Archives de catégorie : Recensions

Une armure de douceur

Un coup de cœur du Car­net

Vio­laine LISON, Vous étiez ma mai­son, dessins de Manon GIGNOUX, Esper­luète, 2022, 96 p., 18 €, ISBN : 9782359841596

lison vous etiez ma maison vfJ’ai quit­té la ville, le fleuve, le nœud coulant des jours. […]
Quit­té mes semelles de goudron pour mes pieds de terre rouge et d’herbes hautes.

Cinq verbes, treize lunes, une année de lundis dans la forêt. Par­tir, naître, engranger, trans­met­tre, renaître. Une année d’apprentissage et de retrou­vailles avec le dedans et le dehors, une année pour démon­ter brique par brique les murs entre soi et le monde. C’est une his­toire de fil tiré cousu cassé, une his­toire de pas­sage et de rapiéçage qu’écrit Vio­laine Lison avec des mots qui frois­sent les paumes et caressent le cœur, dans une langue sen­suelle et sai­sis­sante qu’accompagnent les dessins de Manon Gig­noux. Con­tin­uer la lec­ture

Raisons et frissons

Aurélie VAUTHRIN-LEDENT, La ques­tion qui fauche (ou l’autre Oth­el­lo) suivi de Ils le fer­ont à vos filles, Oiseaux de nuit, coll. « Rideaux rouges », 2022, 160 p., 10 €, ISBN : 978–2‑931101–45‑2

vauthrin ledent la question qui faucheLa ques­tion qui fauche (ou l’autre Oth­el­lo) est la pre­mière pièce de ce dip­tyque que nous livre l’autrice dans un grand jeu de caram­bo­lages, de dif­frac­tions, de cita­tions dignes des Marx Broth­ers et d’une puis­sance d’éclatement formel qui laisse le lecteur pan­tois. Il faut s’y repren­dre par­fois à deux fois pour saisir la tra­jec­toire des scènes et c’est alors à un “remix” cul­turel que l’on assiste, le sourire aux lèvres et l’esprit tit­il­lé.

Aurélie Vau­thrin-Ledent, née  à Bor­deaux en 1981, con­naît sur le bout des doigts les ressorts de la scène, ses études (Sor­bonne, Con­ser­va­toires, …) et ses activ­ités artis­tiques (mis­es en scène, lec­tures, jeu, chant, fon­da­tion et direc­tion de la mai­son d’édition théâ­trale Les Oiseaux de nuit) l’ont pré­parée à ce grand malax­age aux dif­frac­tions tan­tôt loufo­ques, tan­tôt intimes et émou­vantes. Con­tin­uer la lec­ture

Relire le 19e siècle poétique

Pas­cal DURAND, Poésie pure et société au XIXe siè­cle, CNRS Édi­tions, 301 p., 25 €, ISBN : 978–2‑271‑1403‑8

durand poesie pure et societe au xixe siècle« C’est que, lit­téraires ou pro­fes­sion­nels de la chose lit­téraire, nous sommes tous, à divers degrés de con­science et de résis­tance, écrits par ce que nous lisons. »

Dans cet essai viv­i­fi­ant, Poésie pure et société au XIXe siè­cle, Pas­cal Durand, pro­fesseur (ULg) et soci­o­logue de la lit­téra­ture et des médias, pro­pose une approche soci­ologique de la poésie française des débuts du roman­tisme à la fin du sym­bol­isme. Sont con­vo­qués dans cet essai : les roman­tiques con­tre les for­mal­istes ; Lecon­te de Lisle et ses par­ti­sans ; Théophile Gau­ti­er, les Par­nassiens, Baude­laire, Jules Val­lès, Mal­lar­mé, Lautréa­mont, Laforgue,… Con­tin­uer la lec­ture

« Tout pousse, tout grandit »

