Archives par étiquette : Michel Torrekens

Le banquet des écrivains

Jean-Bap­tiste BARONIAN, Dic­tio­n­naire des écrivains gas­tronomes. De Apol­li­naire à Zola, illus­tré par Gabrielle LAVOIR, Flam­mar­i­on, 2022, 428 p., 26 € / ePub : 17,99 €, ISBN : 978–2‑0802–7971‑2

baronian dictionaires des ecrivains gastronoemesJean-Bap­tiste Baron­ian est un écrivain pro­lixe. Et, dans sa bib­li­ogra­phie, on compte plusieurs dic­tio­n­naires, dont le Dic­tio­n­naire Rim­baud (Bouquins, Laf­font, 2014) et le for­mi­da­ble Dic­tio­n­naire amoureux de la Bel­gique (Plon, 2015). À tra­vers ses essais, biogra­phies et antholo­gies, il a côtoyé bien des écrivains et partagé son admi­ra­tion pour leur tra­vail. Il a dévelop­pé une con­nais­sance bien sou­vent intime de ces auteurs, offrant des per­spec­tives inédites sur leurs œuvres. C’est encore le cas avec ce beau vol­ume, joli­ment pen­sé par l’éditeur en lui prê­tant une fac­ture bib­lio­philique à la jolie tranche orangée. À sa lec­ture, on imag­ine égale­ment que la gas­tronomie fig­ure par­mi les plaisirs incon­tourn­ables de Baron­ian. Bonne chère et bons vins riment ici avec cul­ture et éru­di­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Rwanda : « La violence des impuissantés »

Un coup de cœur du Car­net

Dominique CELIS, Ain­si pleurent nos hommes, Philippe Rey, 2022, 287 p., 20 €, ISBN : 978–2‑84876–959‑2

celis ainsi pleurent nos hommesLes romans sur le géno­cide des Tut­sis par des Hutus au Rwan­da en 1994 sont nom­breux. Beau­coup ont ten­té, avec des réus­sites divers­es, de témoign­er de l’horreur quand elle atteint de tels som­mets d’inhumanité. Avec Ain­si pleurent nos hommes, la Bel­go-Rwandaise Dominique Celis pro­pose un tout autre point de vue, celui d’une descen­dante de vic­times qui refuse la banal­i­sa­tion ambiante des faits. Dans une écri­t­ure ciselée pour l’occasion et adap­tée à son pro­pos. Con­tin­uer la lec­ture

Quand la montagne joue à cache-cache

David WAUTIER, Mon­tre-toi, mon­tagne, Diplodocus, 2022, 48 p., 13,90 €, ISBN 9 : 79–10-94908–30‑3. Dès 4 ans.

wautier montre toi montagneIl n’y a pas que la mer en été. La mon­tagne a ses adeptes, qui la choi­sis­sent comme des­ti­na­tion de vacances ou qui, comme David Wau­ti­er, aime s’arrêter devant ses paysages grandios­es pour en ren­dre la beauté insond­able dans ses pein­tures. Voici un album jeunesse qui com­bine à mer­veille l’univers de l’enfance, un texte proche du vécu et l’art de l’aquarelle.

Les par­ents de la petite Jana, qui a une sym­pa­thique bouille sem­blable aux fig­ures des héroïnes de man­gas, ont opté cette année pour cette des­ti­na­tion. L’album fran­chit les dif­férentes étapes pour y par­venir car, la mon­tagne, ça se mérite. Charge­ment de la voiture, tra­ver­sée de la ville, péages et embouteil­lages, pique-nique sur une aire d’autoroute, père et mère qui se relaient à la con­duite… C’est cer­tain : nom­bre de par­ents, voire d’enfants, retrou­veront dans ces débuts de vacances le goût du vécu. Con­tin­uer la lec­ture

Dans les griffes du monde autour de nous

Jean-Luc RENARD, Testostérone, Mur­mure des Soirs, 2022, 216 p., 20 €, ISBN : 9782930657783

renard testostéroneLe mariage peut être une cage dorée. Tel est le con­stat d’Eva et Iris, les deux pro­tag­o­nistes de Testostérone, de Jean-Luc Renard, roman dont le titre reflète bien la dom­i­na­tion, l’oppression, voire la vio­lence qui ani­ment cer­tains mâles.

