Archives de catégorie : Essais

« Je sais que je n’en resterai jamais »

Marc HANREZ, Vers d’autres ailleurs. Jour­nal de voy­age (1954–1996), Les Édi­tions de Paris / Max Chaleil, 2018, 290 p., 18 €, ISBN : 978–2‑84621–262‑5

hanrez vers d'autres ailleurs.jpgEn cou­ver­ture de ses sou­venirs lit­téraires, il s’affichait au Por­tu­gal, entre ombre et lumière ; sur celle de son jour­nal de voy­age, Marc Han­rez a choisi un cliché qui le campe dans une pose con­quérante, entre inso­lence et inso­la­tion, sur les march­es du théâtre d’Épidaure. Con­tin­uer la lec­ture

Bruxelles, terre révolutionnaire

Anne MORELLI (dir.), Le Brux­elles des révo­lu­tion­naires de 1830 à nos jours, CFC, 2016, 340 p., 40 €, ISBN : 978–2‑87572–019‑1

morelli le bruxelles des revolutionnairesIl est des ouvrages dont on attendait l’émergence, dont on espérait l’advenue, des livres-événe­ments qui comblent un vide dans le champ con­ceptuel. Assuré­ment, le livre Le Brux­elles des révo­lu­tion­naires de 1830 à nos jours que dirige Anne Morel­li, pub­lié par CFC Édi­tions, appar­tient à cette classe rare d’œuvres intem­pes­tives qui sec­ouent les champs de la pen­sée et de l’action. Remar­quable­ment doc­u­men­té, doté d’une riche icono­gra­phie, ce livre radi­ogra­phie Brux­elles sous l’angle de son souf­fle insur­rec­tion­nel, révo­lu­tion­naire. Par une cru­elle ironie de l’Histoire, la ville de Brux­elles por­teuse d’un héritage sub­ver­sif, lieu de ren­con­tre de com­mu­nards, d’anarchistes, de mil­i­tants exilés, fer de lance d’un esprit insurgé, s’est retrou­vée cap­i­tale déci­sion­nelle d’une Europe vas­sale de l’oligarchie finan­cière. Con­tin­uer la lec­ture

Simon Leys ou Pierre Ryckmans ?

Simon LEYS, La Chine, la mer, la lit­téra­ture, Essais choi­sis par Jean-Luc Out­ers et Pierre Piret, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2018, 377 p., 9.50 €, ISBN :  978–2‑87568–250‑5

leys la chine la mer la litteratureL’érudition, la sub­til­ité et la vivac­ité du sino­logue Pierre Ryck­mans font des textes réédités, pré­facés et post­facés par Jean-Luc Out­ers et Pierre Piret sous le titre La Chine, la mer et la lit­téra­ture une chance pour quiconque cherche à s’initier à l’immense civil­i­sa­tion chi­noise. Ain­si, dès les pre­mières pages, deux traits mécon­nus nous en sont livrés et surtout expliqués : la « mon­u­men­tale absence du passé » qui se con­state dans le peu de bâti­ments anciens sub­sis­tants, d’une part, et, de l’autre, la cal­ligra­phie en tant qu’« art suprême aux yeux des Chi­nois ». Les deux cor­re­spon­dent à leur con­vic­tion que la péren­nité spir­ituelle appar­tient à l’écrit trans­mis­si­ble et méta­mor­phos­able, jusqu’aux « faux » copiés au fil des siè­cles, bien plus qu’à la pierre aus­si orgueilleuse que soumise aux ruines du temps. La récur­rence des pra­tiques icon­o­clastes dans l’histoire de la Chine, y com­pris sous l’action des Gardes rouges dans les années soix­ante du XXe siè­cle, en reçoit un éclairage inat­ten­du. De même, approchant « Poésie et pein­ture », Ryck­mans met en exer­gue « les ver­tus du vide » qui s’échangent de l’une à l’autre, blanc, silence, non-dit, ellipse du verbe, absence du sujet, et qui répon­dent à l’idéal du qi (esprit, souf­fle, énergie…), « con­cept cen­tral de la théorie esthé­tique » pour man­i­fester la « com­mu­nion avec l’univers ». Exem­ple splen­dide, ces vers de Ma Zhiyuan : Con­tin­uer la lec­ture

