Archives de catégorie : Édités en Belgique

La lit­téra­ture belge pub­liée en Bel­gique : toutes nos recen­sions de livres parus dans des maisons d’édi­tion belges.

Un chapelet coloré d’instants

Soline DE LAVELEYE, Brindilles, Cormi­er, 2019, 14 €, ISBN : 978–2‑87598–018‑2

Au fond, je n’écris pas.
Je bal­ance entre l’oubli et le désir
de vivre. 

Dans Brindilles, les jours s’égrènent en un chapelet d’instants. À l’écoute des bruits du monde, des oiseaux ou des sou­venirs qui habil­lent les heures, Soline de Lavel­eye, auteure des ouvrages La cham­bre (Tétras Lyre, 2011), La grimeuse (M.E.O., 2013), Les phras­es de la mâcheuse (Mael­ström, 2014) et remar­quée par l’AEB qui lui a décerné le Prix Hubert Krains en 2017, délivre son recueil Brindilles, aux Édi­tions Le Cormi­er. Con­tin­uer la lec­ture

La guérilla poétique de Timotéo Sergoï

Tim­o­téo SERGOÏ, Apoc­ap­i­talypse, Ter­ri­toires de la Mémoire, 2020, 87 p., 12 €, ISBN : 978–2‑930408–45‑3

Cinq par­ties divisées cha­cune en douze déchirures, douze lames, douze éclats, douze failles frac­turant le tis­su du monde, la car­togra­phie d’un monde avalé dans l’immonde : par­tant d’une ques­tion lim­i­nale « Où en sommes-nous ? », le recueil poé­tique Apoc­ap­i­talypse inter­roge la place de la poésie, du poète, leur con­nex­ion avec une insoumis­sion native. Écrivain, poète (Le tour du monde est large comme tes hanch­es, Le diag­o­naute amouraché, La soli­tude du marin dans la forêt, Blaise Cen­drars, brasi­er d’étoiles filantes…), comé­di­en, mar­i­on­net­tiste, voyageur, Tim­o­téo Ser­goï se place au point de ren­con­tre entre poésie et révo­lu­tion. Con­tin­uer la lec­ture

La voix/voie de la résilience

Jacque­line CALEMBERT, La nuit du man­u­scrit, Mur­mure des soirs, 2019, 110 p., 16 €, ISBN : 978–2‑930657–54‑7

« Les hor­reurs, qu’elles soient d’hier ou d’aujourd’hui, nous atteignent tous à des degrés dif­férents. Cha­cun se débrouille avec ce qu’il vit, ce qu’il ressent, ce qu’il endure, ce qu’il espère. » Voilà le pos­tu­lat posé par Jacque­line Calem­bert dans son avant-pro­pos, hom­mage à son père et à la capac­ité de résilience de celui-ci. Et c’est une illus­tra­tion en mots qu’elle nous pro­pose dans La nuit du man­u­scrit, his­toire d’une ren­con­tre à la fois for­tu­ite et prédes­tinée de deux âmes agitées. Con­tin­uer la lec­ture

« La vie est trop courte pour être petite »

Mar­i­anne PIERSON-PIÉRARD, Dora , Névrosée, coll. « Femmes de let­tres oubliées », 2019, 232 p., 16 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑931048–14‑6

Dora nous est une belle occa­sion d’évoquer la col­lec­tion « Femmes de let­tres oubliées » au cat­a­logue de laque­lle fig­ure le roman que Mar­i­anne Pier­son-Piérard pub­li­ait en 1951.

Pas moins de treize romans com­posent le cat­a­logue de cette mai­son d’édition apparue de façon ful­gu­rante dans le paysage édi­to­r­i­al belge. Juriste, roman­cière et pas­sion­née de let­tres, Sara Dom­bret avec une énergie infati­ga­ble, défend la démarche qui l’a amenée à ren­dre jus­tice aux femmes de let­tres belges fran­coph­o­nes oubliées. Cette ini­tia­tive saluée par la presse et les médias, trou­vera bien vite un pub­lic de lecteurs  qui ont enfin accès à ces titres et à ces autri­ces oubliés.    Con­tin­uer la lec­ture

