Archives par étiquette : Véronique Bergen (autrice de la recension)

Simon Leys. La clairvoyance contre l’idéologie

Simon LEYS, Ombres chi­nois­es, Nou­velle édi­tion aug­men­tée, Pré­face de Jean-François Rev­el, Les Belles Let­tres, 2025, 360 p., 15,90 €, ISBN : 9782251456560

leys ombres chinoisesLe regard que Simon Leys por­ta sur la Chine pop­u­laire dans Les habits neufs du prési­dent Mao (1971), Ombres chi­nois­es (1974), Images brisées (1976) ame­na au grand jour ce que, longtemps, les maoïstes occi­den­taux ne lui ont pas par­don­né de révéler, n’y voy­ant que le reflet d’une idéolo­gie enne­mie, anti-Mao : le bas­cule­ment de la Chine dans une bureau­cratie total­i­taire, le cauchemar dic­ta­to­r­i­al de la Révo­lu­tion cul­turelle. Essay­iste, sino­logue, tra­duc­teur de Con­fu­cius, his­to­rien de l’art, Simon Leys (pseu­do­nyme de Pierre Ryck­mans) est nom­mé attaché cul­turel à Pékin en 1972 et chargé de sil­lon­ner le pays afin d’en dress­er un rap­port glob­al. Au terme de six mois de voy­age dans une Chine qui ne délivre aux obser­va­teurs occi­den­taux qu’une vit­rine men­songère, il écrit Ombres chi­nois­es, un essai qui tient d’un pam­phlet cri­tique et d’un chant nos­tal­gique, dont le titre ren­voie autant à la tra­di­tion de la cal­ligra­phie qu’il n’a cessé d’étudier qu’au théâtre des ombres que les autorités maoïstes met­tent en scène à l’adresse des voyageurs venus d’Occident. Con­tin­uer la lec­ture

La littérature ou l’infini de la baleine blanche

Un coup de cœur du Car­net

Myr­i­am WATTHEE-DELMOTTE, Indemne. Où va Moby-Dick ?, Actes Sud, 2025, 320 p., 23,50 € / ePub : 17,09 €, ISBN : 9782330206802

watthee delmotte indemne ou va moby dickInven­ter l’odyssée du chef‑d’œuvre de Her­mann Melville, Moby Dick, en s’appuyant sur une éru­di­tion vire­voltante de vie, tel est le pari haute­ment gag­né sous l’horizon duquel Indemne se tient. Chercheuse de renom, spé­cial­isée dans les rap­ports entre la lit­téra­ture et les arts de la fin du 19ème siè­cle, essay­iste (Bauchau. Sous l’éclat de la sibylle ; Dépass­er la mort. L’agir de la lit­téra­ture…), Myr­i­am Watthee-Del­motte nous plonge dans les eaux d’un pre­mier roman éblouis­sant qui nous éclabousse par son intel­li­gence et sa pro­fondeur. Con­tin­uer la lec­ture

Écouter les rêves de la matière

Françoise LISON-LEROY, Tu ouvres et c’est le jour, Rougerie, 2025, 64 p., 12 €, ISBN : 978–2‑85668–428‑3

lison-leroy tu ouvres et c'est le jourLa poésie se tient dans des angles morts qu’elle ramène à la vie, s’adresse aux mots comme s’ils étaient des oiseaux. Tu ouvres et c’est le jour, le nou­veau recueil poé­tique de la poétesse et écrivaine Françoise Lison-Leroy tisse son univers dans un con­tin­u­um de sen­sa­tions qui cir­cu­lent de l’humain à la nature, qui déam­bu­lent du château de sable à la taupe, des nuages à la musaraigne. L’écriture est tail­lée dans ce qu’elle évoque, dans la porosité entre les règnes du vivant, tra­ver­sée par une expres­sion et un ani­misme qui décloi­son­nent les fron­tières entre les formes de vie. Con­tin­uer la lec­ture

