Archives par étiquette : Michel Zumkir

Le bien commun

Dominique COSTERMANS et Régine VANDAMME, Le bureau des secrets pro­fes­sion­nels. His­toires vécues au tra­vail. Tome 2, Pré­face d’Isabelle Fer­reras, illus­tra­tions d’Allilalu, Renais­sance du livre, 2021, 208 p., 20 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 9782507056964

costermans vandamme le bureau des secrets professionnels 2Lors de la paru­tion du pre­mier tome du Bureau des secrets pro­fes­sion­nels, on vous avait expliqué, avec la dis­tan­ci­a­tion cri­tique néces­saire, la démarche qui avait présidée à la pub­li­ca­tion de ces « His­toires vécues au tra­vail ». On ne va pas se répéter, le deux­ième tome étant la suite annon­cée du pro­jet. Vous pou­vez la relire ici. On ne va pas non plus con­tin­uer à dire on. Mais je. Car si Roland Barthes pré­ci­sait, en intro­duc­tion des Frag­ments d’un dis­cours amoureux, « C’est donc un amoureux qui par­le et qui dit : », pour cette recen­sion : c’est un blessé du tra­vail qui écrit. Dans le pre­mier tome, j’étais par­venu à rester à dis­tance de mon pro­pre vécu – même si par­fois il affleu­rait, et les larmes pas loin – emporté dans le tour­bil­lon des anec­dotes glis­sant de la facétie au drame, de la légèreté à la grav­ité en pas­sant par toutes les nuances con­nues de celles et ceux qui ont eu un jour la (mal-)chance de tra­vailler. Con­tin­uer la lec­ture →

Une rue à soi

Lydia FLEM, Paris Fan­tasme, Seuil, coll. « La Librairie du XXIe siè­cle », 2021, 544 p., 24 €/ ePub : 16.99 €, ISBN : 9782021470031

flem paris fantasmeLa rue Férou est une petite rue parisi­enne, d’une dizaine d’immeubles à peine. Elle va de la Place Saint-Sulpice au Jardin du Lux­em­bourg. Sise aux con­fins de Saint-Ger­main-des-Prés méta­mor­phosé en marché du luxe, elle échappe à la marchan­di­s­a­tion et au tourisme inter­na­tion­al, bien que les roulettes des valis­es des voyageurs Airbnb y réson­nent par­fois. Tra­vail­lée par des ques­tions exis­ten­tielles (« Qu’est-ce qui donne le sen­ti­ment d’être chez soi quelque part ? D’habiter tout à la fois son corps, sa mai­son et le monde ? »), Lydia Flem, auteure de l’inoubliable Com­ment j’ai vidé la mai­son de mes par­ents, dans son dernier livre, Paris Fan­tasme, con­sacre à cette venelle une réflex­ive et inven­tive prom­e­nade his­tori­co-lit­téraire. Con­tin­uer la lec­ture →

À la rencontre de Julos Beaucarne

Nel­ly GAY, Julos Beau­carne. Il faut s’aimer à tort et à tra­vers, Luc Pire, 2020, 160 p., 29 €, ISBN : 9782875421920

gay julos beaucarnePlutôt qu’une biogra­phie, c’est à une vis­ite en toute cor­dial­ité du Julosland – ain­si qu’elle nomme l’univers de Julos Beau­carne – que nous invite Nel­ly Gay dans son ouvrage, Julos Beau­carne, Il faut s’aimer à tort et à tra­vers. Elle ne pou­vait pas écrire un livre pré-cadré, il fal­lait un livre à l’image de cet artiste aux cordes sen­si­bles et mul­ti­ples : imag­i­natif et libre. Mais peut-être faut-il rap­pel­er qui est Julos Beau­carne aux plus jeunes lecteur.rice.s car sa car­rière est en som­meil depuis une petite décen­nie ? Con­tin­uer la lec­ture →

Les choses communes

Nicole MALINCONI, Ce qui reste, Impres­sions nou­velles, 2021, 128 p., 13 € / ePub : 8.99 €, ISBN : 9782874498336

malinconi ce qui resteOn se sou­vient qu’à la ren­trée 2017, Nicole Mal­in­coni pub­li­ait De fer et de verre. Avec ce livre, elle intro­dui­sait dans son œuvre une dimen­sion his­torique qu’elle n’avait qu’effleurer jusqu’alors (à part dans Un grand amour). Elle racon­tait, dans un souf­fle human­iste, la biogra­phie de la Mai­son du Peu­ple, chef‑d’œuvre de l’Art nou­veau détru­it par la brux­el­li­sa­tion; elle l’inscrivait dans l’histoire de la Bel­gique, du mou­ve­ment social­iste, des deux guer­res mon­di­ales, des grèves de soix­ante… Con­tin­uer la lec­ture →

