Archives de catégorie : Édités en Belgique

La lit­téra­ture belge pub­liée en Bel­gique : toutes nos recen­sions de livres parus dans des maisons d’édi­tion belges.

Ceux qui partent-partent-partent et ceux qui parlent-parlent-parlent

Véronique DEPRÊTRE, Fan­chon, la dérive des incon­ti­nents, Onlit, 2019, 226 p., 17 € / ePub : 6 €, ISBN : 978–2‑87560–116‑2

À la suite du décès bru­tal de son père, une gamine se retrou­ve entre une mère dépres­sive, hors course, et sa grand-mère pater­nelle qui prend en charge toute la famille, dans un débor­de­ment d’énergies et de générosité qui se révèle aus­si une manière de stig­ma­tis­er sa belle-fille, jusqu’à vam­piris­er sa petite-fille. Con­tin­uer la lec­ture

Des bombes

COLLECTIF L‑SLAM, On ne s’excuse de rien, Mael­ström, 2019, 180 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87505–340‑4 

Le kif, déjà, à la cou­ver­ture. Pho­to de scène: une meuf noire devant un micro, chemise bou­ton­née jusqu’en haut, ferme les yeux en dis­ant son texte, dans un sourire. Le kif, ce titre : On ne s’excuse de rien! — excla­ma­tion sans risette, qu’on se le tienne pour dit — à répéter en boucle ad libi­tum. Le kif de compter une écras­ante majorité de femmes par­mi les 57 auteur.trice.s du recueil — cis et trans, valides et pas, racisées et pas, de tous les âges, de toutes les formes, les sex­u­al­ités, les hori­zons. “Poésie & slam”: leurs textes sont issus d’ateliers d’écriture, en vue de les faire cla­quer sur le plateau — du coup, on les pioche, la tête fait boîte à rythmes et on se les dit par­fois tout haut. La tête vient se cogn­er aus­si, là où, peut-être, le slam libère : sur les réal­ités recon­nues. Parce que ça envoie, les filles. Elles pren­nent la plume dans un grand et beau fra­cas qui vient explos­er à la lec­ture: des bombes. Har­cèle­ment, racisme, mater­nité, non mater­nité, mal­adie, viol, vio­lences, chô­mage, burn out, enfance, vieil­lesse, drague, rage, auto­cen­sure bazookée 57 fois… des dagues à chaque voix. “Et j’emmerde la norme!” Con­tin­uer la lec­ture

Entre douceur et mélancolie

Jean JAUNIAUX, Bel­giques, Ker, 2019, 124 p., 12 € / ePub : 5.99 €, ISBN : 978–2‑87586–254‑9

Nou­velles, sou­venirs, évo­ca­tions : les textes de Jean Jau­ni­aux, réu­nis sous le titre Bel­giques, égrè­nent sen­ti­ments, impres­sions, humeurs, couleurs.

On par­ticipe à l’exaltante, foi­son­nante pré­pa­ra­tion d’une série d’émissions his­toriques con­sacrées à la Révo­lu­tion de 1830 dont la télévi­sion entendait com­mé­mor­er, en sep­tem­bre 1980, les cent cinquante ans. Épisode décisif dans la vie de Jean Jau­ni­aux, fraîche­ment sor­ti de l’INSAS, que l’un de ses pro­fesseurs lance dans cette aven­ture. « C’est là que sur­git dans ma vie le mir­a­cle de la Révo­lu­tion de 1830. » L’horizon s’ouvre et, avec lui, la chance de pou­voir ren­con­tr­er — et col­la­bor­er avec — des per­son­nal­ités tels Jacques Cog­ni­aux, Jacques Bré­dael, Armand Bache­li­er… Un pre­mier con­trat d’emploi s’apparentait ici à un moment de grâce. (Une journée hors norme) Con­tin­uer la lec­ture

Laisser ses peurs sur le rivage

Tere­sa ARROYO CORCOBADO, Lola sur le rivage, Ver­sant Sud Jeunesse,2019, n.p., 15.90 €, ISBN : 978–2‑930358–07‑3

Nous avions décou­vert la tal­entueuse Tere­sa Arroyo Cor­coba­do avec son pre­mier album De l’autre côté du car­rousel. L’autrice-illustratrice est pub­liée chez Ver­sant Sud, dans la col­lec­tion Les Pétoches, «des albums pour rire de ce qui effraie, s’amuser à avoir les chocottes. » 

