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Isabelle Stengers et la création de possibles

Un coup de cœur du Car­net

Isabelle STENGERS, Réac­tiv­er le sens com­mun. Lec­ture de White­head en temps de débâ­cle, Décou­verte / Empêcheurs de penser en rond, 2020, 202 p., 18 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 9782359251685

L’attention à l’aventure des idées et des actes qu’elles enga­gent ques­tionne l’articulation intime entre pen­sée et vie, dou­ble expres­sion d’un même plan. Pen­sant avec et depuis White­head, Réac­tiv­er le sens com­mun remet en chantier, réa­gence l’essai White­head et les rumi­na­tions du sens com­mun (Les Press­es du réel, 2017) au sens où il le fait bégay­er et le relance. Là où White­head car­ac­téri­sait la civil­i­sa­tion mod­erne par son déclin, nous vivons sa débâ­cle. Nous sommes à un point de bifur­ca­tion : rien ne nous dit si nous allons pou­voir civilis­er la moder­nité ou si nous nous enga­geons dans sa pure débâ­cle. Un des noms majeurs que White­head don­na à ce déclin est bifur­ca­tion de la nature, à savoir la sépa­ra­tion entre qual­ités objec­tives et qual­ités sub­jec­tives. Une sépa­ra­tion qui a signé la défaite du sens com­mun.


Lire aus­si : Isabelle Stengers. Philoso­phie activiste, réc­its spécu­lat­ifs et ouver­ture des pos­si­bles (C.I. n° 198)


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La rivière entre en crue ! C’est cuit pour nous !

Dominique MASSAUT, Débor­de­ments, Mael­ström, 2019, 81 p. + CD Audio, 15€, ISBN : 978–2‑87505–321‑2

La Laï­ta est une riv­ière bien con­nue des Fin­istériens, qui coule du côté de Quim­per­lé. Ce sont en quelque sorte ses rives qui enser­rent le nou­veau texte de Dominique Mas­saut. Aber textuel et sonore qui gronde, qui jute son trop plein de déjec­tions. Comme la riv­ière débor­de, soumise aux défer­lantes des élé­ments et des hommes, le texte ici défer­le et se révolte. Un ras(z)-le-bol maré­mo­teur pour l’auteur qui vole dans les plumes des pigeons si peu voyageurs. Mas­saut dézingue, à coups de mots-valis­es, d’onomatopées, de « phar­ma-con-trepètries », les dérives aguicheuses et con­som­ma­tri­ces de notre société « algo­rith­mée ». Con­tin­uer la lec­ture

Tu m’aimes combien ?

François DE SMET, Éros cap­i­tal, Les lois du marché amoureux, Flam­mar­i­on, coll. “Cli­mats”, 2019, 400 p., 21 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 9782081422698

On voudrait y croire encore, on voudrait y croire tou­jours que : l’amour est le plus beau, le plus pur des sen­ti­ments, la divine idylle peut nous apporter le bon­heur, nous emporter loin de la vie laborieuse, dis­pendieuse. On voudrait et puis des écrivains, des intel­lectuels brisent nos rêves. Ils nous font per­dre espoir. Mais peut-être que sans espoir – ce qui ne sig­ni­fie pas le dés­espoir – peut-on affron­ter la réal­ité au mieux, dans toutes ses dimen­sions. C’est ce que sem­ble dire le philosophe François De Smet à la fin d’Éros cap­i­tal, que ce que nous venons de lire « ne nous empris­onne dans aucun déter­min­isme ». On ajoutera : peut-être qu’il nous en libère. Mais que venons-nous de lire ?

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L’urgence est aussi littéraire

Un coup de cœur du Car­net

Car­o­line LAMARCHENous sommes à la lisière, Gal­li­mard, 2019, 165 p., 16 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 9782072819292

Nous sommes à la lisière : superbe titre pour un recueil de nou­velles qui ne l’est pas moins. Car­o­line Lamarche s’était déjà, dès ses débuts, révélée comme une auteure exigeante en matière de lit­téra­ture et d’écriture peaufinée. Le recueil de nou­velles, Le jour du chien, pub­lié aux édi­tions de Minu­it en 1996, lui val­ut d’emblée le prix Rossel. À la suite d’un chien en errance, elle traçait le por­trait d’humanités au bord de gouf­fres.