Dédale au coeur

Un coup de cœur du Car­net

Luc DELLISSE, Un sang d’écrivain, Let­tre volée, 2020, 154 p., 20 €, ISBN : 9782873175467

Le dernier livre de Luc Del­lisse, Un sang d’écrivain, rejoint la red­outable et lucide posi­tion de moral­iste que l’auteur avait déjà dévelop­pée dans son récent Libre comme Robin­son. Le style chez Del­lisse n’est pas cette habilleuse élé­gante des dra­mas qui font cho­rus dans la panne de recul cri­tique de notre temps. Le style con­tre l’écri­t­ure, pour­rait-on dire. Del­lisse démonte le style porté comme un masque, le style comme sim­u­lacre… Con­tin­uer la lec­ture

L’alter-belgitude, ce frémissement enténébré qui court de Bosch à Spilliaert…

Un coup de cœur du Car­net

Jean RAY, Le grand noc­turne / Les cer­cles de l’épouvante, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2020, 434 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87568–419‑6
Le car­net péd­a­gogique « Le fan­tas­tique, autour de Jean Ray » est télécharge­able gra­tu­ite­ment sur le site Espace Nord

Rap­pel. Espace Nord est une col­lec­tion pat­ri­mo­ni­ale con­sacrée aux per­les de notre his­toire lit­téraire (belge fran­coph­o­ne). Son cat­a­logue, remar­quable, appar­tient à la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles qui a con­fié l’édition, par marché pub­lic, aux Impres­sions Nou­velles.

Obser­va­tions prélim­i­naires. Les ouvrages sont de mag­nifiques objets, excellem­ment orchestrés. Celui-ci n’y déroge pas : de la superbe illus­tra­tion de cou­ver­ture (de Romain Renard) à la mise en page soignée, en pas­sant par l’accompagnement édi­to­r­i­al d’Arnaud Hufti­er, la post­face de Jacques Car­i­on et Joseph Duhamel, les dossiers biographique et bib­li­ographique. Con­tin­uer la lec­ture

Par la grâce de la Muse

Éric NEIRYNCK, J’ai un pro­jet : devenir fou, Lamiroy, 2020, 123 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87595–260‑8

J’ai un pro­jet : devenir fou, le dernier livre d’Éric Neirynck, fait référence à une cita­tion de Fiodor Dos­toïevs­ki, reprise par Bukows­ki et claquant comme la ban­nière de tant d’écrivains ou artistes rongés par une fièvre d’inadaptation sociale ver­tig­ineuse… Ces rares auteurs célébrés par le nar­ra­teur de ce court roman aux allures de provo­ca­tion ressem­blent plutôt au par­fait por­trait d’un auteur empêtré dans des illu­sions de lit­téra­ture et d’édition qui ont tou­jours été le véhicule des rêves avortés. Con­tin­uer la lec­ture

Être soi et le dire

Lisette LOMBÉ, Venus poet­i­ca, Arbre à paroles, coll. « iF », 2020, 61 p., 12 €, ISBN : 9782874066931

Selon la deux­ième de cou­ver­ture de son pre­mier roman Venus poet­i­ca, Lisette Lom­bé est une « artiste queer, afrofémin­iste, bel­go-con­go­laise », fon­da­trice du Col­lec­tif L‑SLAM. Ce roman est pub­lié dans la col­lec­tion “iF” dirigée par Antoine Wauters qui pro­pose des textes trans­frontal­iers et priv­ilégie la lib­erté de ton et le plaisir d’oser. Déf­i­ni­tions qui car­ac­térisent le présent ouvrage, pas tout à fait roman mais poé­tique sans être un poème. Il com­mence par une évo­ca­tion de mas­tur­ba­tion et se ter­mine par une allu­sion claire au les­bian­isme. Entre les deux une tra­ver­sée éro­tique, celle d’une femme libre et libérée, deux infor­ma­tions évi­dentes. Qu’il s’agisse d’énumérations ryth­mées, de séries de mots éblouis­santes. D’emblée se présente une fille noire qui écrit je t’aime à un garçon blond et ori­ente le texte sur la dif­férence, de sexe, de couleur, de statut. De classe aus­si. Con­tin­uer la lec­ture

De la « pEAUésie »

Poèmes de pluie. Une propo­si­tion de Mélanie Godin, CFC et Arbre de Diane, coll. « Regard sur la ville », 2019, 18 €, ISBN : 978–2‑87572–046‑7

Il est un cliché tenace, pour­tant exact, à pro­pos de la Bel­gique : il y pleut con­stam­ment. Mélanie Godin et son équipe en auront tiré par­ti, en pro­posant de la « pEAUésie » en plein cœur de Brux­elles.