Le roman démarre sur une scène ô com­bi­en famil­iale. Deux ado­les­cents, Char­line et Gilles, ont poussé leur mère Eva Wag­n­er, nar­ra­trice du livre, à pass­er la nuit à la belle étoile pour leur per­me­t­tre d’envahir la mai­son avec des amis et de fes­toy­er. La maman se retrou­ve face à un champ de batailles, tan­dis que son mari a déserté les lieux au chevet de sa mère Rosa, ago­nisante. Une belle-mère au foy­er, pédante, moral­isante, qui n’a jamais vu l’arrivée d’Eva au bras de son fils d’un bon œil. Jacques, le mari, se veut lui l’incarnation de la réus­site, de l’ego con­sumens. Rien n’est assez beau à ses yeux pour vis­i­bilis­er ses suc­cès, y com­pris extra­con­ju­gaux. Lors de cette nuit inau­gu­rale à la belle étoile, Eva est con­fron­tée à l’heure des con­stats et bilans sur l’existence qu’elle a menée jusqu’à présent, coincée qu’elle est dans un monde de con­ven­tions, d’obligations mater­nelles et con­ju­gales, de faire-val­oir des autres, quitte à sac­ri­fi­er ses valeurs et ses envies per­son­nelles. Ces con­stats, elle les énumère sans com­plai­sance à son égard : Con­tin­uer la lec­ture

Le Top 3 de Michel Torrekens

Le Car­net et les Instants revis­ite l’année lit­téraire 2021 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. La sélec­tion de Michel Tor­rekens. Con­tin­uer la lec­ture

L’implacable loi des générations

Jean-Marc DEFAYS, Deux fau­teuils au bal­con, Mur­mure des soirs, 2021, 127 p., 19 €, ISBN : 978–2‑930657–74‑5

defays deux fauteuils au balconLa famille a la cote en lit­téra­ture ces derniers temps. Elle y appa­raît sou­vent tox­ique, source de vio­lences et de dys­fonc­tion­nements. Voici un réc­it qu’on imag­ine auto­bi­ographique, tout en douceur et en empathie, sur la présence offerte par un fils à sa mère dev­enue veuve. Un roman qui se déroule comme une petite musique de cham­bre.

Octogé­naire, veuve, la mère du nar­ra­teur a quit­té la mai­son famil­iale pour s’installer dans un apparte­ment situé au sep­tième étage d’un immeu­ble en ville. En bor­dure d’un fleuve, elle y a une vue qui est comme une con­so­la­tion. À l’image du titre et des pho­togra­phies en cou­ver­ture qui sont en elles-mêmes tout un réc­it, le bal­con où mère et fils s’installent régulière­ment est devenu un phare sur l’existence, la leur et celle de ceux et celles qu’ils voient déam­buler à leurs pieds. Con­tin­uer la lec­ture

Récit d’une absence

Pas­cal GOFFAUX, La nos­tal­gie de l’aile, pho­togra­phies de Lau­rent Quil­let, Esper­luète, coll. « En toutes let­tres », 2021, 72 p., 15 €, ISBN : 9782359841435

goffaux la nostalgie de l aileDes exis­tences sont par­fois mar­quées de nos­tal­gies, de ren­dez-vous man­qués, d’erreurs sur la per­son­ne. Pas­cal Gof­faux pro­pose un réc­it large­ment auto­bi­ographique où il remet en ques­tion sa présence au monde. Con­fes­sion sans con­ces­sions qui nous tend le miroir de notre pro­pre ancrage dans l’existence.

Ce livre, dont la cou­ver­ture évoque d’emblée un efface­ment, com­mence sur un chapitre au titre évo­ca­teur : « Le désagré­ment d’être né ». Et les pre­mières lignes con­finent tout autant au con­stat sans appel, à une sorte d’auto-sabotage. Comme s’il y avait erreur sur la per­son­ne. Con­tin­uer la lec­ture

La garde-robe : portrait en coupes et coutures

Sébastien MINISTRU, La garde-robe, roman, édi­tions Grasset/Collection Le courage, 2021, 183 p., 18,10 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑246 82635–4

ministru la garde robeCeux ou celles qui héri­tent, pour le meilleur ou pour le pire, des vête­ments d’une per­son­ne décédée récoltent, si on en a gardé la mémoire, les traces d’une vie, les sou­venirs d’une époque. C’est sur cet argu­ment, inédit à notre con­nais­sance, que Sébastien Min­istru a fondé son deux­ième roman au titre on ne peut plus sobre : La garde-robe.

