Archives par étiquette : deuxième guerre mondiale

La vie devant soi 

Nathalie STALMANS, Le retour des oies sauvages, Lamiroy, coll. “Opus”, 76 p., 10 €, ISBN : 978–2‑39081–075‑9

stalmans le retour des oies sauvagesLa men­tion « 1830Belgique2030 », au bas de la cou­ver­ture, inter­pelle. « Un label, qui pour­ra être apposé quelles que soient les col­lec­tions où se trou­ve le livre », pré­cise l’éditeur Lamiroy, qui songe déjà au bicen­te­naire nation­al. Si led­it ouvrage entre­tient une con­nex­ion avec l’histoire du pays. Quant à la col­lec­tion… Le retour des oies sauvages s’intègre dans les « Opus », des novel­las dont la longueur se situe entre la nou­velle et le roman. De belles plumes s’y sont déjà essayées, comme Alain Magerotte, Luc Del­lisse, Ziska Larouge… Con­tin­uer la lec­ture

Deux familles juives dans la tourmente

Coralie VANKERKHOVEN, La bon­bon­nière des Wag­ows­ki, Mur­mure des soirs, coll. « Brèves du soir », 2026, 304 p., 19 €, ISBN : 978–2‑931235–35‑5

vankerkhoven la bonbonnière des wagowskiLes cir­con­stances m’ont amené à lire La bon­bon­nière des Wag­ows­ki avant, pen­dant et après une journée de com­mé­mora­tion au Mémo­r­i­al et camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. L’occasion de pren­dre con­science de l’importance d’un texte comme celui-ci et d’en soulign­er l’urgence dans l’actualité du moment. Le tra­vail de mémoire qui con­cerne tout le monde se révèle plus néces­saire que jamais alors qu’il ne restera bien­tôt plus de sur­vivants et sur­vivantes pour témoign­er en direct. Con­tin­uer la lec­ture

Ce qui résiste

Thier­ry WERTS, Là où trébuche la lumière, La Trace, 2026, 172 p., 16 €, ISBN : 9782487261457

werts la ou trebuche la lumiereDans ce car­net de voy­age, la forme poé­tique, les médi­ta­tions se char­gent de porter au dici­ble et au vis­i­ble la mémoire de l’extermination des Juifs. Com­ment ren­dre compte des noms rayés de la carte, des lieux effacés, des années de cen­dres ? Com­ment s’approcher des zones géo­graphiques, his­toriques et psy­chiques qui ont som­bré dans les ténèbres ? Mag­is­trat, poète (For intérieur), romanci­er (Demain n’existe pas encore, Le monde rêvé d’Alva Teimosa), Thier­ry Werts pose ses pas dans une car­togra­phie de la mort indus­trielle, tra­verse durant huit jours des villes, des vil­lages, des cam­pagnes frap­pés par l’Aktion Rein­hard. L’appel qui le saisit lui intime d’aller « là-bas », là où la lumière a vac­il­lé, là où le passé brûle encore, sou­vent sous une forme invis­i­ble. Il ne s’agit ni d’un devoir de mémoire, ni d’un besoin de com­pren­dre, ni d’un pèleri­nage, d’une his­toire famil­iale, ni d’une recherche de répa­ra­tion. Con­tin­uer la lec­ture

La Shoah. Une traversée de la souffrance

Myr­i­am SPIRA, L’envol de la mémoire, Gras­set, 2026, 194 p., 20 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 9782246841906

spira l'envol de la mémoireCom­ment vivre en tant qu’enfant de rescapés des camps de la mort ? Com­ment se con­stru­ire à l’ombre de la Shoah ? Com­ment porter le poids d’un héritage famil­ial mar­qué par les trau­ma­tismes de la Deux­ième Guerre mon­di­ale ? Pre­mier réc­it pub­lié par Myr­i­am Spi­ra, L’envol de la mémoire décrit la lente libéra­tion qu’elle a dû accom­plir. Elle mon­tre com­bi­en l’enfer tra­ver­sé par ses par­ents — Joseph, juif et résis­tant, Bet­ty, résis­tante — , a frap­pé les enfants du cou­ple, com­bi­en la deux­ième généra­tion née de celle des sur­vivants est mar­quée à jamais par un héritage de souf­frances et de cal­vaires. Con­tin­uer la lec­ture

