Archives par étiquette : enfance

Amours paléolithiques, délires pédiatriques et mégalomanie zoologique

Cécile HUPINNe pas nour­rir les ani­maux, 180° édi­tions, 2024, 184 p., 20 €, ISBN : 978–2‑94072–136‑8

hupin ne pas nourrir les animauxCécile Hupin étonne et détonne. Man­i­feste­ment, écrire l’amuse. Si vous aimez les auteurs et autri­ces qui pren­nent leur pied en écrivant, vous ne vous ennuierez pas à la lec­ture de Ne pas nour­rir les ani­maux à con­di­tion d’entrer dans son jeu ou plutôt son délire. Con­tin­uer la lec­ture

Rendez-vous au pays des souvenirs

Chris­t­ian LIBENS, Quelques années et leurs pous­sières, Weyrich, coll. « Plumes du coq »,2024, 128 p., 15 € / ePub : 10,99 €, ISBN : 9782874899300

libens quelques années et leurs poussièresDes textes brefs font la part belle aux évo­ca­tions d’autrefois. Les images se bous­cu­lent dans une suc­ces­sion d’instantanés couleur sépia.

L’expression « et des pous­sières » est bien con­nue. Elle indique un sup­plé­ment, somme toute, insignifi­ant. Mais dans ce titre, Quelques années et leurs pous­sières, le recours à l’article pos­ses­sif rend l’incidence du pas­sage du temps presque per­cep­ti­ble. Con­tin­uer la lec­ture

Au premier regard

Chan­tal DELTENRE, Le regard retrou­vé, Esper­luète, 2024, 103 p., 18 €, ISBN : 9782359841817

deltenre le regard retrouvéEn dépit de la météo, la nar­ra­trice décide d’aller « marcher quelque part », elle qui, dans ses lieux com­muns, « trou­ve tou­jours quelque chose à voir ». Scène inau­gu­rale du réc­it, cet élan per­cep­tif fait jail­lir un regard, qui par­court, se dérobe, inter­roge, explore, embrasse, fixe, se suit. Dans un kaléi­do­scope aux prismes intimes et aux clartés touchant le philosophique et l’imminemment col­lec­tif, l’écrivaine, eth­no­logue et pas­sion­née de pho­togra­phie, Chan­tal Del­tenre se met en quête de celui qui per­met de voir, de se voir, de se redé­cou­vrir quand il s’était oublié ou avait été cen­suré, cet œil réson­nant qui trans­met une rumeur qui ranime. Con­tin­uer la lec­ture

Retour au pays de l’enfance

Michel DESMARETS, La plage d’après, Acad­e­mia, 2024, 176 p., 18 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑8061–3646‑6

desmarets la plage d'aprèsLe pre­mier roman de Michel Des­marets nous fait décou­vrir les sou­venirs de Côme, qui a per­du son frère aîné et rep­longe dans son passé en foulant le sable d’une plage qu’il affec­tionne. Il emmène son lecteur dans ses ter­ri­toires intimes, dans les explo­rations de l’enfance et les jeux frater­nels tein­tés d’euphorie et d’émerveillement, devenus ain­si inou­bli­ables. Con­tin­uer la lec­ture

Y a‑t-il un responsable / coupable dans la Mercedes ?

Armel JOB, Le pas­sager d’Amercœur, Robert Laf­font, 2024, 272 p., 19 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782221273456

job le passager d'amercoeurLe pas­sager d’Amercœur, le lecteur fait bien vite sa con­nais­sance, dans le sou­venir de l’instance nar­ra­tive du réc­it d’Armel Job :

Sur la fourche avant du vélo était arrimé un grand panier métallique, acces­soire indis­pens­able aux ménagères, grâce auquel elles trans­portaient leurs com­mis­sions à la mai­son. Mais, dans le panier de Céleste, à la place des atten­dus sachets en papi­er kraft d’où s’échappaient le cou des poireaux ou la tig­nasse frisée d’une endive, se dres­sait la bobine d’un petit garçon, engoncée dans le col d’une veste flam­bant neuve un peu trop grande pour lui. […] Même aujourd’hui, en effet, quand je pense à Momo, c’est cette vision du petit pas­sager d’Amercœur qui me vient aus­sitôt à l’esprit et me serre la gorge, comme si son air d’otage muet dans le porte-bagages où Céleste l’avait solide­ment arrimé pré­fig­u­rait son des­tin tout entier. Con­tin­uer la lec­ture