En 2018, Sébastien Min­istru pub­lie un pre­mier roman remar­qué, Appren­dre à lire, déjà dans la col­lec­tion « Le courage » dirigée par Charles Dantzig chez Gras­set. Il y évoque la rela­tion émou­vante entre un fils et un père anal­phabète qui lui demande de l’initier à la lec­ture et à l’écriture. Son deux­ième roman démarre égale­ment sur les liens exis­tants entre un père et son enfant, une fille cette fois. Vera. Rien d’émouvant cepen­dant car le père est ici tyran­nique, ce qui déter­min­era sa volon­té farouche d’échapper à toute emprise. Con­tin­uer la lec­ture

Belgiques, en prose et en poésie

Colette NYS-MAZURE, Bel­giques, Ker, coll. « Bel­gique »s, 2021, 151 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87586–305‑8

nys mazure belgiquesL’œuvre de Colette Nys-Mazure est essen­tielle­ment fondée sur la poésie. Tout part d’elle dans son écri­t­ure et tout y ramène. Y com­pris ici, quand elle nous livre ses visions de la Bel­gique dans un recueil de quinze réc­its…

Ce recueil fait par­tie de la fournée 2021 de cette col­lec­tion orig­i­nale imag­inée par Xavier Van­vaeren­bergh, le fon­da­teur et directeur de Ker édi­tions. Une col­lec­tion de recueil de nou­velles dont tous les livres s’intitulent : Bel­giques. L’éditeur demande à un.e auteur.e belge de don­ner sa vision, ses visions de la Bel­gique. Au cat­a­logue, fig­urent déjà divers­es approches dont celles de Françoise Lalande, Vin­cent Engel, Giuseppe San­toliq­ui­do, Luc Baba, Jean Jau­ni­aux, Mar­i­anne Sluszny, Véronique Bergen, etc. Cha­cun et cha­cune y vont d’une approche sin­gulière : his­toriques, humoris­tiques, poli­tiques, auto­bi­ographiques, etc. Con­tin­uer la lec­ture

Liège et ses lettres par leur « gardien de but »

Guy DELHASSE, Liège en toutes let­tres, pré­face d’Armel Job, Édi­tions de la Province de Liège, 2021, 362 p., 20 €, ISBN : 9782390101673

delhasse liege en toutes lettresGuy Del­has­se nous a déjà entraîné sur les pas des écrivains à Brux­elles, Namur, Gem­bloux, Mons, Dinant, Spa et tant d’autres cités. Nous avions d’ailleurs con­sacré un arti­cle à cette activ­ité touris­ti­co-lit­téraire orig­i­nale dans Le Car­net et les instants 192 d’octobre 2016. Mais sa ville d’élection et de prédilec­tion reste Liège. Il y revient tou­jours, il l’a arpen­tée seul ou en excel­lente com­pag­nie lit­téraire des mil­liers de fois, il lui a con­sacré déjà de nom­breux guides mais aus­si des pas­sages dans ses pro­pres ouvrages de fic­tion. Une pas­sion qui trou­ve une con­sécra­tion dans ce Liège en toutes let­tres, où l’on apprend que l’ami Bernard Gheur a un jour bap­tisé Guy Del­has­se « gar­di­en de but de la lit­téra­ture lié­geoise ». Con­tin­uer la lec­ture

Le festin de Dominique

Un coup de cœur du Car­net

Dominique COSTERMANS, Les petits plats dans les grands, post­face de Sarah Béarelle, Weyrich, 2021, 136 p., 14 €, ISBN : 9782874896132

costermans les petits plats dans les grandsDominique Coster­mans nous invite à une vraie fête des sens tout en entrou­vrant une fenêtre sur son intim­ité famil­iale dans ce livre atyp­ique, Les petits plats dans les grands. Il renoue avec un genre que pra­ti­quaient nos grands-mères et arrière-grands-mères. Allè­gre­ment, on l’espère pour elles, comme c’est le cas ici.

