Archives par étiquette : Véronique Bergen

Voyage en Bergenie

Véronique BERGEN, Belgiques, Ker, coll. « Belgiques », 2020, 100 p., 12 €, ISBN : 978-2-87586-279-2

Véronique Bergen Belgiques Ker« Belgiques », l’excellente collection de recueils de nouvelles des éditions Ker, s’enrichit cet automne de trois nouveaux volumes. Véronique Bergen signe l’un d’eux. 

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Voyage dans l’univers de Comès

Un coup de cœur du Carnet

Thierry BELLEFROID, Comès. D’Ombre et de Silence, Casterman, 2020, 145 p., 29 € / ePub : 19.99 €, ISBN : 978-2-203-18379-7

thierry bellefroid comes d'ombre et de silence castermanCorbeaux, chouettes, chats, homme-cerf, paysages enneigés, personnages marginaux anguleux, rites d’initiation, génie du silence graphique mettant en scène la Bataille des Ardennes, les sombres conflits entre villageois, la mise à mort des êtres différents… Quarante ans après la parution de l’album Silence, le chef-d’œuvre de Comès, à l’occasion de la souveraine exposition Comès au musée BELvue à Bruxelles dont il est le co-commissaire avec Éric Dubois, Thierry Bellefroid consacre un essai magistral à ce créateur hors norme décédé en 2013. Continuer la lecture

Olivier Deprez. Noise gravure et épilepsie du sémiotique

Olivier DEPREZ, Wrek not work, Bibliotheca Wittockiana et FRMK, 2020, 25 €, ISBN : 9782873060047

Paru à l’occasion de l’exposition que la Bibliotheca Wittockiana consacra au projet Wrek mené par Olivier Deprez, coédité par cette dernière et les éditions FRMK, le catalogue Wrek Not Work (en français et en néerlandais) délivre un voyage dans l’œuvre gravée d’un artiste qui place la co-création (avec Adolpho Avril, Jan Baetens…) au centre de ses recherches. Son introduction de la gravure sur bois dans le monde de la bande dessinée a révolutionné le neuvième art. Interrogeant les questions de la narration graphique, du statut de l’image, de la représentation, Olivier Deprez a, depuis sa magistrale adaptation du Château de Kafka (éditions FRMK) exploré le potentiel narratif des images dans un geste qui excède et déconstruit la frontière entre figuratif et abstraction. Les sortilèges de la littérature, la tour de Babel des livres de ce lecteur passionné mais aussi les images glanées sur la toile, dans les journaux, sous-tendent et nourrissent sa démarche. Continuer la lecture

Réinventer une compatibilité de l’humain avec la biosphère

Un coup de cœur du Carnet

Gauthier CHAPELLE, avec la participation de Michèle DECOUST, Le vivant comme modèle. Pour un biomimétisme radical, Préfaces de Nicolas Hulot et de Jean-Marie Pelt, Dessins de Luc Schuiten, Albin Michel, Espaces libres Poche, 2020, 432 p., 11 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 9782226320186

le vivant comme modèle de gauthier chapelle livre de pocheD’une prodigieuse richesse conceptuelle, bouillonnant d’innovations pratiques, Le vivant comme modèle. Pour un biomimétisme radical nous délivre des schèmes de penser, de sentir nous donnant la possibilité de nouer une nouvelle alliance avec les formes du vivant. Ingénieur agronome, biologiste, concepteur de la collapsologie avec Raphaël Stevens et Pablo Servigne, ancien élève de Janine Benyus qui a développé la théorie du biomimétisme, Gauthier Chapelle déplie toutes les vertus du biomimétisme, à savoir l’ensemble des processus d’innovation (économiques, technologiques..) que les humains peuvent mettre en place en suivant une idée-clé : ces innovations et ces stratégies à faible impact environnemental doivent être inspirées par le modèle du vivant, par les phénomènes que la nature, les organismes ont expérimentés depuis des milliards d’années. Continuer la lecture

Antoine Boute. Propagation de l’insurrection biohardcore

Un coup de cœur du Carnet

Antoine BOUTE, Stéphane DE GROEF, Adrien HERDA, Manuel de civilité biohardcore, Tusitala et FRMK, 2020, 64 p., 24 €, ISBN : 979-10-92159-21-9

boute de groff herda manuel de civilité biohardcoreInventant des agencements esthético-politiques qui font voler en éclats la littérature en batterie, bouturant le texte et l’image jusqu’à produire une économie du signe qui excède le plan de l’économie, Manuel de civilité biohardcore libère une anti-pédagogie de l’ensauvagement qui plante des fleurs, des champs d’orties sur le chaos. Co-édité par l’éditeur FRMK (dont nous saluons encore une fois la fabuleuse ligne éditoriale, inventive, poétique et incendiaire) et par Tusitala, l’ouvrage trans-graphique inouï concocté  par Antoine Boute, Stéphane de Groef et Adrien Herda lance une machine de guerre contre un monde avachi dans l’apocalypse high tech. Continuer la lecture

