Claire PONCEAU, L’enfant, l’étoilement, Photographies France Dubois, Éléments de langage, 2020, 149 p., 20 €, ISBN : 978–2‑930710–20‑4
L’enfant n’a pas été conçu non, ce n’était pas prévu, je n’ai jamais prévu beaucoup de choses. Prendre un sac, pour les courses, le nombre de culottes correspondant au nombre de journées plus deux, oui. Je n’ai pas conçu l’enfant. Avec l’enfant, il a tout fallu concevoir.
Le prénom et le sexe de cet enfant viendront plus tard. Quand l’enfant n’est pas voulu, il est possible de protéger ses sentiments en s’imposant une distance par rapport au sujet ; alors traité plutôt comme objet. D’un point de vue littéraire, la plume permet d’en parler à la troisième personne, cela aide. Cependant, la proximité et le trouble sont si grands qu’ils remettent tout en cause grammaticale, lexicale, syntaxique. Continuer la lecture

« J’ai hérité d’une sombre forêt, mais je vais aujourd’hui dans une autre forêt toute baignée de lumière. » Ces mots de Tomas Tranströmer qui ouvrent le récit sont très éclairants sur les sentiments qui animent Andréa, la protagoniste de la pièce. Cette ancienne terroriste raconte à une journaliste de son âge, Dominique, ses actes passés. Elle assume totalement ses anciens choix, même s’ils étaient dépourvus de toute réflexion critique. Le plus dur à présent est de ne plus avoir de nom ni de passé honorable. Maintenant qu’elle a purgé sa peine – dix-sept ans de prison –, elle souhaite tourner la page, continuer sa vie et avoir le droit à l’oubli.
Le trajet d’Olivier Pé de la peinture vers la photographie a été déterminé par la perte d’un atelier qu’il occupait depuis vingt ans. Imaginez un artiste qui doit dès lors se remettre en complète question ; médium compris. Or il a 1500 photos dans son ordinateur qui l’attendent, essentiellement prises avec son smartphone. Il en extrait peu à peu 300, les imprime, les place au mur du salon et laisse un trimestre les déplacer au rythme d’une mélodie intérieure lente, dont ses doigts se font le silencieux chef d’orchestre, jusqu’à n’en retenir qu’une centaine.
Demandez à n’importe qui le sens du mot « météore » et il vous sera répondu qu’il s’agit d’un corps céleste, à la trajectoire fulgurante. En général, ils s’écrasent dans le désert ou tombent dans l’océan, plus rarement sur le toit d’une isba dans quelque ex-République soviétique. Chacun/e à sa façon, Arthur Rimbaud, Isadora Duncan, James Dean, Janis Joplin, Simone Weil, Kurt Cobain, Ayrton Senna, en furent un.
Penseur hors du commun, philosophe majeur reconnu internationalement, professeur marquant de l’Université catholique de Louvain, auteur d’une œuvre complexe, Jean Ladrière a développé une herméneutique de la raison, plus largement de l’existence, qui renouvelle la philosophie herméneutique du 20e siècle. Sous la direction de Jean Leclercq et de Thierry Scaillet, les Actes du congrès de Louvain-La-Neuve consacrés à Ladrière (1921–2007) sont ici publiés. L’UCL (ALPHA) abrite désormais le Fonds d’archives Jean Ladrière, fonds qui s’ajoute aux archives de Maurice Blondel, de Michel Henry et d’Henry Bauchau. Des mathématiques à l’éthique, de la philosophie des sciences à la logique, des interrogations sur l’action humaine à ses travaux épistémologiques, de la philosophie du langage à la cosmologie, de l’herméneutique à la foi, l’odyssée philosophique de Jean Ladrière se voit ici remarquablement retracée par un panel de chercheurs (J. Greisch, E. Clemens, V. Blondel, J. De Munck, M. Bataille, L. Couloubaritsis, M. Sassine, J. Leclercq, B. Leclercq, T. Scaillet, M. Hunyadi, M. Dupuis, H. Faes, L. Perron, D. Lambert, P. Van Parjs, Y. Meessen, A. Zincq, N. Kalindula, R. Salas Astrain, B. Hespel, B. Feltz, P. Pissavin, J‑M Aguirre Oraa).
Se replonger dans l’œuvre d’une autrice aimée, mais dont on a fait la connaissance il y a de nombreuses années, c’est toujours prendre un gros risque. Il se pourrait que l’écrivain adulé déçoive, que ses ficelles paraissent grossières, que ses descriptions agacent et que ses audaces semblent à présent bien banales. Il n’en a rien été. La première chose qui frappe à la lecture de La dormition des amants, c’est à quel point le classicisme élégant de l’écriture de Jacqueline Harpman est efficace, et continue à charmer.
