Archives par étiquette : SonaLitté

Dans les confins gelés du monde

Harold SCHUITEN, Tu vas aimer notre froid. Un hiv­er en Yak­outie, Impres­sions nou­velles, 2018, 176 p., 16 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑87449–579‑3

schuiten tu vas aimer notre froid.jpgQui peut croire qu’au milieu de la Taï­ga, dans les con­fins gelés du monde, se trou­ve un petit bout de Bel­gique, une école où trône la pho­to jau­nie du roi Albert II et un vieux dra­peau belge, une école dont les livres de la bib­lio­thèque sont per­pétuelle­ment gelés ? Con­tin­uer la lec­ture

C’était au temps où Bruxelles ne rêvait pas vraiment

Nathalie STALMANS, Le vent du boulet, Genèse édi­tion, 2018, 248 p., 22,50 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 979–1‑0946891–27

stalmans le vent du boulet.jpgBrux­elles et la Bel­gique subis­sent le poids de l’occupation par la République française. Rue Neuve, la mai­son cadas­trée VIIe sec­tion n° 460–461 est occupée par deux familles : à gauche la famille Del­berghe, à droite les Durand. Cha­cun de leurs mem­bres est pris à sa façon dans les remous de cette époque trou­blée de l’instauration du nou­veau régime. Nathalie Stal­mans décrit ces dif­férents des­tins, le plus sou­vent très durs, si pas trag­iques. Les habi­tants des deux moitiés de la mai­son se croisent, sans plus. Pour­tant, l’arrivée d’un Français de Lille, qui utilise un ordre de réqui­si­tion pour s’installer dans la demeure, va créer des liens insoupçon­nés entre les habi­tants. Il n’est pas judi­cieux d’en dire plus ici pour préserv­er le plaisir de la décou­verte. Con­tin­uer la lec­ture

Liberski Roma

Un coup de cœur du Carnet

Ste­fan LIBERSKI, La cité des femmes, Albin Michel, 2018, 280 p., 19 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑226–40218‑9

liberski la cite des femmesSept ans après son dernier roman, Le Tri­om­phe de Namur (La Muette, 2011), l’écrivain, cinéaste, bédéiste et homme de télévi­sion Ste­fan Liber­s­ki pub­lie La cité des femmes aux édi­tions Albin Michel.

La cité des femmes, c’est un film de Fed­eri­co Felli­ni sor­ti en 1980. Mais c’est donc aus­si, désor­mais, le titre d’un roman de Ste­fan Liber­s­ki : l’histoire d’un jeune aspi­rant écrivain, Éti­enne Kapus­cin­s­ki, qui quitte Brux­elles, son mariage et son méti­er pour gag­n­er Rome et assis­ter au tour­nage de La cité des femmes de Felli­ni. Toute ressem­blance avec Ste­fan Liber­s­ki, par­ti lui-même à Rome pour assis­ter au même tour­nage fellinien en « témoin priv­ilégié » n’aurait, bien sûr, rien de for­tu­it. L’anecdote auto­bi­ographique donne une saveur tes­ti­mo­ni­ale jouis­sive aux appari­tions du mae­stro, cam­pé en génie sur le déclin, manip­u­la­teur, égo­cen­trique et jaloux de son harem. Con­tin­uer la lec­ture

Le fil de l’adolescence

Myr­i­am LEROY, Ari­ane, Don Qui­chotte, 2018, 208 p., 16 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–235949-675–8

leroy_ariane.jpgL’adolescence est un labyrinthe. On y entre au sor­tir de l’enfance et on en cherche l’itinéraire et la sor­tie pour entr­er dans l’âge adulte. À la suite de deux amies qui sont au cœur de son pre­mier roman, Ari­ane, Myr­i­am Leroy nous déroule quelques fils pour tra­vers­er cette péri­ode qual­i­fiée d’ingrate.

