Un coup de cœur du Carnet
Marie COLOT et Noémie MARSILY, Mori, graines de géants dans les forêts urbaines d’Akira Miyawaki, CotCotCot, coll. « Les randonnées graphiques », 2024, 204 p., 24 €, ISBN : 9782930941639
Mori, graines de géants dans les forêts urbaines d’Akira Miyawaki est à la fois une fiction documentaire et un roman d’apprentissage. Le récit débute quand Mikiko est âgée de 4 ans et se poursuit jusqu’à son entrée dans l’âge adulte. On y suit d’abord la rencontre entre l’héroïne et son voisin Akira, un vieux monsieur passionné par les plantes. Un peu plus tard dans le récit apparait un troisième personnage, Kakuzo, qui est le neveu d’Akira. Les trois protagonistes se rencontrent et se rassemblent autour d’une micro-forêt qu’Akira a plantée en plein cœur de Tokyo, en bas de l’immeuble où vit Mikiko. Continuer la lecture

C’est un petit livre carré que proposent les éditions L’âme de la colline. Sur sa couverture hypnotique, un ciel aux dégradés de rose, de violet et de jaune, constellé d’étoiles étincelantes, d’où se détache un pic glacé altier. À son pied, une baleine tout aussi bleue et imposante, tout aussi calme et indifférente. Une impression cosmique irradie de cette image conciliant le chaud et le froid, et renvoyant à l’infiniment grand et mystérieux. De la montagne à l’océan se présente d’emblée comme une invitation, silencieuse, à la découverte : « Il était une fois un temps, un temps où tout était possible. » 
Publié dans le cadre de la Fureur de Lire en 2021, Abel & Nour connaît une seconde vie, amplifiée et sublimée, au sein du catalogue de Versant Sud Jeunesse. C’est une joie de redécouvrir cet album, trois ans plus tard, avec des planches supplémentaires et un réagencement textuel, et surtout sans perte de la densité et du rythme de la version initiale. Comme si l’histoire rencontrait son format mérité, sa forme attendue. Et ce n’est que bonheur car Mathilde Brosset a façonné de ses doigts un livre très réussi.
Alors qu’il vient de boucler en galerie bruxelloise la présentation de ses peintures et dessins récents, Jacques Lacomblez marque également de sa plume de poète les 100 ans du surréalisme, lui qui, né en 1934 – et inscrit dans sa galaxie depuis 1956 – peut en compter dix de moins. Si ses précédents recueils laissaient libre cours au poème de forme libre, parfois marqué par la brièveté, il donne à lire cette fois une pleine brassée d’aphorismes. Le titre en est presque un lui-même : Sautes d’instant, brins d’humeur et un petit bout de jardin.
La collection « Matière vivante » des éditions CotCotCot « se veut terrain de recherche poétique permettant de relier les êtres vivants à la nature, à l’écologie ». Après De la terre dans ma poche et Larmes de rosée, elle accueille un troisième titre, À tire‑d’aile, fruit du dialogue artistique entre Pierre Coran et Dina Melnikova. Le premier n’est plus à présenter, chêne majestueux de la forêt des Lettres belges francophones, à la souche solide, au feuillage dense, à la sève tranquille. La seconde compte moins de cernes sur son tronc éditorial et ses racines se développent sous forme de rhizomes : Melnikova explore les techniques, ne s’enfermant dans aucune, et joue avec leurs potentialités révélatrices.
Né en 1964 à Bruxelles, Philippe Colmant est traducteur de formation et de profession. Depuis 2012, il exerce ses compétences de traducteur-réviseur au sein de l’unité française de la Cour des comptes européenne à Luxembourg. Auteur d’une dizaine de recueils de poèmes, il a obtenu le prix Jean-Kobs 2021 pour Cette vie insensée et
Gaspard a dix ans et un gros problème : avec ses meilleurs copains, Nils et Arto, il a découvert que leur super terrain vague allait être remplacé par un supermarché flambant neuf. Mais ce terrain, c’est là où ils jouent tous les jours depuis qu’ils sont tout petits ! Ils y ont construit leur cabane, un terrain de billes ultra complexe, un parcours à vélo avec racines-obstacles… En bref, l’heure est grave. Mais les parents de Gaspard ne semblent pas s’en apercevoir, estimant que c’est dommage, certes, mais dans l’ordre des choses. Alors il réfléchit : est-ce à lui à accepter la situation ? Mais des supermarchés, il y en a tout plein, alors qu’un terrain de jeux comme ça, dans le quartier, il n’y en a qu’un ! Gaspard se dit que, parfois, il faut essayer de changer les choses qui ne sont pas justes. Mais comment faire ? Écrire au directeur du supermarché ? Faire une pétition ? Une grève de la faim ? Une Z.A.D. ?
