Que nous réserve la rentrée littéraire belge ?

« Grand-messe » de la lit­téra­ture pour les uns, « cirque » pour les autres, la ren­trée lit­téraire ani­me le petit monde des Let­tres de la mi-août jusqu’au début décem­bre, moment où les grands prix lit­téraires livrent leurs ver­dicts. On rap­pelle sou­vent qu’il s’agit là d’un rit­uel fran­co-français, qui n’a son équiv­a­lent dans aucun autre pays. 

Quid alors de la  Bel­gique fran­coph­o­ne ? Nom­bre d’auteurs belges sont pub­liés en France : ceux-là n’échappent pas au phénomène. Ceux du moins que leur mai­son d’édition a pro­gram­més à l’automne – signe, en général, que ladite mai­son croit par­ti­c­ulière­ment en leur livre. La sit­u­a­tion des auteurs (belges ou étrangers) pub­liés en Bel­gique est quant à elle moins claire. Les édi­teurs belges ont certes un pro­gramme de pub­li­ca­tions autom­nal chargé, témoignant de l’importance sym­bol­ique de la péri­ode, mais la plu­part dis­ent vouloir éviter l’engorgement des pre­mières semaines et plan­i­fient plutôt leurs sor­ties pour octo­bre, voire novem­bre.

La ren­trée belge 2018 avait été par­ti­c­ulière­ment ani­mée par le suc­cès du pre­mier roman d’Adeline Dieudon­né, La vraie vie, éclip­sant pour par­tie d’autres livres de qual­ité parus à la même péri­ode. Dif­fi­cile d’imaginer qu’un tel « coup » lit­téraire puisse avoir lieu à nou­veau cette année – mais qui sait ? La ren­trée lit­téraire 2019 s’annonce de toute façon riche, var­iée et inat­ten­due, avec notam­ment quelques pre­miers romans. Revue des livres annon­cés.

Romans et nouvelles

Éditeurs français

Leroy les yeux rougesLes édi­teurs français dégaineront donc les pre­miers, pour une ren­trée lit­téraire qui sera toute­fois plus restreinte que l’an­née dernière. Livres Heb­do dénom­bre en effet 524 romans annon­cés pour la péri­ode, alors qu’ils étaient 567 en 2018. Le nom­bre de tra­duc­tions reste sta­ble : la baisse con­cerne exclu­sive­ment les livres fran­coph­o­nes (381 en 2018 con­tre 336 cette année).

C’est Myr­i­am Leroy qui ouvri­ra le bal belge dans l’Hexagone, dès le 14 août, avec Les yeux rouges. Après Ari­ane, son pre­mier roman final­iste du Rossel et du Goncourt du pre­mier roman, elle passe des édi­tions Don Qui­chotte au Seuil pour cette his­toire d’un har­cèle­ment numérique.

d'oultremont baikonourComme pour Myr­i­am Leroy, la ren­trée lit­téraire 2019 sera celle de la con­fir­ma­tion pour Odile d’Oultremont. Après avoir obtenu le prix de la Closerie des lilas et le prix des lecteurs Club pour Les déraisons, elle revient chez le même édi­teur, L’observatoire, avec un deux­ième roman, Baïko­nour. Après son pre­mier roman Claus­tra­tions (Nou­velles plumes), Sal­va­tore Min­ni change d’édi­teur — il passe chez Slatkine & Cie -, mais appro­fon­dit la veine de la lit­téra­ture de genre avec Anam­nèse. Quant à Éti­enne Ver­has­selt, il pour­suit dans le genre bref : seul nou­vel­liste final­iste du dernier Rossel avec Les pas per­dus (Tripode) en 2018, il pub­lie cette année L’éternité, brève, chez le même édi­teur. Un recueil de nou­velles au sous-titre promet­teur : Éclats du grand foutoir

