Archives de catégorie : Édités en Belgique

La lit­téra­ture belge pub­liée en Bel­gique : toutes nos recen­sions de livres parus dans des maisons d’édi­tion belges.

Celui-là n’est peut-être pas l’homme à la pipe

Un coup de cœur du Car­net

Nico­las MARCHAL, Les faux Simenon, Weyrich, coll. « Plumes du coq, 2019, 235 p., ePub : 10.99 €, ISBN : 978–2‑87489–558‑6

Lorsque l’on appré­cie par­ti­c­ulière­ment l’univers d’un auteur, on est impa­tient et curieux à l’idée de décou­vrir son dernier opus. En même temps, on repousse la lec­ture de peur de le dévor­er trop vite ou de devoir atten­dre la sor­tie du prochain. Nico­las Mar­chal fait par­tie de ceux-là, écrivains qui vous sur­pren­nent tou­jours. Chaque livre vient peaufin­er un univers per­son­nel où les sur­pris­es nar­ra­tives voisi­nent avec la jubi­la­tion dans l’écriture. Après Le grand cerf pub­lié en 2016 chez le même édi­teur, dans la col­lec­tion « Plumes du coq », Les faux Simenon con­firme le tal­ent de l’auteur. Con­tin­uer la lec­ture

Rencontres avec Simenon

« Présence de Georges Simenon », Revue Générale, Press­es Uni­ver­si­taires de Lou­vain, automne 2019, 250 p., 22 €, ISBN : 978–2‑87558–872‑2

Coor­don­né par Jean-Bap­tiste Baron­ian, grand spé­cial­iste et amoureux de Simenon, le dossier « Présence de Georges Simenon » au som­maire du dernier numéro de la Revue Générale a choisi d’opérer à la façon de Mai­gret, en pro­longeant sa méth­ode de tra­vail. Le com­mis­saire définis­sait ain­si sa philoso­phie de détec­tive : « Dans tous les cas, il s’ag­it de con­naître. Con­naître le milieu où le crime est com­mis, con­naître le genre de vie, les habi­tudes, les mœurs, les réac­tions des gens qui y sont mêlés, vic­times, coupables ou sim­ples témoins. Entr­er dans leur monde sans éton­nement, de plain-pied et en par­ler naturelle­ment le lan­gage. » (Les Mémoires de Mai­gret). Con­tin­uer la lec­ture

Un destin familial

Stéphanie TER MEEREN, Le souf­fle du temps, His­toire peu ordi­naire d’une famille belge aux orig­ines alle­man­des, 1830–2000, Mem­ogrames, 2019, 236 p., 18 €, ISBN : 978–2‑930698–64‑9

Le réc­it s’ouvre sur un paysage d’été en Angleterre. Albert Brauner marche d’un bon pas vers Man­ches­ter. Il va y retrou­ver Ger­maine, sa femme, dont il a été séparé pen­dant les qua­tre années de la Grande Guerre. Au terme de ce court pro­logue, Albert s’effondre, frap­pé en plein front d’une balle. « À une cen­taine de mètres, un homme age­nouil­lé dans les hautes herbes se lève, range son fusil dans son étui et s’en va sans jeter un regard vers l’homme abat­tu ».

Le réc­it s’achèvera sans qu’ait été résolue l’énigme de cette exé­cu­tion d’un homme qui sera enter­ré avec les hon­neurs réservés aux com­bat­tants de l’armée anglaise. Con­tin­uer la lec­ture

Une voix qu’on entend de loin et si près

Lau­rent DEMOULIN et Pierre PIRET (dir.), Nicole Mal­in­coni, Textyles n°55, Sam­sa, 2019, 217 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87593–232‑7

C’est la voix de Nicole Mal­in­coni, tra­ver­sée de toutes les voix du monde.

Il fal­lait bien tout un vol­ume de la revue Textyles, dirigé par Lau­rent Demoulin et Pierre Piret, pour con­sid­ér­er l’ampleur et la diver­sité d’une œuvre sin­gulière et plurielle comme la sienne. C’est dire que tous les arti­cles por­tent un éclairage nou­veau et un regard dif­férent quel que soit l’aspect envis­agé. Ils recou­vrent la presque total­ité des textes pub­liés jusqu’alors. D’Hôpi­tal silence à l’Abécé­daire des mots détournés, ils rela­tent l’expérience intime comme dans Nous deux ou détachent un pan de l’histoire sociale comme dans De fer et de verre. Con­tin­uer la lec­ture

15 nouvelles à liker

COLLECTIF, #bal­anc­etavie, Ker, coll. « Dou­ble jeu », 2019, 242 p., 10 €, ISBN : 9782875862525

