Archives par étiquette : poésie

Danser avec les ombres

Mor­gane EEMAN, L’île quim­boiseuse, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2021, 172 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87505–400‑5

eeman l'ile quimboiseuseOn oublie sou­vent que le texte ne sur­git pas du néant, mais d’un corps. Le deux­ième ouvrage pub­lié par Mor­gane Eeman remédie à cette nég­li­gence en s’incarnant dans une écri­t­ure organique, habitée, aus­si exaltée que les étu­di­ants fraîche­ment débar­qués sur cette île envoû­tante dont l’autrice donne à vivre les charmes et les malé­fices. L’île quim­boiseuse est un texte mou­vant, qui vogue entre les gen­res et les reg­istres. Qual­i­fié de roman-poème, cet ouvrage en vers pul­vérise les fron­tières et présente un réc­it sin­guli­er, dont l’aspect bigar­ré voi­sine une déter­mi­na­tion (au sens de pour­suite d’une intu­ition pre­mière) pal­pa­ble. Con­tin­uer la lec­ture

Jouissance du jeu

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Lud­isme précédé de Gains­bourg et Bam­bou, Cormi­er, 2021, 114 p., 16 €, ISBN : 978–2‑87598–027‑4

bergen ludisme precede de gainsbourg et bambou« Je déclare que pour qu’un livre soit, il y faut les lev­ants, les nuits, le choc des fers, les plaines et les vents, les siè­cles – et la mer qui joint et sépare. »

Explo­rant d’autres reg­istres d’écriture que dans ses derniers opus (Ulrike Mein­hof, Icône H., Porti­er de nuit), chan­tant le tan­dem Gains­bourg et Bam­bou et libérant, dans Lud­isme, des sen­sa­tions à par­tir de con­traintes formelles qui para­doxale­ment désen­tra­vent la langue, Véronique Bergen ouvre dans ce recueil le matéri­au de l’écriture et de la pen­sée à par­tir d’autres éner­gies. Celles-ci sont en pre­mier lieu vibra­toires, physiques, situées sur un spec­tre riche en inten­sités divers­es. Con­tin­uer la lec­ture

Habiter la fracture

Tom BURON, Mar­quis Minu­it, Cas­tor astral, 2021, 82 p., 12 €, ISBN : 9791027802890

buron marquis minuitDans Mar­quis Minu­it, texte poé­tique, Tom Buron joue habile­ment du con­traste entre le genre et le sujet en pro­posant à ses lecteurs une « épopée ivre ». Plongés en des temps prim­i­tifs nim­bés des auras de la moder­nité et du 21e siè­cle, les lecteurs décou­vriront et chercheront à com­pren­dre l’histoire de Mar­quis Minu­it, « chéru­bin de motel » devenu, par la force du des­tin, grand explo­rateur du ban et marin de l’ivresse, dans ce qui sera une quête du « sen­ti­ment d’éternité » : Con­tin­uer la lec­ture

Comment remédier à l’irrémédiable ?

Un coup de cœur du Car­net

Jacques VANDENSCHRICK, Avec l’é­carté et autres poèmes, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2021, 218 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–553‑7

vandenschrick avec l ecarte et autres poemesTôt ou tard, il était fatal que le dis­cret Jacques Van­den­schrick fît son entrée dans la col­lec­tion pat­ri­mo­ni­ale Espace Nord, aux côtés des grands Jacques Izoard, Claire Leje­une ou François Jacqmin. Depuis trente-cinq ans, en effet, il a pub­lié chez le très exigeant édi­teur Cheyne, en Haute-Loire, dix livres illus­trant une vérité peu con­testable : il n’est de grande poésie que celle qui crée sa pro­pre poé­tique. Et celle-ci, qui peut certes intimider le novice, emporte l’at­ten­tion et l’ad­hé­sion du lecteur expéri­men­té avant même qu’il ait pris le temps de démêler l’éche­veau des mots… Con­tin­uer la lec­ture

