Archives par étiquette : Récit

À grandir sans amour

Mar­i­anne BASTOGNE, Du gouf­fre et des étoiles, Âme de la colline, 2021, 172 p., 15 €, ISBN : 9782960202533

bastogne du gouffre et des etoilesAu bord de la Lesse, une petite fille creuse des trous dans son ven­tre pour y enfouir la honte d’exister dans un monde qui ne veut pas d’elle. “Élargir le gouf­fre, déplac­er la mon­tagne, voilà le labeur qui occupe la grande part de ses jours et de ses nuits”. À grandir sans amour, “de manière tor­due, comme un chêne soli­taire et déjà vieux” à la sève trem­pée du poi­son de l’inceste, Jeanne sem­ble ne pou­voir accéder qu’à une jeunesse char­p­en­tée par les drogues et les rela­tions abu­sives. Si la résilience avait un nom, elle porterait celui de ce per­son­nage cumu­lant tous les maux, mil­lé­naires, qui s’abattent sur les corps et les esprits des femmes. Con­tin­uer la lec­ture

Femmes résistantes. Récit des camps

Madeleine DEWÉ, Je voy­ais l’aurore… Réc­it de la cap­tiv­ité (1944–1945) de Marie-Thérèse Dewé, Marie-Madeleine Dewé, Berthe Mori­mont-Lam­brecht, Ter­ri­toires de la Mémoire, coll. « À refaire », 2021, 112 p., 16 €

dewe je voyais l auroreÀ l’occasion d’un voy­age mémoriel au camp de Ravens­brück, organ­isé par l’asbl Les Ter­ri­toires de la Mémoire, Madeleine Dewé et André Lebrun ont tran­scrit et mis en forme les pro­pos enreg­istrés par leur tante Marie-Thérèse Dewé, résis­tante, déportée poli­tique qui longtemps après la Libéra­tion (au début des années 1980), livra le témoignage d’un groupe de femmes résis­tantes et de leur dépor­ta­tion en Pologne, en Alle­magne et en Autriche. Marie-Thérèse Dewé témoigne pour celles qui ne sont jamais rev­enues, celles que la mort nazie a fauchées, sa sœur Marie-Madeleine, Berthe Mori­mont. Réc­it cap­i­tal du rôle encore trop sous-estimé des femmes dans la Résis­tance en Bel­gique, trans­mis­sion d’une mémoire des actions (ren­seigne­ment, sab­o­tage) con­tre l’occupation alle­mande, Je voy­ais l’aurore… décrit avec humil­ité l’implication de femmes appar­tenant au réseau d’évasion Comète, lequel aidait les avi­a­teurs et sol­dats alliés à regag­n­er l’Angleterre. Chef du réseau de résis­tance « Clarence », Walthère-Jacques Dewé, le père des héroïnes, fut abat­tu par les Alle­mands en jan­vi­er 1944. Con­tin­uer la lec­ture

Prendre soin

Jean-Louis VANHERWEGHEM, ARDS, M.E.O., 2021, 72 p., 10 € / ePub : 6.49 €, ISBN : 9782807003088

vanherweghem ardsJean-Louis Van­her­weghem est médecin néphro­logue, il a exer­cé de hautes  fonc­tions académiques et il est l’auteur de plusieurs pub­li­ca­tions de vul­gar­i­sa­tion médi­cale, d’essais en rap­port avec la san­té. S’il a repris la plume cette fois, c’est pour nous faire réc­it de ce qui lui est advenu lorsque son épouse a con­nu de graves prob­lèmes de san­té qui ont entraîné son décès en 2018. Atteinte du Syn­drôme de Détresse Res­pi­ra­toire Aigüe, con­nu sous l’acronyme ARDS, elle a été con­fron­tée aux symp­tômes que l’on con­naît chez les patients atteints des formes les plus graves de Covid 19, mais les faits relatés sont évidem­ment antérieurs à la pandémie que nous con­nais­sons depuis début 2020. Con­tin­uer la lec­ture

La femme qui marchait dans sa tête

Mar­tine ROUHART, Les ailes bat­tantes, pré­face de Philippe Remy-Wilkin, M.E.O., 2021, 64 p., 10 € / ePub : 6.49 €, ISBN : 9782807003057

rouhart les ailes battantesLe nou­v­el opus de Mar­tine Rouhart se présente sous la forme d’un jour­nal de bord divisé en vingt-trois tableaux. L’autrice nous y relate un frag­ment de sa vie réelle, lorsqu’elle a dû se bat­tre con­tre un can­cer il y a quelques années.