Degrelle par-dela les masques 

Frédéric SAENEN, Léon Degrelle, Per­rin, 2025, 364 p., 24 € / ePub : 16,99 €, ISBN : 9782262094669

saenen léon degrelleAuteur d’essais sur Pierre Drieu de la Rochelle, Camille Lemon­nier, de romans (L’enfance unique, La danse de Plu­ton…), de recueils de poèmes, pro­fesseur à l’Université de Liège, rédac­teur en chef de la Revue générale, Frédéric Sae­nen aus­culte la tra­jec­toire et la fig­ure haute­ment con­tro­ver­sée de Léon Degrelle (1906–1994) dans sa biogra­phie pub­liée aux Édi­tions Per­rin. Afin de décrypter cette « fig­ure repous­soir, con­tre-exem­ple absolu de l’éthique en poli­tique », d’interroger les influ­ences, les traces qu’il a lais­sées dans l’histoire belge, il a fal­lu recon­stituer les mul­ti­fac­ettes du fon­da­teur du rex­isme, du « Führer des Wal­lons » et suiv­re les muta­tions du jour­nal­iste, de l’éditorialiste de droite au tri­bun fana­tique, du catholique fer­vent au col­labo, du croisé de la foi au leader fas­ciste, du sol­dat du IIIème Reich, gradé engagé dans la Waf­fen-SS à l’exilé en Espagne pro­fes­sant un néga­tion­nisme vir­u­lent. Con­tin­uer la lec­ture

Voir et vivre Van Gogh en sa chair

Un coup de cœur du Car­net

Stéphane LAMBERT, Vin­cent Van Gogh, Gal­li­mard, coll. “Pop-Art”, 2025, 44 p., 8,90 €, ISBN : 9782073110176

lambert van goghL’œil qui monte dans la main avant de pénétr­er la tex­ture des choses, la quête d’une lumière au sein même de l’obscurité, la flamme de l’intense qui danse jusqu’à con­somp­tion tant dans l’existence que dans les tableaux… dans son Van Gogh qui ouvre la nou­velle col­lec­tion Pop-Art de Gal­li­mard (aux côtés d’ouvrages sur Fri­da Kahlo, Hokusaï et Manet), Stéphane Lam­bert délivre un éblouis­sant ques­tion­nement de l’énigme Vin­cent Van Gogh. Après son sou­verain réc­it Vin­cent Van Gogh, l’éternel sous l’éphémère (Arléa), il réin­vente son regard et pro­pose une nou­velle approche du pein­tre sous l’angle d’une vision du mou­ve­ment organique qui pulse la vie et l’œuvre du pein­tre né à Zun­dert dans les Pays-Bas en 1853, mort à Auvers-sur-Oise en 1890. La sin­gu­lar­ité de la col­lec­tion Pop-Art, c’est d’avoir imag­iné des livres-objets dont les pages, lorsque la lec­ture est ter­minée, se replient pour for­mer une œuvre du pein­tre. L’œuvre choisie qui, lit­térale­ment, dévore le livre, méta­mor­phose les phras­es en une créa­tion pic­turale, c’est un tableau de la dernière péri­ode, La nuit étoilée, réal­isé en 1889 à Saint-Rémy. Con­tin­uer la lec­ture

Les mirages du Nil

Claire HUYNEN, Les femmes de Loux­or, Arléa, 2025, 160 p., 19 €, ISBN : 9782363083999

huynen les femmes de louxorLes malen­ten­dus de l’amour et de ses pièges, les cen­taines d’Occidentales qui ont aban­don­né l’Europe, l’Amérique du Nord pour épouser des Égyp­tiens, la par­ti­tion désac­cordée des sen­ti­ments, l’ombre de la polyg­a­mie qui éclate sous le soleil de Loux­or… après son vibrant roman Ceci est mon corps, Claire Huy­nen plante Les femmes de Loux­or, non dans l’exotisme des harems, des odal­isques, mais dans le monde en vase clos d’un étrange tri­an­gle for­mé par la nar­ra­trice, Sayyed, l’homme dont elle est folle­ment éprise, qu’elle épousera, Ham­sa, la pre­mière femme légitime de Sayyed. Con­tin­uer la lec­ture