Un coup de cœur du Car­net

Valen­tine LAFFITTE, Grandir, Ver­sant Sud jeunesse, 2022, 32 p., 13,50 €, ISBN : 978–2‑930938–57‑8

laffitte grandirDu haut d’un arbre, deux passereaux dodus s’apprêtent à quit­ter ces con­trées où l’automne se dépose avec lenteur : les feuilles, vidées de chloro­phylle, revê­tent une élé­gante robe d’un orange craque­lant. Près du tronc, Freya, instal­lée sur un drap rose, prof­ite des derniers moments avec « encore un peu de lumière avant les journées gris­es », tout en con­tem­pla­tion. Lorsque la pluie arrive, armée de crayons et de son imag­i­na­tion agile, la petite fille galope à tra­vers les plaines, s’institue cheffe-sirène, charme les ser­pents et apprivoise les canaris. « Dans l’obscurité de ses mains », elle active par­fois son pou­voir mag­ique de remé­mora­tion et se nour­rit alors de sou­venirs engrangés pen­dant l’été : les balades dans des lieux aux rocailles aux mille couleurs, le crépite­ment d’un feu de camp, un couch­er de soleil flam­boy­ant, des bouf­fées d’amitié aus­si libres que le vol d’un oiseau. En com­pag­nie de son chien, Freya s’emmitoufle et s’enfonce dans les con­tours hiver­naux de la nature. Lièvre qui fuit, « branch­es qui ploient sous la neige », oiseaux qui nid­i­fient, sap­ins qui cha­touil­lent le ciel, pas qui crissent ; c’est froid et feu­tré, c’est la sai­son du repos néces­saire et de la patience for­cée. Et enfin le print­emps, annon­cé par le chant des grenouilles, revient ! Joie frémis­sante des bour­geons… suiv­ie de la fraîche explo­sion de tiges, pétales, pis­tils et pédon­cules. « Dans ce grand cham­boule­ment, tout pousse, tout grandit », et Freya s’en délecte, avant de se met­tre à chanter les ceris­es sucrées, s’accrocher aux branch­es bavardes, s’aventurer tou­jours un peu plus loin dans la décou­verte de soi, des autres et du monde. Car Freya pousse et grandit aus­si, au rythme des saisons. Con­tin­uer la lec­ture

À bout de souffle

Rémi PONS, Apnée. Une his­toire du suren­det­te­ment, Lans­man, 2022, 56 p., 11 €, ISBN : 9782807103528

pons apnee une histoire du surendettementLors de la journée inter­na­tionale de com­mé­mora­tion des vic­times de l’esclavage (25 mars), un intel­lectuel africain souligna avec une per­ti­nence ter­ri­ble : « Vous pleurez aujourd’hui l’esclavage et deman­dez par­don mais un jour vous deman­derez par­don pour  la Dette… ».

Car évidem­ment la dette et le suren­det­te­ment qui appau­vrit con­cer­nent autant les États que les indi­vidus qui les com­posent. Forme de servi­tude inter­na­tionale, post-colo­nial­isme en fil­igrane ?  Cha­cun en décidera mais dans tous les cas, ce qui advient est un appau­vrisse­ment attelé à une servi­tude morale, une alié­na­tion dou­ble donc… Con­tin­uer la lec­ture

Au nom de tous les miens

Un coup de cœur du Car­net

Bruno HUMBEECK, Com­ment agir face au cyber-har­cèle­ment, Renais­sance du livre, 2022, 170 p., 20 € / ePub : 9,49 €, ISBN : 978–2‑507–05750‑3

humbeeck comment agir face au cyberharcelementBruno Hum­beeck, psy­chopéd­a­gogue à l’Université de Mons spé­cial­isé dans les ques­tions famil­iales et sco­laires, fait le point dans son nou­v­el opus sur un phénomène désor­mais impos­si­ble à qual­i­fi­er de rare et anodin: le cyber-har­cèle­ment chez les jeunes.

L’auteur prend le temps de dévelop­per le mode de fonc­tion­nement du cyber-har­cèle­ment et ses enjeux, tant du côté de la vic­time que de l’auteur des faits, qui agit générale­ment en « meute ». L’univers numérique est vu comme une caisse de réso­nance aug­men­tant la nociv­ité du har­cèle­ment clas­sique, à l’aune de la viral­ité et de la vir­u­lence des com­men­taires émis sur les réseaux soci­aux. Con­tin­uer la lec­ture

La littérature par le menu

COLLECTIF, La cui­sine de nos écrivains, Académie royale de langue et lit­téra­ture français­es de Bel­gique, 2022, 130 p., 15 €, ISBN : 9782803200672

collectif la cuisine de nos écrivainsIl n’y a que les imbé­ciles qui ne soient pas gour­mands. On est gour­mand comme on est artiste, comme on est poète”.

