Archives par étiquette : histoire

Décomposition paternelle

Un coup de cœur du Car­net

Stéphane MALANDRIN, Je suis le fils de Beethoven, Seuil, 2020, 19.50 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 978–2‑02–146347‑7

Remar­qué pour Le dévoreur de livres (2019), Stéphane Malan­drin a impres­sion­né plus d’un lecteur par ses qual­ités de jon­gleur de mots et son imag­i­naire col­oré qui lui ont sans doute valu d’être sélec­tion­né pour le prix Goncourt du pre­mier roman. Voici que cet homme de ciné­ma fran­chit avec Je suis le fils de Beethoven le cap réputé périlleux du sec­ond sans rien avoir per­du de sa verve et nous entraîne sur les traces du grand com­pos­i­teur alle­mand par le réc­it de celui qui se présente comme son fils, Ita­lo. Mais comme cet enfant en quête de racines ne porte pas le nom du génie musi­cal, il nous grat­i­fie d’un aperçu de la vie de ses ancêtres Zadouroff. Con­tin­uer la lec­ture

Charlotte et Maximilien, « Ce couple heureux que l’Histoire eût dû oublier… »

Un coup de cœur du Car­net

André BÉNIT, Légen­des, intrigues et médi­s­ances autour des « archidupes » Char­lotte de Saxe-Cobourg-Gotha, princesse de Bel­gique Max­im­i­lien de Hab­s­bourg, archiduc d’Autriche Réc­its his­torique et fic­tion­nel, Post­face de Marc Quaghe­beur, Peter Lang, 2020, 437 p., 62 € / ePub : 65.41 €, ISBN : 978–2‑8076–1472‑7

Dans la brève his­toire (moins de deux siè­cles) de la famille royale belge, les noms qui sus­ci­tent encore aujourd’hui le plus de con­tro­ver­s­es sont ceux de Léopold II et Léopold III, respec­tive­ment asso­ciés aux mains coupées du Con­go ou à la main ser­rée d’Hitler. L’attention des hagiographes s’est aus­si davan­tage con­cen­trée sur les mâles couron­nés, pour saisir les états d’âme de Léopold Ier à régn­er sur un peu­ple de « petits esprits », pour forg­er le mythe du « Roi-Cheva­lier » Albert Ier ou pour mag­ni­fi­er le doux sourire du « binamé » Bau­douin. Il fal­lait une tragédie pour que soit sacral­isée la Reine Astrid ou encore les qual­ités du dévoue­ment ou du bon goût artis­tique, pour que prenne con­sis­tance la Reine Élis­a­beth… Con­tin­uer la lec­ture

La Pie sur le Gibet

Bruno BREL, La bête du Tuiten­berg, Lamiroy, 2019, 174 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87595–238‑7

Aux portes de Brux­elles, un matin d’octobre 1567, est retrou­vé le cadavre d’un noble espag­nol, la tête totale­ment broyée. Le plat pays qui est le nôtre est à cette époque sous dom­i­na­tion espag­nole. Quelques jours plus tard, à l’Hôtel de Ville de Brux­elles, on fête en grande pompe l’arrivée du nou­veau gou­verneur des Pays-Bas espag­nols : le duc d’Albe. Ce dernier tient à tir­er au clair cette ter­ri­ble affaire de meurtre. On racon­te que ce serait un coup des gueux qui pré­par­ent une rébel­lion dans le Pajot­ten­land. Le baron Van Kieke­bich, qui habite le manoir de Tuiten­berg dans la com­mune de Schep­dael, est  présent à l’Hôtel de ville, mais n’est pas d’humeur fes­tive. Il ne voit pas d’un très bon œil l’envahisseur espag­nol. Suite à une dis­cus­sion avec le bourgmestre de Brux­elles, il décide de se faire pein­dre le por­trait afin de rester dans la postérité. Con­tin­uer la lec­ture

Biographie de Bruxelles

Arnaud DE LA CROIX, Nou­velle his­toire de Brux­elles. Des orig­ines à aujourd’hui, Racine, 2020, 224 p., 19,95 €, ISBN : 9782390251224