De 2017 à 2019, Mélanie Godin a imag­iné et coor­don­né des inter­ven­tions artis­tiques dans Brux­elles, à la ren­con­tre de ses habi­tants, invi­tant cha­cun à (ré)introduire de la poésie dans son quo­ti­di­en.

Des poèmes, d’ici et d’ailleurs, écrits par des poètes recon­nus ou lors d’ateliers d’écriture, ont été typographiés sur des pochoirs en car­ton et appliqués dans l’espace pub­lic, à l’aide d’une pein­ture unique­ment vis­i­ble au con­tact de l’eau. Indéce­lables jusqu’alors, les poèmes appa­rais­sent comme par magie sous l’effet de la pluie ou de jets d’eau, à même un trot­toir, sur une marche, un mur. Puis ils dis­parais­sent à nou­veau, dans l’attente d’un nou­v­el arroseur.  (Note de l’éditeur) Con­tin­uer la lec­ture

Pour qui sont ces serpents ?

Bernard SWYSEN, Le syn­drome de la Gor­gone, Lamiroy, 2020, 144 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87595–259‑2

Dessi­na­teur et scé­nar­iste pro­lifique, Bernard Swysen inau­gure une car­rière de romanci­er avec cette fan­taisie mythologique, a pri­ori réjouis­sante et qui peut se lire en fre­donnant, entre autres par­o­dies apoc­ryphes, les cou­plets allè­gres de La belle Hélène. C’est encore une femme – et quelle femme ! – qui tient la vedette de ce peplum : Sha­ia, plus con­nue sous le nom calami­teux de Méduse, celle des trois Gor­gones décapitée par Per­sée. Tout débute sur un coup de foudre entre Sha­ia, jolie jeune fille entre­prenante (elle n’a pas encore échangé sa belle chevelure con­tre un nœud de vipères) et le puceau Pau­sa­nias, futur chroniqueur d’une biogra­phie, for­cé­ment mythi­fiée, de Per­sée. Celui-ci vient alors de récupér­er le trône d’Argos et y fait son entrée royale, flan­qué de ses « mignons » baraqués comme des buf­fets nor­mands. Las, ce demi-dieu, fils de Danae et de Zeus (qui, déguisé en pluie d’or avait for­cé la porte de la prison d’airain cen­sée garan­tir la vir­ginité de la recluse, prou­vant par là qu’en ces temps reculés, l’or ouvrait déjà bien des portes), Per­sée donc, se prend lui aus­si d’une pas­sion dévo­rante pour le jeune Pau­sa­nias con­traint dès lors à jouer sa pro­pre ver­tu à pile comme à face. Et ce avec la béné­dic­tion de son ambitieuse bien-aimée qui le fait pass­er pour son frère et investit ain­si le palais roy­al bien­tôt suiv­ie par ses pro­pres sœurs Euryale et Stheno trop heureuses de prof­iter de l’aubaine. Con­tin­uer la lec­ture

Biographie de Bruxelles

Arnaud DE LA CROIX, Nou­velle his­toire de Brux­elles. Des orig­ines à aujourd’hui, Racine, 2020, 224 p., 19,95 €, ISBN : 9782390251224

