Archives par étiquette : Essai

Sauvagerie, nature et civilisation impitoyable

Alexan­dre GALAND, Del­phine JACQUOT, Sauvage ?, Seuil jeunesse, 2022,
64 p., 20,90 €, ISBN : 9791023514797  

galand jacquot sauvageEn 2018, Alexan­dre Galand (doc­teur en his­toire, en art et en archéolo­gie) et Del­phine Jacquot (illus­tra­trice) nous avaient envoûtés avec Mon­stres et Mer­veilles (Le Seuil jeunesse), une vis­ite dans les cab­i­nets de curiosités à tra­vers le temps. Avec Sauvage ?, le même duo, pas­sion­né d’étrange et d’extravagance, nous emmène loin dans les ques­tion­nements sur l’autre et nos représen­ta­tions de l’altérité.

Extrême­ment bien doc­u­men­tée, Sauvage ? est une ency­clopédie de 64 pages immenses, com­posée de 4 par­ties, le sauvage des légen­des, des « sauvages » pour l’Occident, la nature sauvage, les sauvages masqués. Un immense album jeunesse, un texte-image pour adultes et enfants nous invi­tant à penser l’autre. On y trou­ve les belles illus­tra­tions (les crédits se trou­vent détail­lés à la fin du livre), les mis­es en scène fab­uleuses de Del­phine Jacquot dont on recon­naît le trait. Con­tin­uer la lec­ture

La pharmacie de Marianne

Véronique BERGEN, Mar­i­anne Faith­full. Bro­ken Eng­lish, Den­sité, coll. « Disco­go­nie », 2023, 116 p., 12 €, ISBN : 978–2‑919296–35‑4

bergen marianne faithfull broken englishChaque vol­ume de la col­lec­tion « Disco­go­nie » des édi­tions Den­sité s’attache à un album de musique, envis­agé comme « le réc­it sonore du com­mence­ment d’un monde pro­pre au groupe de musi­ciens qui l’a gravé ». Après Pat­ti Smith. Hors­es paru en 2018, Véronique Bergen con­tribue pour la deux­ième fois à la série, en creu­sant le (micro)sillon du Bro­ken Eng­lish de Mar­i­anne Faith­full.

Icône du Swing­ing Lon­don, jeune chanteuse  folk, inter­prète du tube As tears go by co-écrit pour elle par Mick Jag­ger et Kei­th Richards, passée dans les années 1970 à une musique plus som­bre, inter­prète de plus de vingt albums depuis 1965, autrice et com­positrice de plusieurs d’entre eux, actrice pour Jean-Luc Godard (Made in USA), Patrice Chéreau (Intim­ité), Sofia Cop­po­la (Marie-Antoinette) ou Philippe Blas­band (Iri­na Palm) : le par­cours artis­tique pro­téi­forme de Mar­i­anne Faith­full, sa longévité, les chefs‑d’œuvre aux­quels elle est asso­ciée invi­tent autant aux longs développe­ments qu’aux glos­es superla­tives. Col­lec­tion « Disco­go­nie » oblige, l’essai de Véronique Bergen se focalise sur un seul disque, mais il ne manque pas d’inscrire Bro­ken Eng­lish dans la tra­jec­toire de la chanteuse. Con­tin­uer la lec­ture

Dans les pas de Van Gogh

Un coup de cœur du Car­net

Stéphane LAMBERT, Van Gogh. L’éternel sous l’éphémère, Arléa, coll. « La ren­con­tre », 2023, 120 p., 17 €, ISBN : 9782363083241