Treize écrivains, quinze nou­velles, un sujet. Voilà le pro­gramme du nou­v­el ouvrage col­lec­tif que Ker édi­tions a con­sacré à la thé­ma­tique de la traça­bil­ité de notre vie sur le web. La mai­son n’en est pas à son coup d’essai puisqu’en 2015, elle avait pub­lié un pre­mier recueil de qua­torze nou­velles, Le peu­ple des Lumières, autour du fon­da­men­talise et du ter­ror­isme, puis, en 2017, L’heure du leurre, qui traitait du pop­ulisme et du racisme. Tou­jours dans la col­lec­tion Dou­ble jeu, qui a voca­tion à pro­pos­er des textes lit­téraires pour ado­les­cents sus­cep­ti­bles d’être lus et tra­vail­lés dans les class­es de l’enseignement sec­ondaire, #bal­anc­etavie s’empare d’un autre sujet d’actualité pour offrir aux pro­fesseurs un out­il ad hoc afin d’évoquer en classe cette prob­lé­ma­tique. Con­tin­uer la lec­ture

Qui a peur de Félicien Rops ?

Fran­cis GROFF, Vade Retro, Féli­cien !, Weyrich, coll. « Noir cor­beau », 2019, 204 p., 17 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑87489–580‑7

Fran­cis Groff, dès les pre­mières pages de son deux­ième roman, con­firme un art cer­tain pour les entrées en matière, il signe les meilleures de la col­lec­tion « Noir Cor­beau ». Un détail ? Du tout. Le polici­er ou le thriller ont leurs codes et leurs lecteurs, qui ne sont pas ceux de Proust ou Modi­ano : les rap­ports au temps, à la sen­sa­tion, à l’information sont dif­férents, inten­si­fiés, accélérés.

Un pro­logue très réus­si, donc. Qui m’a rap­pelé mes lec­tures de Pierre Véry, ou leurs adap­ta­tions ciné­matographiques. Ah, Les Dis­parus de Saint-Agil ! Et ces aven­tures dans un pen­sion­nat à l’atmosphère glauque, où il était ques­tion de dis­pari­tions, de meurtre… Con­tin­uer la lec­ture

Accueillir

Stéphanie MANGEZ, Tom, Lans­man, 2019, 48 p., 10 €, ISBN : 9782807102552

Tom est sur le point de devenir père. Toutes les vies ne démar­rent pas sur les cha­peaux de roues. Cer­taines vies débu­tent même car­ré­ment mal. Et Tom est bien placé pour le savoir. Flash-back. Tom a sept ans. Il ne vit pas avec ses par­ents. Sa mère présente une accou­tu­mance à l’alcool. Son père, il ne l’a jamais con­nu. Con­tin­uer la lec­ture

En suspens(e)

Cather­ine BARSICS, Dis­parue, Arbre à paroles, coll. « If », 2019, 13 €, ISBN : 978–2‑87406–687‑0

« Des petites mains : des menottes. » Dans cette for­mule se cristallise, pour une part, l’enjeu du pre­mier recueil que signe Cather­ine Bar­sics aux Édi­tions L’Arbre à Paroles, Dis­parue. Le texte se présente, tel que l’indique l’exergue, comme une « enquête poé­tique, sur les traces de Suzanne Glo­ria Lyall, dis­parue en 1998 à Albany (état de NY) ». Le pari est réus­si : le lecteur dédale dans l’enfance et l’adolescence de Suzanne Glo­ria Lyall, au gré des pho­tos ou des instants vécus et recueil­lis, comme une façon de « pré­par­er [s]on sou­venir / des années à l’avance ». Le recueil ne se can­tonne ni à un témoignage extérieur, ni ne trans­pose, textuelle­ment, la dimen­sion factuelle que nous pou­vons retrou­ver dans cer­tains doc­u­men­taires télévi­suels trai­tant de dis­pari­tions ou d’affaires non élu­cidées.

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Marginales 300 au chevet de l’Europe

COLLECTIF, La dernière EUR?, Mar­ginales n° 300–301, Print­emps-Été 2019, 170 p., 10 €  

La revue Mar­ginales célèbre aujourd’hui sa 300e livrai­son. Créée en 1945 par l’écrivain belge Albert Aygues­parse, elle a con­nu une inter­rup­tion de 1991 à 1998. Date à laque­lle Jacques de Deck­er, en prit la direc­tion, lui don­nant un nou­veau départ, mais aus­si une nou­velle spé­ci­ficité en ori­en­tant, à chaque paru­tion, les textes lit­téraires inédits et venus de tous hori­zons, vers un thème cen­tral. Con­tin­uer la lec­ture

Henri Van Lier et la question de l’odyssée hominienne

Hen­ri VAN LIER, Anthro­pogénie, Impres­sions nou­velles, 2019, 1040 p., 38 €, ISBN : 978–2‑87449–685‑1

