Archives par étiquette : Véronique Bergen (autrice de la recension)

La Shoah. Une traversée de la souffrance

Myr­i­am SPIRA, L’envol de la mémoire, Gras­set, 2026, 194 p., 20 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 9782246841906

spira l'envol de la mémoireCom­ment vivre en tant qu’enfant de rescapés des camps de la mort ? Com­ment se con­stru­ire à l’ombre de la Shoah ? Com­ment porter le poids d’un héritage famil­ial mar­qué par les trau­ma­tismes de la Deux­ième Guerre mon­di­ale ? Pre­mier réc­it pub­lié par Myr­i­am Spi­ra, L’envol de la mémoire décrit la lente libéra­tion qu’elle a dû accom­plir. Elle mon­tre com­bi­en l’enfer tra­ver­sé par ses par­ents — Joseph, juif et résis­tant, Bet­ty, résis­tante — , a frap­pé les enfants du cou­ple, com­bi­en la deux­ième généra­tion née de celle des sur­vivants est mar­quée à jamais par un héritage de souf­frances et de cal­vaires. Con­tin­uer la lec­ture

Littérature et ésotérisme

Lau­rence BROGNIEZ et Stéphanie PEEL (sous la dir. de), Ésotérique Bel­gique, Textyles n°69, Ker, 2025, 178 p., 18 €, ISBN : 9782875865366

textyles 69 esotérique belgiqueCe remar­quable dossier de la revue Textyles comble un vide à pre­mière vue éton­nant : il pal­lie l’absence d’études de fond con­sacrées au lien entre lit­téra­ture belge et ésotérisme. Signée par Lau­rence Brog­niez et Stéphanie Peel, l’introduction pose la méthodolo­gie qui pré­side au rassem­ble­ment des con­tri­bu­tions. Con­tin­uer la lec­ture

Le Top 2025 de Véronique Bergen

Le Car­net et les Instants revis­ite l’année lit­téraire 2025 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. Aujourd’hui : la sélec­tion de Véronique Bergen. Con­tin­uer la lec­ture

Pour une liberté qui pétille comme un air de jazz

Simon GRONOWSKI, Plaidoy­er pour la paix, Racine, 2025, 114 p., 19,95 €, ISBN : 9782390253631

gronowski plaidoyer pour la paixDans Plaidoy­er pour la paix, Simon Gronows­ki délivre un réc­it-essai boulever­sant qui trans­met un mes­sage de com­bat aux jeunes généra­tions. À nonante-trois ans, il prend la plume afin de retrac­er l’histoire de sa famille juive qui fut déportée durant la Deux­ième Guerre mon­di­ale. Avo­cat du bar­reau, pianiste de jazz, Simon Gronows­ki est l’un des derniers sur­vivants de la Shoah, l’un des derniers témoins. Sa plongée dans les années de guerre, son évo­ca­tion de l’invasion de la Bel­gique par Hitler, des mesures pris­es con­tre les Juifs, du port de l’étoile jaune, des rafles sont tout entières sous-ten­dues par la volon­té de racon­ter les crimes du passé afin que les jeunes généra­tions puis­sent défendre la démoc­ra­tie, ses valeurs, com­bat­tre la racisme, l’antisémitisme, l’extrême droite. Ce plaidoy­er pour la paix, pour la tolérance, pour l’amour, pour le devoir de mémoire rend hom­mage à la mère, à la sœur mortes en dépor­ta­tion, au père qui décède de dés­espoir, mais aus­si à toutes les vic­times du nazisme et d’autres géno­cides. Con­tin­uer la lec­ture

Une écologie des créatures-lumière

Un coup de cœur du Car­net

Jere­mie BRUGIDOU, Bes­ti­aire de lumière. Plongée dans les aven­tures lumineuses du vivant, L’ogre, coll. « Luci­oles », 2025, 264 p ., 22 €, ISBN : 9782377562329

brugidou bestiaire de lumiereRepenser notre rela­tion au monde, nos façons de sen­tir, de com­mu­ni­quer, de con­cevoir notre coex­is­tence avec les autres règnes du vivant à par­tir de la lumière, telle est l’ambition que se donne Jere­mie Brugi­dou dans son essai aus­si magis­tral que révo­lu­tion­naire inti­t­ulé Bes­ti­aire de lumière. Plongée dans les aven­tures lumineuses du vivant. Sous la guise de chapitres conçus comme des paliers, l’artiste-chercheur Jere­mie Brugi­dou, auteur de Ici, la Béringie (Ed. de l’Ogre), Vers une écolo­gie de l’apparition : la bio­me­di­a­lu­mi­nes­cence du ciné­ma (Ed. Mimé­sis, un essai con­sacré à James Cameron) mobilise un ques­tion­nement tout à la fois écologique, philosophique, sci­en­tifique, éthologique et artis­tique sur le phénomène de la bio­lu­mi­nes­cence. Con­tin­uer la lec­ture