Habitée par la volon­té de partager l’impartageable et d’écrire pour ne pas oubli­er, Mar­tine Rouhart nous fait part de ses réflex­ions sur sa vie boulever­sée suite à une retraite for­cée chez elle. Alors que tout un cha­cun con­tin­ue de vivre son quo­ti­di­en, elle s’isole loin des bruits du monde afin de se retir­er à l’intérieur de soi, là où les pen­sées et les émo­tions se bous­cu­lent, envis­ageant la mal­adie comme une chance de s’enrichir et de se recen­tr­er sur l’essentiel. Con­tin­uer la lec­ture

Récit d’une absence

Pas­cal GOFFAUX, La nos­tal­gie de l’aile, pho­togra­phies de Lau­rent Quil­let, Esper­luète, coll. « En toutes let­tres », 2021, 72 p., 15 €, ISBN : 9782359841435

goffaux la nostalgie de l aileDes exis­tences sont par­fois mar­quées de nos­tal­gies, de ren­dez-vous man­qués, d’erreurs sur la per­son­ne. Pas­cal Gof­faux pro­pose un réc­it large­ment auto­bi­ographique où il remet en ques­tion sa présence au monde. Con­fes­sion sans con­ces­sions qui nous tend le miroir de notre pro­pre ancrage dans l’existence.

Ce livre, dont la cou­ver­ture évoque d’emblée un efface­ment, com­mence sur un chapitre au titre évo­ca­teur : « Le désagré­ment d’être né ». Et les pre­mières lignes con­finent tout autant au con­stat sans appel, à une sorte d’auto-sabotage. Comme s’il y avait erreur sur la per­son­ne. Con­tin­uer la lec­ture

« Je suis Aurélie […] je suis complotiste » ou Le nouveau bordel

Aurélie William LEVAUX, Les nou­veaux ordres, Monte-en-l’air, 2021, 112 p., 14,90 €, ISBN : 979–1092775389

levaux les nouveaux ordresRecueil de textes et de dessins qui tient tant du jour­nal de bord que du pam­phlet, le nou­veau titre d’Aurélie William Lev­aux est éminem­ment poli­tique. Les Nou­veaux ordres est une cri­tique toute per­son­nelle de la ges­tion de la pandémie par les états belges et français prin­ci­pale­ment, il est aus­si et surtout une réflex­ion sur la (pri­va­tion de) lib­erté et sur notre rap­port aux élites dirigeantes. Con­tin­uer la lec­ture

Mathieu Corman. No pasarán

Math­ieu CORMAN, Salud Cama­ra­da !, Post­face de Paul Aron, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2021, 280 p., 9 €, ISBN : 9782875685490

corman salud camaradaRepub­liant des ouvrages mar­quants de la lit­téra­ture belge, récents ou plus anciens, exhumant des pépites, des livres devenus introu­vables, Espace Nord entre­prend un fab­uleux tra­vail édi­to­r­i­al qui s’illustre, ici, par la paru­tion d’un roman décisif sur la guerre d’Espagne. Non pas un livre écrit sur le rivage, à l’écart du fra­cas des bombes et de l’enthousiasme des promess­es révo­lu­tion­naires, mais rédigé au cœur du con­flit, à l’ombre des tranchées, quand sif­flent les balles et les râles des mourants. Comme le souligne Paul Aron dans sa très belle post­face, Math­ieu Cor­man est non seule­ment un « témoin ocu­laire du bom­barde­ment de Guer­ni­ca » par l’armée fas­ciste de Fran­co, mais un acteur engagé du côté des répub­li­cains. Con­tin­uer la lec­ture

Où en sommes-nous avec la mort ?

Un coup de cœur du Car­net

Anne GUINOT, Un si pro­fond silence, Âme de la Colline, 2021, 178 p., 15 €, ISBN : 978–2‑9602025–2‑6

guinot un si profond silenceAnne Guinot est née en 1983 dans « un pays de forêts et de riv­ières ». Elle vit en Bel­gique depuis 2008 (Brux­elles d’abord, le Con­droz ensuite). Un si pro­fond silence est son pre­mier livre. Un lieu de mots d’où elle nous par­le de com­ment sa vie s’est figée quand elle a per­du sa mère, alors enceinte de jumeaux, et de com­ment le silence s’est instal­lé dans son corps. Elle avait deux ans. Con­tin­uer la lec­ture

Qui étions-nous, exactement ?