La critique hors des marges

Philippe LEUCKX, Les entre­lus de Philippe Leuckx aux hautes marges, Coudri­er, coll. « À cœur d’écrits”, 2021, 183 p., 22 €, ISBN : 978–2‑39052–019‑1

leuckx les entrelusSec­ond vol­ume pub­lié dans la jeune col­lec­tion « à cœur d’écrits » lancée par les édi­tions Le coudri­er, ces « entre­lus » du cri­tique et écrivain Philippe Leuckx font suite au pre­mier recueil de textes pub­liés par Jean-Michel Aubev­ert. Le pari de cette ini­tia­tive est à soulign­er puisqu’il s’agit ici de rassem­bler sous forme d’anthologie, des textes cri­tiques d’auteurs qui ren­dent hom­mage à leurs con­frères et con­sœurs en pro­posant une lec­ture intime et per­son­nelle de leurs œuvres. Con­tin­uer la lec­ture

Du poème comme poil à gratter…

Jean-Bap­tiste BARONIAN, Anas­tro­phes au Bon Dieu, Lamiroy, 2021, 56 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87595–495‑4

anastrophescouverturebordnoirJean-Bap­tiste Baron­ian pos­sède une palette de com­pé­tences lit­téraires très vaste : longtemps édi­teur lit­téraire chez Marabout, auteur de romans — y com­pris de romans policiers sous pseu­do­nyme — mais aus­si de nou­velles, d’essais, de biogra­phies, de livres pour enfants, de dic­tio­n­naires et d’anthologies, spé­cial­iste recon­nu de l’œuvre de Georges Simenon, il y a peu de sujets et de domaines où il n’exerce pas avec bon­heur, de manière  libre et rebelle, ses qual­ités créa­tives et cri­tiques. Dans des ter­ri­toires de prédilec­tion comme la gas­tronomie, le fan­tas­tique, la langue et la lit­téra­ture, son immense cul­ture et son insa­tiable curiosité lui per­me­t­tent tou­jours d’éclairer avec brio et de manière per­son­nelle les œuvres ou les prob­lé­ma­tiques qu’il abor­de. Con­tin­uer la lec­ture

Plusieurs sœurs

COLLECTIF, Les sœurs Lovel­ing / De zussen Lovel­ing, Midis de la Poésie Édi­tions & Poëziecen­trum, 2021, 17 €, ISBN : 978–90-5655–359‑3

soeurs lovelingHuit poét­esses néer­lan­do­phones et fran­coph­o­nes – Cather­ine Bar­sics, Vic­toire de Changy, Hind Elja­did, Astrid Haerens, Ruth Lasters, Cathy Min Jung, Bwan­ga Pilip­ili et Maud Van­hauwaert – sig­nent cha­cune un ou des poèmes inspirés de l’œuvre des sœurs Ros­alie et Vir­ginie Lovel­ing dans l’ouvrage Les sœurs Lovel­ing / De zussen Lovel­ing paru aux édi­tions des Midis de la poésie & du Poëziecen­trum. À l’entame de cet ouvrage col­lec­tif, la philosophe et autrice Tin­neke Beeck­man pose quelques balis­es his­toriques et con­textuelles de la vie et de l’œuvre des sœurs Lovel­ing. Con­tin­uer la lec­ture

Monsieur Paul

Guy GOFFETTE, Ver­laine, Buchet/Chastel, coll. « Les auteurs de ma vie », 2021, 192 p., 14 €, ISBN 978–2‑283–03356‑2

goffette verlaineComme Guy Gof­fette l’aime, son cher Ver­laine ! Et comme il nous fait partager cet attache­ment, cette affec­tion, en généreux passeur de textes et de sen­ti­ments ! Alors que le coup de foudre n’a eu lieu qu’à la matu­rité (Ver­laine est entré dans ma vie comme la foudre dans une mai­son fer­mée), la cinquan­taine approchant (sa pre­mière idole a été Rim­baud, l’autre du cou­ple glo­rieux), depuis, il écrit sur lui fidèle­ment, ten­drement, ami­cale­ment. De beaux livres, de sa prose la plus poé­tique, empha­tique, celle qu’on aime tant, celle d’Elle, par bon­heur et tou­jours nue. Après Ver­laine d’ardoise et de pluie (1996) et les réc­its de L’autre Ver­laine (2008), il pub­lie, dans la col­lec­tion « Les auteurs de ma vie » aux Édi­tions Buchet/Chastel, un vol­ume sim­ple­ment inti­t­ulé Ver­laine. Suiv­ant la pre­scrip­tion de la col­lec­tion, il signe la pre­mière par­tie et fait un choix per­son­nel de textes dans la sec­onde. Con­tin­uer la lec­ture