Jean Claude Bologne. Le jeu des perles de vie

Un coup de cœur du Car­net

Chris­tine BINI, L’Envol et le Sil­lon. L’œuvre romanesque de Jean Claude Bologne, Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es, 2025, 244 p., 20 €, ISBN : 9782803200924

bini l'envol et le sillonLa ren­con­tre entre le champ romanesque de Jean Claude Bologne et le regard de Chris­tine Bini se place sous le signe de la grâce, d’une grâce athée qui rend toute la mesure de la puis­sance esthé­tique, de la com­plex­ité et de l’exigence d’une œuvre rad­i­cale­ment sin­gulière. Le titre de l’essai, le tableau de Breughel, La Chute d’Icare (la ver­sion du musée Van Buuren) en cou­ver­ture dévoilent l’intuition qui dicte et guide l’étude : « Le titre choisi pour cet essai asso­cie Jean à l’envol, et Claude au labour, sym­bol­ique­ment. Ce sont là deux motifs impor­tants de l’œuvre romanesque de Bologne : l’aspiration à la tran­scen­dance, et l’ancrage dans l’histoire, ter­reau de la fic­tion. » La com­plé­men­tar­ité des deux gestes (le vol vers l’infini et le labour de la terre fic­tion­nelle, de la chair his­torique) par laque­lle Chris­tine Bini définit l’imaginaire du romanci­er est égaiement à l’œuvre dans l’exégèse qu’elle lui con­sacre. Con­tin­uer la lec­ture

Méduse : renaissance et réappropriation

Racha MOUNAGED, Les méta­mor­phoses de Méduse, Com­plic­ités, 2025, 98 p., 12 €, ISBN : 9782386478666

mounaged les métamorphoses de méduseQuand Méduse s’empare de la parole, rompt le silence dans lequel le mythe, les humains, les dieux l’ont plongée, elle arrive sous une forme duelle, comme un agence­ment d’énonciation et de corps rompu à l’exercice de la méta­mor­phose, des devenirs. À la pre­mière méta­mor­phose puni­tive, à la trans­for­ma­tion de la jeune fille Méduse en Gor­gone, l’autrice bel­go-libanaise Racha Mounaged ajoute un nou­v­el avatar, le dédou­ble­ment de Méduse, sa dif­frac­tion en deux voix, une voix ances­trale, errante, et une voix con­tem­po­raine, celle de Méduse 2.0. Conçu ini­tiale­ment sous la forme d’un roman écopoé­tique, le per­son­nage mythologique a fait dévi­er le pro­jet, l’a mené sur le rivage d’un mono­logue poé­tique bâti sur l’hiatus entre les deux incar­na­tions d’une divinité pri­mor­diale, unique Gor­gone frap­pée de mor­tal­ité. Con­tin­uer la lec­ture

L’urbexeur de la poésie

Un coup de cœur du Car­net

Vin­cent THOLOMÉ, L’existence, Dernier Télé­gramme, 2025, 211 p., 16 €, ISBN : 9791097146740

tholomé l'existenceUrbexeur de la poésie, Vin­cent Tholomé aurait trou­vé un flot de poèmes sur un site indus­triel aban­don­né, décou­vert un ciel de let­tres, d’aphorismes dis­posés au-dessus des lits du dor­toir. L’existence est une ques­tion de retours, de grav­i­ta­tions autour des mots et des choses, de voy­ages sur les ter­res de l’apparition et de la dis­pari­tion, de l’écrit qui est un fait et des faits qui sont des songes. Livre à nul autre pareil, enser­rant en ses pages « 882 poèmes expan­sion­nistes . écrits d’après les mots et les pro­pos d’Anton Nijkov . POUR DIRE QUE JE. ANTON NIJKOV . EN DÉPIT DES CIRCONSTANCES. EXISTE ENCORE », L’existence nous trans­porte dans une con­stel­la­tion poé­tique qui s’arpente en tous sens, par frag­ments, dans le con­tinu ou selon un ordre capricieux, comme dans Marelle de Julio Cor­tazar. Vin­cent Tholomé est et n’est pas Anton Nijkov qui est et n’est pas Nijin­s­ki et Artaud. Con­tin­uer la lec­ture