Le petit garçon qui tourne en rond dans sa tête

Un coup de cœur du Car­net

Monique BERNIER, Hugo, M.E.O., 2024, 184 p., 19 € / ePub : 11,99 €, ISBN : 978–2‑8070–0428‑3

bernier hugoLe réc­it de Monique Bernier est racon­té à la pre­mière per­son­ne par le héros, Hugo, 8 ans. Il nous explique avec ses mots ce qu’il a vécu les trois dernières années, la péri­ode la plus laide de sa vie, celle où sa maman est par­tie du jour au lende­main et où son papa a changé.

Lorsque sa maman dis­paraît, Hugo réag­it comme un petit garçon de 5 ans : il l’attend, la cherche, a peur de par­tir de la mai­son au cas où elle reviendrait. Son père plonge dans une dépres­sion pro­fonde, arrête de tra­vailler, ne s’habille plus, ne net­toie plus leur loge­ment. À un moment don­né, il est obligé de recom­mencer à tra­vailler et de pren­dre des anti­dé­presseurs, mais son com­porte­ment se trans­forme : il ne par­le presque plus à son fils sauf pour crier, s’emporte vite et lui donne des gifles quand Hugo lui demande pourquoi sa maman est par­tie, pourquoi elle est par­tie sans lui. Con­tin­uer la lec­ture

Les vertiges de la dévoration

Mar­tine ROLAND, Des amours de soie, Acad­e­mia, 2023,  156 p., 15 € / ePub : 10,99 €,  ISBN : 978–2‑8061–3623‑7

roland des amours de soieDes amours de soie, le troisième roman en date de Mar­tine Roland, con­firme encore l’intérêt de l’autrice pour les sujets dens­es et mys­térieux, voire hors normes en nous invi­tant à suiv­re les ren­con­tres, les chocs psy­chologiques et surtout la vio­lence des rela­tions humaines. Dans ce roman, paru dans une nou­velle col­lec­tion de livres noirs chez Acad­e­mia, « Noirs des­seins », l’auteure nous offre un thriller psy­chologique sur­prenant et aux échos les plus noirs. Con­tin­uer la lec­ture

La besace à mots à Delhasse

Guy DELHASSE, Bourg d’enfance, pré­face de Marc Pir­let, Mur­mure des Soirs, 2024, 278 p., 15 €, ISBN : 9782931235133

delhasse bourg d'enfanceGuy Del­has­se, à bien des égards, est un baroudeur des let­tres belges fran­coph­o­nes. On l’a, il s’est, par­fois qual­i­fié de vagabond de l’écriture ou de gar­di­en de but de la lit­téra­ture lié­geoise. Tous ces titres, il les mérite depuis qu’il s’est lancé en écri­t­ure en 1974 et même avant puisque nous décou­vrons dans son dernier livre, Bourg d’enfance, qu’il tient un jour­nal intime depuis ses 11 ans (soit, à ce jour, 280 cahiers, et plus de 50.000 pages, presque un record !). Depuis, il en a fait du chemin, en écri­t­ure et comme guide lit­téraire à la décou­verte de cités à tra­vers les échos qu’en ont don­nés écrivains et écrivaines. Con­tin­uer la lec­ture

À chaque enfant, sa place

Éva BATTAGLIA, L’enfant Do, Cerisi­er, 2023, 93 p., 13 €, ISBN : 978–2‑87267–245‑5

battaglia l'enfant doLes réc­its de par­ents sur leur enfant atteint d’un spec­tre autis­tique ne man­quent pas. Ceux qui atteignent une dimen­sion lit­téraire sont plus rares. En Bel­gique, il y a eu Robin­son, de Lau­rent Demoulin, prix Rossel 2017 (Gallimard/Folio). On pour­ra désor­mais ajouter L’enfant Do, d’Éva Battaglia, pub­lié aux édi­tions belges du Cerisi­er qui pub­lient peu, mais ont élaboré un cat­a­logue de qual­ité au cours du temps. Con­tin­uer la lec­ture

Saint-Nic’ la police !

Un coup de cœur du Car­net

Thier­ry Van HASSELT, La véri­ta­ble his­toire de Saint-Nico­las, FRMK, 2023, 29 €, ISBN : 9782390220404

van hasselt la veritable histoire de saint nicolasJe me sou­viens, petit, avec mes par­ents, je me rendais à l’Inno pour ren­dre vis­ite à Saint-Nico­las.

