Archives de catégorie : Romans et récits

Un bel écran de fumée

Paul COLIZE, Le meurtre de la rue Blanche, Hervé Chopin, 2024, 314 p., 19,50 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782357208469

colize le merutre de la maison blancheLe nou­veau livre de Paul Col­ize est un polar bien belge, qui se passe à Brux­elles, entre la rue Haute, « le mon­u­men­tal Palais de Jus­tice, cou­vert de crasse et bal­afré d’échafaudages [qui] veil­lait sur le chaos » et bien sûr … la rue Blanche et même l’avenue Mon­tjoie, avec quelques détours par la prison de Jamioulx et Lux­em­bourg, haut-lieu de la finance en Europe.  Avec même une inspi­ra­tion venue d’Australie… Les voy­ages ne font pas que for­mer la jeunesse ; ils sont aus­si la trame d’une bonne enquête ! Con­tin­uer la lec­ture

Les mémoires de l’hippocampe

Car­o­line VALENTINY, Les sou­venirs oubliés ne sont jamais per­dus, Albin Michel, 2024, 224 p., 20 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782226488046

valentiny les souvenirs oubliés ne sont jamais perdusIl y a des sou­venirs qui obsè­dent, dont on aimerait se sépar­er, mais qui s’incrustent dans les moin­dres recoins de l’esprit. Il y a des sou­venirs qu’on aimerait garder auprès de soi, s’y blot­tir le plus sou­vent pos­si­ble, mais qui peu à peu échap­pent. Puis il y a des sou­venirs qu’on a tou­jours gardés pour soi, qui sont murés en soi.

Juli­ette, une vieille dame, passe ses journées instal­lée à sa fenêtre. Elle tri­cote et regarde au loin, par-delà les champs et les vignes. Elle attend la vis­ite de sa fille, Lise. Vien­dra-t-elle aujourd’hui ? Mais est-ce bien sa fille ? A‑t-elle des enfants ? Depuis quelques temps, sa mémoire lui joue des tours et la fuit. Pour­tant, dans le cré­pus­cule, des sou­venirs très pré­cis lui revi­en­nent. Celui d’un amour passé, d’avant Féli­cien, son mari décédé. Con­tin­uer la lec­ture

Un roman familial marollien

Alain VAN CRUGTENMarolles, M.E.O., 2024, 272 p., 23 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 9782807004672

van crugten marollesL’influence d’un lieu de vie sur les habi­tants, l’effet en retour des riverains sur le quarti­er qu’ils façon­nent, les zones souter­raines de l’histoire de la famille Thomm, la tra­jec­toire d’une ascen­sion sociale… c’est au cœur de ces élé­ments tout à la fois fic­tion­nels et biographiques que le romanci­er, nou­vel­liste (Des fleuves impas­si­bles, Kor­sakoff, En étrange province, Ma Lodoïs­ka, La dic­tature des ignares…), dra­maturge (Dia­ble !, Le regard per­san, Stef, Com­ing out, Bruno Schulz ou La grande hérésie…) et tra­duc­teur (Hugo Claus, Tom Lanoye, S. I. Witkiewicz, Bruno Schulz, Witold Gom­brow­icz…) Alain van Crugten situe son roman, Marolles. Con­tin­uer la lec­ture

La guerre in utero

Bernard GHEUR, La grande généra­tion, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2024, 273 p., 18 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑87489–949‑2

gheur la grande generationBernard Gheur est décidé­ment l’écrivain belge de la nos­tal­gie heureuse. On retrou­ve dans La grande généra­tion des accents déjà présents dans plusieurs de ses titres précé­dents où il revis­i­tait son enfance, son ado­les­cence et sa pas­sion pour le ciné­ma. Mais plus que les précé­dents, ce roman généalogique com­bine la grande His­toire et l’histoire famil­iale.

C’est ain­si qu’il nous offre dans un pre­mier temps une dou­ble immer­sion, tout en sen­si­bil­ité, dans la vie de ses grands-par­ents, pater­nels et mater­nels, avec une incur­sion inat­ten­due au Cana­da et notam­ment à Cal­gary qui fait écho à son livre Retour à Cal­gary (dont la réédi­tion aug­men­tée a paru chez Weyrich sous le titre Un jardin dans les Rocheuses), tan­dis que la branche mater­nelle s’ancre en Alle­magne. Con­tin­uer la lec­ture

Jeux de doubles au Palais des Glaces

Cather­ine DESCHEPPER, Mémoires sélec­tives, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2024, 253 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87489–931‑7

deschepper memoires selectivesDans Mémoires sélec­tives, Cather­ine Deschep­per éprou­ve un plaisir vis­i­ble à brouiller les pistes, à jouer avec les codes du roman polici­er pour mieux duper ses lecteurs et lec­tri­ces.

