DUMONT-DUPUIS, Neige sur Liège, Weyrich, coll. « Noir corbeau », 2021, 245 p., 18 € / ePub : 13.99 €, ISBN : ISBN : 978–2‑874896–55‑2
On se souviendra d’Une mort pas très catholique, paru en 2020 sous la plume conjointe d’Agnès Dumont et de Patrick Dupuis. Voici que le duo nous revient, cette fois avec une affaire policière qui se déroule à Liège après que la première a arpenté Louvain-La-Neuve. Les deux comparses se seront donc invités dans leurs villes respectives. Et parce que l’on ne change pas une équipe d’enquêteurs qui gagne, ils remettent en selle le duo formé par Roger Staquet, flic retraité, et Paul Ben Mimoun, jeune inspecteur namurois. Ils réaniment aussi Clarisse, étudiante louvaniste récemment diplômée, qui les a appelés à la rescousse dans la Cité ardente. Continuer la lecture

Francesco Pittau se révèle écrivain aussi prolifique qu’homme discret. Parcourez la Toile, et vous constaterez que peu d’informations personnelles sont capturées dans ses fils. Bien entendu, vous trouverez l’essentiel – ses livres, ses albums, ses recueils – ; par contre, à peine quelques renseignements biographiques : une naissance en Sardaigne dans le milieu des années 1950, des études de Beaux-Arts à Mons, une collaboration intime avec Bernadette Gervais, un lieu de résidence dans la région bruxelloise. Cela pourrait être amplement suffisant… s’il n’y avait cette curiosité titillée lorsque l’on se plonge dans Longtemps et des poussières, roman qui semble posséder un ancrage autobiographique. Peut-être parce que le protagoniste est d’origine italienne (ce serait trop facile), que la narration se déroule dans une cité ouvrière à forte immigration du Sud (toujours peu concluant), que l’âge du héros correspondrait à celui de l’auteur à la même époque (oui, mais encore ?). Peut-être parce qu’il y a tellement d’humanité dans cette évocation de l’enfance que l’on se prend à croire qu’elle est tirée du matériau du vécu, du ressenti, du pulsatile. Mais l’on se fourvoie probablement ; et qu’importe au fond ? 
On oublie souvent que le texte ne surgit pas du néant, mais d’un corps. Le deuxième ouvrage publié par Morgane Eeman remédie à cette négligence en s’incarnant dans une écriture organique, habitée, aussi exaltée que les étudiants fraîchement débarqués sur cette île envoûtante dont l’autrice donne à vivre les charmes et les maléfices. L’île quimboiseuse est un texte mouvant, qui vogue entre les genres et les registres. Qualifié de roman-poème, cet ouvrage en vers pulvérise les frontières et présente un récit singulier, dont l’aspect bigarré voisine une détermination (au sens de poursuite d’une intuition première) palpable.
Perché sur un échafaudage, à huit mètres du sol, pour revivre la situation qu’il occupait en tant qu’ouvrier dans une confiturerie, un homme vieillissant pose à la faveur de cette « madeleine » désabusée un regard sur les morceaux de sa vie qui lui reviennent en mémoire. Sans ordre et sans passion, comme s’il était étranger aux remontées erratiques de ce passé qui, de chapitre en chapitre, nourrissent son soliloque mental (« Je commence à me plaire ici en haut. J’y vois ma vie défiler, saccadée, démolie, sauvée, espérée, voulue, détestée, attaquée, vermoulue, repeinte, rouillée, abattue, noyée, brûlée. » Ou encore : « Quand j’y pense, il me semble que j’ai toujours regardé le monde de travers en oblique »). Si, à l’heure du choix, il a quitté l’école pour la vie active, c’est seulement parce qu’il « s’y emmerdait ». Ce qui allait donc le mener à gratter à longueur de journée les dépôts de sucre sur les hauts murs de la confiserie au risque de basculer depuis les planches étroites et branlantes jusque dans les cuves fumantes où bouillonnaient les fruits.