Né à Mouscron le 14 juillet 1953, Patrick Devaux éprouve dès l’enfance une attirance très forte pour la poésie. Sa rencontre avec la jeune poétesse Kathleen Van Melle, puis avec Paul, le père de celle-ci, qui l’intègre à ses activités littéraires au sein du G.R.I.L., accélère sa motivation pour l’écriture. Poète discret pour ne pas dire timide et volontiers enclin à la modestie, Patrick Devaux aborde progressivement dans ses thèmes tous les sujets, de la vie à la mort, de l’ombre à la lumière. Sa sensibilité le porte à observer la nature, à en saisir les images et les symboles, à en capter le transitoire et l’éternel retour.
On le connaît tous, il existe dans nos imaginaires. Il habite loin, très loin, sur un autre continent, ce qui l’auréole de mystère. On ne le voit jamais, parfois pas même une fois dans sa vie. Il doit être libre d’entraves, sans enfant, et il mène une vie aisée. Peut-être qu’il ne nage pas dans ses pièces d’or comme Picsou, mais il possède certainement beaucoup de biens. Son existence est remplie de voyages, de fêtes, d’aventures, de conquêtes. Il est fantasque et original de tempérament, généreux et libre de caractère, détonnant et charmant de personnalité. On rêve de le croiser, un jour, et parfois on s’imagine une adoption transatlantique. Eh bien, Carl Norac, lui, a eu la souriante chance de le rencontrer, son oncle d’Amérique ! Et cet événement a planté en lui une graine de création, qui déploie feuillage et fleur dans L’Oncle Panda.
La vieillesse rougit de son impiété /et moi, je rougis / de mes terres brûlées, écrivait Edith Henry dans
« Toupie se dit boulboul en syrien, ce qui signifie “rossignol” en arabe littéraire et “zizi” en égyptien ! Toupie se dit nahla en égyptien, ce qui signifie “abeille” en arabe littéraire ainsi que dans la plupart des langues arabes parlées. Toupie se dit trombia en marocain, qui vient probablement de l’espagnol, nous rappelle la tromba – la “trompette” en italien – et tout ce qui arrive “en trombe” dans les langues latines ! Toupie se dit khodhrouf en arabe littéraire, un mot relié à d’autres mots qui évoquent le bois, les jeux d’enfants et le mouvement. Bref ! La traduction du mot toupie en arabe nous donne le tournis ! Golan Haji a choisi le mot boulboul pour le rythme du mot, pour son lien avec la nature, pour l’évocation du chant d’oiseau. » Un mot, un seul, et tant de questions et de positionnements chez le traducteur qui a la tâche-vertige de traduire la poésie d’une autre, d’en garder la saveur et la cadence, d’en pénétrer les sens et explorer les sous-entendus, et de les rendre uniques dans leur pluralité. Un mot, un seul, et nous voilà conquise par l’entreprise, admirative devant le travail, baba face au talent.
Une pluie de publications récentes fait la part belle aux écrits de Colette Nys-Mazure. Parmi celles-ci, Sans crier gare évoque son attachement pour l’univers ferroviaire. La Tournaisienne y dépeint un microcosme en miroir de la société.
Photographe naturaliste ukrainien, Maksim a changé de sujet de travail quand la guerre s’est invitée dans son pays. Les champs de bataille, les zones sinistrées, les gens qui prennent la route en laissant leur maison derrière eux ont remplacé les paysages, les arbres et les animaux devant son objectif. Les animaux sauvages en tout cas. Car les animaux de compagnie, eux, suivent leurs maîtres dans l’exil, subissent à leurs côtés les horreurs du conflit, victimes eux aussi de la folie des Hommes.