Un coup de cœur du Carnet
Emmanuel RÉGNIEZ, Madame Jules, Tripode, 2019, 131 p., 15 €, ISBN : 9782370551986
Il y a trois ans, nous chroniquions pour le Carnet le premier roman d’Emmanuel Régniez, Notre Château, et nous affichions notre impatience à lire son deuxième opus. Nous avons attendu. Et le voici, l’impeccable et tendu Madame Jules, toujours aux éditions Le Tripode.
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Madame Jules, la narratrice, est l’épouse de Monsieur Jules. Elle l’aime, et leur couple semble, dans le tournoyant délié des phrases de Madame Jules, d’une perfection totale. Il est son mari et son amant. Ils vivent dans un état de fusion et de bonheur permanent, avec le sentiment d’être seuls au monde. Mais cette belle mécanique se grippe. Un soir où Monsieur Jules ne parvient pas à atteindre une érection satisfaisante, une fissure se dessine. « À quoi penses-tu ? À toi, je pense à toi. » Aux certitudes d’airain succèdent peu à peu les questions, qui s’insinuent dans les mots de Madame Jules comme un lent poison dans ses veines, infectant le texte et le colorant d’ironie. Continuer la lecture
Enfants, Irina et Pavel, qui sont cousins, ont passé leurs vacances d’été au château de Portavent, en compagnie de leur tante Olga. À sa mort, celle-ci leur a légué le château de leur enfance, où ils se retrouvent des années plus tard. Ainsi commence Les héritiers de Portavent, deuxième roman du Liégeois Pierre Hoffelinck.
Espace Nord poursuit sa politique de réédition et de réimpression de textes des « fantastiqueurs » belges avec deux titres de Franz Hellens, l’un clairement fantastique, Le double, l’autre le préfigurant, Mélusine.
Relire Gérard Prévot est toujours un moment riche. Et l’on se dit que c’est une réelle injustice qu’il n’ait jamais été apprécié à sa juste valeur. Peut-être cela vient-il de sa relative marginalité et du fait qu’il a écrit dans des genres très différents : poésie, roman, nouvelles fantastiques, romans populaires ?
Voilà plus de quinze ans que ses lecteurs attendaient un nouveau livre de Carino Bucciarelli. Leur patience a été payante puisque 2018 voit la sortie d’un recueil de nouvelles, Dispersion, de très bonne tenue.
Place des Ombres, après la brume. Un diptyque romanesque qui joue du mystère, penche vers le fantastique, cultive les coïncidences troublantes, les signes énigmatiques, vagabonde d’une époque à l’autre.
Il suffit de cent pages exactement à la Femme de Lettres Anne Richter pour nous convaincre que le fantastique n’est pas l’apanage d’auteurs mâles, et ce même s’il se rencontre moins d’occurrences d’œuvres y appartenant qui soient signées par des écrivaines. L’essai tient cependant moins de la démonstration que de la déambulation : les rayons de la bibliothèque dans laquelle nous convie Anne Richter – cicérone des plus autorisés, la quatrième de couverture en atteste – sont en effet jalonnés de noms et de titres à redécouvrir par qui prétend embrasser le genre dans un spectre large.
Soit un lecteur connaissant Thomas Owen, ayant lu ses textes fantastiques, ayant entendu parler d’Hôtel meublé sans savoir quand et dans quelle maison d’édition et collection il a été édité. Il en découvre la réédition en Espace Nord. Admettons qu’il fasse l’économie de la quatrième de couverture. Comment réagit-il à l’évolution de la narration ?
Commençons par la préface qui cadre bien les enjeux du livre. Arnaud Huftier y fait remarquer l’importance du « principe associatif » dont use la critique : un nouvel auteur est comparé à un auteur bien connu. Comparaison nécessairement réductrice car elle néglige des qualités de l’écrivain mais aussi d’autres aspects du champ littéraire. Mais, à terme, elle permet cependant à ce nouvel auteur de jouer de cette référence, de se positionner et de se construire une personnalité littéraire propre, en accentuant ce qui le différencie de l’auteur à qui il est comparé : il peut devenir « autonome ». Avant éventuellement – mais après combien de temps ? – de devenir lui-même une référence. C’est ainsi que l’on a qualifié Jean Ray d’« Edgar Poe belge » ou de « Lovecraft flamand », avant qu’il ne devienne lui-même la référence pour Thomas Owen.
La question de la disponibilité des droits ayant trouvé une solution, les éditions Alma se lancent aujourd’hui dans un nécessaire et ambitieux programme de rééditions de Jean Ray. Comme le dit Arnaud Huftier, maître d’œuvre de ce travail, on a malheureusement perdu une génération de lecteurs. Il faut maintenant tenter de réimposer le nom de Jean Ray dans l’univers francophone dont il était presque totalement absent depuis la fin des années 80 et les publications chez NéO, si l’on excepte les trois titres disponibles dans
C’est avec l’ironie pour fil conducteur qu’Isabelle Moreels étudie en profondeur l’œuvre de Jean Muno dans son essai Jean Muno. La subversion souriante de l’ironie. Un choix qui semble aller de soi, tant cette liberté moqueuse, discrètement rebelle, de regard et de ton imprègne les romans, contes et nouvelles de l’écrivain qui nous a quittés trop tôt, et nous manque. 
Ce recueil de nouvelles classé dans la catégorie de la fantasy s’ouvre sur le récit de la narratrice qui, après avoir été mordue par un vampire la nuit de la Saint-Sylvestre, rencontre une série de personnages étranges, dont elle nous livre un fragment de vie. 
