Archives par étiquette : première œuvre

La faucheuse rôde

Nicole MARLIÈRE, Asphyx­iée, Brux­elles, Tra­verse, 2015, 185p., 18€

ASPHYXIEE / Roman de Nicole MarlièreFrance Miller est une femme de 49 ans qui par­ticipe à la ges­tion d’une agence d’intérim. Elle n’est jamais tombée malade jusqu’au jour où elle se réveille en pleine nuit en train t’étouffer. Elle se rend aux Urgences d’un hôpi­tal brux­el­lois et décou­vre alors les errances que l’on peut ren­con­tr­er lors d’une hos­pi­tal­i­sa­tion : l’attente avant les exa­m­ens, la froideur et la lenteur des procé­dures, les tâton­nements des médecins pour le diag­nos­tic, et puis le couperet tombe : une myocardite, qui néces­site une greffe de cœur. Con­tin­uer la lec­ture

Tours jumelles

Ysa CAVALIS, Dou­ble Tour, Mur­mure des soirs, 2015, 188 p., 18€

D’un côté, il y a Vio­laine Car­pen­tier. Trente ans, même pas cinquante kilos, secré­taire au sein d’une grande boîte, un chat. Non recon­nue par son père, faire-val­oir de sa mère désaimante. Un viol comme seul pas­sif sex­uel. Sa vie ? « Trente ans de tristesse et de malaise indi­ci­ble à la recherche de mots suff­isam­ment pré­cis pour dépein­dre la mélan­col­ie de mes journées passées à me chercher et à com­pren­dre le sens. Le sens d’une vie subie, un peu plus chaque jour, le sens de cette inca­pac­ité à sourire pleine­ment, le sens de cette crispa­tion aigre et amère à l’évocation d’un jour de plus. Une vie à refuser de vivre, vie d’automate, une vie sans mode d’emploi, la vie d’un cadavre artic­ulé par les pul­sa­tions car­diaques d’un cœur qui n’en finit pas de saign­er. » Invis­i­ble aux yeux de sa géni­trice Julie/tte (trop occupée à refuser de vieil­lir et à scruter son reflet dans des pupilles désir­antes), de ses col­lègues et de l’ensemble de l’humanité, Vio­laine ploie sous le poids de son exis­tence pour­tant bien vide, pour­tant proche du Néant. Les rares fois où il lui faut faire face à des oblig­a­tions sociales, elle se doc­u­mente dans les mag­a­zines, visionne des films et laisse traîn­er ses oreilles dans les cafe­te­rias. Une proie. Con­tin­uer la lec­ture

Voyage au centre de la terre

Jean-Jacques VANDER, La Voie des pro­fondeurs, Neufchâteau, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2015, 232 p., 15 €/ePub : 10.99 €

La Voie des pro­fondeurs ? Un de ces livres d’ap­parence sim­ple qui, mine de rien, entraîne loin ses lecteurs. Très loin même. Ça com­mence banale­ment, croirait-on, par la « bête » his­toire d’un cou­ple en désamour. Avec d’emblée, toute­fois, dès la pre­mière page, un ton : Con­tin­uer la lec­ture

L’atout cœur à l’heure adolescente

Alexan­dre VAN HOECKE, Le valet de cœur, Ortheuville, Mem­o­ry, coll. « Jeunes auteurs », 2015, 13 €

CouvertureAlice vient de souf­fler ses dix-sept bou­gies lors d’une fête sur­prise entourée de famille et amis et ter­mine tout juste son année sco­laire. Comme les ado­les­cents que nous avons tous été, elle oscille entre quelques restes d’absolue can­deur enfan­tine et les ques­tion­nements exis­ten­tiels pro­pres à son âge, avec les pro­por­tions, tan­tôt jus­ti­fiées, par­fois démesurées, qu’on pou­vait, à l’époque, leur attribuer : les amours, les juge­ments, les drames invraisem­blables, l’image de soi que peu­vent ren­voy­er les autres. Comme les ado­les­cents de notre époque, elle se réfugie dans sa cham­bre sou­vent, est un peu secrète face à ses par­ents, recule subite­ment face à la pos­si­bil­ité d’une pre­mière fois un peu for­cée, par­le de dépres­sion à cause d’un savon passé, par­court fréné­tique­ment son fil Face­book et dis­cute, via la toile, avec ses copains de l’école. Con­tin­uer la lec­ture

Un singe en hiver affectif

Philippe LAMBERT, Le Col­lec­tion­neur de soupirs, Neufchâteau, Weyrich, coll. « Plumes du Coq », 2015, 180 p., 14 €/ePub : 9.99 €