Ain­si, elle campe le per­son­nage de Wil­frid Zondag, inspecteur de police qui à force d’affaires ratées s’est vu relégué en respon­s­able des fugues de patients atteints d’Alzheimer. Une sorte d’ « Inspecteur du dimanche »  sans pres­tige ni galons qui traîne son ennui dans les rues et maisons de retraite brux­el­lois­es. Au cours de ses péré­gri­na­tions, il assiste un peu par hasard à l’enterrement de Marie-Joséphine de la Marinière, égo­tique bour­geoise dont la sœur, à la sor­tie de l’église, s’épanche sur l’épaule de l’inspecteur. Elle croit en effet recon­naitre en lui Jacques, le psy­chi­a­tre et émi­nence grise de sa sœur, dont Zondag est le par­fait sosie. Dans la con­fu­sion, elle fait part de son absolue con­vic­tion : sa sœur, pré­ten­du­ment sui­cidée, a cer­taine­ment été assas­s­inée. L’inspecteur Zondag perçoit dans ces con­fi­dences les prémices d’une affaire à suiv­re, autrement plus piquante qu’une fugue d’octogénaire. L’occasion, par la démon­stra­tion de sa finesse d’esprit et de son sens de la logique jusque-là ignorés, de gag­n­er enfin l’estime de son patron et de ses col­lègues, et d’impressionner son épouse Sonia qu’il aime tant et qui lui échappe ces derniers temps. Con­tin­uer la lec­ture

Je et un(e) autre

Luc DELLISSE, Ce que je sais sur Lin­da, Lamiroy, 2024, 245 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87595–940‑9

dellisse ce que je sais sur lindaUn homme ne sup­porte plus sa vie « offi­cielle ». Il aspire à devenir invis­i­ble, à être libre, à vivre sans passé, dans l’anonymat. Ou du moins à se don­ner des moments de fuite. Il imag­ine un strat­a­gème pour dis­paraître régulière­ment, vivre une autre vie pour laque­lle il se fab­rique une autre per­son­nal­ité. Par hasard, dans cette exis­tence dis­simulée, il ren­con­tre Lin­da. Dans ce roman de Luc Del­lisse, Ce que je sais sur Lin­da, le nar­ra­teur tombe sous le charme de la jeune femme, dont il décou­vre très vite qu’elle est, elle aus­si, entourée de mys­tère. Comme lui, elle n’est pas ce qu’elle pré­tend être. La rela­tion qui s’ébauche entre eux est de l’ordre de l’amitié et d’une très grande com­plic­ité, d’une entente à demi-mots. Cette rela­tion n’est pas de nature amoureuse. Con­tin­uer la lec­ture

Quand le peuple belge avait faim

Un coup de cœur du Car­net

Frédérique DOLPHIJN, Les oubliés, Esper­luète, 2024, 128 p., 19,50 €, ISBN : 9782359841916

dolphijn les oubliésQui se sou­vient de la famine qui a frap­pé la jeune Bel­gique à la moitié du 19e siè­cle ? Cet épisode trag­ique s’est pro­duit suite à des récoltes de blé ruinées, puis celles de pommes de terre gâchées par la mal­adie, alors que ces den­rées assur­aient la sécu­rité ali­men­taire de la pop­u­la­tion[1]. Et quand la spécu­la­tion s’en mêle, que les prix grimpent, c’est la survie des plus pau­vres qui est men­acée. En cette année 1847, cer­tains n’hésitent pas à émi­gr­er en quête d’un avenir meilleur, notam­ment aux États-Unis dont les pro­grammes de peu­ple­ment envoient des recru­teurs dans les villes et les cam­pagnes, avec la béné­dic­tion des autorités. Con­tin­uer la lec­ture

Trois femmes face à l’inondation

Dominique VAN COTTHEMLes eaux assas­sines, Genèse édi­tion, 2024, 235 p., 22,50 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑3820103–96