Entouré de ce qui me sem­blait être de gigan­tesques mon­tagnes de jou­ets, pen­dant quelques frac­tions de sec­on­des, je m’asseyais sur ses genoux. Con­tin­uer la lec­ture

Les mots les plus courts pour revenir vers soi

Antoine WAUTERS, Le plus court chemin, Verdier, 2023, 256 p., 19,50 € / ePub : 16,99 €, ISBN : 978–2‑37856–177‑2

wauters le plus court cheminCer­taines per­son­nes éprou­vent par­fois le sen­ti­ment qu’il leur est impos­si­ble de pou­voir échap­per au passé, à l’histoire famil­iale, à la con­di­tion sociale et cul­turelle qui a con­tribué à les con­stru­ire. Comme si ce passé empêchait de vivre le présent, ou, pire, d’envisager l’avenir, tout mod­este qu’il soit. Ce n’est pas que ce passé soit mieux, ou moins bien, ou franche­ment destruc­teur, c’est qu’il est là, un par­a­site qui s’incruste en per­ma­nence dans l’aujourd’hui. Le nou­veau livre d’Antoine Wauters qui paraît en cette ren­trée lit­téraire s’inscrit à rebours de cette con­stata­tion, sans pour autant lui dénier tout crédit. Le plus court chemin, s’il est bien sous-titré « roman », aurait pu être un « réc­it » auto­bi­ographique, mais l’auteur de Mah­moud ou la mon­tée des eaux (Verdier, 2021) maîtrise les nuances séman­tiques et n’entend pas céder à la con­fu­sion. Le roman, auto­bi­ographique ou non, laisse accès à cette part de fic­tion qui per­met par­fois une mise à dis­tance bien­v­enue lorsque la nos­tal­gie, par exem­ple, pour­rait s’avérer être un élé­ment d’enfermement, et non d’ouverture. Con­tin­uer la lec­ture

Désaccord parfait

Cather­ine DEMAIFFE, Jusqu’au lever du jour, F dev­ille, 2023, 232 p., 20 €, ISBN : 9782875990693

demaiffe jusqu'au lever du jourLe roman de Cather­ine Demaiffe débute par le réc­it de l’enfance des deux héros qui for­meront une famille quelques années plus tard, mais pour l’heure, nous décou­vrons pro­gres­sive­ment ce qui a forgé le car­ac­tère des prin­ci­paux intéressés. D’un côté, il y a Alexan­dra, élevée par des sœurs et sa tante Maria suite au décès de ses par­ents et ses frère et sœur dans un acci­dent d’avion. D’un autre côté, il y a Vic­tor, le fruit d’une union hors mariage, élevé seul par sa mère et taxé de bâtard durant toute sa jeunesse. Alexan­dra a gran­di dans l’admiration de son père pilote à la Roy­al Air Force, tan­dis que Vic­tor a essayé d’être un gen­til garçon mais a été abîmé par les assauts déplacés d’un homme d’église. Con­tin­uer la lec­ture

L’enfant et la forêt

Daniela GINEVRO, Au-dedans la forêt, Lans­man, 2023, 52 p., 10 €, ISBN : 9782807103856

ginevro au dedans la foretAu cœur d’une forêt mys­térieuse et parait-il mau­dite, rôde une enfant des bois, « cou­verte de peaux d’animaux. Un masque d’écorce sur le vis­age, un couteau à la cein­ture ». Surnom­mée La Mésange, elle racon­te son présent et son passé. Com­ment elle est arrivée dans la forêt, accom­pa­g­née de son frère, Le Géant, et de sa sœur, La Renarde. Ils se sont « éva­porés » dans les bois pour échap­per à la mai­son au toit fêlé, à son froid qui s’insinuait partout, à la faim qui les tirail­lait, à l’absence qui y rég­nait. De cette péri­ode dans la mai­son au toit fêlé où ils vivaient tous trois col­lés ser­rés, on n’en appren­dra pas beau­coup plus, si ce n’est que les par­ents n’étaient plus là et que de nom­breuses cica­tri­ces invis­i­bles datent de cette époque. Son frère, bien qu’étant l’aîné, est resté petit suite à une chute dans les escaliers. La Mésange par­le de leurs pre­miers jours dans la forêt. Com­ment ils ont enter­ré leurs noms et s’en sont choisi de nou­veaux. Elle évoque leur vie à trois dans les bois jusqu’à l’accident qui a scindé leur groupe à tout jamais. Peu à peu, la forêt devient son ter­ri­toire, devient sienne. La soli­tude ne l’effraie pas. La nature, les ani­maux, les bruits sont là. Con­tin­uer la lec­ture