Humaine jusqu’au bout

Mar­i­anne LEFEBVRE-RAEPSAET, À fleur de mémoires. Lulu Raep­saet, résis­tante com­mu­niste, rescapée de Ravens­brück, Cerisi­er, coll. « Quo­ti­di­ennes », 2025, 176 p., 17 €, ISBN : 9782872672561

lefebvre rapsaet a fleur de mémoireRésis­tance. Sol­i­dar­ité. Human­ité. Ajou­tons : mémoire. Trans­mis­sion. Voilà quelques-uns des ter­mes qui se détachent par­mi tous les autres dans À fleur de mémoires de Mar­i­anne Lefeb­vre-Raep­saet, un livre con­sacré à sa mère, Lulu Raep­saet, déportée au camp de Ravens­brück et qui, comme beau­coup de sur­vivantes et sur­vivants des camps, a (très) peu racon­té ce qui s’y était passé. Certain·es se sont même tu·es totale­ment, lais­sant leurs descendant·es aux pris­es avec des béances d’autant plus douloureuses. On pense, par exem­ple, à la mère de Chan­tal Aker­man, si silen­cieuse (même si par­fois bavarde), si présente dans la vie et dans l’œuvre de sa fille : « [le silence de ma mère] c’est sur quoi je tra­vaille, depuis des années, d’une manière ou d’une autre (…) comme elle a eu la parole coupée, vrai­ment, j’essaie à ma manière de la lui redonner. » Con­tin­uer la lec­ture

Pour une liberté qui pétille comme un air de jazz

Simon GRONOWSKI, Plaidoy­er pour la paix, Racine, 2025, 114 p., 19,95 €, ISBN : 9782390253631

gronowski plaidoyer pour la paixDans Plaidoy­er pour la paix, Simon Gronows­ki délivre un réc­it-essai boulever­sant qui trans­met un mes­sage de com­bat aux jeunes généra­tions. À nonante-trois ans, il prend la plume afin de retrac­er l’histoire de sa famille juive qui fut déportée durant la Deux­ième Guerre mon­di­ale. Avo­cat du bar­reau, pianiste de jazz, Simon Gronows­ki est l’un des derniers sur­vivants de la Shoah, l’un des derniers témoins. Sa plongée dans les années de guerre, son évo­ca­tion de l’invasion de la Bel­gique par Hitler, des mesures pris­es con­tre les Juifs, du port de l’étoile jaune, des rafles sont tout entières sous-ten­dues par la volon­té de racon­ter les crimes du passé afin que les jeunes généra­tions puis­sent défendre la démoc­ra­tie, ses valeurs, com­bat­tre la racisme, l’antisémitisme, l’extrême droite. Ce plaidoy­er pour la paix, pour la tolérance, pour l’amour, pour le devoir de mémoire rend hom­mage à la mère, à la sœur mortes en dépor­ta­tion, au père qui décède de dés­espoir, mais aus­si à toutes les vic­times du nazisme et d’autres géno­cides. Con­tin­uer la lec­ture

Ceux qui vivaient au Lutetia

Fabi­enne BLANCHUT, Cather­ine LOCANDRO, DAWID, Les cheveux d’Edith, Dar­gaud, 2025, 160 p., 22,95 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782505120001

blanchut locandro dawid les cheveux d'edithEn mai 1945, Paris reprend peu à peu son quo­ti­di­en d’a­vant-guerre. Les enfants vont à l’é­cole, les ciné­mas dif­fusent Les enfants du par­adis et les ado­les­cents révisent pour le bac­calau­réat. C’est juste­ment le cas de Louis, un jeune garçon de 17 ans qui partage ses journées entre le lycée et son petit job au ciné­ma. Alors qu’il tra­verse, comme à son habi­tude, la ville à vélo, il ne peut s’empêcher d’ob­serv­er, mal à l’aise, les bus de déportés revenus des camps de la mort qui se ren­dent de plus en plus nom­breux au Lute­tia. Entre la crainte de pass­er pour un voyeur et l’en­vie d’en savoir plus sur ces gens qui ont tout per­du, Louis va finale­ment faire le choix de se porter volon­taire et accueil­lir les âmes égarées et trau­ma­tisées qui arrivent jour après jour. Le choc est total pour les Parisiens qui vien­nent seule­ment de décou­vrir l’ex­is­tence des camps de con­cen­tra­tion ; et l’ar­rivée des sur­vivants, amaigris, malades, boule­verse l’opin­ion des habi­tants de la cap­i­tale. Les hor­reurs de la guerre pren­nent soudaine­ment un nou­veau vis­age et le mutisme s’in­stalle dans les familles : qui a col­laboré ? Qui savait mais n’a rien fait ? Plus le jeune Louis s’in­vestit dans ses actions de bénév­ole à l’hô­tel Lute­tia, plus il s’in­ter­roge sur les actions de son père. Leurs liens se déli­tent peu à peu et le fos­sé entre les deux généra­tions ne cesse de se creuser. Con­tin­uer la lec­ture