Amour et théorème d’incomplétude

Jacques RICHARD, Jeanne en per­son­ne, Lamiroy, 2025, 200 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39081–024‑7  

richard jeanne en personneTail­lé dans l’énigme de la vie, le roman de Jacques Richard déplace la nar­ra­tion vers un labyrinthe de tableaux qui com­posent autant de facettes ne se refer­mant jamais sur une unité. Les six chapitres qui scan­dent Jeanne en per­son­ne procè­dent par touch­es alliant appari­tion et dis­pari­tion, ques­tion­nement sur l’identité des êtres, de l’amour et cor­ro­sion du doute. Con­tin­uer la lec­ture

Le pinceau pense et la pensée se fait pinceau

Un coup de cœur du Car­net

Stéphane LAMBERT, Fabi­enne Verdier. Les formes de l’invisible, Arléa, coll. « La ren­con­tre », 2025, 96 p., 16 €, ISBN : 978–2‑36308–424‑8

lambert fabienne verdier les formes de l'invisibleStéphane Lam­bert n’écrit pas sur la pein­ture, mais depuis elle, en elle, à par­tir de l’intensité d’une ren­con­tre dont il n’entend pas étouf­fer le mys­tère sous des grilles théoriques ren­dant inerte le geste de créa­tion. Dans son éblouis­sant essai, Fabi­enne Verdier. Les formes de l’invisible, il retrace au fil d’une pen­sée dev­enue pinceau l’aventure pic­turale frayée par Fabi­enne Verdier, une fig­ure cen­trale du paysage artis­tique con­tem­po­rain. La porte entre le monde de l’Orient et celui de l’Occident que la pein­tre a ouverte depuis son long séjour ini­ti­a­tique en Chine dans les années 1980 se redou­ble dans la tra­ver­sée des portes qui jalon­nent le par­cours de l’artiste. Con­tin­uer la lec­ture

Écrire depuis le seuil

Muriel CLAUDE, Con­ver­sa­tions de la porte, Arléa, coll. « La ren­con­tre », 2025, 140 p., 18 €, ISBN : 9782363084194

claude conversations de la porteFrangée de silence, l’écriture se dépose depuis un lieu qui brille comme une retraite. L’écriture devient l’officiante d’un seuil, un espace de clô­ture qui ouvre sur l’ailleurs. Ce que le réc­it accom­plit con­sone avec le monde fer­mé, feu­tré des moni­ales d’une abbaye cis­ter­ci­enne dans les Ardennes, dans laque­lle, sai­son après sai­son, la nar­ra­trice séjourne avant de regag­n­er le monde. Pourquoi entr­er en tant que vis­i­teuse dans cette com­mu­nauté religieuse qui, dense comme la forêt qui l’entoure, vit à l’écart du monde tem­porel, séculi­er? Pourquoi repar­tir, y revenir ? L’expérience que Muriel Claude délivre épouse une atten­tion poé­tique à tout ce qui fait signe d’un pas­sage entre le dedans et le dehors, entre le sacré et le quo­ti­di­en. Au cœur du fam­i­li­er, de la cathé­drale de la nature, des ruis­seaux, du vol des hiron­delles, de l’éclosion des fleurs,  au cœur du rythme des saisons, résonne la prière du vivant dont Muriel Claude nous ramène des bou­quets de sen­sa­tions, de visions. Que ren­con­tre-t-on lorsqu’on se voue à l’exploration du seuil, que ce soit la clô­ture du monastère ou celle de la librairie où tra­vaille la nar­ra­trice ? Con­tin­uer la lec­ture

La poésie comme voix et comme voie

Un coup de cœur du Car­net

Éric BROGNIET, Le nuage et la riv­ière, Tail­lis Pré, 2025, 168 p., 18 €, ISBN : 9782874502477

brogniet le nuage et la riviereQue l’aventure poé­tique ne se donne aucun hori­zon qui l’excède mais que, dans un même mou­ve­ment, elle ait l’ambition d’ouvrir un autre régime du vivre et du penser, l’œuvre exigeante, nova­trice d’Éric Brog­ni­et l’affirme tant sous son ver­sant poé­tique que dans l’ordre des essais. S’ouvrant sur une médi­ta­tion de maître Dogen en exer­gue, Le nuage et la riv­ière res­saisit les mots et les choses ain­si que leurs noces com­plex­es sous l’angle de leur genèse, de leur mou­ve­ment d’engendrement. Con­tin­uer la lec­ture

Célébration du quotidien

Gabriel RINGLET, Des rites pour la Vie, Albin Michel, 2025, 252 p., 19,90 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑226–50435‑7

ringlet des rites pour la vieFon­da­teur de l’École des rites, prêtre, écrivain, longtemps pro­fesseur et vice-recteur de l’Université catholique de Lou­vain, mem­bre de l’Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique, Gabriel Ringlet nous offre un livre de con­vic­tions qui retrace l’invention d’une voie autre, celle des rites dont l’essayiste est le célébrant. Une voie qui se tient au-dehors des rites ecclési­aux, des céré­monies offi­cielles de l’Église et des pra­tiques céré­monielles laïques. Con­tin­uer la lec­ture