Ce recueil, le sep­tième de textes courts ou de nou­velles dont Dominique Coster­mans est dev­enue cou­tu­mière, se situe à l’intersection de deux familles, celle d’où vient l’auteure et celle qu’elle a ensuite for­mée. Rai­son pour laque­lle elle utilise par moments le tutoiement der­rière lequel nous devi­nons qu’elle s’adresse à l’une de ses filles aux­quelles le livre est dédi­cacé. Con­tin­uer la lec­ture

Palimpsestes de pignonnistes

Michel LAUWERS, Kennedy et le dinosaure, Roman, Mur­mure des Soirs, 2021, 259 p., 20 €, ISBN : 9782930657653

lauwers kennedy et le dinosaureCe roman de Michel Lauw­ers, Kennedy et le dinosaure, entraîne lecteurs et lec­tri­ces dans une dou­ble enquête : famil­iale et crim­inelle, intime et his­torique, à par­tir d’un reportage sur le pat­ri­moine brux­el­lois, ancêtre du street art : les pub­lic­ités peintes à la main sur les murs des bâti­ments de la ville au siè­cle précé­dent par des artistes mécon­nus, les pignon­nistes. Con­tin­uer la lec­ture

Les frottements de la quarantaine

Char­ly DELWART, Le Grand Lézard, Roman, Flam­mar­i­on, 2021, 255 p., 19 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 978–2‑08114–6940‑2

delwart le grand lezardLe nar­ra­teur de ce roman, Le Grand Lézard, le six­ième de Char­ly Del­wart, mène une dou­ble vie : la réelle, où plus rien ne fonc­tionne, la noc­turne, la rêvée, où tout lui réus­sit même s’il se retrou­ve dans la peau d’un nain ! Intro­spec­tions exis­ten­tielles, psy­chologiques, voire psy­ch­an­a­ly­tiques en vue, à gogo même, sur un ton décalé et fan­tai­siste. Con­tin­uer la lec­ture

Ceci n’est pas un employé

Un coup de cœur du Car­net

Jacques STERNBERG, L’employé, Post­face de Jacques Car­i­on, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2020, 195 p., 8,5 €, ISBN : 978–2‑87568–538‑4

sternberg l employeAtten­tion lecteur, atten­tion lec­trice, si vous décou­vrez Stern­berg avec ce livre, vous allez vivre une expéri­ence-lim­ite. Lais­sez toute ratio­nal­ité au plac­ard et embar­quez dans le non-sens à la belge de cet auteur hors normes. Pub­lié en 1958 aux édi­tions de Minu­it, le roman L’employé garde une sacrée moder­nité comme tout OLNI (Objet Lit­téraire Non Iden­ti­fié) ! Con­tin­uer la lec­ture

Vive la dissolution !

Mar­cel MOREAU, Julie ou la dis­so­lu­tion, Roman, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », pré­face de Carl Norac, post­face de Corentin Lahouste, 2021,196 p., 8,5 €, ISBN : 978–2‑87568–536‑0

moreau julie ou la dissolutionPub­lié en 1971, il y a près de 50 ans donc, chez Chris­t­ian Bour­go­is, le roman Julie ou la dis­so­lu­tion n’a pas pris une ride et pour cause puisque ce réc­it entraîne lecteurs et lec­tri­ces dans une expéri­ence exis­ten­tielle qua­si uni­verselle à par­tir d’une réal­ité rel­a­tive­ment banale. À la suite de son per­son­nage, nous sommes entraînés dans des inter­ro­ga­tions sur ce que nous sommes, ce qui nous lie aux autres, le sens de nos actes, des inter­ro­ga­tions plus char­nelles, sen­suelles, provo­ca­tri­ces que rationnelles ou cartési­ennes. Con­tin­uer la lec­ture

L’art de réussir un attentat

Philippe GUSTIN, Sous la cein­ture, Ker, 2021, 222 p., 18 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑87586–289‑1

gustin sous la ceinturePhilippe Gustin est le lau­réat du Prix Fin­tro Écri­t­ures Noires 2020, organ­isé pour la qua­trième fois par Fin­tro et la Foire du Livre de Brux­elles, attribué sur man­u­scrit. L’objectif ? Iden­ti­fi­er de nou­velles voix d’auteur.e.s de polar belges fran­coph­o­nes qui n’ont pas encore pub­lié à compte d’éditeur. Pour cette édi­tion, le jury a retenu un texte qui s’inscrit en pleine actu­al­ité (du moins avant l’arrivée de la pandémie de la Covid) : celle du ter­ror­isme, ou plutôt les ter­ror­ismes, puisqu’il y est ques­tion d’extrême-droite, d’islamisme et d’écoterrorisme… Con­tin­uer la lec­ture