lambert van gogh l eternel sous l ephemereAprès L’apocalypse heureuse, une fic­tion couron­née par le Prix Rossel 2022, après ses derniers essais Paul Klee jusqu’au fond de l’avenir et Être moi, tou­jours plus fort. Les paysages intérieurs de Léon Spilli­aert, Stéphane Lam­bert nous offre un éblouis­sant pèleri­nage, aus­si intime qu’inspiré, dans l’œuvre de Vin­cent Van Gogh. Rares sont les livres qui sont touchés par la grâce. Grâce d’une ren­con­tre, d’une plongée sen­sorielle dans une vie pic­turale dont l’auteur retrace la genèse du dedans, avec une vue qui s’apparente à celle d’un plas­ti­cien. Au plus près de la matière Van Gogh, au fil d’un texte vagabond, habité et éru­dit qui peut se lire comme une longue let­tre adressée au créa­teur des Mangeurs de pommes de terre, des Tour­nesols, Van Gogh. L’éternel sous l’éphémère retrace le chemin de croix, l’itinérance d’un homme péré­gri­nant d’Amsterdam à Paris, d’Arles à Saint-Rémy et à Auvers-sur-Oise. Con­tin­uer la lec­ture

Quelque chose d’heureux

Luc DELLISSE, Mers intérieures, Car­net d’exil 2021, Le Cormi­er, 2022, 74 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87598–032‑8

dellisse mers interieuresLes poètes sont pris dans cette tour­mente de vivre chaque jour comme le pre­mier. Pour eux, il n’y a pas d’ac­quis. Tout s’ef­face, tout est à repren­dre sans fin. Luc Del­lisse est poète, pas­sion­né­ment. À chaque mot, il s’investit. À chaque ligne, il tend cette corde raide du funam­bule qui pèse ses pas. À chaque phrase, il rompt, mais pour mieux partager.

Dans ses Mers intérieures, on ne plonge pas. C’est un jour­nal imag­i­naire, rétro­spec­tif : celui de l’année 2021, « une année comme les autres, excep­té que j’ai jeté l’ancre dans le temps ». Une fois cette balise larguée, à même les flots de la mémoire, on peut quit­ter le temps compt­able et l’aventure com­mence. Ce ne sont plus douze mois qui sont tra­ver­sés ici, mais « Qua­tre saisons. Un seul regard ». Pour voir quoi ? Un défilé d’images et d’impressions qui ne nous appar­tien­dront jamais entière­ment, puisque ce sont d’abord les siennes ; une suite de vérités aus­sitôt retournées, de leçons de ténèbres qu’un brusque lever de rideau bal­aie sans état d’âme. Con­tin­uer la lec­ture

Isabelle Stengers. Activer les possibles

Un coup de cœur du Car­net

Isabelle STENGERS, Cos­mopoli­tiques, La découverte/ Les empêcheurs de penser en rond, 2022, 628 p., 26 €, ISBN : 978–2‑35925–222‑4

stengers cosmopolitiquesAccom­pa­g­née d’une pré­face, « Vingt-cinq ans après », la nou­velle édi­tion de Cos­mopoli­tiques réu­nit en un seul vol­ume les sept ouvrages pub­liés en 1997. Dans ces sept ouvrages devenus sept par­ties (La guerre des sci­ences ; L’invention de la mécanique : Pou­voir et rai­son ; Ther­mo­dy­namique : la réal­ité physique en crise ; Mécanique quan­tique : la fin du rêve ; Au nom de la flèche du temps : le défi de Pri­gogine ; La vie et l’artifice : vis­ages de l’émergence ;  Pour en finir avec la tolérance), Isabelle Stengers déplie les « chemins d’une pen­sée spécu­la­tive ». Ques­tion­nant la modal­ité « guer­rière » de l’avancée des sci­ences mod­ernes qui se posi­tion­nent en dis­crédi­tant les dis­cours des con­cur­rents, en dres­sant la scène d’une oppo­si­tion entre « ceux qui savent » et la doxa, elle pro­pose une mise en réc­it de l’histoire des sci­ences mod­ernes, une per­spec­tive dynamique et his­torique prob­lé­ma­ti­sant le rôle poli­tique des savoirs, leurs con­séquences prag­ma­tiques. Con­tin­uer la lec­ture