Le goût des mots

Nicole MALINCONI, Un soir en cui­sine, Esper­luète, 2020, 40 p., 12 €, ISBN : 9782359841329

malinconi un soir en cuisineDans la restau­ra­tion, les mots sont plus essen­tiels que ce qu’il pour­rait sem­bler de prime abord (comme dans le reste de la vie en somme). La lec­ture de la carte d’un restau­rant déclenche l’envie, le désir, le fan­tasme, ouvre et nour­rit l’appétit. Et rien n’est plus rageant qu’un plat qui ne s’avère pas à la hau­teur de son appel­la­tion, qui se révèle moins orig­i­nal, moins savoureux que sa promesse. Le Restau­rant Frédéric Doucet à Charolles, en Bour­gogne, n’est pas un de ces étab­lisse­ments bon­i­menteurs, pas un de ceux qui affab­u­lent, roman­cent, si l’on en croit Nicole Mal­in­coni. « Car, dit le chef, une assi­ette ne ment pas sur son nom ». C’est sur ce même principe éthique des mots qui dis­ent vrai et col­lent au plus près du réel que l’autrice, invitée priv­ilégiée des cuisines du restau­rant, décrit ce qu’elle y a vu et qui est habituelle­ment occulté à la clien­tèle. Con­tin­uer la lec­ture →

Petits arrangements avec les dettes

Jean Pierre JANSEN, On n’entre pas comme ça chez les gens, Quad­ra­ture, 2020, 118 p., 16 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 9782931080047

jansen on n entre pas comme ca chez les gens« Quand un créanci­er ne veut ni pay­er ni s’arranger à l’amiable, c’est la plainte, le tri­bunal, le juge­ment, et finale­ment, dans le cas qui nous occupe, la saisie. C’est là que j’entre en scène ». Qu’il entre en scène. L’huissier. Le nar­ra­teur des quinze nou­velles du pre­mier recueil de Jean Pierre Jansen, On n’entre pas comme ça chez les gens ! avec sa dose d’humanité, de philoso­phie et un humour tout per­son­nel que rend bien le style fam­i­li­er de l’auteur, avec ses com­para­isons mali­cieuses. Con­tin­uer la lec­ture →

La mère, le père & l’être dans la langue

Un coup de cœur du Car­net

Nicole MALINCONI, Nous deux, Da solo, post­face de Marie Klinken­berg, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2020, 260 p., 8,5 €, ISBN : 9782875684882

malinconi nous deux da soloAmour pos­sédé. Amour sous pos­ses­sion. Amour. Avoir. Ain­si com­mence Nous deux. Par un court poème sous forme de décli­nai­son amoureuse : « Heureuse­ment que je t’ai/Heureusement qu’on s’a… »  Jusqu’à l’ambigu dernier vers : « Tu m’as eue ». Piège. De l’amour. De l’amour mater­nel dans ce livre-ci de Nicole Mal­in­coni, prix Rossel 1993. Le livre de la mère et de la fille. Con­tin­uer la lec­ture →

Homo sum

Dominique COSTERMANS et Régine VANDAMME, Le bureau des secrets pro­fes­sion­nels. His­toires vécues au tra­vail, T. 1, Pré­face de Pas­cal Chabot, illus­tra­tions d’Allilalu, Renais­sance du livre, 2020, 248 p., 20 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2507056865

costermans vandamme le bureau des secrets professionnelsAlors que l’idéologie néolibérale a pro­gram­mé la déshu­man­i­sa­tion du tra­vail, qu’elle s’y attelle, que la révo­lu­tion numérique pousse à con­fon­dre le tra­vailleur et l’ordinateur, l’humain résiste, existe. Il n’a pas déserté le peu­ple des laborieux qui prend la parole autant que l’outil dans Le bureau des secrets pro­fes­sion­nels. Et tant qu’il par­lera, humain il restera. Con­tin­uer la lec­ture →

Rêvez Mapuetos !

