Charlie DEMOULIN, Silence me mord, La grange batelière, 2024, 96 p., 15 €, ISBN : 9791097127466
Que faire quand le sentiment de l’absurde, du crépuscule éternel nous vrille, quand la musique du néant bourdonne dans les tympans ? C’est depuis ce lieu béant, depuis ce nihilisme que Charlie Demoulin lance Silence me mord, premier récit (davantage que roman) que l’on lira comme un autoportrait à l’ère du désenchantement généralisé. Gravitant autour de la came et du sexe, la vie du narrateur baigne dans un non-sens que la défonce et la baise compulsives permettent d’endurer. Si la formule « Last exit to Bruxelles » convoquée en quatrième de couverture propose une filiation avec Last Exit to Brooklyn de Hubert Selby Jr, les similitudes dans la description des tribus underground ne sont qu’apparentes. Récit qui se passe durant le confinement, Silence me mord est cadenassé par la solitude, par la vacuité de l’existence, rythmé par une écriture-survie abrupte, discontinue, éruptive. Nous sommes dans l’après Selby, dans une quête d’expériences extrêmes qui se fracassent contre les murs de la société, contre les murs intérieurs. Charlie Demoulin écrit depuis un horizon barré, celui de l’après l’âge d’or de la drogue et de l’érotisme, celui de la désorientation d’un monde. Le plan mondain s’est réduit à une addition d’entités solipsistes que l’auteur ausculte. Continuer la lecture →