bartholeyns deux kilos deuxOn se réjouira aus­si de décou­vrir plusieurs pri­mo-romanciers. Livres Heb­do annonce 82 pre­miers romans :  les Belges fig­urent en nom­bre dans ce recense­ment. C’est notam­ment le cas de l’historien Gil Bart­ho­leyns, dont Deux kilos deux paraitra chez Lat­tès en août. Si Bart­ho­leyns nous emmène dans les Hautes Fagnes, Philippe Mar­czews­ki a quant à lui choisi Liège pour Blues pour trois tombes et un fan­tôme (Inculte). L’en­vi­ron­nement très proche sera aus­si au coeur du pre­mier livre de Philippe FiévetLe temps des arbres (Rouer­gue), puisque c’est son pro­pre jardin, conçu comme un espace ini­ti­a­tique, que l’au­teur évoque. Le Japon sera mis à l’hon­neur dans Le bal­let des retar­dataires (Inter­valles) de Maïa Aboueleze, autrice française instal­lée à Brux­elles, qui narre les aven­tures d’une Européenne admise dans une école de tam­bour tra­di­tion­nel japon­ais. Le Japon sera aus­si mis à l’hon­neur par Théo Cas­ciani, qui nous baladera de Paris à Kyoto en pas­sant par Berlin avec Rétine (P.O.L.). Chez Slatkine & Cie, l’his­to­ri­enne et psy­ch­an­a­lyste Sylvie Laus­berg s’in­téressera, dans Madame S, à Mar­guerite Stein­heil, restée célèbre pour avoir été la dernière maîtresse de Félix Fau­re, mais dont l’his­toire est finale­ment assez mécon­nue. L’His­toire inspir­era aus­si Sylvestre Sbille. Il évo­quera la Deux­ième guerre mon­di­ale et l’attaque du con­voi n° 20, qui a sauvé une cen­taine de per­son­nes en avril 1943 dans J’écris ton nom, aux édi­tions Bel­fond. Un roman salué dès avant sa sor­tie en librairie, puisqu’il fig­ure par­mi les six final­istes du prix Fil­igranes. Guil­laume Sorensen nous invite à suiv­re son héros, Théodore-James Lib­s­ki, lors d’une expédi­tion autour du monde à la recherche d’espèces men­acées. Entre un équipage étrange et des ani­maux rares, Le planis­phère Lib­s­ki (L’olivier) s’annonce comme un pre­mier roman dro­la­tique.

rentrée littéraire wajskop la force du crabeDes auteurs (rel­a­tive­ment) rares fer­ont leur retour cet automne. Char­ly Del­wart, qui n’avait plus pub­lié de roman depuis Chut (Seuil) en 2015 (mal­gré un détour par la lit­téra­ture jeunesse), revient avec Data­bi­ogra­phie (Flam­mar­i­on), une auto­bi­ogra­phie con­stru­ite sur des chiffres, des don­nées, des graphiques. Patri­cia Emsens reste quant à elle fidèle à son édi­teur Des Bus­clats pour son troisième roman, His­toires d’un mas­sacre, autour des aléas qu’a con­nus le Mas­sacre des inno­cents de Bruegel. Après le recueil de nou­velles Papas ! en 2016, Michel Tor­rekens retourne au roman, et pub­lie L’hirondelle des Andes (Zel­lige), qui con­duira, à la suite de son héroïne Pauline, ses lecteurs au Pérou et à la décou­verte de la cul­ture inca. Quant à Bruno Wajskop, il racon­te dans La force du crabe (Le bord de l’eau) l’histoire d’un père se met­tant à la recherche de son fils qu’il n’a plus vu depuis des années. Par­tic­u­lar­ité : père et fils sont dotés de pou­voirs très utiles. Le roman vaut à Bruno Wajskop une place de final­iste du prix Fil­igranes 2019