Auteur d’ouvrages majeurs, Philoso­phie de la pho­togra­phie, His­toire pho­tographique de la pho­togra­phie, Le Nou­v­el Âge, Hen­ri Van Lier (1921–2009) livre avec Anthro­pogénie son opus mag­num. Fruit de vingt années de recherch­es, ce livre-somme d’une ambi­tion intel­lectuelle iné­galée ques­tionne au fil d’une démarche savante et holis­tique le devenir de l’homme de la préhis­toire à nos jours. S’appuyant sur la paléoan­thro­polo­gie, la biolo­gie, la sémi­o­tique, la lin­guis­tique, la cos­molo­gie, il définit l’anthropogénie comme la « con­sti­tu­tion con­tin­ue d’Homo comme état-moment d’Univers ». Comme l’écrit Jan Baetens dans l’avertissement lim­i­nal, étranger à l’ère des savoirs spé­cial­isés, Hen­ri Van Lier brasse en un « roman d’idées » sci­ences humaines et sci­ences exactes afin d’étudier l’avènement de l’Homo, son évo­lu­tion, sa con­struc­tion de sys­tèmes sym­bol­iques (œuvres d’art, langues, philoso­phies, sci­ences…), les trans­for­ma­tions qu’il impose à l’univers. Con­tin­uer la lec­ture

À la naissance des rides

Un coup de cœur du Car­net

Claude DONNAY, Le bour­don­nement de la lumière entre les chardons, Coudri­er, 2019, 90 p., 18 €, ISBN : 978–2‑930498–83‑6

Après lec­ture du dernier recueil de Claude Don­nay, l’esprit quelque peu flot­tant, mon regard se repose sur son titre, Le bour­don­nement de la lumière entre les chardons, et s’y agrippe comme une bouée au réel. Car de pointes et de picots, il y en a à vous tra­vers­er la peau pour rejoin­dre l’âme du poète. Je suis sur­pris et con­quis : ses textes vont telle­ment à con­tre-courant de cette pho­to récente parue pour habiller un arti­cle dans L’Avenir-Dinant. Claude Don­nay y est joyeux, tout sourire et jeans, cas­quette sur ses yeux d’éternel ado­les­cent, le bic tou­jours prêt à l’emploi, entouré des livres de sa mai­son d’édition Bleu d’Encre. Con­tin­uer la lec­ture

Cécile Miguel, artiste et poète hypnotique

Yves NAMUR, Cécile Miguel, une vie oubliée, Musée Marthe Donas et Le Tail­lis pré, 2019, 44 p., ISBN : 9–782874-50–1562

À Ittre, le Musée Marthe Donas con­sacre une expo­si­tion, du 23 novem­bre 2019 au 19 jan­vi­er 2020, à une fig­ure de la pein­ture et de la poésie fran­coph­o­nes belges, Cécile Miguel (Gilly, 1921 – Auve­lais, 2001), épouse de l’écrivain André Miguel (Ransart, 1920 – Gem­bloux, 2008). À cette occa­sion, le Musée pro­pose sur son site web un dossier péd­a­gogique réal­isé par Béa­trice Lib­ert à l’intention des enseignants et les édi­tions du Tail­lis pré pub­lient, sous la plume d’Yves Namur et avec un avant-dire de Mar­cel Daloze, un cat­a­logue très sub­stantiel, riche­ment illus­tré de repro­duc­tions, pho­tos, man­u­scrits et let­tres qui rend jus­tice à cette créa­trice aujourd’hui occultée : Cécile Miguel, une vie oubliée brosse le par­cours exis­ten­tiel de l’artiste, quit­tant avec son mari le Hain­aut en 1947 pour le Midi de la France, où le cou­ple, antic­i­pant la vie bohème des beat­nik, se liera d’amitié avec Jacques Prévert, René Char, Picas­so et son épouse Françoise Gilot, Mar­cel Arland… Con­tin­uer la lec­ture

Une vie de prof, côté coeur

Alain DANTINNE, 68, rue des écoles, Acad­e­mia, 2019, 192 p., 18 €, ISBN : 978–2‑8061–0479‑3

« Plongez dans le par­cours d’un enseignant libre et rétif à toute dis­ci­pline imposée, imag­i­natif, fou de poésie et de théâtre ! Un prof philosophe qui voy­age et aime partager ses décou­vertes, n’hési­tant pas à trans­former sa classe en ago­ra et à pouss­er chaque élève au bout de lui-même. »

Alain Dan­tinne est poète, romanci­er et cri­tique. Il vient de pub­li­er un tout récent 68 rue des Écoles qui est véri­ta­ble­ment rob­o­ratif.