Serge Delaive. Tango fractal

Serge DELAIVE, Argentine, suivi d’un entretien avec Anne-Lise Remacle, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2020, 220 p., 9 €, ISBN : 978-2-87568-486-8

argentine serge delaive espace nordDans son roman Argentine couronné par le Prix Rossel en 2009, le romancier, poète et photographe Serge Delaive délivre une composition narrative entre rhizomes et puzzles. Ce n’est qu’au fil de la lecture que se rassemblent les fragments de vie de divers personnages — Hernán, Lunus, Juan Serafini, Sofiá, Lucas, Angel — ayant pour toile de fond l’Argentine. Un jeu d’échos se met en place entre la crise économico-socio-politique qui frappa l’Argentine en 2001, entre le chapelet de crises qu’elle  a traversées (1998-2002, 2004…), et les dérives existentielles que subissent les personnages. Lieu des confins, extrême bout austral du monde bordé par la Terre de Feu et l’océan, l’Argentine attire les êtres en quête de sens, ceux et celles qui, comme Lucas partant sur les traces de son père volatilisé, recherchent des fantômes, des disparus, se perdant dans le mouvement où ils s’engagent dans la poursuite d’une chimère. Argentine est bâti comme un tango houleux entre des êtres et des espaces géographiques dans lesquels ils plongent afin de remailler le temps, d’ajointer des éclats de vie épars. Continuer la lecture

Partitions des vies. Schubert, l’âne et la dentellière

Sandrine WILLEMS, Consoler Schubert, Impressions Nouvelles, 2020, 160 p., 15 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978-2-87449-789-6

sandrine willems consoler schubertAvant l’écrire, y aurait-il l’écoute ? Une écoute au sens de Levinas, une attention aux voix du vivant ? Dans Consoler Schubert, Sandrine Willems, écrivain, philosophe, psychologue, autrice d’une œuvre marquante (Una voce poco fa. Un chant de Maria Malibran, Les petits dieux, Élégie à Michel-Ange, Éros en son absence, Devenir oiseau…), tisse la partition de deux vies qui cheminent à un siècle de distance mais en empruntant les mêmes notes mélodiques. La fiction se construit autour d’un troublant jeu de miroirs entre deux âmes sœurs, une dentellière et Schubert. Continuer la lecture

Éric Lambé et l’ère de la moule

Éric LAMBÉ, Carl ROOSENS, Botanike Komiks. Un regard sur le monde, FRMK, 2020, 48 p., 14 €

Chaque album des éditions FRMK promet une bouffée d’air libre à l’écart des œuvres contaminées par la radioactivité du marché. Elles promeuvent des créations qui ne s’inclinent devant rien, devant aucune forme convenue, qui ne pactisent pas avec le triste cirque médiatique. Dans Botanike Komiks. Un regard sur le monde, Éric Lambé nous balance des tranches de vie contemporaines, les stations d’un voyage dans le monde actuel. La couverture annonce 48 CC, non une cylindrée, mais 48 pages d’une bande dessinée cartonnée et en couleurs. Pour être à même de porter un regard sur le monde, il faut avoir comme réquisits : 1° l’existence du regard, quelle que soit sa forme, 2° l’existence d’un monde, quel que soit son état, 3° l’établissement d’un possible lien entre les deux termes. Ces préconditions assumées, Éric Lambé et son invité Carl Roosens placent leur bande dessinée sous le signe d’un désaxage revendiqué par le sous-titre : « dessiner des mots », « écrire des images ». Un pari contre-intuitif, un chamboulement des registres qui conteste la division foucaldienne entre lisible et visible. Continuer la lecture

Le sacré chez Henry Bauchau

Revue internationale Henry Bauchau, Traces du sacré, n°10, 2019, Presses Universitaires de Louvain, 215 p., 23 € / PDF : 15.50€, ISBN : 978-2-87558-928-6