Dimensions esthétiques et érotiques du nazisme

Arnaud DE LA CROIX, Esthé­tique et éro­tisme nazis, Pré­face d’Anne Sta­quet, Édi­tions uni­ver­si­taires de l’Umons, coll. « Imper­ti­nentes », 2025, 142 p., 22 €, ISBN : 9782873257712

de la croix esthétique et erotisme nazisDans son nou­v­el essai, Arnaud de la Croix ouvre avec brio et finesse une boite noire dont les his­to­riens, les penseurs, les chercheurs con­tem­po­rains se détour­nent parce qu’elle dérange, trou­ble les représen­ta­tions offi­cielles du savoir et les vul­gates poli­tique­ment cor­rectes de la doxa. Inter­ro­geant un domaine jusqu’ici peu étudié, l’ouvrage se penche d’une part sur ce que Philippe Lacoue-Labarthe appelle l’esthétisation de la poli­tique réal­isée par le nazisme et d’autre part sur le ques­tion­nement du lien entre nazisme-éro­tisme-pornogra­phie, sur l’érotisation du nazisme dans la cul­ture con­tem­po­raine, prin­ci­pale­ment le ciné­ma. Afin d’éclairer les dimen­sions esthé­tiques et éro­tiques du IIIème Reich et leur lien intime, Arnaud de la Croix étudie deux organes de pro­pa­gande de l’idéologie du « Blut und Boden », de la pureté de la race aryenne : la vision esthé­tique imposée par les hauts dig­ni­taires nazis et les représen­ta­tions offi­cielles, ambigües, de la sex­u­al­ité. Con­tin­uer la lec­ture

Plaidoyer pour une architecture vivante

Un coup de cœur du Car­net

Vir­gil DECLERCQ, Héritage, Bozon2x, 2025, 226 p., 21 €, ISBN : 978–2‑931067–27‑7

declercq héritageLivre de com­bats, de cœur, irrigué par l’amour du pat­ri­moine archi­tec­tur­al, la qual­ité de vie des citoyens, Héritage se présente comme un man­i­feste mar­qué par l’urgence face à la débâ­cle urban­is­tique, envi­ron­nemen­tale qui rav­age nos lieux de vie. Fon­da­teur de l’association Com­mu­nauté His­to­ria qui défend les édi­fices en péril, les joy­aux men­acés de démo­li­tion, Vir­gil Decler­cq nous délivre un essai qu’on aimerait dis­tribuer aux poli­tiques, aux ges­tion­naires de l’urbanisme, aux pro­mo­teurs immo­biliers, aux fonc­tion­naires européens afin de les dessiller. Con­tin­uer la lec­ture

La fiction et ses modalités plurielles d’engagement

Marie GIRAUD-CLAUDE-LAFONTAINE, De nou­velles formes d’engagement lit­téraire dans la lit­téra­ture fran­coph­o­ne con­tem­po­raine de Bel­gique. Thomas Gun­zig, Char­ly Del­wart et Kenan Gör­gun, Peter Lang, 2024, 570 p., 45 €, ISBN : 9783034350938

giraud claude lafontaine de nouvelles formes d engagementDans son magis­tral tra­vail con­sacré à la ques­tion des nou­velles formes d’engagement lit­téraire dans la généra­tion d’écrivains belges fran­coph­o­nes nés dans les années 1970, la chercheuse Marie Giraud-Claude-Lafontaine repense à nou­veaux frais les ques­tions com­plex­es d’engagement en lit­téra­ture, de fic­tion cri­tique, de pou­voir de la lit­téra­ture dans le champ politi­co-social. Remar­quable à plus d’un titre, con­sacré aux œuvres de Thomas Gun­zig, Char­ly Del­wart et Kenan Gör­gun, l’essai cir­con­scrit préal­able­ment le champ de son étude en éman­ci­pant la notion (éminem­ment plurielle, mul­ti­ple) d’engagement de sa cap­ture sar­tri­enne, en prob­lé­ma­ti­sant la poli­tique de la lit­téra­ture dans sa spé­ci­ficité belge. Con­tin­uer la lec­ture

L’arche poétique

Philippe LEKEUCHE, Élé­gies, Post­face de René de Cec­ca­t­ty, Herbe qui trem­ble, 2025, 102 p., 16 €, ISBN : 978–2‑491462–79‑6

lekeuche elegiesDessi­nant un espace de vie, entail­lé par les chants de la ruine et de la perte, porté par la flamme de l’amour char­nel et spir­ituel, le recueil poé­tique Élé­gies arpente les ter­res de la pos­si­bil­ité du Poème, en appelle à l’horizon d’un salut bar­ré par lui-même. Auteur d’une œuvre poé­tique ambitieuse, de pre­mier ordre, Philippe Lekeuche ques­tionne le corps de l’amour, le corps de la poésie, le lien entre l’humain et le monde dans des tes­sons de parole enfuie. Divisé en six chants intro­duits par les pho­togra­phies en noir et blanc de l’auteur, le recueil apos­tro­phe les dieux, con­voque une grande tribu élec­tive, Hölder­lin, Vil­lon, Rim­baud, Ver­laine, Baude­laire, Keats, Dick­in­son, Celan, ces funam­bules de la survie qui nous ont légué des rêves recou­verts par la cen­dre. Con­tin­uer la lec­ture