La caserne Dossin, antichambre d’Auschwitz

Lau­rence SCHRAM, L’antichambre d’Auschwitz. Dossin, Éd. Racine/Fondation Auschwitz de Brux­elles, 2018, 352 p., 24,95€, ISBN : 9782390250067

couverture_155x240_DOSSIN_couverture_lÈopold_155x240Le remar­quable ouvrage de Lau­rence Schram comble un vide dans les travaux d’historiens et dans la mémoire col­lec­tive en livrant une étude appro­fondie sur le camp de rassem­ble­ment, le SS-Sam­mel­lager für Juden, la caserne Dossin à Malines. Dans l’abondante lit­téra­ture autour de la Shoah, con­sacrée à l’entreprise d’extermination totale des Juifs d’Europe mise en œuvre par les nazis dans le cadre de la « Solu­tion finale de la Ques­tion juive », rares sont les his­to­riens à s’être penchés sur les camps de rassem­ble­ment (Dossin en Bel­gique, Dran­cy en France, West­er­bork aux Pays-Bas, Fos­soli à Carpi en Ital­ie…) dans lesquels les Juifs tran­si­taient avant d’être déportés vers Auschwitz-Birke­nau ou d’autres cen­tres d’extermination. Le pre­mier à avoir évo­qué la caserne Dossin est Maxime Stein­berg dont Lau­rence Schram fut la col­lab­o­ra­trice. Dans ce lieu des­tiné aux déportés raci­aux venus de Bel­gique et du Nord de la France, 25.628 pris­on­niers furent enfer­més, « 25.274 Juifs et 354 Tsi­ganes, âgés de 39 jours à 93 ans » et « envoyés de ce lieu à Auschwitz-Birke­nau ». La caserne Dossin s’inscrit dans la plan­i­fi­ca­tion de la Solu­tion finale : elle con­stitue l’antichambre d’Auschwitz, la zone tran­si­toire avant l’anéantissement. En 1945, des 25.628 déportés, on comptera 1.251 sur­vivants, soit moins de 5 %. Con­tin­uer la lec­ture

Pas de quartiers dans la révolution

Mar­cel MARIËN, Théorie de la révo­lu­tion mon­di­ale immé­di­ate, post­face de Lau­rent de Sut­ter, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2018, 224 p., 8,50 €, ISBN : 978–2‑87568–138‑6

marien theorie de la revolution immediate.jpgQuand Mar­cel Mar­iën pub­lie en 1958, dans Les Lèvres Nues – revue qu’il a fondée en 1954 avec sa com­pagne Jane Graverol et Paul Nougé – la Théorie de la révo­lu­tion immé­di­ate, il en fait immé­di­ate­ment imprimer un tiré-à-part, qu’il dif­fuse comme un petit vol­ume, indépen­dant de la revue. Vaille que vaille, il assur­era en Bel­gique et un peu en France, la dif­fu­sion de cet essai, qui se trou­ve aujourd’hui réédité sous cette forme dans la col­lec­tion Espace Nord. Dès les pre­mières pages, Mar­iën met en garde, non sans ironie, sur la portée de son texte. « Par révo­lu­tion mon­di­ale, il faut com­pren­dre ici, très exacte­ment, le ren­verse­ment du cap­i­tal­isme dans tous les pays du monde où ce ren­verse­ment n’est pas accom­pli. » Et il ajoute, presque gogue­nard : « Par immé­di­ate, il faut enten­dre que le pro­gramme que nous allons expos­er s’inscrit dans une péri­ode fixée à un an (sic) ; délai approx­i­matif au-delà duquel il serait oiseux d’escompter sa réus­site, celle-ci étant oblig­a­toire­ment trib­u­taire d’une action intense et rapi­de. » Con­tin­uer la lec­ture