Dans ce dernier volume de la Revue internationale Henry Bauchau, dirigé par Myriam Watthee-Delmotte et Catherine Mayaux, l’œuvre d’Henry Bauchau est approchée sous l’angle du sacré. À côté de très beaux inédits — inédits poétiques, Blason de décembre, circa 1967 et extraits de la correspondance avec Jean-Pierre Jossua —, figure un dossier thématique réunissant principalement les contributions de chercheurs lors d’un colloque dirigé par Anne-Claire Bello et Olivier Belin. Interrogeant l’agissement du sacré dans l’imaginaire de Bauchau, nombreux sont les chercheurs à analyser la manière dont le sacré transit la langue du romancier, du poète, du dramaturge, du diariste, soit qu’ils se penchent sur les figures de saints, de mystiques, de héros mythologiques (Saint François d’Assise, Œdipe, Gengis Khan…), qui parcourent ses créations, soit qu’ils abordent l’adhésion de Bauchau à la philosophie personnaliste d’Emmanuel Mounier ou encore son rapport à Rimbaud. Marqué par le christianisme de son milieu culturel d’origine, défenseur ardent de la foi lors de ses premières années, Henry Bauchau se détachera de l’Église après la Deuxième Guerre mondiale, poursuivant une quête spirituelle détachée de l’institution ecclésiale, ouverte aux spiritualités orientales, bouddhisme, taoïsme. Continuer la lecture

Yvon Givert. « Je bague des idées sauvages »

Yvon GIVERT, Urgent recoudre, Préface de Daniel Charneux, Taillis Pré, 2020, 142 p., 18 €, ISBN : 978-2-874509-158-6

Yvons Givert Urgent recoudre, éditions Taillis pré (couverture du livre)Dans ce recueil poétique inédit, publié à titre posthume, Yvon Givert (1926-2005) délivre une poésie élisant la concision, la fulgurance de la brièveté, des images, allant au plus nu, dans le refus de tout ornement, de tout lyrisme, de tout épanchement du vécu. Son secret ? Tailler les mots comme des silex, comme des couteaux — un mot qui revient souvent sous sa plume. Dans sa riche préface, Daniel Charneux convoque Marcel Moreau, lequel écrivait sidéralement à son frère « en Borinage » : « Vous êtes un vrai poète. Sans chichis, ni perruque, ni fond de teint. Là, nuitamment là, des mots avec juste ce qu’il faut de lumière, de couteaux, de musique pour entrer en nous comme un plaisir non émollient. Non mondain ». Continuer la lecture

Vinciane Despret : récits de rencontres, de transformations entre humains et animaux

Vinciane DESPRET, Quand le loup habitera avec l’agneau, Nouvelle édition augmentée, Empêcheurs de penser en rond, 2020, 325 p., 20 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 978-2-35925-182-1

Dans cette nouvelle édition augmentée de Quand le loup habitera avec l’agneau, Vinciane Despret interroge les transformations mutuelles produites par les rencontres entre les primates, les perroquets, les corbeaux, le monde animal et les éthologues, les primatologues. Les récits portés sur les animaux ont changé au cours des dernières années. Alors que des préjugés, des a priori enfermaient les moutons dans l’image d’êtres dociles, moutonniers, on leur a découvert une intelligence sociale élaborée. Plaidant pour la continuité des formes du vivant, des primates aux humains, Darwin a cherché des candidats primates témoignant de notre origine. Un des candidats, compatibles avec la théorie de l’évolution et de la sélection naturelle fut le babouin. Enrôlé dans un protocole devant nous aider à comprendre notre origine, le babouin mâle a peu à peu été perçu comme belliqueux, compétitif, dominant. Or, des naturalistes ont par la suite montré que, loin d’être pris dans des liens de compétition, les babouins mâles s’intégraient dans une société vertébrée par l’amitié avec les femelles. Continuer la lecture

Anne-Marie La Fère. Les sept tiroirs et les giroflées

Anne-Marie LA FÈRE, Le semainier, Névrosée, coll. « Femmes de lettres oubliées », 2020, 294 p., 16 €, ISBN : 978-2-931048-26-9

Bonheur absolu de découvrir ou redécouvrir dans la très belle collection « Femmes de lettres oubliées » des éditions Névrosée Le Semainier d’Anne-Marie La Fère. Née en 1940, romancière (Le semainier, Aux six jeunes hommes, La renarde), souveraine critique littéraire durant de nombreuses années, productrice d’émissions culturelles radio durant une vingtaine d’années, Anne-Marie La Fère est l’une des plumes les plus fines de la critique belge, une grande voix de la RTBF. Continuer la lecture

Andre Baillon. Du double et de l’absolution

André BAILLON, Un homme si simple, Postface de Maria Chiara Gnocchi, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2020, 240 p., 8,50 €, ISBN : 978-2-87568-484-4