Plaidoyer pour la différenciation

Jacques DEWITTE, La tex­ture des choses. Con­tre l’indifférenciation, Post­face de Fab­rice Had­jadj, Sal­va­tor, coll. « Phil­an­thropes », 2024, 208 p., 20 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782706727023

dewitte la texture des chosesPhilosophe, écrivain, tra­duc­teur, auteur entre autres du Pou­voir de la langue et la lib­erté de l’esprit. Essai sur la résis­tance au lan­gage total­i­taire, de L’exception européenne, de Kolakows­ki. Le cli­vage de l’hu­man­ité, Jacques Dewitte pose dans son dernier essai La tex­ture des choses. Con­tre l’indifférenciation, les fonde­ments d’une pen­sée ontologique qui, s’appuyant sur Aris­tote, réfute les muta­tions con­ceptuelles et sociales actuelles pro­mou­vant l’indifférencié. Com­posé de textes parus il y a une ving­taine d’années et de textes récents, l’essai se présente comme une réflex­ion ambitieuse sur ce que l’auteur appelle « la tex­ture des choses » ou « la bigar­rure de l’Être ». Nour­ri par Han­nah Arendt, Husserl, Adolf Port­mann, la poésie, l’architecture, la zoolo­gie, l’ouvrage s’origine dans une inter­ro­ga­tion sur le choix ontologique qui a pré­valu en Occi­dent, celui d’une pen­sée de l’être perçu comme con­sti­tué de formes dif­féren­ciées, en soi (et non pas dif­féren­ciées par l’exercice de l’esprit humain). Ce n’est pas l’esprit qui découperait un con­tin­u­um en instances séparées. En soi, la nature se car­ac­téris­erait par une organ­i­sa­tion struc­turée, dis­con­tin­ue, qui sous-entend que les dif­féren­ci­a­tions appar­ti­en­nent en pro­pre au réel. Con­tin­uer la lec­ture

Le verbe comme tombeau de vie

Un coup de cœur du Car­net

Pierre MERTENS, Paysage sans Véronique, Pré­face de Bernard Main­gain, Post­face de Pietro Piz­zu­ti, Impres­sions nou­velles, 2025, 216 p., 18 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782390701859

mertens paysage sans veroniqueIl est don­né à peu d’écrivains de créer un chef‑d’œuvre avec la mort, de ten­dre un chant qui replace une morte dans la danse de la vie. Avec son somptueux réc­it, Paysage sans Véronique, Pierre Mertens se place au-delà du thrène dédié à Véronique Pirot­ton, l’amie dis­parue dans des cir­con­stances opaques. Dans ce dia­logue avec Véronique Pirot­ton, retrou­vée sans vie dans une cham­bre d’hôtel à Ostende le 31 octo­bre 2013, dans cet hom­mage tail­lé dans une inap­pé­tence à l’endroit de la Camarde, Pierre Mertens creuse l’espace de la lit­téra­ture comme con­tre­point à la vérité judi­ci­aire. Non seule­ment afin de libér­er l’épaisseur, la com­plex­ité d’une amie qui lui était chère, afin de ren­dre pal­pa­ble le « monde Véronique » que le procès a invis­i­bil­isé, mais aus­si afin de s’interroger sur la perte incon­solable qu’il éprou­ve depuis que Véronique Pirot­ton n’est plus. Con­tin­uer la lec­ture