La nar­ra­trice est née au cœur du Bra­bant wal­lon, déjà tout un pro­gramme à ses yeux, dans une famille catholique, con­ven­tion­nelle, ennuyeuse à mourir (et notre héroïne a de fréquentes vel­léités de sui­cide), qui mène une vie de pri­va­tions, mais qui se gar­garise d’appartenir à la bour­geoisie nantie. À tel point que leur fille s’est mise à haïr les rich­es du BW, « Haïr les rich­es, qu’ils soient ou non gen­tils, haïr davan­tage les gen­tils, les rich­es phil­an­thropes, ceux qui don­nent aux pau­vres, qui leur ouvrent leurs bras et leur porte ». Ce foy­er pass­able­ment névrosé s’est établi à Niv­elles, « une machine à crev­er d’ennui ». Et pour­tant, ceux qui y nais­sent y revi­en­nent tou­jours. Mais l’appartenance sociale vous colle à la peau, ce que la nar­ra­trice con­state des années après sa jeunesse : « non seule­ment tu ne seras jamais aus­si riche qu’eux, mais surtout tu ne seras jamais comme eux (…) Tu appar­tien­dras tou­jours à une autre race, gauche, emprun­tée, con­stam­ment à la lisière du bur­lesque. » Con­tin­uer la lec­ture

Variations en « je », modulations du « nous »

Dominique COSTERMANS, En love mineur, Quad­ra­ture, 2017, 118 p., 15 € / ePub : 9.99 €, ISBN 9782930538785

costermans en love mineurDans le champ de la nou­velle, Dominique Coster­mans lâche de jolis textes comme des petits cail­loux sur le chemin de la vie. Les dix-sept réc­its de son nou­veau recueil, En love mineur, récem­ment paru chez Quad­ra­ture, sont autant de moments de prose, de séquences de poésie, d’instantanés romanesques qui fix­ent du vibrant. Ce vibra­to, entre la vie et l’art, qui cristallise ce qu’on appelle « le sel de la vie ». Dans ces réc­its brefs, l’auteure livre des textes au ras du quo­ti­di­en et poudroie de poésie la vie dans ses sur­pris­es, sa fugac­ité, ses sur­gisse­ments, ses éton­nantes syn­chronic­ités. Con­tin­uer la lec­ture

« Pourquoi / s’abonner / au monde ? »

Un coup de cœur du Carnet

Alex­is ALVAREZ, Une année sans lumière, Tétras Lyre, 2017, 96 p., 15 €

alvarez_une annee sans lumiereLa poésie con­tem­po­raine (soit celle qui est signée par des vivants) est dev­enue un objet encom­brant au XXIe siè­cle. Per­son­ne ne la lit, a for­tiori per­son­ne ne l’achète, et elle ne pul­lule encore, invis­i­ble­ment, que parce que cer­tains édi­teurs qui se lan­cent dans ce créneau prof­i­tent de naïfs prêts à se faire pub­li­er à compte d’auteur, pour au final n’être ni dif­fusés ni pro­mo­tion­nés. Bien sûr, il y a l’oralité, cir­cu­lant dans les cabarets lit­téraires ou les soirées de lec­ture entre coter­ies d’initiés ; mais aujourd’hui, en librairie, où se cueil­lent Les Fleurs du mal, où se gausse-t-on des Amours jaunes, et où La nuit remue-t-elle ? Con­tin­uer la lec­ture

D’une Audrey à l’autre

Pas­cale TOUSSAINT, Audrey H., Sam­sa, 2017, 144 p., 14 €, ISBN : 2875931415

toussaint audrey h.jpgPre­mière Audrey du livre de Pas­cale Tou­s­saint, Audrey H.: la nar­ra­trice, bib­lio­thé­caire, spé­cial­iste des biogra­phies de femmes (George Sand, Colette…), aimée de Jean, son com­pagnon atten­tif, ten­dre et mali­cieux.

Un car­ac­tère net, franc, par­fois tran­chant, sans com­plai­sances (« Aujourd’hui, j’ai cinquante ans. Et je fais mon âge »), volon­tiers caus­tique (« Aujourd’hui encore, les femmes “méri­tantes” m’horripilent »). Dou­blé d’une nature inquiète, doutant d’elle-même, guet­tant anx­ieuse­ment son image dans les miroirs, se liant dif­fi­cile­ment (pas d’amies vraies dans son paysage), que sa pudeur retient au creux de silences dont elle garde quelque­fois des regrets cuisants : Con­tin­uer la lec­ture