La littérature comme reconfiguration du donné

Myr­i­am WATTHEE-DELMOTTE, La lit­téra­ture, une réponse au désas­tre, Académie royale de Bel­gique, coll. « L’Académie en poche », 2025, 140 p., 9 €, ISBN : 9782803109982

watthee delmotte la litterature une reponse au desastreQue peut la lit­téra­ture ? Com­ment dis­pose-telle un espace imag­i­naire tis­sé par la fic­tion, qui soit à même d’agir sur le réel, sur le monde, sur soi, sur la pen­sée, les affects, les représen­ta­tions ? Dans son essai vigoureux autant que rigoureux, La lit­téra­ture, une réponse au désas­tre, Myr­i­am Watthee-Del­motte dresse une étude exigeante, pas­sion­née, de la manière dont la lit­téra­ture se pose comme un levi­er d’action, un dynamisme de forces qui parie pour une riposte au désas­tre. Le ques­tion­nement se découpe en plusieurs champs : une analyse de son rôle de témoin (du chœur antique de la tragédie grecque aux témoins intérieurs, extérieurs ou imag­i­naires), de ses con­tenus et des dis­posi­tifs lan­gagiers qui met­tent en forme ces derniers et une inves­ti­ga­tion des spé­ci­ficités du médi­um de la lit­téra­ture imprimée par rap­port au ciné­ma, au théâtre ou autre médi­um requérant un dis­posi­tif ver­bal. Con­tin­uer la lec­ture

La rencontre entre Masereel et Verhaeren

Masereel / Ver­haeren, Dia­logue en noir et blanc / Dialoog in zwart en wit, Textes bilingues de Christophe Meurée, Paul Aron et Hans Van­de­vo­or­den, Ed. Emile Ver­haeren­mu­se­um, 2025, 80 p., 18 €, ISBN : 978–9082533552

collectif masereel verhaerenAu nom­bre des ren­con­tres créa­tri­ces fécon­des entre un poète, un écrivain et un artiste, celle qui se noua entre Frans Masereel (1889–1972) et Émile Ver­haeren (1855–1916) occupe une place majeure. Davan­tage qu’un illus­tra­teur de la poésie, des nou­velles, des con­tes d’Émile Ver­haeren, Frans Masereel en est l’interprète, le lecteur graphique qui, non seule­ment, traduisit les textes ver­haere­niens dans des gravures sur bois, des dessins, des aquarelles mais réal­isa une œuvre graphique imprégnée par des thèmes, des motifs, des visions de l’auteur des Villes ten­tac­u­laires, de La mul­ti­ple splen­deur. Si Masereel a été exposé au Musée Émile Ver­haeren à trois repris­es, en 1963, en 1968 et en 1977, l’exposition actuelle déplace la focale en inter­ro­geant l’influence de l’écrivain sur le graveur. Une influ­ence, une con­ver­gence, des rap­proche­ments que Christophe Meurée, Paul Aron et Hans Van­de­vo­or­den analy­sent avec finesse dans le cat­a­logue. Con­tin­uer la lec­ture

Van Gogh avant le pinceau

Ser­gio SALMA, Vin­cent avant van Gogh, mise en couleur Amelia Navar­ro, Glé­nat, 2025, 144 p., 23 €, ISBN : 9782344059753

salma vincent avant van goghSignée Ser­gio Salma (scé­nario et dessin), mise en couleur par Amelia Navar­ro, la bande dess­inée Vin­cent avant van Gogh nous plonge dans l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte du pein­tre avant qu’il ne se con­sacre à la pein­ture pour la révo­lu­tion­ner. Basée sur un solide tra­vail d’archives, de doc­u­men­ta­tions, ryth­mé par la cor­re­spon­dance de Van Gogh avec son frère Théo, l’album inter­roge et met en scène le par­cours d’une vie, de la nais­sance de Vin­cent Van Gogh en 1853 à Zun­dert aux Pays-Bas, d’une jeunesse heureuse dans une famille bour­geoise aux années d’internat, d’employé dans la bou­tique d’un oncle marc­hand d’art à La Haye, de la révéla­tion de la foi, du désir de devenir un homme d’église aux tour­ments exis­ten­tiels, aux décep­tions sen­ti­men­tales, au sen­ti­ment d’échec. Con­tin­uer la lec­ture