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Matriochka de Philippe Remy-Wilkin

Philippe REMY-WILKIN, Matri­ochka, Sam­sa, 2019, 60 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87593–209‑9

Philippe Remy-Wilkin orne la sig­na­ture de ses cour­riels et les notices bib­li­ographiques le con­cer­nant de la men­tion « auteur lit­téraire » qu’il sem­ble affec­tion­ner. Sans doute cette for­mu­la­tion embrasse-t-elle davan­tage la diver­sité édi­to­ri­ale des écrits de celui qui est à la fois essay­iste, cri­tique lit­téraire, nou­vel­liste et romanci­er. Philo­logue de for­ma­tion, Philippe Remy-Wilkin est pas­sion­né d’Histoire et nous a don­né déjà une remar­quable étude con­sacrée à Christophe Colomb, Christophe Colomb, Le décou­vreur et la décou­verte : mythes et réal­ités. On lit aus­si régulière­ment ses chroniques sur Karoo et Le Car­net et les Instants, de façon épisodique ses nou­velles dans la revue Mar­ginales, et ses pris­es de posi­tion sur les réseaux soci­aux.

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Nostalgies anthropologiques

David BERLINER, Per­dre sa cul­ture, Zones sen­si­bles, 2018, 156 p., 15 €, ISBN : 978–293-0601–35‑9

« Le temps passe », « les temps changent », « ce n’est plus ce que c’était », « tout fout le camp », « les tra­di­tions se per­dent »… On pour­rait con­tin­uer ain­si à énumér­er les phras­es dis­ant la perte et la nos­tal­gie d’un passé irréversible. De l’étude de cette nos­tal­gie David Berlin­er, anthro­po­logue, pro­fesseur à l’Université libre de Brux­elles a fait un très beau livre qu’il des­tine aux chercheurs en sci­ences sociales, aux spé­cial­istes du pat­ri­moine et des études mémorielles et muséales, aux philosophes, aux his­to­riens, aux psy­ch­an­a­lystes et psy­cho­logues, aux poli­to­logues ou aux géo­graphes. On ajoutera à tout citoyen en quête de répons­es aux replis nation­al­istes qui se ser­vent de la perte pour exprimer la peur et la haine de l’autre et empoi­son­nent nos sociétés, pour retrou­ver un peu d’optimisme au tout nos­tal­gique qui pour­rait nous étrein­dre, pour raf­fin­er la pen­sée au sujet de la pat­ri­mo­ni­al­i­sa­tion et ne pas tomber dans le poli­tique­ment cor­rect de l’authenticité. Pour cela, David Berlin­er conçoit le méti­er d’anthropologue comme celui d’un diplo­mate « qui parvient à trou­ver le mot juste pour par­ler de et avec l’autre ». Con­tin­uer la lec­ture

Une biographie est toujours un roman

Patrick WEBER, Mag­gie, une vie pour en finir, Plon, 2018, 396 p., 13.90€ / ePub : 13.99 €, ISBN : 978–2‑25925–155‑6

En exer­gue de Mag­gie, Patrick Weber indique : « une biogra­phie est tou­jours un roman ». À la fois his­to­rien, romanci­er et scé­nar­iste de ban­des dess­inées, l’auteur des Noces assas­sines est fam­i­li­er de ce para­doxe résumé dans une for­mule ful­gu­rante par Aragon : le « men­tir-vrai ». Le poète évo­quait par cet oxy­more que la vérité tou­jours com­plexe, s’exprime davan­tage dans l’invention romanesque que dans le compte-ren­du objec­tif – impos­si­ble – des faits. Con­tin­uer la lec­ture

Déjouer le pacte du Diable

Jean-Pierre BOURS, Ten­ta­tions, HC Édi­tions, 2018, 320 p., 19 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 97823557203167