Le nouveau livre d’Anne Rothschild relève d’un genre que, en notre époque de mondialisme instantané, on pouvait croire un peu oublié : le récit de voyage. Il relate le périple effectué dans le sud de la Chine en septembre 2018 par l’écrivaine-artiste et une amie, sans doute Sylvie Wuarin dont un beau dessin fait seuil au volume. On devine d’emblée le risque d’un tel projet, accru par l’ignorance de la langue locale et le recours à une interprète : « acclimater notre inconnaissance de l’Asie grâce à des langages connus » (R. Barthes, L’empire des signes). A. Rothschild y échappe-t-elle ? Un premier niveau du texte, le journal d’une touriste européenne, est nourri d’anecdotes, d’observations, d’échanges aimables mais sommaires avec les autochtones. Partout l’eau est présente : pluie, rivières, nuages, lacs, à quoi se conjuguent étroitement le monde végétal – rizières, bambous, lotus – et l’insistant motif de l’horizon montagneux. Un modèle familier assure la cohérence des notations : celui du “paysage”, de la “vue” pittoresque. Proche de l’imagerie chinoise traditionnelle, le réseau des notations visuelles présente en effet un aspect quasi “pictorialiste”, comme le genre photographique bien connu : « je marche dans des estampes / où passe parfois la figure d’un mandarin. » S’y entremêlent des touches olfactives et gustatives plus sensuelles : le parfum entêtant de l’osmanthus, celui du camphrier, les victuailles odorantes et colorées sur les étals des marchés, et surtout les repas aux subtiles combinaisons sucré-salé, aigre-doux, chaud-froid…
Comme nous l’évoquions
Louis, au public — Je m’appelle Louis. Je viens d’une bonne famille, j’ai fait des études, j’ai des amis, des projets, une copine, j’ai de la chance surtout. De bonnes cartes en main. Aujourd’hui, je vais en prison pour la première fois de ma vie. Je suis comédien-animateur et je vais faire du théâtre en milieu carcéral. J’y ai pensé toute la journée. On me l’a proposé et sans y réfléchir plus que ça, j’ai dit oui. Et là, sur le parking de la prison, dans ma voiture, j’ai peur. En fait, je suis partagé entre l’excitation et la peur de l’inconnu. Il y a des mecs violents là-dedans… J’y vais ou je n’y vais pas ?
Véronique Janzyk, autrice la plus publiée chez ONLIT Editions, pose un regard sensible sur une réalité douloureuse, celle d’un sportif qu’une maladie va paralyser. Elle le fait néanmoins sans sensiblerie et avec une économie de moyens qui se reflètent notamment dans le titre, Vincent, mais aussi dans le nombre de pages (79) de ce roman, que l’on pourrait qualifier de novella.
Quel est le point commun entre Guy Delhasse et son moyen de déplacement favori, à savoir le vélo ? Eh bien, c’est que l’un comme l’autre sont incapables de reculer. Par contre quand il s’agit de foncer bille en tête, de prendre les chemins de traverse, d’aborder une côte en partant en danseuse, bref d’aller de l’avant, on ne rattrape plus le gaillard.
Nouvelle collection de petits formats à parution mensuelle des éditions Lamiroy, « L’article » livre son deuxième volume. Véronique Bergen y esquisse Jacques De Decker, L’immortel de l’Académie royale de Belgique.
Depuis 
Archiviste et spécialisé dans la préservation du patrimoine industriel, le Carolo Christian Joosten oriente aujourd’hui sa plume vers le roman policier. Du reste, la mention « une enquête de Guillaume Lavallée », laisse présager que l’auteur et son personnage n’en resteront pas là. Tant mieux parce que la façon dont ils abordent le genre échappe au schéma de l’enquête traditionnelle avec l’enchaînement d’indices et l’affrontement manichéen entre criminels et enquêteurs ou entre le bien et le mal, cela au bénéfice du travail en pleine pâte humaine.
Dans son avant-lire, Anne-Marielle Wilwerth se demande comment nommer les textes rassemblés dans le livre que nous tenons entre nos mains. « Escales de vie ? Marées de mémoire ? » Par ce questionnement, elle pose une entrée en matière en juste résonance avec les proses de l’auteure, sa comparse de plume et de pinceau Catherine Berael. Cabotage, tel est le titre qui nous achemine de récit en récit, nous laissant apercevoir des paysages humides d’embrun, des plages ensablées de mystères imperceptibles, des horizons chargés d’hier et de demain ; « une palette d’atmosphères et de lieux, tous frères de la mer ».