Naitre à nouveau

Yves NAMUR, N’être que ça, Let­tres Vives, coll. « Entre 4 yeux », 2021, 92 p., 16 €, ISBN : 978–2‑914577–72‑4

namur n'être que ça« J’avais soudaine­ment l’in­time et pro­fonde con­vic­tion de naître ». Ain­si débute le nou­veau livre d’Yves Namur, inscrit d’emblée dans le scé­nario de l’illu­mi­na­tion, cette expéri­ence boulever­sante que plusieurs tra­di­tions – hin­douiste, boud­dhiste, chré­ti­enne – présen­tent comme une sec­onde nais­sance, le moi s’y effaçant au prof­it d’une sen­sa­tion sou­veraine. Con­tin­uer la lec­ture

Louis Adran ou l’éblouissement fauve

Un coup de cœur du Car­net

Louis ADRAN, Nu l’été sous les fleurs précédé de Traquée comme jardin, Cheyne, coll. « Verte », 2021, 96 p., 17 €, ISBN : 978–2841163052

adran nu l'été sous les fleursAprès un éblouis­sant pre­mier recueil poé­tique Cinq lèvres couchées noires, paru aux Édi­tions Cheyne en 2020, Louis Adran nous plonge dans l’incandescence fauve d’un deux­ième recueil, Nu l’été sous les fleurs précédé de Traquée comme jardin.

Qu’est-ce que la syn­taxe ? Com­ment épouse-t-elle une autre langue après avoir con­som­mé le divorce avec la langue offi­cielle ? L’économie poé­tique de Louis Adran est celle d’un écrire qui rompt avec le dire. L’écrire sur­git dans l’après-désastre, dans l’après-temps per­du et revient sur ce passé. Pous­sant plus avant le mou­ve­ment d’effacement, le poète inscrit dans le verbe même le frôle­ment d’aile du non-écrire, l’interruption de la let­tre. Sa langue porte trace des guer­res qu’on a menées con­tre elle, con­tre des pop­u­la­tions, con­tre des corps, con­tre des paysages. Con­tin­uer la lec­ture

Être un chant…

Wern­er LAMBERSY, Mémen­to du Chant des archers de Shu, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2021, 57 p., 16 €, ISBN : 978–2‑87505–391‑6          

lambersy memento du chant des archers de shuEn écrivant quelque part que « tout ce qui entre dans le livret est chant », le poète-philosophe belge Max Lore­au (1928–1990) définit le rôle qu’il assigne au poème. Un chant poé­tique donc qui impli­querait le désir d’appliquer au lan­gage poé­tique une sorte de danse, de relief cor­porel par le truche­ment d’une mise en scène opéra­tique. Une réflex­ion sur la mise en mou­ve­ment du rythme musi­cal du poème qu’il con­vient de garder à l’esprit quand il s’agit d’aborder le con­ti­nent que forme l’œuvre de Wern­er Lam­ber­sy. Con­tin­uer la lec­ture

Les idées, la poésie : sœurs ennemies ?

Roger BODART, Orig­ines. Poésies com­plètes, Sam­sa, coll. “Les Évadés de l’Ou­bli”, 2021, 431 p., 30 €, ISBN : 978–2‑87593–342‑3

Roger BODART, Dia­logues. Europe, Afrique, Amériques, Israël, Sam­sa, coll. “Les Évadés de l’Ou­bli”, 2021,  255 p., 24 €, ISBN : 978–2‑87593–340‑9

bodart originesAidé par Flo­rence Richter et François Ost, Chris­t­ian Lutz réédite en deux épais vol­umes une part notable des écrits de Roger Bodart, écrivain, jour­nal­iste, per­son­nage-clé de notre milieu lit­téraire (1910–1973). Curieuse­ment inti­t­ulé Orig­ines, le pre­mier rassem­ble les neuf livres de poèmes pub­liés entre 1930 et 1968, à quoi s’a­joutent deux recueils posthumes et des extraits de presse. Se trou­ve ain­si mis en lumière, avec ses faib­less­es et ses réus­sites, ses con­stantes et ses inno­va­tions, le par­cours du poète en quar­ante-trois ans d’écri­t­ure. Con­tin­uer la lec­ture