nothomb soifFidèles à  eux-mêmes, les habitués de la ren­trée lit­téraire seront à nou­veau présents en cet automne 2019. C’est bien sûr le cas d’Amélie Nothomb, qui n’a pas man­qué une ren­trée depuis 1992 et la sor­tie d’Hygiène de l’assassin. Elle revient cette année avec un titre aus­si bref que sibyllin, Soif, dont le héros n’est autre que Jésus. Le livre paraitra chez son édi­teur his­torique, Albin Michel, mais aus­si en livre audio chez Audi­olib. Il en va de même pour l’autre auteur belge des édi­tons Albin Michel, Éric-Emmanuel Schmitt, qui avec Jour­nal d’un amour per­du, abor­dera le thème du deuil de la mère. Thomas Gun­zig présen­tera lui aus­si son nou­veau roman, Feel good (Dia­ble vau­vert). Un livre qui vient après le suc­cès ren­con­tré par ses deux précé­dents romans : La vie sauvage (2017) lui avait valu le prix Fil­igranes et Manuel de survie à l’usage des inca­pables (2013)  le prix tri­en­nal de lit­téra­ture de la FWB. À décou­vrir égale­ment : D’innombrables soleils, le qua­trième roman d’Emmanuelle Pirotte, fidèle elle aus­si à l’édi­teur de ses débuts, le Cherche Midi. Elle con­firme son attache­ment au roman his­torique en nous plongeant cette fois dans l’his­toire du poète anglais Christo­pher Mar­lowe. Alors que sa Pati­noire parais­sait il y a quelques semaines à peine aux Impres­sions nou­velles, Jean-Philippe Tou­s­saint sera égale­ment de la ren­trée lit­téraire, avec le roman La clé USB (Minu­it).

Autrice pro­lifique mais assez rare à la ren­trée lit­téraire, Nadine Mon­fils pub­liera cet automne Le rêve d’un fou aux édi­tions Fleuve, évo­ca­tion libre de la vie du fac­teur Cheval. Yves Ten­ret sera lui aus­si de cette ren­trée avec L’an­née de tous les bais­ers, aux édi­tions Médi­apop, de même que Kenan Gorgün. Pub­lié aux édi­tions Les arènes, Le sec­ond dis­ci­ple racon­te l’his­toire d’un ancien mil­i­taire con­ver­ti à l’Is­lam rad­i­cal en prison et devenu ter­ror­iste. 

Éditeurs suisses

L’ex­is­tence d’un tro­pisme parisien chez les auteurs belges n’est plus à démon­tr­er. Cer­tains, beau­coup plus rares, choi­sis­sent toute­fois l’ex­pa­tri­a­tion (édi­to­ri­ale) vers une autre terre fran­coph­o­ne : la Suisse. C’est ain­si que Xavier Löwen­thal pub­liera Nathan aux édi­tions Hélice Hélas. Un livre que son sous-titre décrit comme un “roman pornographique et misog­y­ne pour jeune fille”. 

 
Éditeurs belges

Le pro­gramme autom­nal des édi­teurs belges est lui aus­si très copieux, même si nous n’en retien­drons ici que les livres signés d’auteurs belges.

Aux édi­tions Acad­e­mia, André Philip­part racon­te la tra­jec­toire dif­fi­cile d’un “enfant de migrant” dans Laslo ou l’in­for­tune d’un enfant de migrant, tan­dis que Car­o­line Tapernoux dresse dans Une femme d’ex­térieur un fin por­trait d’une femme éman­cipée dans une société qui ne l’ac­cepte pas tou­jours.

Aux édi­tions du Coudri­er, Car­o­line Bou­choms célébr­era avec Cheveux rouges la mémoire de sa grand-mère, déportée et sur­vivante du nazisme.  Emmanuelle Ménard livr­era quant à elle ses Impres­sions voyageuses, le car­net d’un voy­age d’un an dans l’hémis­phère sud. 

frederique dolphijn au bord du mondeCette année encore, les édi­tions Esper­luète militeront sur tous les fronts : roman, essai et lit­téra­ture de jeunesse. Dans le domaine de la fic­tion paraitra Au bord du monde, roman choral de Frédérique Dol­phi­jn autour d’un gîte de vacances et des locataires qui s’y suc­cè­dent. Dans son nou­veau livre illus­tré par Kikie Crêve­coeur, Poids plumes, Nicole Mal­in­coni s’est intéressée aux oiseaux pour un recueil de textes dans lequel l’écrivaine dresse, sur un mode poé­tique, le por­trait des espèces qu’elle a observées. 