Inci­tant le lecteur au péché de gour­man­dise, Yves Namur cite Guy de Mau­pas­sant dans son intro­duc­tion aux actes du col­loque con­sacré à La cui­sine de nos écrivains qui s’est tenu en octo­bre 2021, à l’occasion du cen­te­naire de l’Académie royale de langue et lit­téra­ture français­es de Bel­gique. La gour­man­dise est en effet de mise pour évo­quer un sujet d’une telle ampleur. C’est que les écrivains ne man­quent pas, qui ont fait de la nour­ri­t­ure un sujet à part entière  ou la métaphore de leur art, et du repas, le sub­til décor de leur roman ou le sym­bole de l’appartenance sociale de leurs per­son­nages. Et que l’on ne s’y trompe pas, les auteurs et autri­ces dont il est ques­tion ici, « nos écrivains », sont belges ou français. Ce sont les écrivains de notre pat­ri­moine lit­téraire, ceux qui ont façon­né (et façon­nent encore) notre imag­i­naire. La gour­man­dise, comme la lit­téra­ture, n’a pas de fron­tière. Con­tin­uer la lec­ture

Divine aux deux visages

Cather­ine LOCANDRO, Le por­trait de Gre­ta G., Les péré­grines, coll. « Les auda­cieuses », 2022, 304 p., 19 €, ISBN : 979–10-252‑0565‑5

locandro le portrait de greta gAprès deux romans pour la jeunesse, Cather­ine Locan­dro revient à la lit­téra­ture générale avec Le por­trait de Gre­ta G. Change­ment de pub­lic, mais point de genre : comme aupar­a­vant avec le roman pour ado­les­cents Cas­sius (évo­ca­tion de Mohamed Ali parue chez Albin Michel, qui a rem­porté le prix Pre­mière – Vic­tor en 2021), ce sont les ter­res de la biofic­tion que l’autrice arpente ici. Elle s’attache cette fois à l’icône hol­ly­woo­d­i­enne Gre­ta Gar­bo (1905–1990). Con­tin­uer la lec­ture

L’évidence des dieux

Un coup de cœur du Car­net

Luc DELLISSE, Par­ler avec les dieux, Élé­ments de lan­gage, 2022, 70 p., 14 €, ISBN : 978–2‑930710–22‑8

dellisse parler avec les dieuxIl est des mots que le pluriel triv­i­alise. La mul­ti­pli­ca­tion ne leur sied pas, ils y per­dent leur jalouse exclu­siv­ité, leur pou­voir absolu. Mais s’appliquant à « Dieu », le pluriel per­met de renouer avec une dimen­sion sin­gulière de la divinité : « C’est un sen­ti­ment dif­fus, un rêve, le sou­venir d’un rêve ».

Les lecteurs de la poésie et des nou­velles de Luc Del­lisse savent le rap­port priv­ilégié, amoureux même, qu’il entre­tient avec l’idée de risque. Ils en fer­ont à nou­veau l’expérience, avec un cran d’audace sup­plé­men­taire, en suiv­ant le dia­logue qu’il ose entamer avec « les dieux ». En païen ? L’étiquette a con­nu trop de démêlés avec le monothéisme pour être claire­ment définie, trop de déviances avec un ésotérisme tan­tôt folk­lorique, tan­tôt inquié­tant, pour ne pas être dis­qual­i­fi­ante. En artiste, alors ? Les artistes ont par­fois de grandes dif­fi­cultés à se quit­ter des yeux et red­outent que même l’invisible les éclipse. Les dieux sont rarement leur affaire. Con­tin­uer la lec­ture