Le roman freudien

Lydia FLEM, La vie quo­ti­di­enne de Freud et de ses patients, Pré­face de Fethi Bensla­ma, Seuil, 2018, 336 p., 23 € / ePub : 16.99 €, ISBN : 9782021370751

flem la vie quotidienne de Freud et de ses patientsOn mesure toute la nou­veauté de La vie quo­ti­di­enne de Freud et de ses patients à l’occasion de sa réédi­tion plus de trente ans après sa paru­tion. À une époque où les études psy­ch­an­a­ly­tiques étaient placées sous le signe de la théori­sa­tion, où l’œuvre lacani­enne, son « retour à Freud », impo­sait sa puis­sance, ses réori­en­ta­tions —struc­tural­isme, topolo­gie… —, la psy­ch­an­a­lyste Lydia Flem fraie une nou­velle approche de l’inventeur de la psy­ch­analyse, de ses avancées con­ceptuelles, de ses patients, de son époque. Con­tin­uer la lec­ture

Histoire du scandale de Jean Claude Bologne

Jean Claude BOLOGNE, His­toire du scan­dale, Albin Michel, 2018, 304 p., 20,90 €, ISBN : 9782226326584

bologne histoire du scandaleAuteur d’une œuvre impor­tante qui se dif­fracte en romans, réc­its (La Faute des femmes, L’Arpenteur de mémoire, Fer­mé pour cause d’Apocalypse…), en essais (His­toire de la pudeur, Le Mys­ti­cisme athée, His­toire du sen­ti­ment amoureux, His­toire du cou­ple, His­toire du coup de foudre), Jean Claude Bologne inter­roge dans son dernier livre la ques­tion du scan­dale. Dans un ouvrage truf­fé d’érudition, emprun­tant des chemins inédits, il se penche sur ce phénomène tout à la fois moral, socio-poli­tique, religieux en remon­tant à ses orig­ines. Il n’est d’intelligibilité de ce fait, sat­u­rant notre temps, qui ne passe par une mise en per­spec­tive his­torique. Anthro­pologique­ment, dans toute société, ce qu’on nomme scan­dale est à l’œuvre sous une mul­ti­plic­ité de formes (en poli­tique, dans la finance, sous la guise des provo­ca­tions artis­tiques, sur le plan religieux, dans le domaine sex­uel…). Afin de com­pren­dre les scan­dales qui explosent à l’ère de la sur­con­som­ma­tion médi­a­tique — qu’ils touchent les cam­pagnes élec­torales, les politi­ciens, les hommes d’affaires, les créa­tions artis­tiques, les mœurs… —, afin de saisir la portée des lanceurs d’alerte, des femen, il faut en pass­er par un retour aux sources, par le scan­dale de Jésus, de la croix, en référ­er à ceux de Jeanne d’Arc, d’Her­nani. Con­tin­uer la lec­ture

Après la loi de Laurent de Sutter

Un coup de cœur du Carnet

Lau­rent DE SUTTER, Après la loi, PUF, 2018, 272 p., 18 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑13–080144‑3

de sutter apres la loi.jpgDans le sil­lage de Mag­ic, Théorie du kamikaze, Lau­rent de Sut­ter signe avec Après la loi un ouvrage décisif qui révo­lu­tionne la pen­sée du droit. Au fil d’une éru­di­tion au ser­vice d’une inven­tiv­ité con­ceptuelle, il démonte le règne du légal­isme en Occi­dent, analyse la cor­réla­tion étroite entre loi, ordre, rai­son, police et exhume ce que l’empire de la loi a dû étouf­fer pour tri­om­pher : l’invention du droit. Le réel que la loi a for­c­los a pour nom le droit. L’entreprise magis­trale de Lau­rent de Sut­ter sépare deux régimes de pen­sée que l’on se plaît à con­fon­dre : celui de la loi qui, se ten­ant du côté de l’être, de la sanc­tion, du châ­ti­ment, s’arc-boute au sujet humain doté de droits et de devoirs et celui du droit qui, se ten­ant du côté du devenir, de la casu­is­tique, se fonde sur une per­son­ne humaine, ani­male, végé­tale… L’appel à fray­er un au-delà de la loi entend retrou­ver le droit, c’est-à-dire la magie, la jus­tice que le légal­isme a bâil­lon­nées. Le coup de force opéré par la loi con­siste à affirmer que, sans elle, le monde som­bre dans le chaos : seule l’hypothèse d’un désor­dre résul­tant de son absence donne « une jus­ti­fi­ca­tion à l’injustifiable ». Con­tin­uer la lec­ture

