Archives par étiquette : Michel Torrekens

Le vivant et le néant

Un coup de cœur du Car­net

Quentin JARDON, Le cha­grin mod­erne, Flam­mar­i­on, coll. « Pre­mier roman », 2024, 254 p., 19 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑0804–5007‑4

jardon le chagrin moderneQuentin Jar­don nous donne avec Le cha­grin mod­erne un roman, voire LE roman, de la solastal­gie. Plus que d’éco-anxiété, son per­son­nage souf­fre d’un burn-out envi­ron­nemen­tal auquel s’ajoute une crise de la trentaine. Un désir irré­press­ible de fuite le pousse à réalis­er l’inimaginable, dont il aura du mal à se remet­tre. Alors que son kif à lui, c’était de faire rire les siens et le pub­lic… Con­tin­uer la lec­ture →

Guerre en Yougoslavie et Pemphigus vulgaris à Bruxelles ou la guerre dans la peau

Un coup de cœur du Car­net

Veli­bor ČOLIĆ, Guerre et pluie, Gal­li­mard, 2024, 288 p., 22 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑073044–82‑2

colic guerre et pluieBosni­aque nat­u­ral­isé français, Veli­bor Čolić vit en Bel­gique depuis 4 ans, ce qui fait de Guerre et pluie son pre­mier livre éli­gi­ble pour le Car­net et les instants… Douz­ième de sa bib­li­ogra­phie, ce roman auto­bi­ographique forme avec son Manuel d’exil (Gal­li­mard, 2016) et Le livre des départs (Gal­li­mard, 2020), le dernier volet d’un trip­tyque sur son expéri­ence de réfugié sur­vivant d’une guerre qui ne cesse de le pour­suiv­re, dans son écri­t­ure mais aus­si dans son corps. Con­tin­uer la lec­ture →

Amours paléolithiques, délires pédiatriques et mégalomanie zoologique

Cécile HUPIN, Ne pas nour­rir les ani­maux, 180° édi­tions, 2024, 184 p., 20 €, ISBN : 978–2‑94072–136‑8

hupin ne pas nourrir les animauxCécile Hupin étonne et détonne. Man­i­feste­ment, écrire l’amuse. Si vous aimez les auteurs et autri­ces qui pren­nent leur pied en écrivant, vous ne vous ennuierez pas à la lec­ture de Ne pas nour­rir les ani­maux à con­di­tion d’entrer dans son jeu ou plutôt son délire. Con­tin­uer la lec­ture →

Tout a changé à Berlin

Claire OLIRENCIA DEVILLE, La nuit Berlin, Dou­ble ponc­tu­a­tion, coll. « Guillemets », 2024, 148 p., 18 €, ISBN : 978–2‑490855–62‑9

olirencia deville la nuit berlinEn quelques décen­nies, tout a changé à Berlin. En une nuit, tout a changé aus­si pour la nar­ra­trice de ce pre­mier roman de Claire Oliren­cia Dev­ille, Française instal­lée à Brux­elles. L’amour est une chose étrange. L’amour rend le monde intem­porel. Plus encore dans le Berlin artis­tique quand la nuit s’en empare. C’est ce cock­tail d’amour et de nuit qui va entraîn­er Nina Hell­man, appren­tie danseuse, dans une « spi­rale malé­fique ». Con­tin­uer la lec­ture →

Amsterdam-Jakarta : cinq destins au cœur de l’horreur

Clarence PITZ, Meurs, mon ange, Gal­li­mard, coll. “Folio polici­er”, 2024, 362 p., 6,40 €, ISBN : 978–2‑07–303575‑2

pitz meurs mon ange folioAtten­tion, âmes sen­si­bles s’abstenir. On con­naît la for­mule et elle s’applique bien à Meurs, mon ange, troisième roman de Clarence Pitz, qui vient d’être réédité en poche chez Folio Polici­er. Prix Club de l’auteur belge 2022 (caté­gorie thriller), il est sor­ti en pre­mière édi­tion en 2021 aux édi­tions IFS*Phénix Noir, où Clarence Pitz a pub­lié trois autres romans, La parole du cha­cal (2020), Inef­façables (2021) et Les enfants du ser­pent (2023). D’emblée, le lecteur est hap­pé par l’atmosphère du réc­it. Indé­ni­able­ment, l’autrice belge a le sens de la nar­ra­tion, qu’elle déroule au fil d’un sus­pense hale­tant fait d’allers-retours entre Ams­ter­dam et l’Indonésie. Con­tin­uer la lec­ture →