Car­o­line LAMARCHE, L’Asturienne, Impres­sions nou­velles, coll. « Tra­vers­es », 2021, 340 p., 22 €, ISBN : 978–2‑87449–893‑0

lamarche l'asturienneOui, qui vrai­ment étions-nous ? se demande Car­o­line Lamarche dans son dernier réc­it, L’Asturienne, qui parait aujourd’hui aux Impres­sions Nou­velles et dans lequel elle (re)découvre l’histoire des siens.

Tout com­mence douze ans après le décès de son père (2001), dans la cave de la mai­son famil­iale où l’autrice retrou­ve une vieille malle con­tenant des dizaines de dossiers, autant de doc­u­ments soigneuse­ment archivés par Fred­dy Lamarche sa vie durant. Car­o­line Lamarche entame alors un long tra­vail de recherch­es qui l’amène à pour­suiv­re le grand œuvre du père, recom­posant l’histoire de la famille Lamarche-Hauzeur, ces pio­nniers de la métal­lurgie. Con­tin­uer la lec­ture

Rendre grâce à la vie…

Un coup de cœur du Car­net

Nico­las CROUSSE, Retour en pays natal, Cas­tor astral,2021, 192 p., 18 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 9791027802869

crousse retour en pays natalEn cette fin d’été paraît aux Édi­tions Le cas­tor astral, le dernier roman de Nico­las Crousse, Retour en pays natal. Ce livre « hors-normes », à la fois réc­it lit­téraire et explo­ration ini­ti­a­tique, mène le lecteur  depuis l’enfance de l’auteur dans les années soix­ante jusqu’à nos jours. Et au-delà…. . L’auteur nous prévient : « ceci n’est pas un roman, pas un livre de nou­velles, pas non plus un recueil de poésies, pas davan­tage une auto­bi­ogra­phie. » À ce jeu-là, de dire « ce qui n’est pas », Nico­las Crousse nous dévoile en réal­ité tout ce qui fait ce livre et qui nous a enchan­té. Ne pour­suit-il pas ici l’écriture de cet auto­por­trait poé­tique paru sur le site de son édi­teur (Jacques Fla­ment) et qu’il inti­t­u­lait : Je rends grâce à la vie… ? Le réc­it se partage en trois scan­sions : « Réveille-toi mon enfance », « Sou­viens-toi ma vie », « Dors mon âme ». Le titre est issu d’un haïku du poète  Kobayashi Issa qui paraît en épigraphe : Dans chaque per­le de rosée/tremble/mon pays natal. Con­tin­uer la lec­ture

Sans voix

Jes­si­ca GAZON, Syn­ovie, Oiseaux de nuit, coll. « Rideaux rouges », 2020, 108 p., 10 €, ISBN : 978–2‑931101–06‑3

gazon synovieÀ quinze ans, alors que la vie lui sourit, Syn­ovie est prise d’un mal mys­térieux. Sa voix devient molle. Son sourire se crispe. C’est un coup dur pour cette pas­sion­née de théâtre et de lec­ture à voix haute. Ce blocage, à pre­mière vue inof­fen­sif, devient de plus en plus fréquent. Per­son­ne, même le médecin du vil­lage, ne prend son prob­lème au sérieux. Quelques mois plus tard, elle voit un neu­ro­logue qui diag­nos­tique de la spas­mophilie. Ce mal serait donc psy­chologique. Toute­fois, son défaut d’articulation s’intensifie. Syn­ovie choisit la voie du silence et se tait autant au cours de théâtre qu’à l’école. Un an après l’apparition des pre­miers symp­tômes, même dég­lu­tir devient dif­fi­cile. Sa mère n’y com­prend rien. Son père est dans le déni. Comme les vrais médecins ne trou­vent rien, sa mère se tourne vers les sci­ences occultes et erre de mag­né­tiseuse en marabout… Mais rien ne marche. Ses paupières con­tin­u­ent de s’affaisser. Son vis­age de pen­dre. Son corps la lâche peu à peu. Une nuit, son état s’aggrave. Ses par­ents l’emmènent chez un vieux médecin de cam­pagne qui veut faire des exa­m­ens sup­plé­men­taires et l’envoie chez un bon neu­ro­logue. Le ver­dict finit par tomber : elle souf­fre de myasthénie, une mal­adie rare. Le chemin de la guéri­son com­mence alors… Con­tin­uer la lec­ture