dumont de l autre cote des flammesChez Genèse, De l’autre côté des flammes, pre­mier roman de Sophie-Marie Dumont, revien­dra sur l’incendie qui a rav­agé l’Innovation en 1967, dans une fic­tion où le drame de tout un peu­ple se mêle au drame per­son­nel de l’héroïne. Genèse pub­liera égale­ment Sans des­ti­na­tion finale, le nou­veau roman du dernier lau­réat du prix des lycéens de lit­téra­ture : le juge d’in­struc­tion et romanci­er Michel Claise, dont l’éditrice habituelle, Luce Wilquin, a récem­ment cessé ses activ­ités. Il y sera ques­tion de la descente aux enfers d’une femme dev­enue SDF suite au décès bru­tal de son fils et de son mari. Soupçon­née de cam­bri­o­lage et de meurtre, elle se trou­ve prise dans les griffes d’un sys­tème judi­ci­aire pour lequel elle a tout de la coupable idéale. 

jauniaux belgiquesLes édi­tions Ker pour­suiv­ent leur col­lec­tion de nou­velles « Bel­giques ». Après Luc Baba, Alain Dartev­elle, Vin­cent Engel, Françoise Lalande, Giuseppe San­toliq­ui­do et Yves Wellens, c’est cette fois Jean Jau­ni­aux qui se prête à l’exercice et évoque par la fic­tion quelques épisodes mar­quants de l’histoire du roy­aume. Le même édi­teur pub­liera aus­si un recueil col­lec­tif de nou­velles, Les bâtis­seurs, signées par Nico­las Ancion, Véronique Bergen, Philippe Claudel, Geneviève Damas, Vin­cent Engel, Armel Job, Car­o­line Lamarche, Gré­goire Polet, Chris­tine Van Ack­er et Isabelle Wéry et précédées d’un témoignage de Rob Hop­kins. Les nou­vel­listes abor­dent par la fic­tion des ques­tions fon­da­men­tales sur le monde d’aujourd’hui et sur celui qui nous voulons pour l’avenir. Dans Le stakhanoviste, Philippe Thewis­sen pro­pose un réc­it-témoignage sur le burn-out et une réflex­ion sur les mécan­ismes qui y mènent dans la société con­tem­po­raine.

Dix ans après son dernier roman Con­fi­dences de l’olivier, Sophie Buyse revient chez Mael­ström pour un nou­veau roman, Amour et kab­bale. Mael­ström pub­liera aus­si Le syn­di­cal­iste, le soufi et moi d’Evrahim Baran.

Mar­que belge édite à titre posthume deux romans (en un seul vol­ume) de l’écrivain et plas­ti­cien Chris­t­ian Cop­pin : Le sel des larmes et Katame fude.

Qua­tre livres sont au pro­gramme de la ren­trée lit­téraire des édi­tions M.E.O. Sig­nalons tout d’abord un pre­mier roman de Tania Ova-Neu­man, Miss Patchouli. Isabelle Fable pub­lie un réc­it, Ces trous dans ma vie. Paraitront aus­si deux romans de deux auteurs fidèles à la mai­son d’édi­tion : Les larmes de Ves­ta de Michel Joiret et L’avenue, la Kas­bah de Daniel Soil.

Géral­dine de Radiguès pub­liera Le som­nam­bule libéré aux édi­tions Mols, roman dans lequel le héros est con­fron­té à deux parts opposées de lui-même qu’il va appren­dre à con­cili­er.

delhasse clapton a tue ma femmePas moins de six romanciers fer­ont la ren­trée aux édi­tions Mur­mure des soirs. Alexan­dre Mil­lon nous emmène à Mons, sur les traces de Léon Losseau avec 37 rue de Nimy. Après deux livres con­sacrés aux mémoires de Bruna, une Bel­go-polon­aise sor­tie de l’enfer des camps (His­toire de Bruna et Un jour comme un oiseau), Marc Pir­let revient à la fic­tion avec Le joueur de bon­neteau. Dans Les secrets du basti­don bleu, Paul de Ré nous plonge dans les années ’30 et ’40, et le Sud de la France en ces temps trou­blés. La Deux­ième guerre mon­di­ale a aus­si inspiré Serge Quoid­bach pour L’affaire Rus­poli. Guy Del­has­se s’essaie lui au “polar sauce lapin” avec Éric Clap­ton a tué ma femme. La nuit du man­u­scrit de Jacque­line Calem­bert, enfin, racon­te l’histoire d’un man­u­scrit oublié au décès de son auteur, mais qui resur­git dans la vie du fils de ce dernier.  