Après Indul­gences en 2014, Jean-Pierre Bours rep­longe dans les temps foi­son­nants et clairs-obscurs de la Renais­sance européenne, débu­tant son préam­bule à la charnière entre le XVe siè­cle et le XVIe siè­cle et l’achevant aux alen­tours de 1543. Il se glisse cette fois non plus directe­ment dans les pas de Mar­garete (dite Gretchen, une des fig­ures majeures de son précé­dent roman, cen­tré sur les femmes), mais dans ceux de son amant,  l’énigmatique Doc­teur Faust, être fic­tif mais néan­moins mythique qu’il emprunte à Mar­lowe et Goethe, et qui fut égale­ment, à leur suite, célébré par de nom­breux com­pos­i­teurs (Berlioz, Schu­man, Wag­n­er et Lizst notam­ment) mais aus­si de pein­tres (par­mi lesquels Delacroix et Rem­brandt). C’est d’ailleurs en con­nais­seur pré­cis de tous ceux qui l’ont précédé dans la fas­ci­na­tion pour ce per­son­nage trou­ble que nous par­le l’auteur, mais aus­si en arpen­teur de nom­breuses lec­tures his­toriques con­textuelles qu’un tel roman néces­si­tait. Les notes de bas de pages nous éclairent à bon escient sur la vérac­ité de cer­tains faits et la post­face ajoute quelques solides références bib­li­ographiques, pour qui souhait­erait en appren­dre davan­tage et pro­longer le plaisir de lec­ture aux côtés de tel ou tel per­son­nage (réel, cette fois) abor­dés dans Ten­ta­tions. Con­tin­uer la lec­ture

(Sur-)vivalisme, collapsologie et collapsosophie

Pablo SERVIGNE, Raphaël STEVENS, Gau­thi­er CHAPELLE, Une autre fin du monde est pos­si­ble. Vivre l’effondrement (et pas seule­ment y sur­vivre), pré­face de Dominique Bourg, post­face de Cyril Dion, Seuil, coll. « Anthro­pocène », 2018, 334 p., 19 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 9782021332582

Une autre fin du monde est possibleAprès le remar­qué Com­ment tout peut s’effondrer sor­ti en 2015, les ingénieurs agronomes Pablo Servi­gne, Gau­thi­er Chapelle et l’écoconseiller Raphaël Stevens,  « chercheurs in-Terre indépen­dants »,  pour­suiv­ent leurs réflex­ions dans un essai qui pro­longe la « col­lap­solo­gie » (dont ils sont les pio­nniers) en une col­lap­soso­phie. L’axiome des col­lap­so­nautes se définit comme « appren­dre à vivre avec », avec la cat­a­stro­phe en cours, avec la débâ­cle envi­ron­nemen­tale, avec l’effondrement de la société actuelle. De ce diag­nos­tic con­den­sé dans le voca­ble de col­lap­solo­gie découle la mise en œuvre d’une éthique, d’une col­lap­soso­phie. S’appuyant sur un tableau clin­ique pré­cis, incon­testable (l’humanité men­acée d’extinction dans le sil­lage de l’hécatombe de la bio­di­ver­sité), les auteurs pro­posent des pistes fécon­des qui réc­on­cilient « médi­tants » et « mil­i­tants », qui explorent l’idée de ré-ensauvage­ment, de nou­velles manières de coex­is­ter avec les non-humains, d’habiter la Terre.


Lire aus­si : un extrait d’Une autre fin du monde est pos­si­ble


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Sus aux moumoutons !

Noémie FAVART, Tibor et le mon­stre du désor­dre, Ver­sant Sud, 2018, 40 p., 15.90€, ISBN : 978–2‑930358–96‑3

De notre plus ten­dre enfance nous reste le sou­venir d’un petit album car­ré, pub­lié chez Dupuis et signé Gunilde Wolde, une illus­tra­trice sué­doise. On y suiv­ait Titou, garçon­net désor­don­né qui, à mesure qu’il cher­chait son ours dans l’amas de jou­ets de sa cham­bre, finis­sait par retrou­ver son éléphant bleu, son bal­lon et ses crayons de couleur, avant d’enfin met­tre la main sur la très con­voitée peluche. Façon à peine déguisée (et un peu moral­isatrice) de dire « Sois métic­uleux, mon bon­homme, et plus jamais tu n’égareras tes tré­sors ». Con­tin­uer la lec­ture

Écriture filmique

N.T. BINH et Frédéric SOJCHER (coord.), Écrire un film. Scé­nar­istes et cinéastes au tra­vail, Impres­sions Nou­velles, coll. « Caméras sub­jec­tives », 2018, 392 p., 22 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 978–2‑87449–625‑7