Alliances entre morts et vivants

Vin­ciane DESPRET, Les morts à l’œuvre, Empêcheurs de penser en rond, 2023, 176 p., 20,50 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 9782359252439

despret les morts a l'oeuvrePro­longeant les ques­tion­nements posés dans Au bon­heur des morts. Réc­its de ceux qui restent (La Découverte/Les Empêcheurs de penser en rond, 2015), Vin­ciane Despret con­sacre son nou­v­el essai à la mise en réc­it de cinq his­toires qui témoignent de la manière dont les morts font agir les vivants. Le « com­ment racon­ter ? » des vies inter­rompues, des exis­tences pré­cip­itées dans la mort fait par­tie inté­grante d’un dis­posi­tif de pen­sée qui révo­lu­tionne et con­teste les anti­ennes de la notion car­di­nale de tra­vail de deuil dans l’Occident con­tem­po­rain. La pen­sée thérapeu­tique et économique d’un deuil que l’on doit tra­vailler, per­la­bor­er afin de regag­n­er le rivage de la vie, de se détach­er de l’abîme lais­sé par l’absent fait place à une pen­sée des rela­tions entre ceux qui restent et ceux qui sont encore là tout en n’étant plus à nos côtés. La sin­gu­lar­ité des réflex­ions provient ici du pro­to­cole d’expérimentation artis­tique qui relie les cinq his­toires : les inter­venants, les citoyens de cha­cun de ces cinq réc­its de décès ont fait appel au col­lec­tif des Nou­veaux Com­man­di­taires créé par François Hers en 1990, un col­lec­tif qui attribue la créa­tion d’une œuvre plas­tique, musi­cale, lit­téraire, théâ­trale, archi­tec­turale… à un artiste con­tem­po­rain chargé de réalis­er un « mon­u­ment de sen­sa­tions » (Deleuze) per­me­t­tant de ren­dre présents celles et ceux qui ont été fauchés par la Camarde. Con­tin­uer la lec­ture

Splendeur et fragilité de la marge

Véronique BERGEN, Marolles. La cour des chats, CFC, coll. « La ville écrite », 2022, 178 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87572–054‑2

bergen marollesAlbums pour la jeunesse, livres d’art ou d’histoire : le cat­a­logue des édi­tions CFC regorge de vol­umes somptueux, riche­ment illus­trés. Sous sa mise plus mod­este, l’élé­gante sobriété de Marolles. La cour des chats con­firme le souci de la mai­son pour l’objet-livre. De sobriété, il n’est pour­tant guère ques­tion dans le pro­pos de Véronique Bergen. Les Marolles sont en effet pour elle surtout bigar­rure, diver­sité de pop­u­la­tion…, bref : “bifur­ca­tions ” et « fan­taisie ». 

Un tel objet échappe for­cé­ment à toute ten­ta­tive de le cir­con­venir, et l’essayiste priv­ilégie une approche par éclairages suc­ces­sifs. D’un chapitre à l’autre, elle évoque tour à tour le brus­se­leer, la zwanze, la toponymie, l’urbanisation, les artistes et habi­tants nota­bles, l’hospitalité, la sol­i­dar­ité, les chats… Con­tin­uer la lec­ture

Tombeau pour Tom Gutt, indomptable, indompté

Jean WALLENBORN, Avec Tom Gutt. Sou­venirs et choix de textes, Sam­sa, 2022, 260 p., 22 €, ISBN : 978–2‑87593–384‑3

wallenborn avec tom guttDans la vie pro­fes­sion­nelle, Jean Wal­len­born est essen­tielle­ment con­nu comme pro­fesseur et chercheur en sci­ences physique à l’ULB, où il a effec­tué lui-même ses études. Dans une vie par­al­lèle, il a par­ticipé de manière essen­tielle, dès 1960–61, aux man­i­fes­ta­tions d’un petit cer­cle d’activistes sur­réal­istes, regroupé autour du poète, écrivain, édi­teur, avo­cat et polémiste brux­el­lois Tom Gutt (1941–2002). De ce petit noy­au remuant et vir­u­lent, notam­ment par ses tracts, Louis Scute­naire dis­ait : « Son gang et lui (Tom Gutt), c’est de très loin ce qu’il y a de meilleur dans le sil­lage du bateau sur­réal­iste ». Wal­len­born était déjà l’auteur, en 2016, d’une mono­gra­phie qui révélait véri­ta­ble­ment le par­cours d’un pein­tre sur­réal­iste anver­sois trop peu con­nu : Roger Van de Wouw­er, l’incorruptible. Con­tin­uer la lec­ture