Le Col­lec­tion­neur de soupirs com­mence par une trans­gres­sion, un soir de deuil. Le matin, le nar­ra­teur a enter­ré sa mère. Le soir, il a ren­dez-vous avec des pros­ti­tuées de luxe ou de bas étage dans une sorte de défi au temps qui passe et à ses morts. Des morts qu’il col­lec­tionne comme il col­lec­tionne les soupirs orgas­miques des amours tar­ifés, entre sperme et cyprine. Par­mi ses dis­parus, son père omniprésent et sa pas­sion pour les dis­ques et livres clas­siques afin de se don­ner l’illusion de faire entr­er « la grande cul­ture » dans ses murs, mais aus­si pour les trompe-la-mort oubliés de la For­mule 1 de l’entre-deux-guerres. On notera au pas­sage que l’auteur, Philippe Lam­bert, a pub­lié précédem­ment un essai inti­t­ulé Pilotes de For­mule 1 – L’épreuve des hommes (Cal­mann-Lévy, 1993). Con­tin­uer la lec­ture

Ces routes nationales qui ne mènent nulle part

Aïko SOLOVKINE, Rodéo, Brux­elles, Fil­ip­son édi­tions, 2014, 168 p.


Road-movie médusé, chronique sociale de la bassesse, west­ern-fricadelle où les duels se règ­lent en bag­noles, Rodéo est tout ça à la fois. On y grince des dents, on y sourit jaune, et on y décou­vre une nou­velle plume, affûtée pour de douloureux tatouages, celle d’Aïko Solovkine.
Con­tin­uer la lec­ture

L’oralité d’Olivier Vanderaa

Olivi­er VANDERAA, Abreuve­ments néces­saires, M.E.O., 2015, 70 p.

Sur la cou­ver­ture, un imposant men­hir sur lequel un cou­ple pose, nu. Un intense brouil­lard enveloppe la cam­pagne avoisi­nante qui met en évi­dence l’énigmatique titre de ce recueil : Abreuve­ments néces­saires, accom­pa­g­né du sous-titre : poèmes. Une indi­ca­tion générique qui trou­ble davan­tage qu’elle informe. Con­tin­uer la lec­ture

Tic-up, Tic-down

Un coup de coeur du Carnet

Nathalie NOTTET, L’Envers des pôles, Neufchâteau, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2015, 120 p., 12,50€/ePub : 8.99 € 

nottetCer­tains univers tien­nent à dis­tance, empêchent la pro­jec­tion, l’empathie. Les trou­bles psy­chi­a­triques, tout de con­tours mys­térieux et de pro­fondeurs insond­ables, sont de ces con­trées dont nous souhaitons qu’elles nous demeurent inex­plorées. Si chez l’Autre, l’altérité est fasci­nante quand elle prend les dehors d’une cul­ture incon­nue ou d’un Ailleurs fan­tas­mé, l’altération déroute et amène au retrait – voire au rejet – lorsqu’elle s’apparente à un déséquili­bre du psy­chisme, imputable à un fac­teur bil­i­aire, humoral ou chim­ique, suiv­ant le regard médi­cal qui y est porté. Con­tin­uer la lec­ture

Ce premier amour qui vous exile de vous-même

Un coup de coeur du Carnet

Isaac FRANCO-COHEN, Anky­losé, La Muette, 2015, 127 p.

Comme on s’introduirait en des draps de soie, on entre avec suavité dans la lec­ture du pre­mier et mag­nifique roman d’Isaac Fran­co-Cohen, Anky­losé (La Muette). Rarement un pre­mier roman m’a autant embal­lé, autant emporté de bout en bout avec une telle joie, un tel ent­hou­si­asme. Non, Albert Cohen n’est pas revenu des au-delà ; non, ce n’est pas un man­u­scrit retrou­vé du grandiose auteur de Belle du Seigneur. L’auteur en porte cepen­dant le célèbre patronyme – et voici que naît un écrivain déjà accom­pli, qui « vit et tra­vaille à Brux­elles » selon la lap­idaire infor­ma­tion de l’éditeur, respec­tant le souhait de dis­cré­tion de l’auteur. L’homme n’est pas un jeune pre­mier cepen­dant, qui nous pro­pose ce texte d’une telle justesse, d’une telle matu­rité, d’un tel aboutisse­ment lit­téraire. S’agissant d’un pre­mier roman pub­lié, on imag­ine volon­tiers une longue pra­tique antérieure, tant l’écriture sub­tile et claire est riche et exigeante, flu­ide et équili­brée, pour tout dire lumineuse. Une réus­site véri­ta­ble dont on souhaite d’ores et déjà qu’elle récoltera les récom­pens­es qu’elle mérite. Con­tin­uer la lec­ture

Aujourd’hui on court lire un premier roman

Emmanuelle PIROTTE, Today we live, Cherche midi, 2015, 237 p., 16,50€ / epub : 13.99 €

Voilà la ren­trée lit­téraire et son offre de lec­tures. Démesure et pro­fu­sion : les piles de livres s’offrent au regard du lecteur. Allez-vous pren­dre en main ce roman ou plutôt cet autre ? Faire con­fi­ance à un nom con­nu et recon­nu ou ten­ter l’aventure d’une nou­velle plume ?  Con­tin­uer la lec­ture

Tous contes faits

lUVAN, Le cheva­lier rouge, illus­tré par Ambre, mael­strÖm, 2015, 125 p.