Scruter l’obscur

Un coup de cœur du Car­net

Zoé DERLEYN, Je m’appelle Aus­tralie, Rouer­gue, coll. « La brune », 2024, 132 p., 16 €  / ePub : 11,99 €, ISBN : 978–2‑8126–2596‑1

derleyn je m'appelle australieDécou­verte par les édi­tions Quad­ra­ture pour son pre­mier recueil de nou­velles, Le goût de la limace, Zoé Der­leyn avait déjà retenu notre atten­tion par la force nar­ra­tive de ses pre­miers textes qui avaient obtenu le prix Franz De Wev­er 2018 et avaient été retenus dans la liste des final­istes du prix Rossel, ce qui est plutôt rare pour ce genre lit­téraire. Zoé Der­leyn pour­suiv­it sa car­rière édi­to­ri­ale en France avec un pre­mier roman, Debout dans l’eau, aux édi­tions du Rouer­gue, prix Mar­cel Thiry 2022. Elle revient aujourd’hui à la nou­velle, tou­jours au Rouer­gue. Ce recueil inti­t­ulé Je m’appelle Aus­tralie prou­ve à nou­veau que l’autrice belge maîtrise le genre avec une rare maes­tria, tant par son approche déli­cate de ses sujets que par une écri­t­ure ciselée. Con­tin­uer la lec­ture →

Thomas Lavachery livre un cours d’écriture créative

Thomas LAVACHERY, L’artisanat du roman. Ini­ti­a­tion à l’écriture créa­tive, École des loisirs, coll. « L’école des let­tres », 2024, 304 p., 19 €, ISBN : 978–2‑211–32118‑1

lavachery l'artisanat du romanDes­tiné à ceux et celles qui écrivent ou que l’écriture de fic­tion ten­terait, cet essai est nour­ri de la demande faite un jour à Thomas Lavach­ery d’animer un sémi­naire autour des « Pra­tique de l’écriture pour la jeunesse » dans le cadre d’un mas­ter con­sacré aux métiers du livre jeunesse créé par l’Université Charles de Gaulle, Lille 3. Con­tin­uer la lec­ture →

Crimée : l’amitié en temps de guerre

Un coup de cœur du Car­net

Alain LALLEMAND, Ce que le fleuve doit à la plaine, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2023, 420 p., 23,50 € / ePub : 18,99 €, ISBN : 978–2‑87489–923‑2

lallemand ce que le fleuve doit a la plaineLes grands reporters font-ils de bons romanciers ? Kessel ou Hem­ing­way nous ont mon­tré que oui et ô com­bi­en. En Bel­gique, Alain Lalle­mand s’inscrit dans leur sil­lage avec plusieurs romans qui tis­sent grande His­toire et his­toires intimes à par­tir de ses mis­sions de cor­re­spon­dant de guerre, prin­ci­pale­ment pour Le Soir, en Yougoslavie, Colom­bie, Afghanistan, etc. Ou en Crimée. Con­tin­uer la lec­ture →

La besace à mots à Delhasse

Guy DELHASSE, Bourg d’enfance, pré­face de Marc Pir­let, Mur­mure des Soirs, 2024, 278 p., 15 €, ISBN : 9782931235133

delhasse bourg d'enfanceGuy Del­has­se, à bien des égards, est un baroudeur des let­tres belges fran­coph­o­nes. On l’a, il s’est, par­fois qual­i­fié de vagabond de l’écriture ou de gar­di­en de but de la lit­téra­ture lié­geoise. Tous ces titres, il les mérite depuis qu’il s’est lancé en écri­t­ure en 1974 et même avant puisque nous décou­vrons dans son dernier livre, Bourg d’enfance, qu’il tient un jour­nal intime depuis ses 11 ans (soit, à ce jour, 280 cahiers, et plus de 50.000 pages, presque un record !). Depuis, il en a fait du chemin, en écri­t­ure et comme guide lit­téraire à la décou­verte de cités à tra­vers les échos qu’en ont don­nés écrivains et écrivaines. Con­tin­uer la lec­ture →