Naissance d’un imaginaire

Chris­telle DABOS, Et l’imag­i­na­tion prend feu, Le Robert, coll.  « Secrets d’écri­t­ure », 2022, 192 p ., 15,90 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 9782321017325

Lancée en mars 2022, la jeune col­lec­tion « Secrets d’écri­t­ure » des édi­tions Le Robert accueille aujour­d’hui un essai signé Chris­telle Dabos : Et l’imag­i­na­tion prend feu.

« Secrets d’écri­t­ure » est présen­tée comme une col­lec­tion con­sacrée à l’art d’écrire. Chaque vol­ume est con­fié à une fig­ure de la lit­téra­ture con­tem­po­raine qui racon­te, à tra­vers un court essai, son tra­vail d’écrivain. De l’écri­t­ure min­i­mal­iste de Jean-Philippe Tou­s­saint, au thriller hor­ri­fique de Franck Thilliez en pas­sant par les albums jeunesse de Susie Mor­gen­stern, la col­lec­tion fait preuve d’un véri­ta­ble éclec­tisme et envis­age la lit­téra­ture dans toute sa richesse et sa diver­sité. Con­tin­uer la lec­ture

Notre sorcière bien-aimée

Tan­guy HABRAND, Hermione Granger. Lec­trice de Har­ry Pot­ter, Impres­sions nou­velles, coll. « La fab­rique des héros », 2022, 144 p., 13 € / ePub : 7,99 €, ISBN : 9782390700005

habrand hermione grangerPour le douz­ième opus de la col­lec­tion « La fab­rique des héros » qu’il a cofondée en 2019 et qu’il codirige depuis lors, c’est Tan­guy Habrand qui s’est prêté à l’exercice d’interroger les imag­i­naires partagés autour d’une fig­ure de la cul­ture pop­u­laire. Celle sur laque­lle il a jeté son dévolu réjouira tous les afi­ciona­dos de la saga pot­te­ri­enne : Hermione Granger, « seul per­son­nage féminin à avoir été réelle­ment investi, de manière pos­i­tive, par J.K. Rowl­ing » ; d’ailleurs, « il s’en est fal­lu de peu pour qu’elle ne vole la vedette à Har­ry ». Quant à son angle d’attaque, la lec­ture, il se révèle haute­ment stim­u­lant et se ram­i­fie en con­sid­éra­tions sur l’activité en elle-même, mais égale­ment la légitim­ité de l’écrit, le statut de l’objet-livre, le rap­port au savoir, l’univers de la presse, l’éducation aux médias, etc. Et quel biais des plus per­ti­nents vu que « à l’école de Poud­lard, tout com­mence et tout finit par un livre. Livres de savoir ou de diver­tisse­ment, livres pre­scrits ou inter­dits, livres com­pagnons ou dan­gereux » ! Con­tin­uer la lec­ture

Émancipation

Bruno FRERE, Jean-Louis LAVILLE, La fab­rique de l’émancipation. Repenser la cri­tique du cap­i­tal­isme à par­tir des expéri­ences démoc­ra­tiques, écologiques et sol­idaires, Seuil, 2022, 447 p., 20 € / ePub : 17,99 €, ISBN : 978–2‑02–148487‑8

frere laville la fabrique de l emancipationVoici un livre à la fois ardu, son écri­t­ure porte les traces des cours et des travaux uni­ver­si­taires dont il est issu, et surtout pré­cieux, son ampleur nous donne un bilan argu­men­té des théories et des pra­tiques éco­nom­i­co-sociales con­tem­po­raines.