sel eliseONLiT mise cette année sur un trio de jeunes auteurs : deux pre­miers romans et un deux­ième. La pri­mo-roman­cière Véronique Deprêtre pub­lie Fan­chon : l’héroïne éponyme doit faire face à la mort de son père et aux con­séquences de celles-ci sur toute sa famille. Autre pri­mo-roman­cière, Anne-Cécile Huwart s’aventure au point de jonc­tion entre jour­nal­isme et polar avec Mourir la nuit, sur les pas de la Crim’ brux­el­loise. Après le large suc­cès, pub­lic et cri­tique, de Rosa, Mar­cel Sel a choisi un autre prénom féminin pour le titre de son deux­ième roman : Élise. L’auteur s’intéresse à nou­veau à la Deux­ième guerre mon­di­ale et au fas­cisme, évo­quant la fig­ure d’Élise May, l’une des goû­teuses d’Hitler.

Des nou­velles, rien que des nou­velles, bien sûr, au pro­gramme des édi­tions Quad­ra­ture. Et un auteur belge pour cette ren­trée : Marc Menu, pour le recueil Alors c’est du jazz (titre pro­vi­soire).

La Renais­sance du livre pub­lie Le train, le nou­veau roman de Xavier Deutsch, his­toire d’un jeune garçon qui, seul de sa famille, s’échappe d’un con­voi par­tant pour Auschwitz. 

Trois livres sont inscrits au pro­gramme autom­nal des édi­tions Tra­verse. Auteur touchant à tous les gen­res, Luc Del­lisse pub­liera un recueil de nou­velles en cette ren­trée lit­téraire — de vingt nou­velles plus pré­cisé­ment : Le sas. Avec Jérôme Bosch au Con­go, Serge Gold­wicht livre un recueil de textes évo­quant sa rela­tion par­ti­c­ulière à l’an­ci­enne colonie belge. Ce livre d’artiste accom­pa­gne une expo­si­tion prévue à la Galerie Ambre Con­go. Quant à Jean-Louis Sbille, il nous con­vie à la ren­con­tre entre un vieil­lard Tirailleur Séné­galais et un quadra des
quartiers chics du Brux­elles d’aujourd’hui dans le roman Le fils du tirailleur.

Les édi­tions Weyrich pub­lieront un roman his­torique de Claude Froid­mont, Per­ver­sus ou L’his­toire d’un imprimeur lié­geois au temps des Lumières : un ouvri­er imprimeur du XVI­I­Ie siè­cle se trou­ve déposi­taire d’un livre qui pour­rait boule­vers­er le cours de l’Histoire. Trois ans après Le grand cerf, Nico­las Mar­chal revient chez le même édi­teur avec un nou­veau roman : Les faux Simenon, où se croisent, dans une ville de Liège labyrinthique, une jeune Por­tu­gaise par­tie sur les traces de Simenon, un rat de bib­lio­thèque qui a renon­cé à l’amour et un mar­gin­al qui ressem­ble beau­coup au père de Mai­gret.