Com­ment naît une ville ? Com­ment croît-elle, évolue-t-elle au fil des siè­cles ? Com­ment se bâtit-elle soci­ologique­ment, poli­tique­ment, économique­ment, cul­turelle­ment ? Dans son essai Nou­velle his­toire de Brux­elles, le philosophe et his­to­rien Arnaud de la Croix retrace l’épopée de Brux­elles. Si les physi­ciens ne peu­vent remon­ter en deçà du Big Bang, franchir le mur de Planck, les his­to­riens, les archéo­logues sont soumis à sem­blable con­trainte : seules des hypothès­es rel­a­tives aux traces pré-urbaines des cités peu­vent être avancées. L’approche inno­vante et la méth­ode qu’adopte Arnaud de la Croix don­nent tout leur prix à cet ouvrage qui, étayé par une doc­u­men­ta­tion solide, s’appuyant sur les travaux des his­to­riens, se sin­gu­larise par deux traits : pri­mo, la con­vo­ca­tion de l’histoire sociale, intel­lectuelle, cul­turelle, ésotérique de Brux­elles de ses orig­ines à nos jours, secun­do, par la mise en réc­it d’événements nég­ligés, d’épisodes passés sous silence dans les livres d’histoire. On aura com­pris que, dres­sant la biogra­phie d’une cité, Arnaud de la Croix ne se range pas sous la ban­nière de l’histoire offi­cielle. C’est ain­si qu’il exhume et inter­roge des faits embar­ras­sants, entachant la mémoire col­lec­tive, for­c­los de l’histoire dom­i­nante (les poussées anti­sémites au 14e siè­cle notam­ment, la « dic­tature protes­tante » instau­rée à la fin du 16e siè­cle). Con­tin­uer la lec­ture

Occupation militaire et domination masculine durant la Guerre 14–18

Emmanuel DEBRUYNE, « Femmes à Boches ». Occu­pa­tion du corps féminin, dans la France et la Bel­gique de la Grande Guerre, Belles Let­tres, 2018, 456 p., 25,90€ / ePub : 18.99 €, ISBN : 9782251448435

Se revendi­quant à la fois de l’histoire du genre et de celle de la guerre, l’ouvrage « Femmes à Boches », d’Emmanuel Debruyne, pro­fesseur d’histoire con­tem­po­raine à l’UCL, exam­ine une ques­tion auda­cieuse, dans sa for­mu­la­tion même : l’« occu­pa­tion du corps féminin », en France et en Bel­gique, durant la Guerre 14–18. Quel est le con­texte ? « Pen­dant qua­tre ans, la qua­si-entièreté de la Bel­gique et de larges pans de dix départe­ments français sont occupés par l’armée alle­mande » : ces ter­ri­toires, découpés par l’ennemi en plusieurs zones dis­posant de leur admin­is­tra­tion, for­ment un large périmètre regroupant une dizaine de mil­lions d’habitant-e‑s. Con­tin­uer la lec­ture

Un destin familial

Stéphanie TER MEEREN, Le souf­fle du temps, His­toire peu ordi­naire d’une famille belge aux orig­ines alle­man­des, 1830–2000, Mem­ogrames, 2019, 236 p., 18 €, ISBN : 978–2‑930698–64‑9

Le réc­it s’ouvre sur un paysage d’été en Angleterre. Albert Brauner marche d’un bon pas vers Man­ches­ter. Il va y retrou­ver Ger­maine, sa femme, dont il a été séparé pen­dant les qua­tre années de la Grande Guerre. Au terme de ce court pro­logue, Albert s’effondre, frap­pé en plein front d’une balle. « À une cen­taine de mètres, un homme age­nouil­lé dans les hautes herbes se lève, range son fusil dans son étui et s’en va sans jeter un regard vers l’homme abat­tu ».

Le réc­it s’achèvera sans qu’ait été résolue l’énigme de cette exé­cu­tion d’un homme qui sera enter­ré avec les hon­neurs réservés aux com­bat­tants de l’armée anglaise. Con­tin­uer la lec­ture

Oubliée de l’Histoire

Sylvie LAUSBERG, Madame S, Slatkine & Cie, 2019, 240 p., 20 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑88944–087‑0

Qui se sou­vient de Mar­guerite Japy-Stein­heil, qui a pour­tant défrayé la chronique et enflam­mé les pas­sions il y a plus d’un siè­cle ? Sylvie Laus­berg est his­to­ri­enne et elle livre avec Madame S les résul­tats d’une recherche menée sur deux décen­nies en quête du vrai vis­age d’une femme qui a mar­qué son temps. Con­tin­uer la lec­ture