Les visages de la pensée libérale

Un coup de cœur du Car­net

Bernard QUIRINY, Le club des libéraux, Ed. du Cerf, 2022, 352 p., 24 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 978–2‑204–15085‑9

quiriny le club des liberauxÉcrivain, auteur entre autres de Con­tes car­ni­vores, Le vil­lage évanoui, L’affaire May­er­ling, Vies con­ju­gales, cri­tique, pro­fesseur de droit à l’Université de Bour­gogne, Bernard Quiriny nous embar­que dans un réc­it vir­tu­ose qui, par les ver­tus d’un art des dia­logues, expose les fonde­ments, les principes, les évo­lu­tions de la pen­sée libérale. Tra­ver­sé par l’érudition et l’originalité, ponc­tué d’humour, Le club des libéraux réus­sit haut la main la gageure de met­tre en scène les deux grands courants de la pen­sée libérale — les libéraux juris­nat­u­ral­istes dans le sil­lage de Locke et les util­i­taristes du côté de Ben­tham —, de ren­dre toniques et pas­sion­nantes leurs con­tro­ver­s­es autour de la place à con­fér­er à l’État, du lien entre libéral­isme et défense de l’individu, de l’acception de la lib­erté à l’intérieur de cha­cune de ces deux macro-ten­dances. Con­tin­uer la lec­ture

Fuir et suivre

Jacques VANDENSCHRICK, Tant suiv­re les fuyards, Cheyne, 2022, 64 p., 17 €, ISBN : 978–2‑84116–318‑2

vandenschrick tant suivre les fuyard« Fuir. Quit­ter ce maître injuste. Se vouloir loin. Sépar­er les âmes. Dis­tinguer les trou­peaux. Refuser les pourquoi. La gardeuse de bre­bis l’a com­pris, qui cache bien en elle toutes les déess­es. Alors l’homme, fuyant le maître, voit partout le vis­age de son frère usurpé. »

Après le recueil Livré aux géo­graphes paru en 2018 aux édi­tions du Cheyne et récom­pen­sé par le prix Mar­cel Thiry 2019, après la réédi­tion dans la col­lec­tion Espace Nord en 2021 de quelques-uns de ses opus sous le titre Avec l’écarté et autres poèmes, Jacques Van­den­schrick délivre un nou­veau recueil : Tant suiv­re les fuyards. Con­tin­uer la lec­ture

À la trouble fontaine

Line ALEXANDRE, La prophétie des nains, Weyrich, coll. « Noir cor­beau », 2022, 260 p., 19 €, ISBN : 9782874897245

alexandre la prophétie des nainsÀ nous per­me­t­tre de retrou­ver des per­son­nages de roman en roman, les auteurs nous les ren­dent fam­i­liers, attachants, et créent une forme de con­ti­nu­ité par-delà les con­textes les plus var­iés. Dans L’enclos de fusil­lés, Line Alexan­dre nous avait mis en présence de la juge Wern­er et de l’inspecteur Evariste Joris que nous retrou­vons ici avec plaisir. Ils sont à présent appelés dans un petit vil­lage de l’Ardenne belge où l’on vient de retrou­ver le cadavre d’une jeune femme noyé dans une fontaine. Mais rien ne per­met de lui attribuer une iden­tité et aucun indice n’apparaît d’emblée. Con­tin­uer la lec­ture

L’espion anglais de La Dernière Heure

Hen­ri VERNES, Sin­gle­ton. Ren­dez-vous au Péli­can vert, ill. Michel DI NUNZIO, Édi­tions du Tiroir, 2022, 220 p., 18 €, ISBN : 978–2‑931027–54‑7

vernes singletonSi Hen­ri Vernes con­sacra la belle part de sa car­rière à Bob Morane, dont il rédi­gea plus de 200 aven­tures, nous lui devons aus­si des romans indépen­dants de cette série et oublions trop sou­vent qu’il est le père d’autres héros. C’est le cas de Luc Das­saut, de Don… et de Robert Bar­ney Sin­gle­ton. Ce dernier a cela d’intéressant qu’il est l’ainé du fameux com­man­dant Morane et peut dès lors être regardé comme un pro­to­type.