À chaque enfant, sa place

Éva BATTAGLIA, L’enfant Do, Cerisi­er, 2023, 93 p., 13 €, ISBN : 978–2‑87267–245‑5

battaglia l'enfant doLes réc­its de par­ents sur leur enfant atteint d’un spec­tre autis­tique ne man­quent pas. Ceux qui atteignent une dimen­sion lit­téraire sont plus rares. En Bel­gique, il y a eu Robin­son, de Lau­rent Demoulin, prix Rossel 2017 (Gallimard/Folio). On pour­ra désor­mais ajouter L’enfant Do, d’Éva Battaglia, pub­lié aux édi­tions belges du Cerisi­er qui pub­lient peu, mais ont élaboré un cat­a­logue de qual­ité au cours du temps. Con­tin­uer la lec­ture →

Faits d’armes d’une brigade porcine

Ludovic MÉLON, La brigade des bus­es, Cal­mann-Lévy Noir, coll. « Cosy crime », 2023, 265 p.,14,90 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑702189–84‑9

mélon la brigade des busesUn roman qui paraît dans une col­lec­tion de romans noirs, qui plus est inti­t­ulée « Cosy crime » est déjà une manière de se sin­gu­laris­er. De plus, l’éditeur et/ou l’auteur agré­mente la cou­ver­ture de deux phras­es qui met­tent l’ouvrage sous le par­rainage d’Arsène Lupin « De dignes héri­tiers » et de Vidocq « La meilleure des brigades ». Avec en illus­tra­tion un cochon gras­souil­let sous un képi de police. Il ne nous reste plus qu’à aller voir ce qu’il y a sous le capot (ou la couenne) de ce pre­mier roman d’un polici­er né à Liège, ce qui ne manque pas d’évoquer une autre référence. Con­tin­uer la lec­ture →

Heureuse qui comme Suzanne

Char­lotte BELLIÈRE et Ian DE HAES, Suzanne et la riv­ière, Alice jeunesse, 2023, 88 p., 20 €, ISBN : 9782874265433

belliere de haes suzanne et la riviereChar­lotte Bel­lière et Ian de Haes ont l’habitude de créer ensem­ble et de nous inviter dans des univers d’enfant pour des voy­ages entre onirisme et réal­isme. On se sou­vient notam­ment du très sen­si­ble Cette nuit on part en vacances, déjà chez Alice édi­tions, qui nous avait rep­longé dans des sou­venirs d’enfance. Con­tin­uer la lec­ture →

Le Top 2023 de Michel Torrekens

Le Car­net et les Instants revis­ite l’année lit­téraire 2023 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. Aujour­d’hui : la sélec­tion de Michel Tor­rekens. Con­tin­uer la lec­ture →

Carnets de Sclessin et d’ailleurs

Chris­t­ian CRAHAY, L’endroit défriché par le fou. Car­nets d’une Côte d’Or, Oiseaux de nuit, coll. « Romans à jouer, pièces à lire », 2023,122 p., 10 €, ISBN : 9–782931-101605

crahay l'endroit défriché par le fouL’endroit défriché par le fou : quel titre étrange ! C’est ain­si que le Romains auraient appelé Scle­ssin, Scloetici­nus, où le nar­ra­teur a gran­di. Quant aux Car­nets d’une Côte d’Or, ils font référence à la rue où vécut sa famille.