Patrick LOWIE, Next (F9), 66 autres por­traits oniriques, Les Chroniques de Mapuetos n°6, P.A.T., 2020,174 p., 18 €, ISBN : 978–2‑930959–09‑2

lowie next f9 66 autres portraits oniriques pATPour l’écrivain et édi­teur Patrick Lowie, quelque chose a bas­culé dans la nuit du 10 au 11 sep­tem­bre 2012. Cette nuit-là, il rêva pour la pre­mière fois de Mapuetos. Depuis, la ville qui existe de ne pas exis­ter a envahi la carte de ses pen­sées, l’atlas de ses rêves et la géo­gra­phie de son œuvre. Elle y a créé un relief dont les repères ne cessent de s’effacer, de dis­paraître, de se recom­pos­er. Elle méta­mor­phose en fic­tion onirique tout ce qu’elle (ne) ren­con­tre (pas). Qu’il s’agisse des textes que Patrick Lowie crée à par­tir des écrits abon­dants – plus de six mille pages – et poly­mor­phes de Marceau Ivréa, cet écrivain (qui serait) mort dans une prison brux­el­loise et dont il s’est (se serait) procuré les archives, ou des por­traits qu’il a com­mencé à rédi­ger en 2016 pour le mag­a­zine inter­net Le Mague et qu’il pour­suit aujourd’hui sur le site Next (F9). Con­tin­uer la lec­ture →

En exil dans l’exil

Omar BERGALLOU, Marox­el­lois, Couleur livres, 2020, 140 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87003–8841‑9

Omar Bergal­lou est né au Maroc, dans un quarti­er pau­vre de Tanger, au milieu des années soix­ante. Il y passe les tout pre­miers temps de sa vie, et plus tard, de brefs séjours de vacances ; il n’a guère vécu de ce côté-là de la Méditer­ranée. Quand il a six mois, la famille émi­gre en Bel­gique où le père tra­vail­lait déjà comme cof­freur-fer­railleur. Et c’est là, en Bel­gique, sous le ciel gris de Brux­elles, qu’il a con­tin­ué à vivre, et qu’il vit aujourd’hui encore. A‑t-il ressen­ti l’excitation ou la douleur du départ, la brûlure tran­chante de l’adieu à la terre ? Sa mère dira que sur le bateau reliant l’Afrique à l’Europe il hurlait de toute sa voix comme si son âme voulait sor­tir de son corps. Quoi qu’il en soit, quelle qu’ait été, nour­ris­son, sa per­cep­tion de l’éloignement, il est devenu, mal­gré tout un : exilé. Con­tin­uer la lec­ture →

La vie (près de) chez soi

William CLIFF, Le temps suivi de Notre-Dame, Table ronde, 2020, 128 p., 15 €, ISBN : 979–10-371‑0650‑6

Il est une des modal­ités de la lec­ture qu’Umberco Eco regret­tait mais esti­mait inévitable : le titre d’un livre s’avère presque tou­jours déjà une clef inter­pré­ta­tive. Ain­si se pré­pare-t-on, peut-être, à lire LE TEMPS suivi de NOTRE-DAME comme une réflex­ion philosophique ver­si­fiée (au regard de l’indication générique : Poésie) pro­longé d’un hom­mage à la cathé­drale parisi­enne dont la flèche et une par­tie du toit ont été détru­its il y a un an. Une fois le livre ouvert et six pages tournées, en décou­vrant que le titre dédié à la pre­mière et prin­ci­pale par­tie du recueil a per­du ses cap­i­tales (même à l’initiale) pour devenir le temps, on recadre. Con­tin­uer la lec­ture →

Camille Lemonnier, le premier et le dernier des écrivains belges

Frédéric SAENEN, Camille Lemon­nier, le « Zola belge », décon­struc­tion d’un pon­cif lit­téraire, Académie royale de Bel­gique, coll. «  L’Académie en poche », 2019, 104 p., 7 € / ePub : 3.99 €, ISBN : 978–2‑8031–0702‑5

Les clichés, les lieux com­muns et les pon­cifs ont la vie dure et par­fois nous pol­lu­ent. Ils s’imposent à l’esprit, à la bouche et à la plume plus vite que la pré­ci­sion, la com­plex­ité et la nuance. Il en est en lit­téra­ture comme ailleurs. Ain­si Camille Lemon­nier ne cesse-t-il pas d’être con­sid­éré comme le Zola belge. Comme si, par ces mots, on avait tout dit, de son œuvre. Et cela ne date pas d’aujourd’hui. Dans Camille Lemon­nier, le « Zola belge », décon­struc­tion d’un pon­cif lit­téraire, le cri­tique Frédéric Sae­nen, fidèle col­lab­o­ra­teur du Car­net et les Instants, explique la genèse de ce lieu com­mun, met en évi­dence les mécan­ismes de sa viral­ité afin de mieux le défaire et avancer des propo­si­tions nou­velles. Con­tin­uer la lec­ture →