Ren­dez-vous au Péli­can vert est un roman-feuil­leton d’abord pub­lié dans le jour­nal La Dernière Heure, en 1950. Vernes le signa sous un pseu­do­nyme améri­can­isé : Lew Shan­non. Il faut atten­dre 1991 pour que ce roman reparaisse en vol­ume et sous la sig­na­ture d’Henri Vernes, aux édi­tions Lefrancq, mais il est alors doté d’un titre alter­natif, Drôle de busi­ness. Con­tin­uer la lec­ture

Angles morts

Géral­dine FIASSE, Cul­pa, L’échelle du temps, 2022, 224 p., 18 €, ISBN : 978–2‑37622–244‑6

fiasse culpaPar­fois, le mal­heur sur­git sans crier gare et le sol se dérobe sous nos pas, nous lais­sant orphe­lins de nos plus belles cer­ti­tudes. C’est ce qui arrive à Suzanne, une jeune jour­nal­iste sur­menée dont la voiture ren­verse un cycliste alors qu’elle arrive aux abor­ds de l’école de son fils. Elle n’a rien vu et sous le choc, elle perd con­nais­sance. À son réveil, elle apprend le drame et on lui pré­cise que la vic­time est décédée. S’ensuit une descente aux enfers d’autant que son mari, qui se mon­trait de plus en plus oppres­sant (il l’assaillait de tex­tos au moment de l’accident) en prof­ite pour pren­dre le large et la tenir éloignée de leur fils. Elle se trou­ve seule pour répon­dre face à la jus­tice de l’homicide involon­taire qu’elle a com­mis. Con­tin­uer la lec­ture

Lydia Flem avec les sciences humaines

Lydia FLEM, Bouche bavarde oreille curieuse, Seuil, coll. « La Librairie du XXIe siè­cle », 2022, 270 p., 22 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 978–2‑02–151273‑1

flem bouche bavardeLorsque nous l’avions ren­con­trée à l’occasion de la paru­tion de Paris fan­tasme (Le Car­net et les Instants n°209), Lydia Flem nous avait rap­pelé que même si cela n’apparaissait pas à la majorité de ses lecteurs, les sci­ences humaines avaient été ses « balis­es depuis tou­jours ». En par­al­lèle de sa car­rière d’écrivaine, de psy­ch­an­a­lyste et de pho­tographe, elle a pub­lié de nom­breux arti­cles, entre autres dans Le genre humain, dirigée par Mau­rice Olen­der, égale­ment à la con­duite de la réputée col­lec­tion « La Librairie du XXIe siè­cle », aux édi­tions du Seuil, où elle a pub­lié la qua­si-total­ité de ses livres, dont son inou­bli­able trilo­gie famil­iale (Com­ment j’ai vidé la mai­son de mes par­ents, Let­tres d’amour en héritage et Com­ment je me suis séparée de ma fille et de mon qua­si-fils). Le vol­ume récem­ment paru dans cette même col­lec­tion, Bouche bavarde oreille curieuse, reprend une ving­taine de ces arti­cles pub­liés entre 1982 et 2020. Elle y fait dia­loguer la psy­ch­analyse, l’histoire, l’anthropologie, la lit­téra­ture, le ciné­ma, la pho­togra­phie, l’art, des fig­ures comme son cher Sig­mund Freud, Auguste Rodin, Gia­co­mo Casano­va, des pairs comme Jacques Ran­cière, Michel de Certeau, Alain Fleis­ch­er, Arlette Farge. Con­tin­uer la lec­ture

Tandis qu’on agonise

Un coup de cœur du Car­net

Bruno WAJSKOP, Œil de linge, La muette, 2022, 110 p., 12 €, ISBN : 978–2‑35687–881‑6

wajskop oeil de lingeMourir. Rien de plus anodin. La preuve : cela arrive à tout le monde, une seule et bonne fois. À moins que… À moins que la caméra d’un sys­tème de vidéo-sur­veil­lance privé capte vos derniers instants, vos ultimes soubre­sauts, votre suprême hoquet. Et que vos proches puis­sent se repass­er en boucle cette cabri­ole majeure, pour vous trag­ique sans doute, et pas vrai­ment facile à chi­quer sur le moment ; pour eux, face à l’incompréhensible fatal­ité qui se répète sous leurs yeux, un moment dont l’itération ne fait qu’approfondir l’opacité, éloigne toute réponse, fini­rait même par émouss­er la portée cru­ciale. Car, au fond, « le dernier instant ne dif­fère pas de celui qui le précède »… Con­tin­uer la lec­ture