L’école buissonnière

Un coup de cœur du Carnet

Chris­tine VAN ACKER, La Bête a bon dos, José Cor­ti, coll. « Bio­phil­ia », 2018, 190 p., 18 €, ISBN : 978–2‑7143–1203‑7

van acker la bete a bon dosÀ la fois atyp­ique et mil­i­tante incon­di­tion­nelle du par­ti de la vie dans tous ses états, Chris­tine Van Ack­er use de nom­breux reg­istres pour assumer sa créa­tiv­ité et servir sa vision du monde. À par­tir d’un amour aus­si tenace que trop sou­vent déçu pour son espèce, ses gammes vont de l’humour et de l’autodérision à l’ironie pos­i­tive, à la parabole futée et jusqu’au sur­réal­isme d’une éclairante excen­tric­ité. Avec La Bête a bon dos, l’exploration de l’univers ani­mal la met en vacances de l’humain – enfin, presque… Avec pour car­bu­rant la ver­tu car­di­nale des vrais décou­vreurs : le per­pétuel éton­nement. Mais, est-ce pour nous effray­er qu’elle mobilise presque d’entrée de jeu le micro­scope et le jar­gon savant du bio-généti­cien pour évo­quer la résis­tance du « roy­aume du vivant » face à « l’empire de l’inanimé » ? «  L’eucaryote ne com­pren­dra jamais com­ment un pro­cary­ote, tout à la joie de laiss­er son ADN bar­bot­er nu comme un ver, accom­pa­g­né de nom­breux ribo­somes dans un bain cyto­plas­mique partagé, arrive à sur­vivre sans la pro­tec­tion des parois du Noy­au. »   Encore faut-il pré­cis­er que « Le domaine des eucary­otes (…) regroupe tous les organ­ismes uni­cel­lu­laires ou pluri­cel­lu­laires qui se car­ac­térisent générale­ment par la présence d’un noy­au et de mito­chon­dries dans leurs cel­lules ». Con­tin­uer la lec­ture

Une chevauchée poétique et funèbre

Véronique BERGEN, Pat­ti Smith HORSES, Den­sité, coll. « Disco­go­nie », 2018, 93 p., 9,95 €, ISBN : 978–2‑919296–09‑5

bergen patti smith horsesUn disque culte, ce pre­mier album de Pat­ti Smith, Hors­es, enreg­istré en 1975 à New York. Un brasi­er de poésie rock qui mérite la lec­ture rap­prochée et raf­finée qu’en fait Véronique Bergen dans son dernier opus. Elle mon­tre com­ment Smith est la pio­nnière d’un nou­veau vis­age du rock au féminin après Janis Joplin dont elle a précédem­ment  évo­qué le des­tin (Janis Joplin. Voix noire sur fond blanc, Al Dante 2016). Con­tin­uer la lec­ture