Qu’est-ce qu’une confession ? Comment, sacré par Rousseau, le genre littéraire de la confession se noue-t-il aux registres du religieux et de la psychanalyse ? Paru en 1925, Un homme si simple délivre une confession en cinq actes prononcée par un homme, Jean Martin, interné à la Salpêtrière. Dans sa remarquable postface, Maria Chiara Gnocchi analyse les rapprochements entre le roman d’André Baillon et les grands modèles des œuvres « confessantes » — Saint Augustin le précurseur, Rousseau le fondateur du genre, Dostoïevski, Tolstoï, Duhamel… Comme nombre de personnages d’André Baillon, le narrateur traverse une crise qui lézarde son existence. Écrivain montant à Paris afin de se consacrer à la littérature, affligé depuis l’enfance d’une hypersensibilité, d’obsessions tenaces, écartelé entre deux femmes Jeanne et Claire, éprouvant une attirance pour Michette, la fille de Claire, Jean Martin glisse peu à peu dans l’anorexie, la dissociation de la personnalité, la dissolution du réel qui se met à proliférer, à perdre ses assises. Le récit d’Un homme si simple évoque sous bien des angles les séismes psychiques, existentiels, les internements à la Salpêtrière qu’a endurés André Baillon, lequel se suicidera en 1932. Continuer la lecture

Des dieux et des hommes

Lison FERNÉ, La déesse requin, CFC Editions, 2020, 110 p., 18 €, ISBN : 978-2-87572-049-8

Au travers du prisme du merveilleux, du conte, Lison Ferné délivre dans La déesse requin, sa première bande dessinée, une puissante fable écologique, politique et militante. La fiction repose sur une dualité de mondes aux frontières infranchissables par la majorité des créatures, celle du second du moins. Le monde d’en bas, des profondeurs est celui des dieux de la mer, des êtres métamorphiques qui peuvent changer d’apparence, passer d’une anatomie recouverte d’écailles à une anatomie humaine. Le monde d’en haut, peuplé par les humains, ignore tout de l’Autre monde. Au travers de Dahut, la déesse requin, fille de la grande déesse Boddhisatva, Lison Ferné nous entraîne dans un récit initiatique qui, par le biais de la magie, du féerique,  interroge la crise environnementale actuelle (surpêche, extinction massive des espèces animales, végétales). Le nom de l’héroïne évoque le personnage de la mythologique celtique, Dahut, incarnant un pouvoir spirituel féminin. Dans l’imaginaire foisonnant, syncrétique de Lison Ferné, la mythologie celtique réappropriée côtoie le bouddhisme : les bodhisattvas désignent des bouddhas n’ayant pas encore atteint l’éveil, qui furent parfois grands bouddhas dans le passé et reviennent enseigner la sagesse et l’éveil dans le monde des vivants. Continuer la lecture

Burroughs. Pour en finir avec les shits

Un coup de cœur du Carnet

Laurent DE SUTTER, Johnsons & Shits. Notes sur la pensée politique de William S. Burroughs, Léo Scheer, 2020, 96 p., 15 €, ISBN :  9782756113227

« Hé mec, vous tenez là un grand livre, un livre dément. Une bombe ». Voilà ce que William S. Burroughs s’exclamerait s’il éprouvait l’envie de quitter le monde des morts pour faire un tour dans le marécage du 21e siècle. À coup sûr, la qualité des substances psychotropes le décevrait mais l’essai de Laurent de Sutter Johnsons & Shits. Notes sur la pensée politique de William S. Burroughs qu’un dealer de Bruxelles lui fournirait en bonus l’exalterait. Si  Burroughs est connu et reconnu comme écrivain majeur de la Beat Generation (Le festin nu, Les garçons sauvages, La machine molle, Junky, Queer, Nova Express…), la vision du monde qu’il élabora dans ses essais et conférences n’a pas fait l’objet de nombreuses recherches. C’est au cœur des observations burroughsiennes sur le monde, sur la pensée, les techniques de contrôle que Laurent de Sutter nous plonge, nous dotant d’une arme conceptuelle fabuleuse pour penser et agir sur le présent. Continuer la lecture

L’éthique de Spinoza

Pierre ANSAY, Le cœur de Spinoza : vivre sans haine, Couleur livres, 2020, 320 p., 19 €, ISBN : 978-2-87003-902-1

Philosophe, auteur d’ouvrages sur Spinoza (Nos devenirs spinoziens, fraternels et anarchistes, Spinoza au ras de nos pâquerettes), sur Deleuze (36 outils conceptuels de Gilles Deleuze pour mieux comprendre le monde et agir en lui), co-auteur de Penser la ville avec R. Schoonbrodt, Pierre Ansay livre un essai qui, dépliant la question des affects, de la physique des passions, de la gouvernance de soi dans la philosophie de Spinoza, produit une lecture performative de l’auteur de L’Éthique. Que produit sur nous, lecteurs, le panthéisme spinoziste ? Quelle boîte à outils nous lègue-t-il afin de bien vivre avec nous-mêmes et les autres ? Comment fréquenter son œuvre nous permet-il de nous orienter dans la vie ? Continuer la lecture