La Littérature belge d’une apocalypse l’autre

Un coup de cœur du Carnet

Marc QUAGHEBEUR, His­toire, forme et sens en lit­téra­ture. La Bel­gique fran­coph­o­ne. Tome 2 – L’ébranlement (1914–1944), Peter Lang, coll. « Doc­u­ments pour l’Histoire des Fran­coph­o­nies », 2017, 420 p., 46.62 €, ISBN : 978–2‑8076–0457‑5

quaghebeur 2.jpgQue reste-t-il à appren­dre de la « lit­téra­ture belge » ? Bien des choses, voire tout. À com­mencer par la pré­car­ité même de cette appel­la­tion d’origine incon­trôlable, peu pro­tégée des ébran­le­ments et des effon­drements du pays dont elle est cen­sée éman­er. Au sor­tir des tranchées de la Grande Guerre, l’adjectif « belge » n’aura plus guère de sens pour cer­tains, et il s’agira de s’interroger sur les périphrases qui lui tien­dront lieu de sub­sti­tut. « Fran­coph­o­nes » ou « français­es », nos Let­tres ? Et situées où, « en » ou « de » Bel­gique ? L’épineux débat et la sus­cep­ti­bil­ité que sus­cite la prob­lé­ma­tique va jusqu’à se loger dans une pré­po­si­tion… Une seule cer­ti­tude : quiconque voudra com­pren­dre les lignes de frac­ture, les ten­sions internes et les courants d’énergie qui les ont mar­quées, ne pour­ra faire l’économie du tra­vail que mène avec patience et pas­sion Marc Quaghe­beur. Con­tin­uer la lec­ture

La vie d’artiste. Entre liberté et asservissement

Chris­tine VAN ACKER, La dernière con­vo­ca­tion, Cac­tus Inébran­lable, 2017, 60 p., 5 €, ISBN : 978–2‑930659–63‑3

van acker la derniere convocation.jpgOn est en avril 2017. Au fonc­tion­naire chargé de con­trôler si elle est suff­isam­ment active dans sa recherche d’emploi, Chris­tine Van Ack­er remet une let­tre. Un brûlot plutôt. Doux et amer. Ironique. Où elle sig­ni­fie qu’elle en a soupé de se soumet­tre aux dik­tats d’une admin­is­tra­tion la réduisant à une éti­quette : deman­deuse d’emploi. Une admin­is­tra­tion qui n’a que faire de Chris­tine Van Ack­er en tant que que per­son­ne et de ce qu’est réelle­ment son boulot d’artiste. Une admin­is­tra­tion qui réduit à peau de cha­grin tout qui, un jour, est con­fron­té au vaste com­plexe des régle­men­ta­tions en tout genre. Con­tin­uer la lec­ture

Bons baisers d’Athènes

Un coup de cœur du Carnet

Anne PENDERS, Kalá, La Let­tre Volée, 2017, 128 p., 19 €, ISBN : 978–2873174842

penders.jpgDepuis longtemps, Anne Pen­ders traîne ses tongs un peu partout dans le monde. En Chine. Aux States. À Mar­seille. À Brux­elles, mais oui, aus­si, par­fois. Depuis longtemps, Anne Pen­ders écrit, pho­togra­phie, filme, prend du son, partout où elle passe, partout où elle laisse traîn­er ses tongs. Non qu’Anne Pen­ders serait une de ces autri­ces dites voyageuses, écrivant, de livre en livre, des espèces de jour­naux de voy­ages où elle nous nar­rerait ses états d’âme nomades, ses ren­con­tres splen­dides, ses déboires ou ses con­fronta­tions avec le paysage, la mère nature ou toute autre chose du même acabit. Non. Pas du tout son genre. Anne Pen­ders serait plutôt du style, me sem­ble-t-il, à faire de ses voy­ages des pré­textes. Des occa­sions de sus­citer l’écri­t­ure, tant lit­téraire que radio­phonique ou pho­tographique. Des occa­sions de met­tre en bran­le, en quelque sorte, la « machine à penser, la machine à écrire Pen­ders ». Con­tin­uer la lec­ture

Manuel de survie à l’usage des sauvages

Thomas GUNZIG, La vie sauvage, Au dia­ble vau­vert, 2017, 336 p., 18 €/ ePub : 7.99 €, ISBN : 978–2‑84626–961‑2

gunzigIl y a qua­tre ans, Thomas Gun­zig pub­li­ait son Manuel de survie à l’usage des inca­pables, déjà aux édi­tions Au dia­ble vau­vert aux­quelles il est fidèle depuis quelques années. Pour la ren­trée lit­téraire, dont il est un incon­tourn­able aux côtés d’Amélie Nothomb et Éric-Emmanuel Schmitt selon la presse tous azimuts, il sort La vie sauvage qui a bien des points com­muns avec le précé­dent. Con­tin­uer la lec­ture