Pour Gilberte cette fois

Jacques DUBOIS, Le roman de Gilberte Swann. Proust soci­o­logue para­dox­al, Seuil, 2018, 227 p., 20 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978 ‑2–02-137058–4

dubois le roman de gilberte swannDans Tout le reste est lit­téra­ture, un vol­ume d’entretiens avec Lau­rent Demoulin, Jacques Dubois déclare avoir abor­dé Proust assez tar­di­ve­ment, dans son par­cours de lecteur et dans sa car­rière de pro­fesseur d’université. Mais il a ressen­ti cette ren­con­tre comme un coup de foudre, via la belle Alber­tine, ajoute-t-il. Par extra­or­di­naire, ce coup de foudre dure encore, même si la cri­tique amoureuse a fait place à une relec­ture savante et suprême­ment lit­téraire. Après avoir décrit une aven­ture plus que sen­ti­men­tale, dans Pour Alber­tine, déjà sous-titré Proust et le sens du social (Seuil, 1997), ensuite dans Fig­ures du désir. Pour une cri­tique amoureuse (Les Impres­sions nou­velles, 2011), le voici qui revient sur une autre fig­ure fémi­nine majeure de à la recherche du temps per­du, Gilberte. Tout un pro­gramme dans ce dernier ouvrage paru au Seuil : Le roman de Gilberte Swann. Proust soci­o­logue para­dox­al. Con­tin­uer la lec­ture

Les traceurs de Ligne

Un coup de cœur du Carnet

COLLECTIF, Cinquante nuances de rose. Les affinités élec­tives du Prince de Ligne, Vol­ume com­posé et édité par Valérie ANDRÉ et Manuel COUVREUR, Revue XVIII. Études sur le 18ème siè­cle, n°45, édi­tions de L’Université Libre de Brux­elles, 2018, 216 p., 20 €

XIIIPou­vait-on s’attendre à ce qu’une revue uni­ver­si­taire pût ren­dre un por­trait aus­si enlevé d’un auteur ? Il est vrai que l’évocation du Prince de Ligne (1735–1814) ne souf­fre aucun académisme sclérosant, tant ce bel esprit s’inscrit dans les dynamiques pro­pres de son temps, celles oscil­lant entre respect du clas­si­cisme et ten­sion vers la moder­nité, entre lib­erti­nage et sagesse, entre cir­cu­la­tion mondaine dans toutes les cours d’Europe et retraite au calme dans son domaine de Beloeil. Con­tin­uer la lec­ture

Voyage dans l’univers de Motörhead

Jacques DE PIERPONT, PATCHOULI, Alain PONCELET, Motör­book, Lamiroy, 273 p., 25 €, ISBN : 978–2‑87595–106‑9

pierpont motorbook.jpgAux bouil­lon­nantes Édi­tions Lamiroy qui ont, entre autres, déjà pub­lié les Abécé­daires Doors, Kiss, Allo Bowie ? C’est David ! et lancé une col­lec­tion de nou­velles heb­do­madaires (Opus­cule), le trio com­posé des jour­nal­istes rock Jacques de Pier­pont et Patchouli et de l’illustrateur, auteur de ban­des dess­inées, Alain Pon­celet, sort un abécé­daire trem­pé dans la pas­sion vis­cérale du rock. Loin de livr­er une analyse à froid du phénomène Motör­head, loin de retrac­er du dehors la tra­jec­toire du mythique groupe de heavy met­al, ils dessi­nent un voy­age à l’intérieur de l’univers de Lem­my Kilmis­ter et de ses musi­ciens, creu­sant aus­si bien la nou­veauté musi­cale, la sig­na­ture du groupe (énergie rebelle, ryth­mique d’enfer, riffs rapi­des, bal­lades ren­ver­santes, jeu de basse très par­ti­c­uli­er de Lem­my qui donne ce fameux « son Motör­head »…) que sa place dans l’histoire du rock, ses thé­ma­tiques, l’évolution au fil de leur vingt-deux albums, les frasques de leur vie privée. Si, illus­tré par Alain Pon­celet, pré­facé par la chanteuse, la Met­al Queen Doro Pesch et par Philippe Close, ce Motör­book ravi­ra les afi­ciona­dos de ce groupe placé sous la devise « Every­thing Loud­er Than Every­thing Else », il séduira plus large­ment les ama­teurs de rock dur et sans con­ces­sion, ral­liera ceux qui font du rock une manière de vivre, un mode d’existence vertébré par l’esprit de la lib­erté et de la révolte con­tre l’asphyxie du sys­tème. Con­tin­uer la lec­ture