Le vieux métier de vivre et d’écrire

Un coup de cœur du Car­net

William CLIFF, Immor­tel et périss­able, choix anthologique et post­face de Gérard Pur­nelle, Impres­sions Nou­velles, coll. « Espace Nord », 2019, 240 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87568–424‑0

Il porte un nom (pseu­do­nyme) d’acteur améri­cain, une gueule pareille ; il est à faire se damn­er un saint, William Cliff. Mais plutôt que de s’exhiber sur les écrans tout en longueur du ciné­matographe, c’est sur d’autres sur­faces blanch­es qu’il a inscrit son corps, sa vie (matière qua­si exclu­sive de son œuvre, avec l’espèce humaine) : celles des pages des recueils de poésie et des romans. Bien qu’on puisse l’entendre mur­mur­er qu’il est mal­con­tent :

de quelle insat­is­fac­tion souf­frez-vous 
(c’est la gloire la gloire qui me manque)
, Con­tin­uer la lec­ture →

Le top 3 de Michel Zumkir

Le meilleur de l’an­née lit­téraire belge 2019 par les chroniqueurs du Car­net et les Instants. Aujour­d’hui : le choix de Michel Zumkir. Con­tin­uer la lec­ture →

Une voix qu’on entend de loin et si près

Lau­rent DEMOULIN et Pierre PIRET (dir.), Nicole Mal­in­coni, Textyles n°55, Sam­sa, 2019, 217 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87593–232‑7

C’est la voix de Nicole Mal­in­coni, tra­ver­sée de toutes les voix du monde.

Il fal­lait bien tout un vol­ume de la revue Textyles, dirigé par Lau­rent Demoulin et Pierre Piret, pour con­sid­ér­er l’ampleur et la diver­sité d’une œuvre sin­gulière et plurielle comme la sienne. C’est dire que tous les arti­cles por­tent un éclairage nou­veau et un regard dif­férent quel que soit l’aspect envis­agé. Ils recou­vrent la presque total­ité des textes pub­liés jusqu’alors. D’Hôpi­tal silence à l’Abécé­daire des mots détournés, ils rela­tent l’expérience intime comme dans Nous deux ou détachent un pan de l’histoire sociale comme dans De fer et de verre. Con­tin­uer la lec­ture →

Bruxelles, section criminelle

Anne-Cécile HUWART, Mourir la nuit, Onlit, 2019, 252 p., 18 € / ePub : 6 €, ISBN : 978–2‑87560–114‑8

S’il est un domaine de la vie que l’on con­naît essen­tielle­ment par la fic­tion, c’est bien celui de la crim­i­nal­ité. On est nour­ri de romans policiers, de films noirs, crim­inels, de séries télévisées, téléchargées ou en flux dif­fusées, de Faites entr­er l’accusé… On absorbe les gestes (la ges­tic­u­la­tion par­fois) des enquê­teurs, les tech­niques sci­en­tifiques, les procé­dures judi­ci­aires au point de finir par les croire vrais alors qu’ils ne sont que vraisem­blables (et encore…), qu’ils sont nour­ris autant par leur pro­pre mytholo­gie que par la réal­ité du ter­rain. Davan­tage ? Qu’en sait-on vrai­ment ? Pour dépass­er la fic­tion, Anne-Cécile Huwart, jour­nal­iste spé­cial­isée dans les affaires judi­ci­aires, la san­té, l’enseignement, le social est allée observ­er au plus près l’instruction des crimes. Puis elle l’a racon­tée au plus juste, « de l’intérieur, sans voyeurisme, dans le respect de l’instruction et de la dig­nité des vic­times et de leurs proches. » In fine, out­re le fait qu’il n’y ait héroï­sa­tion ni de la police ni des crim­inels, le plus éton­nant est le rap­port au temps : rien ne va vite. Entre le moment où le meurtre est com­mis et l’énoncé du ver­dict, il se passe des années. Anne-Cécile Huwart a respec­té cette tem­po­ral­ité lente. Elle a mené son tra­vail minu­tieuse­ment, au long cours. Son enquête a duré près de six ans. Un temps que per­met le livre et que ne souf­frent pas les médias et les réseaux soci­aux. Con­tin­uer la lec­ture →