Cet automne, ONLiT inscrit un auteur de renom à son déjà riche catalogue. C’est en effet à l’enseigne de la maison d’édition bruxelloise que Stefan Liberski publie son nouveau roman, Une grande actrice.
Pour son trente-cinquième ouvrage, la collection « La petite pierre » des éditions La pierre d’alun propose un cahier à spirale rempli de la prose de Nadine Monfils et des illustrations de Kikie Crêvecœur. Les deux artistes devaient se rencontrer car elles brillent d’une même lumière : celle du détournement et de la légèreté certaine. L’univers déjanté de l’autrice est connu de tous ; Monfils s’amuse à triturer un matériau sérieux et documenté pour en façonner (notamment) des polars bourrés d’humour et de vitalité. Crêvecœur, elle, œuvre à capter avec sensibilité des fragments de vie et du monde, et les grave minutieusement… dans des gommes ! Toutes deux partagent une volonté tenace de se dégager de la lourdeur imposée ainsi qu’un tracé singulier hors des sentiers battus. Leur collaboration « évidente » se concrétise dans Le bleu des rêves à la faveur de deux contes.
Sally est une jeune fille de 15 ans qui vit à Bruxelles. N’ayant jamais connu son père, elle n’a pas la vie simple avec sa mère dépressive et alcoolique, qui a l’insulte et les coups faciles dans ses moments de détresse. Sally est bien seule dans son quotidien, mais elle a l’intelligence d’être ouverte aux rencontres qui vont lui servir de refuge. C’est ainsi qu’elle fait la connaissance de deux autres solitudes : Eva, une voisine d’une septantaine d’années, et William, un étudiant exilé de son Cameroun natal. Avec ses deux nouveaux amis, elle peut avoir quelques conversations à propos de leur passion commune pour les livres.
Le dernier roman de Luc Baba relève du défi littéraire : en 250 pages, retracer le destin, sur plus de deux siècles (de 1803 à nos jours), d’une famille issue du Dahomey (aujourd’hui Bénin), embarquée sur un bateau négrier à destination des États-Unis, soumise à l’esclavage puis tentant peu à peu de conquérir sa liberté et sa dignité. Pour ce faire, L’arbre du retour procède par touches successives et opère des allers-retours dans le temps qui juxtaposent des situations mettant en scène Ayo et ses descendants.
À l’automne dernier, dans le quotidien L’Avenir, Michel Paquot, relevait que les trois recueils de nouvelles de la collection « Belgiques » qui venaient de paraître aux éditions Ker et signés
Recueil de textes et de dessins qui tient tant du journal de bord que du pamphlet, le nouveau titre d’Aurélie William Levaux est éminemment politique. Les Nouveaux ordres est une critique toute personnelle de la gestion de la pandémie par les états belges et français principalement, il est aussi et surtout une réflexion sur la (privation de) liberté et sur notre rapport aux élites dirigeantes.
L’œuvre de Colette Nys-Mazure est essentiellement fondée sur la poésie. Tout part d’elle dans son écriture et tout y ramène. Y compris ici, quand elle nous livre ses visions de la Belgique dans un recueil de quinze récits…
Le conte du Naufragé semble commencer par la fin :
Poète, romancier, essayiste,
Née au Nord Viêt-Nam, Tuyêt-Nga Nguyên a grandi dans le Sud. En exil, elle a trouvé chez nous un pays d’adoption alors qu’elle est venue faire ses études à Bruxelles et elle y est restée, non sans vivre entretemps aux États-Unis et en Afrique. Dans ses romans précédents, elle s’est attachée à parler de son pays d’origine déchiré par la guerre, à en dire l’histoire et la culture, dont tout récemment dans
« Je déclare que pour qu’un livre soit, il y faut les levants, les nuits, le choc des fers, les plaines et les vents, les siècles – et la mer qui joint et sépare. »