Portrait d’un jeune homme et de son époque

Philippe BRANDES, Côté rue, côté jardin – Une enfance anver­soise, Accro, 2025, 114 p., 18 €, ISBN : 978–2‑931137–10‑9

brandes cote rue cote jardinLes rues d’Anvers en fil­igrane, Alexan­dre racon­te son enfance et les prémices de son his­toire famil­iale. Une his­toire mar­quée par le con­traste. Con­traste entre deux reli­gions d’abord car le nar­ra­teur est né de l’union d’un catholique et d’une juive. Con­traste entre deux langues ensuite puisque le garçon grandit dans un cadre famil­ial et social fran­coph­o­ne, avant de voir le fla­mand gag­n­er du ter­rain autour de lui pen­dant son ado­les­cence, jusqu’au « Walen buiten » à l’aube de sa ving­taine. Con­tin­uer la lec­ture

La liste de Rainer

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Le col­lec­tion­neur, Onlit, 2025, 272 p., 22,90 €, ISBN : 978–2‑87560–178‑0

bergen le collectionneur

Véronique Bergen affec­tionne les listes. On se sou­vient de la litanie de noms de rues qui ouvrait, comme un poème, son Marolles. Dès le titre, on imag­ine aisé­ment que Le col­lec­tion­neur, son nou­veau roman paru chez Onlit, sera lui aus­si riche en énuméra­tions. 

Celle des mer­veilles qui com­posent la col­lec­tion d’An­dreas, « le prénom de Baad­er, de Vesal­ius, du con­tre-ténor Scholl », héri­ti­er des tableaux amassés par son oncle Rain­er. Picas­so, Modigliani, Klee, Cha­gall, Klimt, Matisse et bien d’autres : le cadeau est somptueux, mais empoi­son­né. Con­tin­uer la lec­ture

Klaus Mann, le clair-obscur

Un coup de cœur du Car­net

Gilles COLLARD, Klaus. Une vie antifas­ciste, Cli­mats, 2025, 382 p., 23 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 9782080480101

collard klausLes par­tis pris d’une cou­ver­ture peu­vent révéler bien des choses quant au con­tenu d’un livre. D’avoir préféré une pho­to de matu­rité, mon­trant un vis­age pris de face avec l’esquisse d’un sourire aux lèvres et d’une cer­taine sérénité, plutôt que celle mon­trant un ange dandy et tor­turé entouré d’un sfu­ma­to de cig­a­rette ; d’avoir aus­si choisi d’intituler le livre Klaus, comme si ce prénom suff­i­sait à sug­gér­er tacite­ment à sa suite le nom du père ; ces deux choix nous met­tent d’emblée en présence d’un « por­trait biographique ». Con­tin­uer la lec­ture

Un nid protégé farouchement

Isabelle STEENEBRUGGEN, La mai­son des bis­cuits, 180°, 2025, 390 p., 23 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑94072–166‑5

steenebruggen la maison des biscuitsLe nou­veau roman d’Isabelle Steene­bruggen nous donne à lire une saga famil­iale divisée en cinq par­ties, ponc­tuée par les événe­ments roy­aux et poli­tiques qui ont mar­qué la Bel­gique. L’histoire com­mence au retour d’Ovide, qui a par­ticipé à la Grande Guerre. Il retrou­ve sa femme, Clarisse, et ses qua­tre enfants dans leur vaste mai­son Art nou­veau à Brux­elles. Nous décou­vrons alors une famille très chré­ti­enne où les enfants sont élevés dans la foi, les filles appren­nent les bonnes manières, l’art de recevoir et de tenir une mai­son pour « faire un bon mariage », tan­dis que les garçons sont élevés pour effectuer des études de droit et avoir une belle car­rière. Con­tin­uer la lec­ture

Une héroïne très discrète

Romane CARMON, Yvonne Nève­jean. Sauver les enfants, Racine, 2025, 224 p., 24,95 €, ISBN : 9782390253129

carmon yvonne nevejeanEn 2019, la Ville de Brux­elles a inau­guré la rue Yvonne Nève­jean à Laeken. L’événement est en soi excep­tion­nel : selon une étude récente, dans la Région de Brux­elles Cap­i­tale, pour dix voies au nom d’un homme, on en dénom­bre une seule por­tant le nom d’une femme. Yvonne Nève­jean compte donc par­mi ces priv­ilégiées. Gageons pour­tant que par­mi celles et ceux qui liront ces lignes, rares sont ceux qui savent pré­cisé­ment qui elle est. Con­tin­uer la lec­ture

Urgence !