Espace Nord : le patrimoine bien vivant

chavee ecrit sur un drapeau qui bruleSi la ren­trée lit­téraire fait la part belle aux nou­veautés, la lit­téra­ture pat­ri­mo­ni­ale ne se met pas pour autant en som­meil. En témoignent le copieux pro­gramme de la col­lec­tion Espace Nord et la diver­sité des titres pro­posés. Une pro­gram­ma­tion qui met en avant les fon­da­men­taux de la lit­téra­ture belge, sur­réal­isme et fan­tas­tique, avec respec­tive­ment une antholo­gie de textes de Chavée, Écrit sur un dra­peau qui brûle, et le dou­ble retour de Jean Ray dans la col­lec­tion (Le grand noc­turne suivi des Cer­cles de l’épouvante et Les con­tes du whisky) avant Malper­tu­is et Le car­rousel des malé­fices, annon­cés pour le print­emps 2020. La veine fan­tas­tique, Féli­cien Rops l’a lui aus­si illus­trée dans son œuvre plas­tique. Espace Nord pub­lie en cette ren­trée une antholo­gie de textes de l’artiste, au titre promet­teur : Mémoires pour nuire à l’histoire artis­tique de mon temps. Un ouvrage éclairant pour qui cherche à com­pren­dre le tra­vail et le par­cours du Namurois. Une bonne nou­velle égale­ment : Faux passe­ports, le pre­mier prix Goncourt belge signé Charles Plis­nier, longtemps épuisé, sera de nou­veau disponible. Espace Nord pour­suit égale­ment son tra­vail de mise en évi­dence des « clas­siques de demain » en inscrivant des oeu­vres con­tem­po­raines à son cat­a­logue. Cet automne, ce sera le cas de Nathalie Skowronek avec Un monde sur mesure et William Cliff (Immor­tel et périss­able). Notons enfin cette petite pépite prévue elle aus­si cet automne : Le mar­tyre d’un sup­port­er, roman désopi­lant d’un Mau­rice Carême que l’on (re)découvre là où on ne l’attendait guère.

Un peu de poésie

Trois recueils  poé­tiques sont atten­dus aux édi­tions Tétras Lyre pour cette ren­trée. Thibaut Creppe (La ville endormie) et Maud Joiret (Cobalt) pub­lient tous deux leur pre­mier recueil. Ils voisineront avec le chevron­né Karel Logist, dont parait Un cœur lent.

Les édi­tions Tail­lis pré présen­teront le pre­mier recueil du promet­teur poète Vin­cent PothAu bord de l’abîme

Emmanuelle Ménard dou­blera la mise pour Le Coudri­er : out­re son réc­it de voy­age, elle pub­lie aus­si un recueil poé­tique, Si vous croyez que l’amour a don­né son dernier bais­er.  Avec Pier­res de vie, Annie Préaux ren­dra quant à  elle un hom­mage poé­tique au sculp­teur Chris­t­ian Claus. 

Véronique Daine explor­era le poème en prose avec Amoureuse­ment la gueule dans la tou­jours sur­prenante col­lec­tion “D’autre part” à L’herbe qui trem­ble.

Chez Fata Mor­gana, le nou­veau recueil de Jacques Sojch­erJoie sans rai­son, sera illus­tré par Arié Man­del­baum.

La rentrée littéraire de la non-fiction

baronian maigretDepuis quelque temps main­tenant, Impres­sions nou­velles a resser­ré ses activ­ités autour de la non-fic­tion. Cet édi­teur pro­pose un riche pro­gramme de ren­trée dans le domaine de l’essai, met­tant en avant des auteurs inter­na­tionaux autant que belges. Pour ce qui con­cerne ces derniers, Mon­des (im)parfaits. Autour des Cités obscures de Schuiten et Peeters accom­pa­gne l’exposition que la Mai­son d’ailleurs (Yver­don, Suisse) con­sacre à l’univers des deux auteurs. En cette année où l’on célèbre Simenon à l’oc­ca­sion des trente ans de sa dis­pari­tion, Jules Mai­gret rejoint Jack Spar­row, Nos­fer­atu et Bat­man dans la col­lec­tion « La fab­rique des héros ». Le vol­ume est signé Jean-Bap­tiste Baron­ian. Un Baron­ian d’ailleurs par­ti­c­ulière­ment act­if en cette ren­trée puisqu’il pub­lie égale­ment un Dic­tio­n­naire de la gas­tronomie et de la cui­sine belges aux édi­tions du Rouer­gue.

Au Cac­tus inébran­lable, Théophile de Giraud pub­lie La grande supercherie chré­ti­enne. L’au­teur inter­roge l’hia­tus entre le dis­cours natal­iste des églis­es chré­ti­ennes et les pra­tiques du chris­tian­isme des orig­ines, où la famille et la repro­duc­tion ne sem­blent guère présentes.  

Les édi­tions des Midis de la poésie met­tront à l’hon­neur… la poésie avec La poésie comme mode d’emploi du monde de Pas­cale Seys. Un livre dans lequel la chercheuse tente de répon­dre à la ques­tion : De quoi et com­ment un poème peut-il nous sauver?