Mi-juil­let 2021, la Bel­gique est con­fron­tée à de dra­ma­tiques inon­da­tions. Trente-neuf vic­times ont per­du la vie et de nom­breuses maisons ont été détru­ites ou sont dev­enues inhab­it­a­bles. La roman­cière Dominique Van Cot­them s’est retrou­vée pris­on­nière des flots, chez elle. Elle a pu mesur­er l’impact émo­tion­nel, psy­chologique et physique de la cat­a­stro­phe. Elle aurait pu témoign­er. Avec Les eaux assas­sines, elle a choisi d’aborder les événe­ments par la fic­tion, en imag­i­nant trois per­son­nages féminins… Con­tin­uer la lec­ture

Stanislas Barberian:  le retour à Charleroi 

Fran­cis GROFF, Sor­tie de scène à Charleroi, Weyrich, coll. « Noir cor­beau », 2024, 230 p., 20 €, ISBN : 9782874899348

groff sortie de scène à charleroiVoici donc le sep­tième opus des enquêtes de Stanis­las Bar­ber­ian. Ren­dez-vous incon­tourn­able de la ren­trée lit­téraire, depuis Morts sur la Sam­bre (2019), les enquêtes poli­cières menées par le bouquin­iste, détec­tive « mal­gré lui », sont atten­dues par un large pub­lic de lecteurs et lec­tri­ces fidèles.

Fran­cis Groff, écrivain et jour­nal­iste a l’art de les séduire par l’élégance – toute bri­tan­nique – avec laque­lle il dénoue les énigmes crim­inelles les plus spec­tac­u­laires. Il est vrai qu’il les invente et con­stru­it avec une évi­dente jubi­la­tion. Con­tin­uer la lec­ture

La misère

Un coup de cœur du Car­net

Hubert KRAINS, Le pain noir, Post­face de Frédéric Sae­nen, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace nord », 2024, 192 p., 9 € / ePub : 6,99 €, ISBN : 9782875686893

krains le pain noirDès le pre­mier para­graphe du Pain noir d’Hubert Krains (1862–1934), on sait que tout est fini, qu’un monde est détru­it (et un autre en cours d’apparition, de con­struc­tion, mais ce n’est pas celui qui intéresse Hubert Krains) : « L’auberge de l’Étoile – qui se trou­vait sur le route de Huy à Tir­lemont – a été démolie quelques années après la con­struc­tion du chemin de fer Hes­baye-Con­droz. » L’action com­mence quelques para­graphes plus tard, après que le décor et le paysage ont été plan­tés ; on retourne dans le passé, un deux­ième dimanche de juin du 19e siè­cle, dans un vil­lage de Hes­baye baigné par la Mehaigne, le jour de l’inauguration du chemin de fer, sym­bole de la moder­nité, de l’industrialisation… Con­tin­uer la lec­ture

Van Loo in Vlaanderen

Alain BERENBOOM, Le coucou de Malines. Une enquête de Michel Van Loo, détec­tive privé, Genèse, 2024, 256 p., 22,50 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑3820104–02

berenboom le coucou de malinesEn 1957, la Sec­onde Guerre est encore proche et les blessures que le con­flit a provo­quées au sein de la société belge sont loin d’être cica­trisées, prin­ci­pale­ment en Flan­dre. Pour cette enquête Michel Van Loo va franchir cette lim­ite si impor­tante qu’est la fron­tière lin­guis­tique. Car c’est à Malines que Diego Bloemkool le charge de fil­er Gertrude De Vijver. Très vite celui-ci lui retire l’enquête (sans le pay­er). Van Loo va néan­moins ten­ter d’entrer en con­tact avec la jeune femme… qu’il trou­ve assas­s­inée.   

Dans Le coucou de Malines, sep­tième roman met­tant en scène Van Loo, Alain Beren­boom reprend le principe qui car­ac­térise la série : chaque livre est l’occasion d’illustrer une des prob­lé­ma­tiques de l’histoire de la Bel­gique de la fin des années 1940 et des années 1950. Con­tin­uer la lec­ture

Clochard céleste

Marc MEGANCK, Mys­tifi­ca­teur !, F dev­ille, 2024, 237 p., 20 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑87599–096‑9

meganck mystificateurMarc Meganck n’a pas encore cinquante ans mais sa fiche Wikipé­dia donne le tour­nis. Des dizaines de titres pub­liés, du roman à la nou­velle ou à l’essai, du polar à Brux­elles en pas­sant par l’archéologie. Un graphomane ?