Indépendance Cha Cha

Inge SCHNEID, Bak­wan­ga, la pierre bril­lante. Une vie de femme au Con­go de 1950 à l’Indépendance, Couleur Livres, coll. « Je », 2019, 206 p., 18€, ISBN : 978–2‑87003–893‑2

En 1950, à peine âgée de vingt ans, Inge Schneid débar­que au Con­go belge pour rejoin­dre son mari, Charles, alors jeune employé de la Forminière, une impor­tante société minière. Après un voy­age en avion éprou­vant et une tra­ver­sée du pays, elle rejoint la région du Kasaï, réputée pour ses mines de dia­mants. Inge fait la con­nais­sance d’un pays encore entière­ment aux mains des Belges et des Européens. La chaleur suf­fo­cante, l’humidité ambiante, les Con­go­lais, les vil­lages isolés, les plaines arides, les dens­es forêts… tout est neuf pour elle. Elle décou­vre la vie de colon, ses avan­tages et ses incon­vénients. Leur quo­ti­di­en sem­ble pais­i­ble à cette époque-là : les familles béné­fi­cient cha­cune de l’aide de plusieurs boys, les femmes passent le plus clair de leur temps au bord de la piscine du Club, on s’amuse le soir autour d’un bon whisky ou lors des sat­ur­day night fever… Charles n’est pas très fes­tif, mais Inge se plait à jouer de l’accordéon dans le petit orchestre du poste. Deux cents âmes européennes vivent à cette époque au poste de Bak­wan­ga. Tous les hommes sont employés à la société minière qui s’étend tou­jours plus, sur des mil­liers d’hectares. Con­tin­uer la lec­ture

« Une éclatante victoire sur ma lâcheté »

Fer­nand LISSE, Léon Leloir. Un Père Blanc au des­tin con­trar­ié par l’ombre de Degrelle, De Schorre, 2018, 285 p., 22 €, ISBN : 978–2‑930876–13‑9

Qui, après avoir lu le livre de Fer­nand Lisse sur le Père Léon Leloir, pour­ra encore soutenir que les ecclési­as­tiques sont des hommes sans biogra­phie ? Bien sûr, les vœux qu’ils pronon­cent les enga­gent sur la voie d’un total sac­ri­fice de soi, dans la mesure où, épou­sant le Christ, ils se don­nent, corps, biens et âme, à Dieu et à l’Église. Mais, pour eux, le renon­ce­ment et l’abnégation ne représen­tent pas la « perte de soi » ; ils per­me­t­tent au con­traire la con­struc­tion d’une des­tinée spir­ituelle qui demeure inscrite dans une tem­po­ral­ité séculière, donc inscrite dans ce temps des hommes qu’on appelle l’Histoire. En cela, leur exis­tence indi­vidu­elle n’est pas moins intéres­sante à retrac­er que celle d’un écrivain, d’un mil­i­taire, d’un ingénieur, d’un arti­san ou de n’importe quel incon­nu qui ne mérite jamais de le rester. Con­tin­uer la lec­ture

Lettres d’un siècle

Lucie TESNIÈRE, Madame, vous allez m’émouvoir : une famille française à tra­vers deux guer­res mon­di­ales, Flam­mar­i­on, 2018, 320 p.,19.90 €/ ePub : 13.99 €, ISBN : 978–2‑08–143759‑3

Lucie Tesnière, Madame vous allez m'émouvoirRien d’étonnant à ce que l’on trou­ve men­tion sur le site offi­ciel français « Mis­sion cen­te­naire » du réc­it que Lucie Tes­nière con­sacre à la vie de sa famille à par­tir des let­tres de Paul Cabouat, son arrière-grand-père. Ce fut le point de départ de cette quête qui a poussé une femme d’aujourd’hui à « tout arrêter » à l’âge de trente-trois ans – à Brux­elles, elle s’occupait alors de faciliter le développe­ment des éner­gies durables au niveau européen – pour se lancer dans des recherch­es à tra­vers le siè­cle et à tra­vers la France. Con­tin­uer la lec­ture

Une histoire de l’édition belge à travers les siècles

Pas­cal DURAND, Tan­guy HABRAND, His­toire de l’édition en Bel­gique (XVe-XXIe siè­cle), Impres­sions nou­velles, 2018, 585 p., 26 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑87449–584‑7