Com­ment naît une ville ? Com­ment croît-elle, évolue-t-elle au fil des siè­cles ? Com­ment se bâtit-elle soci­ologique­ment, poli­tique­ment, économique­ment, cul­turelle­ment ? Dans son essai Nou­velle his­toire de Brux­elles, le philosophe et his­to­rien Arnaud de la Croix retrace l’épopée de Brux­elles. Si les physi­ciens ne peu­vent remon­ter en deçà du Big Bang, franchir le mur de Planck, les his­to­riens, les archéo­logues sont soumis à sem­blable con­trainte : seules des hypothès­es rel­a­tives aux traces pré-urbaines des cités peu­vent être avancées. L’approche inno­vante et la méth­ode qu’adopte Arnaud de la Croix don­nent tout leur prix à cet ouvrage qui, étayé par une doc­u­men­ta­tion solide, s’appuyant sur les travaux des his­to­riens, se sin­gu­larise par deux traits : pri­mo, la con­vo­ca­tion de l’histoire sociale, intel­lectuelle, cul­turelle, ésotérique de Brux­elles de ses orig­ines à nos jours, secun­do, par la mise en réc­it d’événements nég­ligés, d’épisodes passés sous silence dans les livres d’histoire. On aura com­pris que, dres­sant la biogra­phie d’une cité, Arnaud de la Croix ne se range pas sous la ban­nière de l’histoire offi­cielle. C’est ain­si qu’il exhume et inter­roge des faits embar­ras­sants, entachant la mémoire col­lec­tive, for­c­los de l’histoire dom­i­nante (les poussées anti­sémites au 14e siè­cle notam­ment, la « dic­tature protes­tante » instau­rée à la fin du 16e siè­cle). Con­tin­uer la lec­ture

L’ébauche du monde

Loren­zo CECCHI, Pro­tec­tion rap­prochée, Cac­tus Inébran­lable, 2020, 130 p., 17 €, ISBN : 978–2‑39049–007‑4

Loren­zo Cec­chi ouvre Pro­tec­tion rap­prochée, son dernier recueil de nou­velles, sur une cita­tion d’Ilaria Grem­izzi, désig­nant « la terre entière » comme une « ébauche géante ». Et c’est dans ce monde, « jamais prêt pour y vivre », qu’il va nous guider. Un monde où un défi­cient men­tal s’improvise ange gar­di­en d’une « Miss Fête de la Bière » locale, sur fond de mis­ère économique et rela­tion­nelle, de népo­tisme minable. Un monde où les avo­cats envient les truands depuis l’enfance, quand ils ne risquent pas leur genou pour venir en aide à des compt­a­bles véreux. Un monde où il faut empêch­er des amis ivres de s’en pren­dre à leur femme, où des mineurs désœu­vrés creusent des trous dans leur jardin pour y trou­ver de la houille, où les patrons se font vir­er par leurs employés, où les play-boys de pacotille ouvrent des super­marchés pour pau­vres. Ce monde, c’est le nôtre, il n’est pas ter­miné, à peine com­mencé, il n’est pas prêt pour qu’on y vive, et Loren­zo Cec­chi le con­naît bien. Con­tin­uer la lec­ture

François Jacqmin « paysan perverti par l’écriture »

Un coup de cœur du Car­net

Cahiers François Jacqmin, n° 1, Press­es Uni­ver­si­taires de Liège, 2019, 110 p., 13 €, ISBN : 978–2‑87562–225‑9

L’importance et la sin­gu­lar­ité de la voix poé­tique du Lié­geois François Jacqmin (1929–1992) ont été à maintes repris­es soulignées sur le blog du Car­net et les instants. Les voici défini­tive­ment con­sacrées avec la paru­tion, aux Press­es Uni­ver­si­taires de Liège, d’une pre­mière livrai­son de Cahiers tout entiers dédiés à la mémoire de l’auteur des Saisons et du Manuel des ago­nisants.


Lire aus­si : La poésie à Liège : d’I­zoard et Jacqmin à nos jours (C.I. 194)


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Un roman inédit de Madeleine Bourdouxhe

Madeleine BOURDOUXHE, Man­toue est trop loin, Névrosée, coll. « Femmes de let­tres oubliées », 2019, 208 p., 16 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑9311048–16‑0