Dans De l’autre côté du car­rousel, la jeune Olivia com­mençait par lis­ter ses peurs. Sitôt fait, elle nous révélait celles de ses proches et se demandait franche­ment pourquoi les adultes lui répé­taient de ne pas avoir peur, puisqu’eux-mêmes avaient tous peur de quelque chose. Le week­end arrivant, Tere­sa Arroyo Cor­coba­do nous trans­portait au côté d’Olivia dans l’univers mag­ique de la foire. Olivia dépas­sait ses peurs, et s’envolait… les détails des scènes mis­es en couleurs sont infi­nis. L’album cha­toy­ant est gour­mand, comme une pomme d’amour ! Pomme d’amour qui grâce à ses mur­mures fan­tas­tiques au creux de l’oreille d’Olivia, lui per­me­t­tait de se décou­vrir pleine de courage et de force. Con­tin­uer la lec­ture

Le grand jeu de lire

Daniel SIMON, Posi­tions pour la lec­ture. Prom­e­nades lec­tures-écri­t­ures-ate­liers, Couleur livres, 2019, 140 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87003–901‑4

Bien rares sont les auteurs qui sor­tent tout armés de leur écri­t­ure pre­mière. La plu­part tour­nent en rond inter­minable­ment. Ils effectuent des rites de pas­sages, sac­ri­fient aux idol­es du jour, et suiv­ent des pistes qui débouchent sur des sources taries. Soit qu’ils croient que la lit­téra­ture est de la musique, soient qu’ils pensent qu’elle est un témoignage vécu, ils n’échappent pas aux apparences, c’est-à-dire à la répéti­tion.

Il est pour­tant tout sim­ple de remar­quer que la lit­téra­ture est une vision, soutenue par une langue intime, et hap­pée par l’amour de la vérité. Pour en faire l’expérience per­son­nelle, il suf­fit d’explorer quelques-unes de ces îles au tré­sor qu’on appelle les chefs d’œuvre. Con­tin­uer la lec­ture

François Jacqmin. Se tenir face à l’impasse

François JACQMIN, Stèles, Pré­face d’Emeline Deroo et Loris Not­turni, Tail­lis Pré, 2019, 136 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87450–149‑4

Rédigé dans les années 1980, le recueil Stèles fait par­tie des textes inédits lais­sés par le poète François Jacqmin (1929–1992). L’auteur d’Être, du Domi­no gris, de L’œuvre du regard, du Poème exac­er­bé, du Livre de la neige creuse ici un ques­tion­nement poé­tique sous une forme apho­ris­tique. Non point l’aphorisme comme con­den­sa­teur d’une vérité mais comme épure au plus près de la matière de la vie. Il appro­fon­dit ce qui n’a cessé de le hanter : le bat­te­ment de l’être et du néant, le rap­port entre le don­né et la logique, entre le réel et le verbe. Son aven­ture créa­trice se sou­tient d’une ten­sion entre la sphère de la pen­sée (philosophique, logique, cal­cu­lante…) qui écrase le mys­tère et l’activité poé­tique qui laisse bruire ce qui est. La spécu­la­tion abstraite, les sys­tèmes détru­isent l’énigme du monde en l’arraisonnant par le con­cept. Se des­sine la fig­ure en creux d’un poète qui se veut le gar­di­en de l’innommable, de l’ineffable. Les exis­tants, les phénomènes excè­dent la pen­sée que l’homme en prend. Con­tin­uer la lec­ture

Le livre de l’intranquillité

Nicole MALINCONI, Poids plumes, gommes de Kikie Crêvecœur, Esper­luète, 2019, 80 p., 15 €, ISBN : 9782359841121

Qu’allait écrire Nicole Mal­in­coni, après avoir don­né voix à There­sa Stan­gl, la veuve de Franz Stan­gl, ex-com­man­dant du camp d’extermination de Tre­blin­ka (Un grand amour, 2015) et entre­pris sa pre­mière fresque his­torique (De fer et de verre. La Mai­son du Peu­ple de Vic­tor Hor­ta, 2017) ? Où son écri­t­ure allait-elle la men­er ? Elle qui n’œuvre jamais dans la com­péti­tion, le cal­cul, le bruit et la fureur du temps présent n’a pas surenchéri ; elle est rev­enue à nu, sans doc­u­men­ta­tion, au départ ; elle a retrou­vé son fidèle regard, l’a ouvert sur l’alentour, le pas très loin ; elle est retournée vers ces vies minus­cules à qui elle a tou­jours accordé une place de choix dans ses livres, vers les plus minus­cules des minus­cules, ces/ses oiseaux qu’elle aime tant. Ces oiseaux qui s’avèrent, aus­si, une épreuve pour son écri­t­ure. Con­tin­uer la lec­ture

Aux champs… élisés !