Lorsque l’on tient ce roman entre les mains, on est avant toute chose impres­sion­né par la qual­ité de sa fac­ture : grain et couleur du papi­er, choix des couleurs et illus­tra­tions soignées qui ponctuent l’ouvrage, tout fait de ce livre un bel objet. Les pre­mières pages tournées, on est gag­né rapi­de­ment par la con­vic­tion que l’on est face à une fic­tion imprévis­i­ble, aux rebondisse­ments mul­ti­ples et improb­a­bles. Con­tin­uer la lec­ture

Les sept mélancoliques

Pierre KUTZNER, La femme qui ne voulait plus faire l’amour, Marcinelle, Édi­tions du CEP, 2015, 93 p., 12 €

kutznerPierre Kutzn­er n’est pas vrai­ment incon­nu dans le petit monde des Let­tres et des arts belges : on lui doit des nou­velles, des arti­cles et une récente mono­gra­phie con­sacrée à l’artiste Fabi­enne Havaux[1]. Le sex­agé­naire signe, en cet été 2015, son tout pre­mier ouvrage de fic­tion – un recueil de nou­velles : La femme qui ne voulait plus faire l’amour. Con­tin­uer la lec­ture

Par saint Georges!

Un coup de coeur du Carnet

Jean-Pol HECQ, Georges et les drag­ons, Luce Wilquin, 2015, 173 p., 17€, ISBN : 978–2‑88253–504‑7

hecqEn 1927, Max s’installe pour quelques temps dans une auberge située au cen­tre de la ville de Mons. Jour­nal­iste hol­landais maitrisant par­faite­ment la langue de Ver­haeren, il pré­tend faire un reportage sur la recon­struc­tion de l’après-guerre pour en fait enquêter dis­crète­ment sur un cer­tain Georges, un cousin éloigné. Aidé dans ses recherch­es par un Borain de souche, Max pro­gressera lente­ment : dif­fi­cile en effet de trou­ver un Mon­tois incon­nu dis­paru en 1914 et por­tant ce prénom si répan­du. Con­tin­uer la lec­ture

Des hommes et des canaris

Michel TORREKENS

lammersOn s’évade par la lec­ture. Peut-on s’évader par l’écriture ? C’est la ques­tion que l’on aurait envie de pos­er à l’auteur de ce recueil de cinq nou­velles. Il y relate, même si ce n’est pas auto­bi­ographique, des événe­ments de l’univers car­céral où il a passé plusieurs années après une con­damna­tion à per­pé­tu­ité. Con­tin­uer la lec­ture

Le plus difficile…

Christian LIBENS

larouge« Le plus dif­fi­cile… », chan­tait Jacques Dutronc aux jours dorés des six­ties, en se mar­rant lui-même de ses plans-drague foireux. Ziska Larouge, elle, nous inter­prète, au fil des 160 pages de son chou­ette roman, un air de comédie enlevée, de film choral drôle (sou­vent !) et cru­el (par­fois… ). Con­tin­uer la lec­ture

Être femme de Kaboul

John HENRY, Quand les ânes de la colline sont devenus bar­bus, Diag­o­nale, 2015, 18.90 €/ePub : 9.99 €, ISBN :  978–2‑9601321–2‑0

henryDepuis un peu plus d’un an, le paysage lit­téraire belge s’est enrichi d’une nou­velle mai­son d’édition, Diag­o­nale, dont la par­tic­u­lar­ité est de se con­sacr­er à la pub­li­ca­tion de pre­miers romans et au lance­ment de jeunes auteurs promet­teurs. Le nou­veau venu dans cette belle et remar­quable entre­prise se nomme John Hen­ry. Il nous pro­pose Quand les ânes de la colline sont devenus bar­bus, un roman grave et sincère, aux aspects poignants, qui par­le d’identité et de sac­ri­fice, de rêve et de douleur, qui par­le de la folie des hommes. Un roman bien d’actualité surtout par son évo­ca­tion de cet islam rad­i­cal qui nous heurte tant et du ter­ror­isme des bar­bus bar­bares exporté jusque chez nous, en Bel­gique. Con­tin­uer la lec­ture