Tempera sur papier à la crête du sens

Un coup de cœur du Car­net

Otto GANZ, Prière de l’exaltation, Mael­ström reEvo­lu­tion, coll. « 414 », 2021, 16 €, ISBN : 978–2‑87505–390‑9

ganz priere de l'exaltationAffaire de maîtrise que
cette pureté dont l’existence
ne se retrou­ve qu’à l’état sauvage

la lumière brute frap­pant
droite ligne affleurée au
revers du tho­rax et des paumes
 

Encres, gouach­es, acrylique, café, liq­uides organiques émul­sion­nés : à l’instar de la tech­nique de la « tem­pera » util­isée avec ces matières pour le dessin d’Otto Ganz repro­duit en lim­i­naire au recueil Prière de l’exaltation, le verbe du poète détrempe les con­tor­sions du monde, en délaie les spasmes et les larmes. La langue d’Otto Ganz nav­igue à vue, du « voir » à la « voix », du « goût » à la « goulée plus âpre », en émon­dant l’amas des illu­sions. Con­tin­uer la lec­ture

Le vert chenille aussi en nous

Béa­trice LIBERT, Lau­rence TOUSSAINT, Comme un livre ouvert à la croisée des doutes, Signum, 2021, 120 p., 30 €
Mise à jour : le livre a été réédité en 2023 aux édi­tions du Tail­lis Pré

libert toussaint comme un livre ouvert a la croisee des doutesComme un livre ouvert à la croisée des doutes est de ces ouvrages que le pre­mier con­fine­ment a vu naitre. À la fois com­posé de pho­togra­phies et de poèmes, le recueil est un pont dressé entre la pho­tographe (Lau­rence Tou­s­saint) et la poétesse (Béa­trice Lib­ert), au tra­vers de l’isolement et de l’errance. Con­tin­uer la lec­ture

Joëlle Sambi : langue-caillasse et danse hantée

Joëlle SAMBI, Cail­lass­es, Texte lim­i­naire de Lisette Lom­bé, Illus­tra­tions Maïc Bat­mane, Arbre de Diane, coll. « Les deux sœurs », 2021, 120 p., 12 €, ISBN : 9782930822198

sambi caillasses 1Sur la fron­tière entre Brux­elles et Kin­shasa, entre l’oralité et le geste écrit, entre poé­tique sauvage et poli­tique mil­i­tante, Joëlle Sam­bi se tient, dres­sant une scène nomade, élec­trique où, portés par un vœu per­for­matif, les mots font lever des corps. C’est de l’intérieur des oppres­sions sécu­laires, du creux d’une His­toire de sang et d’humiliations dans laque­lle la Bel­gique et l’Occident ont plongé le Con­go que les poèmes, les slams, les nou­velles, les créa­tions radio­phoniques de Joëlle Sam­bi s’arrachent. Au fil de trois rounds poé­tiques, scan­dés par des trouées de lin­gala, les reg­istres de la colère, de la déc­la­ra­tion de guerre à la guerre, d’un cri col­lec­tif, d’un éro­tisme les­bi­en sont explorés. Sous la forme de l’explosion, d’une parataxe déca­pante, elle mène de l’ombre à la lumière ceux et celles qu’on a enfer­més dans l’inexistence, les badi­geon­nés de silence. Con­tin­uer la lec­ture

Déambulations poétiques

L’AMI TERRIEN, Les réflex­ions fan­tômes, Arbre à paroles, 2021, 240 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87406–709‑9

l'ami terrien les réflexions fantômes« Est-ce un recueil ? Un essai ? Un man­i­feste ? Un manuel de poésie orale ? Une ten­ta­tive de don­ner la poésie à enten­dre ? Le partage d’une pas­sion ? Des pistes pour écrire ? Un splatch­work ! » La qua­trième de cou­ver­ture du recueil Les réflex­ions fan­tômes de l’Ami Ter­rien (aux édi­tions L’Arbre à paroles) ne trompait effec­tive­ment pas. Toute ten­ta­tive de cir­con­scrire cet ouvrage dans un « genre » bien défi­ni est vouée à l’échec. Con­tin­uer la lec­ture