On a sou­vent une vision réduc­trice et con­v­enue du domaine de l’édition. Il évoluerait lente­ment, tel un bou­chon de liège déri­vant sur un étang ; son rythme suiv­rait, de loin en loin, celui des pro­grès tech­niques et des trans­for­ma­tions économiques. Un livre serait tou­jours un livre : un auteur pour l’écrire, un édi­teur pour le pub­li­er et des libraires (incar­nés ou en ligne) pour le ven­dre. Si on ne peut ignor­er la tem­pête du numérique, ne serait-elle pas lim­itée à rugir dans un verre d’eau ? Car l’édition utilise les out­ils infor­ma­tiques depuis les années 1980. La lec­ture sur un sup­port numérique n’est que la par­tie ultime et vis­i­ble ; dès la con­cep­tion du man­u­scrit, l’écrivain tra­vaille déjà le plus sou­vent sur une ver­sion dématéri­al­isée qu’il enver­ra à son édi­teur… Tout ceci peut paraître un peu car­i­cat­ur­al mais n’est pas très éloigné de ce que l’on croit savoir générale­ment de l’édition et de son his­toire. Et, en ce qui con­cerne plus par­ti­c­ulière­ment l’édition belge fran­coph­o­ne, pour cer­tains elle n’a tout sim­ple­ment jamais existé. Con­tin­uer la lec­ture

Rivageois et lecteurs, unissez-vous !

Thier­ry JACQUEMIN, 1531 Le Phénix, Jour­dan, 2018, 494 p., 19,90 €, ISBN : 978–2‑87466–469‑4

jacquemin 1531 le phenix.jpgSoucieux d’impliquer de la pre­mière à la dernière page de son roman his­torique, Thier­ry Jacquemin utilise deux out­ils. D’une part il chérit la per­son­ni­fi­ca­tion, une fig­ure de style qui attribue des pro­priétés humaines à un ani­mal, à un objet, à une idée. C’est ain­si que tout peut devenir per­son­nage : un hibou grand-duc com­mente les com­bats dans le sous-bois de Glain, « Meuse » répond aux ques­tions que le nar­ra­teur lui pose et Liège s’interpelle « Ville ». D’autre part, l’auteur tutoie le lecteur et pointe du doigt le lien act­if et très per­son­nel qu’il partage for­cé­ment avec le livre qu’il lit et l’histoire qui s’y déploie. Con­tin­uer la lec­ture

Pensée et histoire de la franc-maçonnerie

Lam­bros COULOUBARITSIS, La com­plex­ité de la franc-maçon­ner­ie. Approche his­torique et philosophique, Ousia, 2018, 583 p., 28 €, ISBN : 978–2‑87060–183‑9

couloubaritsis la complexite de la franc maconneriePro­fesseur émérite de l’Université Libre de Brux­elles, spé­cial­iste de la philoso­phie grecque et médié­vale, notam­ment d’Aristote, auteur entre autres d’ouvrages de référence — His­toire de la philoso­phie. Aux orig­ines de la philoso­phie européenne (De Boeck, 2003), His­toire de la philoso­phie anci­enne et médié­vale (Gras­set, 1998), La prox­im­ité et la ques­tion de la souf­france humaine (Ousia, 2005) —, Lam­bros Couloubar­it­sis pour­suit dans La com­plex­ité de la franc-maçon­ner­ie les réflex­ions dévelop­pées dans La philoso­phie face à la ques­tion de la com­plex­ité (Ousia, 2014). Alliant la voie his­to­ri­enne et l’approche philosophique, il livre une somme nova­trice et déci­sive sur le phénomène de la franc-maçon­ner­ie, démon­tant les clichés, la vul­gate qui entoure le mou­ve­ment, pro­posant des éclairages inédits. Con­tin­uer la lec­ture

Reine de neuf jours

Daniel CHARNEUX, Si près de l’aurore, Luce Wilquin, 2018, 342 p., 22 €, ISBN : 978–2‑88253–546‑7