Les qua­trièmes de cou­ver­ture d’éditeurs se lais­sent écrire et l’auteur sou­vent écrase en le minéral­isant, son texte dans ces quelques lignes de pro­mo-vente… Heureuse­ment, ces phras­es de « com » sont sou­vent con­testées par l‘œuvre elle-même. En l’occurrence, Alain Dan­tinne, dans 68, rue des écoles ne livre pas un texte aus­si érup­tif que celui annon­cé, au con­traire, nous décou­vrons un réc­it amoureux sub­til et engagé, une tra­ver­sée d’une époque, celle de l’École qui vécut sans cesse les con­di­tions du raidisse­ment après les fauss­es lib­ertés du tout venant péd­a­gogique… C’est un livre de con­fes­sions, de joies partagées, de mag­nifiques batailles pour l’intelligence et la poésie de cha­cune et cha­cun, d’illuminations et de rébel­lion… que nous pro­pose l’éditeur. Com­ment faire de cette École un lieu de joie et de partage, c’est ce que nous racon­te Alain Dan­tinne  avec verve. Con­tin­uer la lec­ture

Poésie, va, je ne te hais point

Daniel VANDER GUCHT, Pourquoi je n’écris plus de poésie, dessins de Xavier Noiret-Thomé, Let­tre volée, 2019, 78 p., 19 €, ISBN : 978–2‑87317–528‑3 ; Sous influ­ence, aquarelles de Damien De Lep­eleire, Let­tre volée, 2019, 176 p., 25 €, ISBN : 978–2873175290

Pourquoi je n’écris plus de poésie repose sur un dou­ble mou­ve­ment, une aspi­ra­tion roman­tique à une poésie orac­u­laire lors de l’adolescence et une décon­struc­tion rock de la pos­ture du poète-mage. Ryth­més par les dessins sauvages de Xavier Noiret-Thomé, les textes sont tail­lés comme des chants, des upper­cuts rock’n roll innervés par l’absurde. Écri­t­ure automa­tique, cut-ups bur­roughiens con­courent à met­tre en œuvre un sur­réal­isme du quo­ti­di­en. Ce n’est qu’à la fin du recueil que nous apprenons qu’à l’exception des qua­tre derniers textes com­posés récem­ment, l’ensemble a été rédigé par Daniel Van­der Gucht à l’adolescence. En son essence, davan­tage que les autres arts, la poésie est tirail­lée entre la pos­tu­la­tion de sa mis­sion et le renon­ce­ment à elle-même, écartelée entre l’absolu de sa visée et le hara-kiri. L’exhumation de textes écrits dès l’âge de quinze ans s’assortit à un aban­don ultérieur de la poésie. La per­cu­tance dans l’auscultation des signes, le par­fum de bal­lade rock, la radi­ogra­phie du « zoo humain », d’un monde qui dérape don­nent la tonal­ité du recueil. Con­tin­uer la lec­ture

Les soubresauts d’un cœur

Karel LOGIST, Un cœur lent, Tétras Lyre, 2019, 80 p., 16 €, ISBN : 978–2‑930685–48‑9

Plaisir tou­jours renou­velé de retrou­ver la prose poé­tique de Karel Logist après quelques années d’absence. C’est que l’œil nar­quois du poète n’a pas pris une ride. Un nou­veau recueil donc com­posé d’une soix­an­taine de courts textes comme autant d’instantanés pris sur le vif et qui dis­sèquent avec acuité les cœurs cham­boulés des « aimables soli­tudes » que nous croi­sons en chemin. Nos con­tem­po­rains pris en fla­grant délit de vie par l’objectif aguer­ri du poème polaroïde et que vien­nent illus­tr­er les pho­togra­phies du com­plice de tou­jours, Serge Delaive. Con­tin­uer la lec­ture

Maigret, flaireur des passions humaines

Jean-Bap­tiste BARONIAN, Mai­gret, Doc­teur ès crimes, Impres­sions nou­velles, coll. « La fab­rique des héros », 2019, 125 p., 12 € / ePub : 7.99 €, ISBN : 978–2874497148

Faut-il s’étonner de voir Mai­gret se tailler une place dans la galerie de la « Fab­rique des héros » (col­lec­tion lancée récem­ment par les Impres­sions nou­velles) et y côtoy­er Jack Spar­row, Nos­fer­atu, Bat­man ? Après celles d’un cor­saire, un vam­pire et un jus­tici­er, voici donc que se pro­file la sil­hou­ette recon­naiss­able entre mille du com­mis­saire le plus célèbre du « 36 ». Et le tri­corne est tro­qué con­tre un feu­tre mou, et la pinte de sang frais est délais­sée au prof­it d’une pils bien fraîche, et les rues de Gotham City se met­tent à ressem­bler furieuse­ment à celles de La Rochelle ou de Quim­per. Con­tin­uer la lec­ture