Redécouvrir François Truffaut

Bernard GHEUR, Les orphe­lins de François, Weyrich, coll. « Plumes du coq »,  2021, 304 p., 16 €, ISBN : 9782874896170

gheur les orphelins de françoisDans un livre sen­si­ble, touf­fu, entraî­nant, Bernard Gheur s’est attaché à éclair­er un ver­sant inat­ten­du de François Truf­faut. Les orphe­lins de François révèle un « éveilleur de romans », lecteur pas­sion­né, exigeant. « Sous le cray­on de François – sa baguette mag­ique -, les phras­es gag­naient en légèreté, en lim­pid­ité, en poésie. La touche Truf­faut. »

Bernard Gheur avait à peine vingt ans lorsqu’il envoya à François Truf­faut, « le dieu de mes seize ans », une nou­velle de qua­tre pages, Le tes­ta­ment d’un can­cre. Con­tin­uer la lec­ture

Emmuré. Vivant ?

Jean-Philippe TOUSSAINT, La dis­pari­tion du paysage, Minu­it, 2021, 48 p., 6,80 € / ePub : 4.99 €, ISBN : 978–2‑7073–4658‑2

toussaint la disparition du paysageLes choses tien­nent en peu de mots, et sont assez sim­ples. Jean-Philippe Tou­s­saint, dans ce court texte qu’est La dis­pari­tion du paysage, les révèle d’emblée. Le châs­sis d’une fenêtre, don­nant sur le casi­no d’Ostende et ses abor­ds, forme comme le cadre d’un tableau. Dans un fau­teuil roulant, dont on n’est pas vrai­ment cer­tain qu’il puisse le faire bouger, un homme passe ses journées à regarder au dehors, depuis son apparte­ment. Ce dehors qu’il a sou­vent arpen­té autre­fois, marchant sur la digue ou la plage, res­pi­rant les odeurs de la mer, remet­tant ses idées en place au fur et à mesure de l’avancée de ses pro­pres pas. Con­damné à l’immobilité depuis des mois, il laisse aujourd’hui son regard pass­er de la mer au ciel, sans aspérités aux­quelles s’accrocher. Con­tin­uer la lec­ture

Des vertus d’une expérience fondatrice

Anne STAQUET, Les effacés, M.E.O., 2021, 73 p., 10 €, ISBN : 9782807002548

staquet les effacesPro­fesseure de philoso­phie à l’Université de Mons, Anne Sta­quet nous donne à lire un texte com­pos­ite mêlant expéri­ences per­son­nelles, analy­ses de sit­u­a­tions et réflex­ions philosophiques sur son rôle de bénév­ole dans un home pour per­son­nes âgées durant le pre­mier con­fine­ment dû à la crise de la Covid 19. Con­tin­uer la lec­ture

Le tandem de l’amitié

Geneviève DAMAS, Mol­ly, Lans­man, 2020, 120 p., 10 €, ISBN : 9782807102934

geneviève Damas, MollyMol­ly, de son vrai nom Marie-Odile – en hom­mage à la Tante Odile décédée pré­maturé­ment dans d’horribles souf­frances –, est une jeune fille pleine de vie qui se rend partout à vélo. À Saint-Péravy-la-Colombe, son vil­lage natal, elle va faire une petite révo­lu­tion. Alors que son père, fan incon­di­tion­nel du Grand Général de Gaulle, aimerait qu’elle tra­vaille au Car­refour comme lui, Mol­ly a d’autres ambi­tions. Con­tin­uer la lec­ture

« Gérard est-il seulement Gérard ? »

OSKO, L’incapacité à dire Gérard, ONLiT, coll. « ONLiT Mini », 2020, 64 p., 8 €, ISBN : 978–2‑87560–124‑7

osko l incapacite a dire gerardL’incapacité à dire Gérard est le pre­mier livre d’Osko.

D’Osko, on sait qu’elle a 28 ans, vit à Brux­elles, a étudié la pein­ture et la vidéo­gra­phie. On sait aus­si qu’en 2019, elle s’essaie à l’écriture.

De Gérard, en revanche, on n’en sait pas beau­coup plus que cette inca­pac­ité qu’a la nar­ra­trice à le dire. Con­tin­uer la lec­ture