Dolphijn anne herbauts la tete dans la haieSous le signe de l’Esper­luète, la col­lec­tion d’entretiens « Orbe », menée par Frédérique Dol­phi­jn, s’enrichit d’un nou­veau vol­ume, con­sacré à Anne Herbauts (Anne Herbauts, la tête dans la haie).

Aux édi­tions Acad­e­mia, Alain Dan­tinne revient avec humour et dis­tance sur un par­cours de quar­ante ans d’en­seigne­ment avec 68, rue des écoles

Dans le domaine de l’entretien égale­ment, Pas­ca­line David, l’une des deux fon­da­tri­ces et direc­tri­ces des édi­tions Diag­o­nale, pub­liera aux édi­tions Actes Sud Les mon­des pos­si­bles de Jérôme Fer­rari, un livre d’entretiens avec le lau­réat du Goncourt 2012. Chez le même édi­teur, Vin­ciane Despret pub­lie Habiter en oiseau. Entre ce livre et celui de Nicole Mal­in­coni et Kikie Crêve­coeur, l’or­nitholo­gie sera par­ti­c­ulière­ment à l’hon­neur en cette ren­trée.

Les édi­tions Prismes pub­lieront Turn­ing 18, un beau-livre où les pho­tos d’Anne-Cather­ine Cheva­lier voisineront avec des textes de Geneviève Damas autour du thème “Avoir 18 ans”. 

Chez Odile Jacob, un essai inédit de la regret­tée Elisa Brune (décédée fin 2018), cosigné par Paul Qwest, La vie comme événe­ment : ce que l’art et la sci­ence élar­gis­sent en nous, puis­era dans l’his­toire des sci­ences et des arts des exem­ples invi­tant à l’au­dace et à la curiosité. 

rentrée littéraire felix vallotton jean philippe toussaintL’éditeur parisien L’observatoire se met résol­u­ment à l’heure belge cet automne puisque, out­re le deux­ième roman déjà évo­qué d’Odile d’Oultremont, il pub­liera L’ivre de mots de Stéphane De Groodt, un livre qui plaira aux amoureux des jeux de mots et autres calem­bours, mais aus­si Indig­na­tion totale : ce que notre addic­tion au scan­dale dit de nous de Lau­rent de Sut­ter. Le philosophe y analyse le réflexe d’indignation des mass­es typ­ique des sociétés occi­den­tales con­tem­po­raines.

Enfin, Jean-Philippe Tou­s­saint ne se con­tentera pas d’un roman cet été. Il s’in­téressera aus­si à l’art et plus pré­cisé­ment à Félix Val­lot­ton pour un livre à paraitre aux édi­tions Mar­tin de Halleux : Félix Val­lot­ton : Intimité(s)… et le regard de Jean-Philippe Tou­s­saint. L’art sera aus­si au cen­tre du nou­veau livre de Patrick Roegiers. Avec Éloge du génie à paraître aux édi­tions Arléa, il abor­de ceux qu’ils con­sid­èrent comme les maîtres de la pein­ture, de la musique et de la lit­téra­ture : Vil­helm Ham­mer­shoi, Glenn Gould et Thomas Bern­hard. 

La ren­trée lit­téraire sera enfin l’oc­ca­sion d’un retour réflexif sur leur par­cours pour deux auteurs. Pierre Alechin­sky pub­lie Ambidex­tre chez Gal­li­mard : un recueil de trois textes de sou­venirs, Let­tre suit, Bal­lu­chon et ric­o­chets et Remar­ques mar­ginales. Quant à Diane Meur, elle inter­rogera son tra­vail de tra­duc­trice, et la manière dont il nour­rit celui de roman­cière dans Entre les rives, à paraitre aux édi­tions de La con­tre-allée

La rentrée belge avec Le Carnet

Comme chaque année, Le Car­net et les Instants se met­tra dès la mi-août à l’heure de la ren­trée lit­téraire. Retrou­vez les recen­sions, les dernières nou­velles des prix lit­téraires et toute l’actualité de la ren­trée sur notre blog.

Nau­si­caa Dewez