Nous sommes tous des anexcités

Un coup de cœur du Carnet

Lau­rent DE SUTTER, L’Âge de l’anesthésie. La mise sous con­trôle des affects, Les Liens qui Libèrent, 2017, 156 p., 15,50 €/ ePub : 9.99 €, ISBN : 979–10-209‑0508‑6

de sutter l age de l anesthesieUn nou­veau livre de Lau­rent de Sut­ter ne se fait jamais atten­dre, et pour cause : le tra­vail de réé­val­u­a­tion de nos sociétés et des mécan­ismes d’oppression qui les régis­sent, mené par ce pro­fesseur de théorie du droit de la VUB, se pour­suit par salves con­tin­ues, avec le méthodisme et l’acuité d’un sniper. Après sa Théorie du kamikaze, il s’en prend au plus insi­dieux dis­posi­tif de mise sous con­trôle de nos affects, par­tant de nos lib­ertés fon­da­men­tales, qui s’insinue en nous via les innom­brables sub­stances chim­iques qu’il nous est lois­i­ble, quand ce n’est pre­scrit, d’ingérer quo­ti­di­en­nement. Con­tin­uer la lec­ture

Les mots d’une passion tue

Dominique LOREAU, Ne pas dire, Esper­luète, 2017, 40 p., 16 €, ISBN : 9782359840742

loreauLe texte de Dominique Lore­au repose, dès son titre, Ne pas dire, sur un para­doxe puisqu’est mise en avant l’oblig­a­tion de taire cer­taines choses, alors que le livre appa­raît comme le dévoile­ment sub­til d’une pas­sion.

Mais dire n’est jamais inno­cent. Les con­séquences d’une parole lâchée, par­fois d’un seul mot énon­cé, vous amè­nent au-delà de ce que l’on avait imag­iné. Le monde n’est plus aux engage­ments, cha­cun a ten­dance à rester sur son quant-à-soi, par peur de rompre un enchante­ment ou, pire, de s’enfermer dans un quo­ti­di­en alié­nant. Con­tin­uer la lec­ture

Le fil du monde

Un coup de cœur du Carnet

Nathalie SKOWRONEK, Un monde sur mesure, Paris, Gras­set, 2017, 189 p., 18 €/ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑246–86333‑5

skowronek

De livre en livre, Nathalie Skowronek revient sur l’histoire de sa famille plongée dans l’horreur de la Shoah. Un monde sur mesure n’évoque plus directe­ment l’extermination des Juifs. L’auteure y racon­te l’histoire pro­fes­sion­nelle de ses deux lignées grand-parentales en la situ­ant dans l’évolution économique et sociale de nos sociétés aux XXème et XXIème siè­cles.

À lire : extrait d'Un monde sur mesure

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Invitation à la danse

Corinne HOEX, Tan­go, gravures de Mar­tine Souren, Esper­luète, 2016, 20 p., 8 €   ISBN : 9782359840711

hoex-tangoSavez-vous danser le tan­go?

Corinne Hoex vous y invite, dans un poème trou­blant, cerné des som­bres, intri­g­antes gravures de Mar­tine Souren, inti­t­ulé tout sim­ple­ment Tan­go.

Il faut danser, nous rap­pelle-t-elle, mais il lui manque une robe qui tienne au corps, alors que la sienne se dérobe en soieries glis­santes, en rubans sat­inés, en franges mou­vantes.

Une étrange pla­que­tte, qui nous laisse au bord d’un secret. L’art de danser le tan­go, de tout son cœur, de tout son corps, peut-être.

Francine Ghy­sen

Une commode bleue contre un mur ocre

Un coup de coeur du Carnet

Mar­cel SEL, Rosa, ONLiT, 2017, 300 p., 19.50 €/ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑87560–086‑8

selTout le monde con­naît peu ou prou le blogueur Mar­cel Sel, qu’on le lise ou pas, qu’on s’en amuse ou qu’on s’en irrite…

Le voilà qui endosse le cos­tume de romanci­er et, pour un coup d’essai, c’est un coup de maître… et un coup de cœur.

Vous allez com­mencer à lire ce roman ; vous allez le dévor­er et il vous dévor­era.  Con­tin­uer la lec­ture