Le roi, ses fous et son jardin

Pierre-Luc PLASMAN, Léopold II, poten­tat con­go­lais. L’action royale face à la vio­lence colo­niale, Racine, 2017, 246 p., 24,95 €, ISBN : 9782390250098

L’étude que pub­lie l’historien Pierre-Luc Plas­man se situe dans le droit fil de ses recherch­es sur la gou­ver­nance des États colo­ni­aux et vient combler une lacune dans l’historiographie de ce « cœur des ténèbres » que fut pen­dant des décen­nies le Con­go belge. En effet, les précé­dents ouvrages sur la ques­tion, même si leur auteur affirme se ranger sous la ban­nière de l’objectivité sci­en­tifique, pre­naient sou­vent un tour polémique, réquisi­toire ou plaidoy­er, quand il s’agit d’évoquer les con­séquences sanglantes de la coloni­sa­tion belge. Con­tin­uer la lec­ture

Un chiffonnier dans la combe

Emmanuel RIMBERT, Pirotte, le pays du hasard, Pierre-Guil­laume de Roux, 2017, 163 p., 19€, ISBN 978–2‑36371–218‑9

rimbert pirotte le pays du hasardS’engouffrer dans les méan­dres du fleuve Pirotte n’est pas une mince affaire. D’autant que les nom­breux afflu­ents qui s’y ren­con­trent sont là pour égar­er, désori­en­ter le plus intrépi­de des lecteurs. L’enfant ter­ri­ble de nos let­tres, dis­paru en 2014, ne se laisse pas facile­ment appréhen­der. Arpen­teur aver­ti de l’œuvre de notre poète-avo­cat, Emmanuel Rim­bert réus­sit le pari d’aborder le con­ti­nent Pirotte en musar­dant à tra­vers les zones trou­bles de cette géo­gra­phie boulever­sée. Directeur de l’Institut Cul­turel Français à Skop­je, l’auteur, qui a été en poste à l’Ambassade de France à Brux­elles de 2014 à 2017, n’en est pas à son coup d’essai puisqu’on lui doit égale­ment un beau livre-enquête, Le cha­peau de Bar­entz, sur les traces du nav­i­ga­teur néer­landais. Con­tin­uer la lec­ture

L’œuvre-séisme de Jacques Crickillon par Éric Brogniet

Éric BROGNIET, Jacques Crickil­lon, la lit­téra­ture en instance d’oubli suivi de La poésie est une guerre indi­enne par Jacques Crickil­lon, Sam­sa, 2017, 160 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87593–153‑5

brogniet jacques crickillon la littérature en instance d oubli.jpgIl fal­lait un poète pour ren­con­tr­er l’œuvre de Jacques Crickil­lon, pour don­ner lieu à une danse de planètes mue par la ques­tion du geste poé­tique.   Après la très belle étude de Christophe Van Rossom, Éric Brog­ni­et livre en poète une tra­ver­sée des créa­tions de l’Apache Crickil­lon, des cycles d’écriture qui, de La Défendue à L’Indien de la Gare du Nord, de Colonie de la mémoire à Ténébrées, du Tueur bir­man à Sphère, À Kénalon I et II, por­tent le verbe au bord du gouf­fre, sur les cimes de la séces­sion, loin des bonnes mœurs lit­téraires. Tail­lés dans le vif-argent d’une langue réin­ven­tant ses pou­voirs comme ses impuis­sances, la poésie, les nou­velles, les romans de Crickil­lon se tien­nent sur la corde du funam­bule qui vit la parole comme une expéri­ence de la dépos­ses­sion, comme une ini­ti­a­tion à la dif­frac­tion du moi et à la con­trée du vide. Con­tin­uer la lec­ture