J’irai tir­er sur vos tongs, un micro-roman paru chez le même édi­teur, F dev­ille (sans point ni majus­cule, une mai­son qui monte), était un pur plaisir de lec­ture ; une curiosité vive a précédé l’entame de Mys­tifi­ca­teur !, dopée dès la qua­trième de cou­ver­ture : l’auteur s’inspire de faits réels et va ten­ter de recon­stituer le par­cours aven­tureux et « rocam­bo­lesque » d’un red­outable faus­saire, qui a réus­si à bern­er les autorités belges et français­es, chas­sé l’Atlantide… Con­tin­uer la lec­ture

Renée, Helga, Marek

Car­o­line DE MULDER, La poupon­nière d’Himmler, Gal­li­mard, 2024, 285 p., 21,50 € / eBook : 9,99 €, ISBN : 978–2‑07–303545‑5

de mulder la pouponniere d himmlerCar­o­line De Mul­der ne se laisse pas enfer­mer dans un genre. Depuis Ego Tan­go (prix Rossel 2010), cha­cun de ses romans explore un nou­veau ter­ri­toire. Nous sommes cette fois en 1944, à la fin de l’été, dans la cam­pagne bavaroise. Coupé du monde, un cen­tre Lebens­born (lit­térale­ment, « Fontaine de vie ») voit se crois­er les des­tins de trois per­son­nages ; c’est à tra­vers eux que l’autrice peint, sans des­sein d’exhaustivité, cet univers de talc, de linge blanc et de bois verni, facette con­crète des poli­tiques natal­istes et eugénistes du régime nazi. Il y a Renée, qui est française, ton­due et sans nou­velle du sol­dat dont elle attend l’enfant ; il y a la con­scien­cieuse Hel­ga, une sœur du Sec­ours pop­u­laire nation­al-social­iste ; et il y a Marek, le déporté qu’elles n’aperçoivent que rarement, qui trime sous étroite sur­veil­lance aux abor­ds du château. Con­tin­uer la lec­ture

L’art du mensonge

Joseph ANNET, Le jardin des délices, Weyrich, coll. « Noir cor­beau », 2024, 372 p., 25 €, ISBN : 9782874899270

annet le jardin des delicesLe marché de l’art, celui qui fait l’objet de place­ments et de spécu­la­tions, est un monde à part sou­vent auréolé de mys­tère qui flirte avec celui de l’argent sale en quête de blancheur, des enchères qui dépassent l’entendement, des vols spec­tac­u­laires, des œuvres de faus­saires plus vraies que vraies. Bref, un univers qui se prête idéale­ment à pren­dre place dans la col­lec­tion « Noir cor­beau » dont voici un nou­veau vol­ume. Con­tin­uer la lec­ture

La douleur

Jean Marc TURINE, Le cahi­er de David Jan­napol­li, Metrop­o­lis, 2024, 312 p., 12 €, ISBN : 9782883402171

turine le cahier de david jannapolliDans Révérends Pères paru en 2022 aux édi­tions Esper­luète, Jean Marc Turine expli­quait qu’à la source de ses livres, de ses films et de ses créa­tions radio­phoniques fig­u­rait sa ren­con­tre avec « des femmes ou des hommes qui ont con­nu des appren­tis­sages de vie douloureux, inhu­mains voire trag­iques. » Qu’il les écoute et leur donne la parole. Cette fois encore, dans son nou­veau roman, Le cahi­er de David Jan­napol­li. Nous pou­vons y ajouter le trau­ma­tisme des agres­sions sex­uelles répétées qu’il a subies jeune garçon et racon­tées, sous forme de réc­it, dans Révérends Pères. Con­tin­uer la lec­ture

Le soleil de l’insurrection

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Moctezu­ma. Le dernier Soleil, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2024, 160 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87505–506‑4

bergen moctezumaLa civil­i­sa­tion aztèque ne peut retourn­er à la pous­sière, se voir plongée dans la nuit. Nous qui avons con­nu les feux de la gloire, le raf­fine­ment des sci­ences et des arts, tombe­ri­ons-nous comme des fruits, anéan­tis par des êtres incultes ? 

Le roman Moctezu­ma de Véronique Bergen évoque la fin de l’empire aztèque dans les années 1510–1522 suite à l’appropriation de ses ter­res et de sa cul­ture par les con­quis­ta­dores chré­tiens espag­nols. Ceux-ci, assoif­fés de richesse et de sang, pil­lent et sacca­gent les formes du vivant qui s’y déploient, vio­lent les lois sacrées mis­es au dia­pa­son des cycles saison­niers et leurs croy­ances. Con­tin­uer la lec­ture