Coor­don­né par le cri­tique de ciné­ma N. T. Binh et le cinéaste Frédéric Sojch­er, le vol­ume Écrire un film. Scé­nar­istes et cinéastes au tra­vail inter­roge au tra­vers d’entretiens avec des cinéastes, avec des scé­nar­istes l’écriture filmique, ses paramètres, ses coor­don­nées. Si le point d’ancrage se con­cen­tre sur la ques­tion du scé­nario, les réflex­ions enga­gent une mul­ti­plic­ité de regards sur les spé­ci­ficités du lan­gage ciné­matographique. Ce dernier se lim­ite-t-il au seul scé­nario ou englobe-t-il la mise en scène, le découpage, le cast­ing, la musique ? D’emblée, écrit Frédéric Sojch­er, le recueil se place du côté de la sec­onde hypothèse. Faisant un sort aux idées reçues (la Nou­velle Vague pécherait par un dés­in­térêt vis-à-vis du scé­nario…), retraçant la tra­jec­toire his­torique de la place accordée au scé­nario (de sa relé­ga­tion à sa réha­bil­i­ta­tion, de sa réha­bil­i­ta­tion à sa tyran­nie nor­ma­tive), il rend hom­mage aux inter­ac­tions dynamiques entre les moments de créa­tion, entre les ingré­di­ents de l’espace filmique. Le film ne prend vie qu’au fil d’une magie où s’intriquent, en une œuvre col­lec­tive, scé­nario, mise en scène, jeu d’acteurs, découpage, mon­tage, bande sonore, pro­duc­tion… Hyper­tro­phi­er le seul scé­nario revient à amput­er l’écriture filmique de tout ce qui, au niveau de la mise en scène lato sen­su, vient mod­i­fi­er, excéder, retourn­er la nar­ra­tion, la dra­maturgie. Con­tin­uer la lec­ture

Un grand souffle sombre et cruel comme la vie, avec quelques éclaircies…

Emmanuelle PIROTTELoup et les hommes , Cherche midi, 2018, 608 p., 20 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 9782749158112

Chère lec­trice, cher lecteur,

Dès aujour­d’hui, vous allez trou­ver dans la vit­rine de votre librairie préférée le nou­veau livre d’Emmanuelle Pirotte.  Autant vous prévenir tout de suite : ne perdez pas de temps pour aller l’acheter ou vous le faire offrir.

On ne peut pas dire qu’Emmanuelle Pirotte ne pra­tique pas l’art de se renou­vel­er !  Après un titre en anglais – Today we live – et un suiv­ant en latin – De Pro­fundisvoici Loup et les hommes. Con­tin­uer la lec­ture

Un cœlacanthe devenu Orphée

Amélie NOTHOMB, Les prénoms épicènes, Albin Michel, 2018, 154 p., 17.50 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑226–43734‑1

Les prénoms épicènesPré­tex­tat, Astro­labe, Tex­tor, Déo­dat… : Amélie Nothomb soigne tou­jours les prénoms de ses per­son­nages. Et les choisit en général rares et sig­nifi­ants. On ne s’étonnera donc qu’à moitié que son nou­veau roman s’intitule Les prénoms épicènes. Pour celles et ceux qui sont fâché-e‑s avec les notions de gram­maire, « épicène » sig­ni­fie « qui a la même forme au mas­culin et au féminin ». Claude et Dominique, par exem­ple, sont des prénoms épicènes. Con­tin­uer la lec­ture

La vie, par belle ou par laide

Un coup de cœur du Carnet

In Koli Jean BOFANE, La Belle de Casa, Actes Sud, 2018, 208 p., 19 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 978–2‑330–10935‑6

In Koli Jean Bofane a fait une entrée remar­quée en lit­téra­ture. Auteur con­go­lais vivant en Bel­gique, il a été salué d’emblée pour la qual­ité et la richesse nar­ra­tive de ses textes, et son deux­ième ouvrage, Con­go Inc., le Tes­ta­ment de Bis­mar­ck (2014), a notam­ment reçu, par­mi d’autres dis­tinc­tions, le Prix des Cinq Con­ti­nents.