Le titre, La fab­rique de l’émancipation, con­joint de façon qui peut sem­bler étrange deux mots diver­gents : la matéri­al­ité du pre­mier ne s’oppose-t-elle pas à l’idéalité du sec­ond ? Et l’action, au sens poli­tique arend­tien de la capac­ité d’initiative, de com­mence­ment, de « faire naître » une réforme, une insti­tu­tion, une libéra­tion, n’est-elle pas plus ajustée : si l’émancipation est pos­si­ble n’est-ce pas dans l’action, plurielle et respon­s­able ? Con­tin­uer la lec­ture

Proust mis à nu par ses illustrateurs, même

Jan BAETENS, Illus­tr­er Proust. His­toire d’un défi, Impres­sions nou­velles, 2022, 240 p., 24 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782874499777

baetens illustrer proust histoire d'un défiEn cette année 2022 qui célèbre le cen­te­naire de la mort de Mar­cel Proust, Jan Baetens rend un hom­mage de biais à l’auteur d’À la recherche du temps per­du, en inter­ro­geant cet inter­dit implicite qui veut qu’« [o]n n’illustre pas Proust ». L’abondance des illus­tra­tions qui for­ment le cor­pus d’étude du livre de Jan Baetens sem­ble con­tredire la cen­sure tacite mais force est de recon­naître, avec l’auteur d’Illus­tr­er Proust, qu’il deve­nait urgent de se con­fron­ter à l’His­toire d’un défi, ain­si que le pré­cise le sous-titre de l’ouvrage. Con­tin­uer la lec­ture

Les mots pour le dire

Gwen­do­line LOOSVELD, Déjà ?, Mur­mure des soirs, 2022, 126 p., 15 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑930657–93‑6

loosveld dejaGwen­do­line Loosveld est une notaire experte en droits des suc­ces­sions et une éthi­ci­enne spé­cial­isée dans les ques­tions sur la fin de vie. Elle nous offre ici une série de réflex­ions autour de la mort, qui sont le fruit de lec­tures, de son expéri­ence pro­fes­sion­nelle, mais aus­si privée, car sa vie a été jalon­née de morts abruptes et d’une grave mal­adie l’ayant con­fron­tée à sa pro­pre fin.

Le fil con­duc­teur du texte est d’inviter à oser par­ler de la mort même si elle sus­cite des peurs. Le sujet est couram­ment évité et davan­tage envis­agé comme un prob­lème tech­nique à résoudre. Or, n’avons-nous pas peur de la mort car nous n’osons pas vivre ? Le but est-il de vivre plus longtemps au détri­ment du bien-être ? Voilà des ques­tions en apparence sim­ples qui ouvrent des portes vers une réflex­ion plus pro­fonde. Con­tin­uer la lec­ture

Le glaive et la prière : les Templiers

Arnaud DE LA CROIX, Les Tem­pli­ers. Des croisades au bûch­er, Racine, 2022, 168 p., 25 €, ISBN : 9782390252054

de la croix les templiersDans ce livre-somme, l’historien, spé­cial­iste du Moyen Âge, le philosophe Arnaud de la Croix réin­ter­roge l’ordre religieux et mil­i­taire des Tem­pli­ers auquel il a déjà con­sacré de nom­breux essais. Approchant la matière his­torique par une méthodolo­gie du ques­tion­nement, il retrace l’avènement de cet ordre dans les années 1118–1120, au moment des croisades, son expan­sion, sa mon­tée en puis­sance avant sa chute, deux cents ans plus tard. L’Histoire est affaire de regard, de mise en per­spec­tive, d’enquêtes poli­cières et de tra­ver­sée des légen­des qui entourent les faits. Dres­sant l’échiquier du monde européen et asi­a­tique du Moyen Âge cen­tral, Arnaud de la Croix lie la créa­tion de l’Ordre du Tem­ple au mou­ve­ment des croisades dont il com­pose une mil­ice chargée de recon­quérir la Terre sainte. Lorsqu’en 1095, le pape Urbain II prêche la pre­mière croisade et appelle les chré­tiens d’Occident à venir en aide aux chré­tiens d’Orient, la pre­mière expédi­tion aboutit à la prise de Jérusalem. C’est dans ce con­texte politi­co-religieux, dans cet antag­o­nisme spir­ituel entre le chris­tian­isme et l’islam que doit se com­pren­dre la fon­da­tion de cette nou­velle forme de cheva­lerie chré­ti­enne. Con­tin­uer la lec­ture