Un coup de cœur du Car­net

Chris­t­ian LUTZ, Le vieil homme et la mère, Sam­sa, 2025, 258 p., 24 €, ISBN : 978–2‑87593–544‑1

lutz le vieil homme et la mereUne His­toire de l’édition en Bel­gique l’a rap­pelé naguère : Chris­t­ian Lutz est un mon­u­ment de nos Let­tres. Fon­da­teur du Cri, il a pub­lié Com­père, révélé Beren­boom et Mon­fils, Delper­dan­ge et de la Croix, Deutsch… Mais il a per­du le Cri, s’est relancé via les édi­tions Sam­sa, accom­pa­g­né par ses auteurs-phares mais aban­don­né, selon lui, par les pou­voirs publics. Or voilà que Chris­t­ian Lutz nous revient comme auteur. Avec un livre com­pos­ite, éton­nant. Qu’est-ce donc que Le vieil homme et la mère ? Con­tin­uer la lec­ture

Comme à la guerre

Line ALEXANDRE, La fille dans la tourelle, Weyrich, coll. « Noir cor­beau », 2025, 216 p., 20 €, ISBN : 9782874899621

alexandre la fille dans la tourelleLa col­lec­tion « Noir cor­beau » ancre ses intrigues à deux pas de chez nous, avec le par­ti pris, là ou d’autres col­lec­tions évi­tent les par­tic­u­lar­ismes, de faire évoluer les per­son­nages dans un cadre qui par­ticipe pleine­ment au réc­it. Line Alexan­dre a établi cette fois son quarti­er général à Bas­togne, haut lieu de la mémoire de la Sec­onde guerre mon­di­ale et de la mon­di­ale­ment célèbre bataille des Ardennes. Elle y fait évoluer un trio d’enquêteurs que ses lecteurs con­nais­sent bien pour les avoir ren­con­trés précédem­ment : la juge Gabrielle Wern­er, l’inspecteur Evariste Joris et l’ex-commissaire Rav­el. Con­tin­uer la lec­ture

Degrelle par-dela les masques 

Frédéric SAENEN, Léon Degrelle, Per­rin, 2025, 364 p., 24 € / ePub : 16,99 €, ISBN : 9782262094669

saenen léon degrelleAuteur d’essais sur Pierre Drieu de la Rochelle, Camille Lemon­nier, de romans (L’enfance unique, La danse de Plu­ton…), de recueils de poèmes, pro­fesseur à l’Université de Liège, rédac­teur en chef de la Revue générale, Frédéric Sae­nen aus­culte la tra­jec­toire et la fig­ure haute­ment con­tro­ver­sée de Léon Degrelle (1906–1994) dans sa biogra­phie pub­liée aux Édi­tions Per­rin. Afin de décrypter cette « fig­ure repous­soir, con­tre-exem­ple absolu de l’éthique en poli­tique », d’interroger les influ­ences, les traces qu’il a lais­sées dans l’histoire belge, il a fal­lu recon­stituer les mul­ti­fac­ettes du fon­da­teur du rex­isme, du « Führer des Wal­lons » et suiv­re les muta­tions du jour­nal­iste, de l’éditorialiste de droite au tri­bun fana­tique, du catholique fer­vent au col­labo, du croisé de la foi au leader fas­ciste, du sol­dat du IIIème Reich, gradé engagé dans la Waf­fen-SS à l’exilé en Espagne pro­fes­sant un néga­tion­nisme vir­u­lent. Con­tin­uer la lec­ture

Les mots de la faim

Fran­cis TESSA, Les enfants Polen­ta, post­face de Catia Nan­noni, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2025, 200 p., 9,50 €, ISBN : 9782875687067

tessa les enfants polentaVoici que Les enfants Polen­ta, de Fran­cis Tes­sa, rejoignent la col­lec­tion Espace Nord et que ceux-ci pren­nent naturelle­ment place aux côtés d’autres tomes qui y ren­dent compte, avec des accents mul­ti­ples, de l’univers de l’immigration ital­i­enne en Bel­gique fran­coph­o­ne au 20e siè­cle. L’auteur, né en 1935, est arrivé en Bel­gique en 1952 et il s’est surtout fait con­naitre pour son œuvre poé­tique et son action en faveur de la poésie. Fon­da­teur et ani­ma­teur de la mai­son de la poésie d’Amay, il a pub­lié de nom­breux recueils de ses textes et le roman qui est remis en lumière aujourd’hui, paru en 1996 (Bernard Gilson, édi­teur), est sa seule œuvre lit­téraire en prose. Con­tin­uer la lec­ture