La Bel­gique est terre de comé­di­ens et de comé­di­ennes. Par­mi ces nom­breux artistes, Chris­t­ian Cra­hay n’est pas le moin­dre. Il a tra­vail­lé aux côtés de Lucas Bel­vaux, Jean-Pierre et Luc Dar­d­enne, Peter Brook, Isabelle Pousseur, Ben­no Besson, Kore-Eda Hirokazu, Chan­tal Aker­man, Adri­an Brine pour n’en citer que quelques-unꞏeꞏs. Ce que le pub­lic igno­rait, c’est qu’il avait égale­ment un tal­ent de plumes, comme le révèle L’endroit défriché par le fou. Ce livre est l’évocation sen­si­ble de la vie du comé­di­en, à peine déguisée, à tra­vers des notes et des esquiss­es où il revis­ite notam­ment Liège et en par­ti­c­uli­er Scle­ssin. Comme l’auteur, son nar­ra­teur, Vic­tor, est comé­di­en et passe par les lieux qui l’ont for­mé. Mais il met surtout en scène une incroy­able galerie de per­son­nages dont on devine qu’ils ont dû être proches de Chris­t­ian Cra­hay. Con­tin­uer la lec­ture →

Que feriez-vous à sa place ?

Char­ly DELWART, Que ferais-je à ma place ?, Flam­mar­i­on, 2023, 207 p., 20 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 978–2‑0804–2914‑8

delwart qe ferais je a ma placeVoici un livre atyp­ique, hors du com­mun, comme Char­ly Del­wart nous en a déjà pro­posé, en par­ti­c­uli­er avec Data­bi­ogra­phie (Flam­mar­i­on, 2019). Après une biogra­phie chiffrée, voici une biogra­phie en « soix­ante-dix ques­tions ».

Après qua­tre romans aux édi­tions du Seuil, dans la col­lec­tion « Fic­tion & Cie », où il a abor­dé des thèmes aus­si divers que le monde de l’entreprise et des médias, une par­o­die du régime nord-coréen, la crise économique en Grèce…, Char­ly Del­wart débar­que chez Flam­mar­i­on avec Data­bi­ogra­phie, un roman hors normes, suivi d’un deux­ième, Le grand lézard, où il était ques­tion de la crise de la quar­an­taine. Char­ly Del­wart a égale­ment pub­lié plusieurs albums pour la jeunesse aux édi­tions Mar­cel et Joachim, dont Tu préfères quoi ?, illus­tré par Camille de Cus­sac (2018), suivi par Tu crois quoi ? (2020) et Tu con­nais quoi à la vie ? (2021), trois livres entre humour, absurde et philoso­phie qui inter­pel­lent les jeunes lec­tri­ces et lecteurs par un jeu de ques­tions sim­ples et par­fois inat­ten­dues sur l’existence. Sur­prise : c’est pré­cisé­ment sur un mode sim­i­laire que l’auteur belge vivant en France a con­stru­it son dernier livre en s’adressant cette fois aux adultes. Si on ajoute que Char­ly Del­wart a égale­ment écrit deux romans pour la jeunesse inti­t­ulés Les aven­tures de moi-même, on devine que les affres exis­ten­tielles, l’autobiographie déguisée et la dic­tature du moi sont au cœur de son œuvre. Con­tin­uer la lec­ture →

Souffle, Eunice !

Lisette LOMBÉ, Eunice, Seuil, coll. « Fic­tion & Cie », 2023,190 p., 18 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑02–153494‑8

lombe euniceLisette Lom­bé est aujourd’hui con­nue dans le monde lit­téraire, tant par ses pub­li­ca­tions mul­ti­ples que par ses per­for­mances sur scène. Poétesse, slameuse, chroniqueuse, essay­iste, ani­ma­trice d’ateliers et cofon­da­trice du Col­lec­tif L‑SLAM, choisie récem­ment comme Poétesse nationale, elle avait déjà pub­lié un court roman, Venus Poet­i­ca, à l’Arbre à paroles en 2020. Voici son deux­ième roman, Eunice, au Seuil cette fois.

En quelques lignes au cœur du roman, Lisette Lom­bé donne elle-même l’interrogation qui tra­verse son réc­it : « On peut sor­tir du ven­tre d’une femme, on peut être nour­rie par elle durant près de vingt ans, on peut vivre sous son toit, dormir toutes les nuits à une cloi­son d’elle, et ne s’être jamais vrai­ment demandé qui était cette femme. » Con­tin­uer la lec­ture →