Madeleine Bour­doux­he, dont Gal­li­mard a pub­lié La femme de Gilles en 1937, soumet à l’édi­teur en 1956 le man­u­scrit d’un nou­veau roman, Man­toue est trop loin – après en avoir pub­lié les pre­mières pages dans Le Monde nou­veau sous le titre Les temps passés. D’abord accep­té, il est ensuite refusé sans expli­ca­tion. Sans doute l’avis favor­able du comité de lec­ture n’a-t-il pas été suivi plus haut, devant cette œuvre com­plexe où les normes nar­ra­tives clas­siques sont bous­culées à plus d’un titre. Rap­pelons que l’autrice se lie vers 1949 avec J.P. Sartre, dont vient pré­cisé­ment de paraitre l’es­sai anti­con­formiste Qu’est-ce que la lit­téra­ture ?  À la même époque, N. Sar­raute entame une série d’ar­ti­cles qui mar­quera les débuts du “nou­veau roman”. Sans aucun doute, M. Bour­doux­he est influ­encée par ce courant nova­teur, qui notam­ment rejète l’analyse intro­spec­tive des per­son­nages au prof­it d’une approche behav­iouriste, mais veut aus­si se dégager du réc­it linéaire pour met­tre en jeu une nar­ra­tion dif­frac­tée, assor­tie de nom­breux effets de miroir. Ces choix romanesques n’iront pas sans décon­cert­er. Si M. Mari­ni évoque « un texte à fac­ture orig­i­nale » (1989), C. Sar­let « se perd dans l’en­tremêle­ment des voix et des points de vue nar­rat­ifs », ajoutant que « l’a­justage de la machine nar­ra­tive qui eût per­mis le pas­sage entre les dif­férents niveaux du réc­it n’est pas au point » (1993). Quant à la pré­face de l’actuelle réédi­tion et à la 4e de cou­ver­ture, elles sont tout aus­si réti­centes : « certes, cette fusion engen­dre une cer­taine con­fu­sion. Nous voulons com­pren­dre, mais nous ne pou­vons pas com­pren­dre »… Con­tin­uer la lec­ture

Camille Lemonnier, le premier et le dernier des écrivains belges

Frédéric SAENEN, Camille Lemon­nier, le « Zola belge », décon­struc­tion d’un pon­cif lit­téraire, Académie royale de Bel­gique, coll. «  L’Académie en poche », 2019, 104 p., 7 € / ePub : 3.99 €, ISBN : 978–2‑8031–0702‑5

Les clichés, les lieux com­muns et les pon­cifs ont la vie dure et par­fois nous pol­lu­ent. Ils s’imposent à l’esprit, à la bouche et à la plume plus vite que la pré­ci­sion, la com­plex­ité et la nuance. Il en est en lit­téra­ture comme ailleurs. Ain­si Camille Lemon­nier ne cesse-t-il pas d’être con­sid­éré comme le Zola belge. Comme si, par ces mots, on avait tout dit, de son œuvre. Et cela ne date pas d’aujourd’hui. Dans Camille Lemon­nier, le « Zola belge », décon­struc­tion d’un pon­cif lit­téraire, le cri­tique Frédéric Sae­nen, fidèle col­lab­o­ra­teur du Car­net et les Instants, explique la genèse de ce lieu com­mun, met en évi­dence les mécan­ismes de sa viral­ité afin de mieux le défaire et avancer des propo­si­tions nou­velles. Con­tin­uer la lec­ture

Les Hussards noirs (jaunes, rouges) du Royaume

Désiré-Joseph d’ORBAIX, Le don du Maître, Pré­face de Renaud Denu­it, Sam­sa, 2019, 222 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87593–264‑8

S’il y a en France une tra­di­tion lit­téraire pour évo­quer les « Hus­sards noirs » – expres­sion forgée par Charles Péguy dans L’argent et dans son reten­tis­sant pam­phlet De Jean Coste –, on en retrou­ve égale­ment une dans les let­tres belges, même si l’approche des insti­tu­teurs y est a pri­ori moins polémique et poli­tique. Pen­sons par exem­ple à l’étonnant Crânes ton­dus (1930) de Con­stant Bur­ni­aux, galerie de can­cres, de naïfs, de mali­cieux, de rêveurs du dernier rang, cro­qués par le regard à la fois nar­quois et bien­veil­lant d’un nar­ra­teur qui n’est autre que leur Maître. Con­tin­uer la lec­ture