Avec La Belle de Casa, son nou­veau roman, il quitte les fron­tières du Con­go à la suite de Sésé, un jeune en quête d’avenir qui a suc­com­bé au bon­i­ment d’un passeur lui promet­tant une place dans les cales d’un bateau et une arrivée en France, à Deauville ! Sauf que le pas­sager clan­des­tin est débar­qué à Casablan­ca, loin des siens, avec tou­jours le même rêve. Nous le retrou­vons alors que la police vient d’être aver­tie de la décou­verte du corps sans vie d’Ichrak, une belle jeune femme con­nue de tous et que les soupçons se tour­nent pré­cisé­ment vers Sésé, venu prévenir la police. La nar­ra­tion démarre sous la forme d’une enquête mais elle prend rapi­de­ment des allures de fresque mul­ti­col­ore alig­nant les per­son­nages qui grav­i­taient autour de la belle. Sésé, nom­mé ain­si en hom­mage au défunt Mobu­tu, est à la pointe des com­bines qui per­me­t­tent de har­pon­ner des Européennes oisives qui cherchent l’aventure exo­tique der­rière leur écran. Il suf­fit de leur susurrer les mots atten­dus en y met­tant un zeste de poésie et de mys­tère. Puis de leur par­ler le moment venu pour déli­er leur bourse et recevoir des « West­ern Union » qui per­me­t­tent de voir la vie autrement. Avec son tal­ent d’embobineur, Sésé a con­va­in­cu Ichrak, autre ama­trice de mots qui récite des poèmes, de se prêter au jeu pour diver­si­fi­er la clien­tèle. De quoi per­me­t­tre à la belle d’avoir les moyens de pay­er les médica­ments de sa mère que tenaille la folie. Et voici que cette col­lab­o­ra­tion promet­teuse est déjà com­pro­mise. Con­tin­uer la lec­ture

Le feu du temps

Rossano ROSIUn petit sac de cen­dres. Vers stro­phes rimes poésies, Impres­sions nou­velles, 2018, 96 p., 12 € / ePub : 6.99 €, ISBN : 978–2‑87449–610‑3

« Quand j’en­tends le mot poésie, je sors mon dic­tio­n­naire! » Cela pour­rait sem­bler une forme d’ironie, ou de dépit devant l’apparente dis­so­lu­tion poé­tique dans les facil­ités du temps, mais en fait il s’agit d’une ques­tion essen­tielle en ce domaine : où en est ce que l’on nomme, dans tous les sens, « poésie »? Les dik­tats dans le monde poé­tique sont légions et les tribus solide­ment repliées der­rière quelques éten­dards, mots d’ordre ou de désor­dre, impi­toy­ables en matière de juge­ment dernier à pro­pos de ce qu’est ou n’est pas la poésie. Autant dire que le lecteur, hormis le cer­cle des intimes, a toutes les dif­fi­cultés à recon­naître ce qu’est cette nébuleuse poésie dans la masse des powèmes qui sont la pre­mière matière du Net, après le sexe bien enten­du… Con­tin­uer la lec­ture

Fuck it all!

Patrick DECLERCK, New York Ver­ti­go, Phébus, 2018, 128 p., 13 € / ePub : 8.99 €, ISBN : 978–2‑7529–1144‑5

Pour ceux qui ignorent qui est Patrick Decler­ck (enfin, quel écrivain il est : on ne s’aven­tur­era pas ici – ni ailleurs en fait —  sur de plus auda­cieuses sup­po­si­tions à pro­pos de sa per­son­ne, déjà psy­ch­an­a­lyste de sur­croît et accou­tumée, notam­ment dans ses livres, à en faire un tan­ti­net état), on pose ici que l’individu a rem­porté le prix Rossel en 2012 pour Démons me turlupinant, pub­lié chez Gal­li­mard. Et comme on ne sait jamais, on men­tionne aus­si qu’il est égale­ment l’auteur de romans et d’essais aus­si remar­qués que remar­quables, par­mi lesquels Les naufragés, paru chez Plon en 2001, qui relate son expéri­ence de tra­vail (il a ouvert des con­sul­ta­tions d’écoute) avec les clochards de Paris ou encore de Crâne (Gal­li­mard, 2016), roman auto­bi­ographique sur l’opéra­tion qu’il a subie d’une tumeur au cerveau. Con­tin­uer la lec­ture