Rossano ROSI, Un petit sac de cendres. Vers strophes rimes poésies, Impressions nouvelles, 2018, 96 p., 12 € / ePub : 6.99 €, ISBN : 978–2‑87449–610‑3
« Quand j’entends le mot poésie, je sors mon dictionnaire! » Cela pourrait sembler une forme d’ironie, ou de dépit devant l’apparente dissolution poétique dans les facilités du temps, mais en fait il s’agit d’une question essentielle en ce domaine : où en est ce que l’on nomme, dans tous les sens, « poésie »? Les diktats dans le monde poétique sont légions et les tribus solidement repliées derrière quelques étendards, mots d’ordre ou de désordre, impitoyables en matière de jugement dernier à propos de ce qu’est ou n’est pas la poésie. Autant dire que le lecteur, hormis le cercle des intimes, a toutes les difficultés à reconnaître ce qu’est cette nébuleuse poésie dans la masse des powèmes qui sont la première matière du Net, après le sexe bien entendu… Continuer la lecture

Il y a quelque chose de naturellement réconfortant et d’absolument pas vain à lire, encore et toujours, Raoul Vaneigem. Au terme de son livre, Propos de table, dernier paru dans une bibliographie qui compte près d’une quarantaine d’ouvrages depuis 1967, il incite son lecteur, d’une manière délibérée et vibrante, à poursuivre ce que lui-même a entrepris chaque jour : un dialogue entre la vie et le corps. Vaneigem, qui a passé le cap de ce qu’on appelle aujourd’hui le quatrième âge, termine par un paragraphe (l’ouvrage en compte quelque sept cents de longueurs diverses, qui font tantôt trois lignes, tantôt une page) d’un optimisme sans défaillance. « Le corps, écrit-il, est un édifice terrestre – une cathédrale minérale, végétale, animale et humaine – qui commence à peine à se bâtir. » Déclaration non pas de foi, pour l’agnostique et le pourfendeur des religions qu’il reste (« Dépasser Dieu c’est réaliser l’humain »), mais bien de volonté : face à une société qui place toujours plus haut le struggle for life, où la marchandisation atteint toutes les structures du corps social et mental, pour mieux en miner les résistances et en saper les rébellions, il faut, nous rappelle l’auteur du Livre des plaisirs (Espace Nord, 2014), rugir par un « Souviens-toi de vivre » libérateur et puissant, dont tous les possibles restent à explorer.
Stendhal, Vigny, Gide, Claudel, Anaïs Nin, Kafka, Jünger…. en fonction des diaristes, le genre littéraire du journal dit intime recouvre une multitude de fonctions, de visages, de convocations du lecteur. Confession ou laboratoire littéraire en marge de l’œuvre, chronique des événements intérieurs ou/et extérieurs ou mémoires d’une vie, le Journal se présente comme un espace où l’œuvre de l’écrivain se cherche, se questionne au fil d’une mise en résonance avec les faits autobiographiques et les remous de l’Histoire. À rebours de la chronologie, avec Conversation avec le torrent. Journal (1954–1959), s’achève l’édition des trois mille pages du Journal d’Henry Bauchau entreprise par Actes Sud : la première pièce de l’édifice d’un Journal qui couvrira les années 1954–2005 nous livre Bauchau avant Bauchau, à l’orée de son œuvre, se lançant après la guerre (et son engagement dans la Résistance) dans la rédaction de ses premiers textes, le recueil poétique Géologie, la pièce de théâtre Gengis Khan (qui sera montée par Ariane Mnouchkine). 
Dans une cité ouvrière située dans une ville basse en bord de Meuse, vivent plusieurs cabossés de la vie dans des petites maisons adjacentes à une ancienne fabrique à papier désaffectée. La particularité : ici, il n’y a pas de bail ou de contrat. On reste le temps nécessaire : un peu, beaucoup, toute la vie.
Pouvait-on trouver meilleur romancier que Claude Raucy pour redonner vie littéraire au compositeur flamand Adriaan Willaert ? Le récit qu’il nous en donne avec Le maître de San Marco s’inscrit dans la lignée des romans qui, sans crier gare, nous enseignent en nous divertissant. Au gré des péripéties d’une enquête permettant de tirer au clair des morts suspectes parmi le chœur dont il est le chef à San Marco, nous apprendrons du musicien flamand la place privilégiée qu’il occupe dans la Sérénissime, mais aussi dans l’histoire de la musique de la Renaissance. Le roman commence tambour battant au Palais du Doge, Andrea Gritti. Ce dernier a convoqué le Flamand. Il s’inquiète de ces meurtres en série – les musiciens sont étranglés à l’aide d’une écharpe blanche, abandonnée sur les lieux du crime. Il s’indigne aussi que les enquêtes n’aboutissent pas avec assez de célérité à l’arrestation des coupables. 
« Quoi ? Moi, l’agnostique, la logique, la sensée, la raisonnable, la raisonneuse, je deviendrais l’espace de quelques heures une Alice qui, au lieu de traverser les miroirs, passerait, qui sait, par des trous de serrure ? »
L’œuvre de Vincent Engel s’élabore selon une architecture audacieuse et ambitieuse, à l’exemple de la cité mystérieuse au cœur de ce roman ample : Maramisa. Ses livres s’emboîtent telles des matriochkas, les unes en contenant d’autres, pour aller s’amplifiant. Les lecteurs assidus d’Engel se souviendront que le roman Maramisa se trouvait en germe dans une nouvelle lauréate du Concours de Nouvelles de Radio France Internationale (RFI), publiée en 1993 (!) dans son premier recueil : Légendes en attente. Longue genèse que le lecteur peut découvrir sur le site du roman, où Vincent Engel propose des prolongements à son livre, en mode réalité augmentée : vidéos, musique, iconographies, textes divers, FAQ, forum, rencontres, etc. 
Dans l’avant-propos à la réédition de son essai qui retraçait, en 1995, Une histoire du théâtre belge de langue française (1830–2000), Paul Aron souligne « l’irremplaçable précarité » de cet art, chaque représentation étant par nature unique.
Dans la foulée de
Les fratries sont bien souvent animées de sentiments contradictoires. Rivalités, jalousies et ressentiments le disputent à la solidarité et à la connivence selon une mécanique aux ressorts complexes. Les trois frères Wellens – ce nom nous dit quelque chose — vivent dans des univers distincts. L’un d’eux, le plus célèbre, est un magnat bruxellois de l’immobilier et des affaires, il est entouré d’une cour d’experts divers. Son aura est incontestée, son emploi du temps est minuté, ses apparitions organisées, sa sécurité garantie. Un autre frère, qui a pris soin de se faire appeler de son nom d’auteur, Varens, est un écrivain en vue et il mène une vie plus calme, entre écriture et flânerie, soucieux de ne pas se confondre avec les valeurs du premier qu’il ne rencontre que sporadiquement pour des repas brefs et silencieux. Quant au troisième, Gilles, il a un passé de contestataire, mais semble s’être assagi, même s’il garde lui aussi ses distances. 