charneux si pres de l aurore.jpgSans doute est-ce l’effet d’une influ­ence réciproque, mais l’Histoire sem­ble con­naître auprès du pub­lic un notable regain de faveur tant au tra­vers de  la lit­téra­ture que des médias. Ain­si de nom­breuses séries télévisées à car­ac­tère his­torique exploitent-elles, avec gour­man­dise et suc­cès, des fonds lit­téraires anciens ou récents. Avec des choix plus mar­qués pour cer­tains ter­ri­toires et cer­taines épo­ques. C’est certes le cas pour l’Angleterre et par­ti­c­ulière­ment pour l’époque des Tudor qui a inspiré de nom­breuses réal­i­sa­tions comme la  série Wolf Hall par exem­ple, adap­tée de deux romans d’Hilary Man­tel et axée plus par­ti­c­ulière­ment sur la per­son­ne de Cromwell. Ce pour­rait aus­si bien être le cas pour Si près de l’aurore, le roman his­torique de Daniel Charneux  dont l’héroïne n’est autre que Jane Grey, petite fille de Mary Tudor et d’Henry VIII, dont le jeu des suc­ces­sions fit une reine éphémère, à l’âge de seize ans. Zéla­trice sincère et incon­di­tion­nelle de la nou­velle reli­gion angli­cane, elle allait, après un règne éclair de neuf jours, se voir sup­plan­tée et vouée à la hache du bour­reau par sa tante, la très catholique reine Mary 1re dite « la Sanglante », fille d’Henry VIII et de Cather­ine d’Aragon, future épouse aus­si de Philippe II d’Espagne.   Con­tin­uer la lec­ture

Arnaud de la Croix. Les complots dans l’histoire

Arnaud DE LA CROIX, Treize com­plots qui ont fait l’histoire, pré­face de Michel Her­mans, Racine, 224 p., 19,95 €, ISBN : 9782390250418

de la croix treize complots qui ont fait l histoireAprès La Reli­gion d’Hitler, Treize livres mau­dits, Degrelle (Racine), dans le sil­lage des Illu­mi­nati (Racine), Arnaud de la Croix ques­tionne treize com­plots qui ont mar­qué l’Histoire, de la con­ju­ra­tion de Catili­na à l’assassinat de J. F. Kennedy, de l’élimination de César au 11 sep­tem­bre 2001 en pas­sant par les tueurs du Bra­bant. Par-delà l’analyse de ces événe­ments por­teurs d’une aura de con­spir­a­tion, il pose les jalons d’une réflex­ion sur la face occulte, cachée des faits, sur la plurivoc­ité de leurs inter­pré­ta­tions, se livrant à une her­méneu­tique de ce qu’on nomme com­plot. Manœu­vre secrète déclenchée par des forces invis­i­bles visant à pro­duire un coup d’état, une révo­lu­tion ou une guerre d’agression, le com­plot a ceci de par­ti­c­uli­er qu’il ne se donne comme tel que lorsqu’il échoue. Les événe­ments traités dans l’ouvrage sont indis­so­cia­bles d’un doute, d’un soupçon quant à leur dimen­sion occulte mise en œuvre par une main de l’ombre : les his­to­riens butent sur des faits que, d’une part, aucune grille inter­pré­ta­tive n’épuise et qui, d’autre part, sug­gèrent l’agissement de pro­jets secrets tra­vail­lant à incurv­er le cours de l’Histoire. S’il est des con­ju­ra­tions réelles, avérées (l’assassinat de César), de nom­breuses con­spir­a­tions divisent les his­to­riens, l’opinion publique quant au sens à leur accorder. L’Histoire abonde en inven­tions de com­plots imag­i­naires qui seraient fomen­tés par des sor­cières ral­liées à Satan, par les Illu­mi­nati, les francs-maçons, les Juifs : l’imputation d’une con­spir­a­tion satanique, franc-maçonne, juive, la fab­ri­ca­tion de faux (les Pro­to­coles des Sages de Sion) per­me­t­tent de met­tre en œuvre une poli­tique crim­inelle de per­sé­cu­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Le roi, ses fous et son jardin

Pierre-Luc PLASMAN, Léopold II, poten­tat con­go­lais. L’action royale face à la vio­lence colo­niale, Racine, 2017, 246 p., 24,95 €, ISBN : 9782390250098

L’étude que pub­lie l’historien Pierre-Luc Plas­man se situe dans le droit fil de ses recherch­es sur la gou­ver­nance des États colo­ni­aux et vient combler une lacune dans l’historiographie de ce « cœur des ténèbres » que fut pen­dant des décen­nies le Con­go belge. En effet, les précé­dents ouvrages sur la ques­tion, même si leur auteur affirme se ranger sous la ban­nière de l’objectivité sci­en­tifique, pre­naient sou­vent un tour polémique, réquisi­toire ou plaidoy­er, quand il s’agit d’évoquer les con­séquences sanglantes de la coloni­sa­tion belge. Con­tin­uer la lec­ture