Quand l’oiseau est poussé du nid

Eva KAVIAN, La clé de Jacque­line, Oskar, 2023, 52 p., 7,95 €, ISBN : 979–1‑0214–0808‑1

kavian la clé de jacquelineMar­cus, huit ans, est un enfant unique qui vit avec ses par­ents. Sa soli­tude est rompue grâce à l’arrivée de Dog dans la famille, un chiot que le papa a ren­ver­sé par inad­ver­tance avec sa voiture et qui a été soigné et adop­té par les par­ents, faute d’identification pos­si­ble des pro­prié­taires. Con­tin­uer la lec­ture

Le sursis s’écrit noir sur blanc

Car­o­line LAMARCHE et Paul MAHOUX, Dix ans, Cam­bourakis, 2023, 112 p., 16 €, ISBN : 9782366247695

lamarche mahoux dix ansQuand Car­o­line Lamarche s’as­so­cie à Paul Mahoux pour com­pos­er un roman graphique, on tient dans les mains une propo­si­tion limpi­de et intran­sigeante, qui archi­tec­ture le sen­si­ble et l’é­tat du désas­tre. L’ex­tinc­tion de masse et la mort annon­cée d’une jeune fille inscrivent cet ouvrage dépourvu de couleurs dans une noirceur sans men­songe. Au scé­nario, la plume ligne claire, la sim­plic­ité des mots choi­sis par l’autrice de Nous sommes à la lisière. Au dessin, le car­net-de-cro­quiste en Mole­sk­ine et pein­tre Paul Mahoux, les traits fins et noueux, les aplats troués noir sur blanc. Con­tin­uer la lec­ture

Nos territoires

Alex LORETTE, Un fleuve au galop, Genèse Édi­tion, 2023, 247 p., 22,5 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782382010259

lorette un fleuve au galopTout au long du roman, nous suiv­ons les réc­its de plusieurs per­son­nages. Il y a d’abord Lucie, qui est née au Con­go et n’a jamais été heureuse en Bel­gique. Ensuite, il y a sa fille Félic­ité avec qui elle n’a jamais réus­si à com­mu­ni­quer. On suit égale­ment les his­toires du père André, autre­fois appelé Nkisu, de Mas­si­ga, la nour­rice de Lucie et enfin d’Edmond, l’arrière-grand-père de Lucie, un colonisa­teur san­guinaire.

Lucie aimerait retourn­er au Con­go, cette terre qui l’a vue naître, au bord du fleuve, dans les années 1940. Mal­gré sa couleur blanche, elle s’est tou­jours sen­tie noire à l’intérieur, une Con­go­laise. À présent, il est trop tard. Elle est clouée au lit dans sa mai­son de retraite. Elle pour­rait deman­der à sa fille qui habite en Norvège de l’y accom­pa­g­n­er, mais elle n’a plus de con­tact avec elle. Seuls lui restent les sou­venirs dans lesquels elle plonge à corps per­du, au risque de s’y per­dre. Lucie se sou­vient de Mas­si­ga, cette Con­go­laise qui l’a éduquée comme sa pro­pre fille. De Koko, son grand-père, qui con­sid­érait les Con­go­lais comme des sauvages. De son père, presque tou­jours absent. De ce 28 mai 1958 où, âgée de 17 ans, on l’envoya en Bel­gique pour étudi­er dans un pen­sion­nat de sœurs. Lucie repense aus­si à Nkisu, son ami d’enfance qui allait chez les pères blancs. Elle se sou­vient de leurs par­ties de foot, de leurs baig­nades dans le fleuve, mais aus­si de ce jour d’été de 1957, où ils se sont aimés et où sa vie a bas­culé. Elle évoque sa grossesse cachée. La nais­sance de Félic­ité et le départ vers la Bel­gique, en 1958, sans son enfant, seule et sans d’autres bagages qu’une volon­té tenace de revenir au plus vite au Con­go. Con­tin­uer la lec­ture