Chan­tal Del­tenre livre dans Camp Est un jour­nal de ter­rain qui évoque la mis­sion d’observation ethno­grahique en milieu car­céral dont elle a été chargée. Étrangère à la cul­ture kanak, au monde calé­donien et extérieure à l’institution péni­ten­ti­aire, elle côtoie durant un mois le « Camp Est » situé sur l’île de Nou, une prison de Nouméa dont elle décrit et analyse le fonc­tion­nement, les cer­cles de vio­lence physique, struc­turelle, sociale, sym­bol­ique, mais aus­si les enjeux et l’impensé. Le réc­it est avant tout celui d’un dépayse­ment, d’un saut dans un monde dou­ble­ment incon­nu (cul­ture kanak, monde mélanésien et espace car­céral), d’une atten­tion à la dimen­sion colo­niale de l’institution péni­ten­ti­aire. Tou­jours placée sous la sou­veraineté de la République française, la Nou­velle-Calé­donie a très tôt été conçue par la France colo­niale comme une terre de bagnes sur laque­lle expédi­er les détenus de droit com­mun ou poli­tiques (qua­tre mille Com­mu­nards, dont Louise Michel, furent trans­férés dans des péni­tenciers calé­doniens). Ce qui frappe Chan­tal Del­tenre, ce sont les sui­cides des jeunes détenus, la com­po­si­tion de la pop­u­la­tion, à majorité kanak (90% de détenus kanak, presque tou­jours issus de quartiers défa­vorisés, de squats), la minorité de pris­on­niers cal­doches, d’origine européenne, la crise iden­ti­taire, psy­chique que l’enfermement induit. Con­tin­uer la lec­ture

Le collectionneur d’expériences

Thomas LAVACHERY, Le Net­suke, Esper­luète, 2022, 192 p., 22 €, ISBN : 9782359841572

lavachery le netsukeDans Le net­suke, le nou­veau roman de Thomas Lavach­ery, le nar­ra­teur Jacques Mellery racon­te avec une ten­dresse douce-amère la fin de son ado­les­cence. À cette époque, il passe ses journées hors de sa mai­son, dénuée de présence mater­nelle (par la mort) et pater­nelle (par l’effacement). En-dehors de l’école, où il ne brille pas par son impli­ca­tion, il explore sa com­mune et fréquente aus­si bien les esseulés que les familles de ses cama­rades au sein desquelles il se voit accueil­li avec évi­dence. Encore main­tenant, « [il] ignore ce qui plai­sait en [lui] mais [il] ne devai[t] pas en faire beau­coup pour [s]e faire accepter ». Peut-être était-ce dû à sa plas­tic­ité sociale, sym­pa­thique petit caméléon lui qui « changeai[t] de manière d’être, de par­ler, en fonc­tion des per­son­nes avec qui [il] se trouvai[t] ». Con­tin­uer la lec­ture

Pleinement corps

Un coup de cœur du Car­net

Maud JOIRET, JERK, Arbre de Diane, coll. « Les deux sœurs », 2022, 12 €, ISBN : 978–2‑930822–21‑1

maud joiret jerkD’une ténac­ité com­pa­ra­ble à celle d’une plante de bitume, l’écriture de Maud Joiret brise le socle des représen­ta­tions, le roc des habi­tus dans lesquels nos corps sont empêtrés. Le pre­mier opus de la poétesse, Cobalt (récom­pen­sé par le Prix de la Pre­mière Œuvre de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles) en traçait déjà le sil­lon. Cobalt explo­rait la (dé)construction du « moi », col­orant de bleu les par­tic­ules qui s’échangent entre le dehors et le dedans par le prisme du 27e élé­ment du tableau péri­odique de Mendeleïev. Con­tin­uer la lec­ture

Une armure de douceur

Un coup de cœur du Car­net

Vio­laine LISON, Vous étiez ma mai­son, dessins de Manon GIGNOUX, Esper­luète, 2022, 96 p., 18 €, ISBN : 9782359841596

lison vous etiez ma maison vfJ’ai quit­té la ville, le fleuve, le nœud coulant des jours. […]
Quit­té mes semelles de goudron pour mes pieds de terre rouge et d’herbes hautes.

Cinq verbes, treize lunes, une année de lundis dans la forêt. Par­tir, naître, engranger, trans­met­tre, renaître. Une année d’apprentissage et de retrou­vailles avec le dedans et le dehors, une année pour démon­ter brique par brique les murs entre soi et le monde. C’est une his­toire de fil tiré cousu cassé, une his­toire de pas­sage et de rapiéçage qu’écrit Vio­laine Lison avec des mots qui frois­sent les paumes et caressent le cœur, dans une langue sen­suelle et sai­sis­sante qu’accompagnent les dessins de Manon Gig­noux. Con­tin­uer la lec­ture

Raisons et frissons

Aurélie VAUTHRIN-LEDENT, La ques­tion qui fauche (ou l’autre Oth­el­lo) suivi de Ils le fer­ont à vos filles, Oiseaux de nuit, coll. « Rideaux rouges », 2022, 160 p., 10 €, ISBN : 978–2‑931101–45‑2

vauthrin ledent la question qui faucheLa ques­tion qui fauche (ou l’autre Oth­el­lo) est la pre­mière pièce de ce dip­tyque que nous livre l’autrice dans un grand jeu de caram­bo­lages, de dif­frac­tions, de cita­tions dignes des Marx Broth­ers et d’une puis­sance d’éclatement formel qui laisse le lecteur pan­tois. Il faut s’y repren­dre par­fois à deux fois pour saisir la tra­jec­toire des scènes et c’est alors à un “remix” cul­turel que l’on assiste, le sourire aux lèvres et l’esprit tit­il­lé.

Aurélie Vau­thrin-Ledent, née  à Bor­deaux en 1981, con­naît sur le bout des doigts les ressorts de la scène, ses études (Sor­bonne, Con­ser­va­toires, …) et ses activ­ités artis­tiques (mis­es en scène, lec­tures, jeu, chant, fon­da­tion et direc­tion de la mai­son d’édition théâ­trale Les Oiseaux de nuit) l’ont pré­parée à ce grand malax­age aux dif­frac­tions tan­tôt loufo­ques, tan­tôt intimes et émou­vantes. Con­tin­uer la lec­ture

Relire le 19e siècle poétique

Pas­cal DURAND, Poésie pure et société au XIXe siè­cle, CNRS Édi­tions, 301 p., 25 €, ISBN : 978–2‑271‑1403‑8

durand poesie pure et societe au xixe siècle« C’est que, lit­téraires ou pro­fes­sion­nels de la chose lit­téraire, nous sommes tous, à divers degrés de con­science et de résis­tance, écrits par ce que nous lisons. »

Dans cet essai viv­i­fi­ant, Poésie pure et société au XIXe siè­cle, Pas­cal Durand, pro­fesseur (ULg) et soci­o­logue de la lit­téra­ture et des médias, pro­pose une approche soci­ologique de la poésie française des débuts du roman­tisme à la fin du sym­bol­isme. Sont con­vo­qués dans cet essai : les roman­tiques con­tre les for­mal­istes ; Lecon­te de Lisle et ses par­ti­sans ; Théophile Gau­ti­er, les Par­nassiens, Baude­laire, Jules Val­lès, Mal­lar­mé, Lautréa­mont, Laforgue,… Con­tin­uer la lec­ture