Un coup de cœur du Car­net

Mar­cel SEL, Elise, ONLiT, 2019, 434 p., 24,99€ / ePub : 15 €, ISBN : 978–2‑87560–108‑7

Mar­cel Sel a‑t-il été tétanisé par le suc­cès de son pre­mier roman, Rosa (qua­tre prix et deux finales) ? Ou une ambi­tion artis­tique démul­ti­pliée a‑t-elle élevé la barre à tout rompre (attentes et lim­ites) ? La ques­tion se pose dès l’entame du livre. Dont la struc­tura­tion, l’écriture et le fond sec­ouent irré­sistible­ment.


Lire aus­si : notre recen­sion de Rosa


La pre­mière page, en sur­plomb, dégage une force incan­ta­toire qui rap­pelle James Ell­roy, le génie du roman noir améri­cain : Con­tin­uer la lec­ture

Achille Chavée, ce vieux peau-rouge qui voulait « dissoudre le silence »

Achille CHAVEE, Écrit sur un dra­peau qui brûle, choix anthologique et post­face de Gwen­do­line Moran Debraine, illus­tré par des étu­di­ants de l’ENSAV La Cam­bre, note de Pas­cal Lemaître, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2019, 280 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87568–418‑9

Quelle excel­lente idée, chez Espace Nord, d’avoir sor­ti du plac­ard des poèmes et apho­rismes du « plus célèbre poète de la rue Fer­rer à La Lou­vière », Achille Chavée ! D’autant qu’une pre­mière antholo­gie, dans la même col­lec­tion, est épuisée depuis belle lurette, et que son œuvre com­plet (6 vol­umes édités entre 1977 et 1994 par l’association des amis d’Achille) ne se trou­ve que rarement chez les bons bouquin­istes. Chavée le dis­ait en con­nais­sance de cause, avec cet humour tan­tôt noir, tan­tôt railleur, qui le sau­va tout au long de son exis­tence de bien des décon­v­enues : « Introu­vable, je tire par­fois un livre à zéro exem­plaire. » Con­tin­uer la lec­ture

« Saisir le quotidien dans ce qu’il a de plus simple, de plus évident »

Un coup de cœur du Car­net

Emmanuel RÉGNIEZ, Cédric FRIGGERI, Ordinaire(s), Marges en pages, 2019, 176 p., 35 €, ISBN : 978–2‑9540904–3‑6

Emmanuel Rég­niez tient ses promess­es. À chaque fois que nous refer­mons un de ses livres, nous sommes impa­tients de lire le suiv­ant, et cette impa­tience com­porte sa part d’inquiétude : ne fail­li­ra-t-il pas un jour ? Ne fini­ra-t-il pas par décevoir cette attente ? Eh bien non. Emmanuel Rég­niez tient ses promess­es. Il est entré en lit­téra­ture par la voie de l’exigence, et il ne dévie pas de sa route. Nous venons de ranger Ordinaire(s), son dernier opus, sur les rayons de notre bib­lio­thèque, et nous savons déjà qu’elle risque fort de ne pas en sor­tir indemne. Con­tin­uer la lec­ture

La cinquantaine et plus !

COLLECTIF, 50 ans, ça se joue !, Lans­man, 2019, 96 p., 12 €, ISBN : 978–2‑8071–0239‑2

Un  Cinquan­te­naire nou­veau vient de pren­dre place dans le paysage cul­turel : celui du Théâtre Jean Vilar. Étrange et for­mi­da­ble his­toire que celle de ce théâtre et de son fon­da­teur, Armand Del­campe…

Le fameux « Walen buiten » de Leu­ven en 1968 fut une érup­tion poli­tique et cul­turelle belge qui a mar­qué depuis l’ac­céléra­tion du proces­sus de fédéral­i­sa­tion de notre pays… Il ne s’ag­it pas ici de glos­er sur ces ques­tions mais de rap­pel­er que le som­met de l’intelligence per­verse et de la bêtise, selon Flaubert ou Jar­ry, a bien eu lieu chez nous. Cela s’est traduit par la sépa­ra­tion, la frac­ture de la Bib­lio­thèque uni­ver­si­taire de Leu­ven Les étu­di­ants fran­coph­o­nes eurent le droit à une demi bib­lio­thèque et les néer­lan­do­phones à l’autre moitié ! Con­tin­uer la lec­ture

La rivière entre en crue ! C’est cuit pour nous !