Désarçonner la langue

Un coup de cœur du Car­net

Natha­lie ATLANCan­berra, Ate­lier de l’agneau, 2024, 80 p., 18 €, ISBN : 9782374280851

atlan canberra 1Un titre peut briller comme un tal­is­man, un mot sacré, un ora­cle. Can­ber­ra, recueil en prose poé­tique de Nathalie Atlan, claque, cin­gle la joue, rameute le fan­tôme de la cap­i­tale de l’Australie. Chevauchée ryth­mée par vingt-huit chapitres, le réc­it tail­lé dans une sin­gu­lar­ité absolue se place sous la lib­erté d’une langue qui ne s’interdit aucune danse, aucune inven­tion, qui entend faire voir autant que dis­simuler, racon­ter autant que cacher, obvi­er, slalom­er dans le non-dit, le non-écrit. Can­ber­ra déroule une déam­bu­la­tion géo­graphique, men­tale, ésotérique, celle d’un groupe hétérogène com­posé de l’héroïne Alix Sarah Austin, de ses amis, de chevaux, de lap­ins, d’animaux qui courent entre les lignes. Le tra­jet du texte suit les tra­jets du navire, de l’avion, du zep­pelin qui emmè­nent la troupe de Lon­dres à Can­ber­ra. L’épopée se vit comme une exal­ta­tion de l’espace, du brouil­lage des fron­tières entre les humains, les ani­maux et les plantes, entre le réel et le mag­ique, entre le tan­gi­ble et le mythique. Con­tin­uer la lec­ture

Le meilleur de l’année 2024 : les choix des journalistes


revue de presse - illustration

Tout au long du mois de décem­bre, Le Car­net et les Instants vous a présen­té ses coups de cœur lit­téraires de l’année. De nom­breux jour­naux et mag­a­zines se sont livrés au même exer­ci­ce. Tour d’horizon, for­cé­ment non exhaus­tif, des auteurs et autri­ces belges plébisc­ités par la presse belge et étrangère en 2024. Con­tin­uer la lec­ture

Philippe Jones. Expérience et vision de la création

Un coup de cœur du Car­net

Philippe JONES, La forme et le sens et autres réc­its, Pré­face d’Yves Namur, Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es, 2024, 276 p., 20 €, ISBN : 9782803200856
Philippe JONES, L’art majeur. Essais, Pré­face de Michel Draguet, Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es, 2024, 240 p., 18 €, ISBN : 9782803200849

jones la forme et le sens et autres recitsFer­nan­do Pes­soa a placé ses créa­tions lit­téraires sous le signe des hétéronymes, Alber­to Caeiro, Ricar­do Reis, Alvaro de Cam­pos… Philippe Roberts-Jones a don­né vie à une entité duelle, Philippe Roberts-Jones lorsque l’instance d’énonciation est celle de l’historien de l’art, du cri­tique d’art, du con­ser­va­teur en chef des Musées Roy­aux des Beaux-Arts, du pro­fesseur d’histoire de l’art à l’Université libre de Brux­elles et Philippe Jones lorsqu’il pub­lie des recueils de poèmes et de nou­velles. Pub­liés par l’Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es à l’occasion du cen­tième anniver­saire de la nais­sance de Philippe Jones (1924–2016), les deux vol­umes — La forme et le sens et autres réc­its, L’art majeur. Essais — offre au lecteur l’opportunité de pren­dre toute la mesure de l’unité de pen­sée, de souf­fle créa­teur qui cha­peaute l’adret et l’ubac de son œuvre, de décou­vrir les passerelles, les pas­sages par­fois insoupçon­nés entre ces deux univers qui n’en for­ment qu’un. Con­tin­uer la lec­ture

Un roman échiquéen

Un coup de cœur du Car­net

Maxime LAMIROY, Deux sœurs, Pré­face de Luc Del­lisse, Lamiroy, 2024, 192 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87595–954‑6 

lamiroy deux soeursRoman éblouis­sant qui prend place au sein d’un pro­jet ambitieux, d’une œuvre totale inti­t­ulée La défense NabokovDeux sœurs s’offre comme un ver­tige fic­tion­nel qui prend à bras-le-corps le geste créa­teur, les ques­tions du génie, de l’inexorable avancée du temps. L’émotion à la lec­ture de ce chef‑d’œuvre posthume est hyper­bolique, Maxime Lamiroy étant mort cette année à l’âge de trente-deux ans. Autour de deux sœurs — Katia la sculp­trice et Ele­na, roman­cière de sa pro­pre vie —, gravite une tribu de per­son­nages, un éphèbe-muse qui pose pour Katia, le mari de celle-ci qui fait songer à un Vladimir Nabokov ayant renon­cé à écrire, Ismaël habité par la mélan­col­ie, l’oncle styl­iste. Dans ce texte, courent aus­si les ombres de la lit­téra­ture russe, l’âme d’une Russie empêtrée dans les ten­sions entre son présent et son passé. Con­tin­uer la lec­ture