L’univers carcéral en Nouvelle-Calédonie

Chan­tal DELTENRE, Camp Est. Jour­nal d’une eth­no­logue dans une prison de Kanaky Nou­velle-Calé­donie, Post­face de Marie Salaün, Anar­char­sis, coll. « Les ethno­graphiques », 228 p., 16 €, ISBN : 9791027904440

deltenre camp estEth­no­logue, écrivaine, autrice de La mai­son de l’âme (Edi­tions Mael­ström, 2010), Chan­tal Del­tenre livre dans Camp Est un jour­nal de ter­rain qui évoque la mis­sion d’observation ethno­grahique en milieu car­céral dont elle a été chargée. Étrangère à la cul­ture kanak, au monde calé­donien et extérieure à l’institution péni­ten­ti­aire, elle côtoie durant un mois le « Camp Est » situé sur l’île de Nou, une prison de Nouméa dont elle décrit et analyse le fonc­tion­nement, les cer­cles de vio­lence physique, struc­turelle, sociale, sym­bol­ique, mais aus­si les enjeux et l’impensé. Le réc­it est avant tout celui d’un dépayse­ment, d’un saut dans un monde dou­ble­ment incon­nu (cul­ture kanak, monde mélanésien et espace car­céral), d’une atten­tion à la dimen­sion colo­niale de l’institution péni­ten­ti­aire. Tou­jours placée sous la sou­veraineté de la République française, la Nou­velle-Calé­donie a très tôt été conçue par la France colo­niale comme une terre de bagnes sur laque­lle expédi­er les détenus de droit com­mun ou poli­tiques (qua­tre mille Com­mu­nards, dont Louise Michel, furent trans­férés dans des péni­tenciers calé­doniens). Ce qui frappe Chan­tal Del­tenre, ce sont les sui­cides des jeunes détenus, la com­po­si­tion de la pop­u­la­tion, à majorité kanak (90% de détenus kanak, presque tou­jours issus de quartiers défa­vorisés, de squats), la minorité de pris­on­niers cal­doches, d’origine européenne, la crise iden­ti­taire, psy­chique que l’enfermement induit. Con­tin­uer la lec­ture

Relire le 19e siècle poétique

Pas­cal DURAND, Poésie pure et société au XIXe siè­cle, CNRS Édi­tions, 301 p., 25 €, ISBN : 978–2‑271‑1403‑8

durand poesie pure et societe au xixe siècle« C’est que, lit­téraires ou pro­fes­sion­nels de la chose lit­téraire, nous sommes tous, à divers degrés de con­science et de résis­tance, écrits par ce que nous lisons. »

Dans cet essai viv­i­fi­ant, Poésie pure et société au XIXe siè­cle, Pas­cal Durand, pro­fesseur (ULg) et soci­o­logue de la lit­téra­ture et des médias, pro­pose une approche soci­ologique de la poésie française des débuts du roman­tisme à la fin du sym­bol­isme. Sont con­vo­qués dans cet essai : les roman­tiques con­tre les for­mal­istes ; Lecon­te de Lisle et ses par­ti­sans ; Théophile Gau­ti­er, les Par­nassiens, Baude­laire, Jules Val­lès, Mal­lar­mé, Lautréa­mont, Laforgue,… Con­tin­uer la lec­ture