Dominique MASSAUT, Débor­de­ments, Mael­ström, 2019, 81 p. + CD Audio, 15€, ISBN : 978–2‑87505–321‑2

La Laï­ta est une riv­ière bien con­nue des Fin­istériens, qui coule du côté de Quim­per­lé. Ce sont en quelque sorte ses rives qui enser­rent le nou­veau texte de Dominique Mas­saut. Aber textuel et sonore qui gronde, qui jute son trop plein de déjec­tions. Comme la riv­ière débor­de, soumise aux défer­lantes des élé­ments et des hommes, le texte ici défer­le et se révolte. Un ras(z)-le-bol maré­mo­teur pour l’auteur qui vole dans les plumes des pigeons si peu voyageurs. Mas­saut dézingue, à coups de mots-valis­es, d’onomatopées, de « phar­ma-con-trepètries », les dérives aguicheuses et con­som­ma­tri­ces de notre société « algo­rith­mée ». Con­tin­uer la lec­ture

Intensité scalpel

Un coup de cœur du Car­net

Maud JOIRET, Cobalt, Tétras Lyre, coll. « Lyre sans borne », 2019, 50 p.,12 €, ISBN : 978–2‑930685–47‑2

 « Je suis atom­isée. »

Dans ce pre­mier opus que signe Maud Joiret aux édi­tions Tétras Lyre, la poétesse ne croque pas la vie à pleines dents : elle y mord com­plète­ment, armée jusqu’aux dents. Jusqu’aux traces. Jusqu’à l’hématome. Dehors ça blesse, c’est étouf­fant et, sur la chair de l’âme, ça devient bleu. Dedans ça vit, ça étouffe et, dans les mains, ça devient cobalt. Con­tin­uer la lec­ture

Maître Losseau, Rimbaud, Esther et Bastien

Alexan­dre MILLON, 37, rue de Nimy. Les incroy­ables Florides, Mur­mure des soirs, 2019, 170 p., 17 €, ISBN : 978–2‑930657–51‑6

Pour les Mon­tois curieux de leur belle ville, le titre du dernier livre d’Alexandre Mil­lon, 37 rue de Nimy, pub­lié aux édi­tions Mur­mure des soirs, évo­quera l’adresse d’une demeure bour­geoise remar­quable et un haut lieu de la cul­ture lit­téraire depuis qu’il a été rénové. Pour les autres, il aura le mérite de les intriguer. Quant au sous-titre, Les incroy­ables Florides, il par­lera aux rim­bal­diens acharnés, qui se sou­vien­dront des vers du Bateau ivre : « J’ai heurté, savez-vous, d’incroyables Florides/Mêlant aux fleurs des yeux de pan­thères à peaux/D’hommes ! » Con­tin­uer la lec­ture

Le livret des insomnies

Thibaut CREPPE, La ville endormie, Tétras Lyre, 2019, 57 p., 14 €, ISBN : 978–2‑930685–46‑5

Thibaut Creppe n’est pas un incon­nu au sein du petit monde de la lit­téra­ture belge. Né en 1990, l’auteur, alors étu­di­ant à l’ULG, crée, début des années 2010, un col­lec­tif, « Chro­ma­tique », avec cinq autres étu­di­ants tous férus de poésie. Résul­tat d’un pre­mier recueil pub­lié en com­mun : le prix Georges Lock­em décerné en 2013 par l’Académie Royale de langues et lit­téra­ture française de Bel­gique ! Soutenu  par une maque­tte élé­gante qui épouse par­faite­ment les thèmes abor­dés, La ville endormie est un recueil-patch­work, un livret d’insomnies où la mélan­col­ie alterne avec des moments de révolte et de rage. Enfouie sous l’abat-jour qui reste allumé tard, la ville s’expose et se réveille au con­tact des reflets dans la nuit. Con­tin­uer la lec­ture

Une esthétique de l’épreuve : Charles Van Lerberghe

Charles VAN LERBERGHE, Les flaireurs suivi de Pan, Post­face Paul Aron, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2019, 160 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–416‑5

Les didas­calies du théâtre sym­bol­iste s’offrent sou­vent comme des poèmes en prose et lais­sent enten­dre le drame à la lisière du mélo­drame, comme si on regar­dait un film d’Eisen­stein dans la musique de Wag­n­er.

Les scènes font réson­ner les intimes liaisons entre l’ex­is­tence de l’homme et la pres­sion des élé­ments naturels qui s’exercent sur lui. On entre alors dans la vie mag­ique, presque sur­na­turelle des pro­tag­o­nistes, sur la pointe des pieds, on s’assied alors dans l’ombre et on assiste aux chutes et aux épipha­nies des per­son­nages sym­bol­istes. La princesse Maleine de Maeter­linck est là, avec nous, dans les couliss­es des âmes. Con­tin­uer la lec­ture