Archives par étiquette : père

Un cœlacanthe devenu Orphée

Amélie NOTHOMB, Les prénoms épicènes, Albin Michel, 2018, 154 p., 17.50 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑226–43734‑1

Les prénoms épicènesPré­tex­tat, Astro­labe, Tex­tor, Déo­dat… : Amélie Nothomb soigne tou­jours les prénoms de ses per­son­nages. Et les choisit en général rares et sig­nifi­ants. On ne s’étonnera donc qu’à moitié que son nou­veau roman s’intitule Les prénoms épicènes. Pour celles et ceux qui sont fâché-e‑s avec les notions de gram­maire, « épicène » sig­ni­fie « qui a la même forme au mas­culin et au féminin ». Claude et Dominique, par exem­ple, sont des prénoms épicènes. Con­tin­uer la lec­ture

Du côté de la vie

Michelle FOUREZ, Elis­a­beth, en hiv­er, Luce Wilquin, coll. « Sméral­dine », 2018, 114 p., 12 €, ISBN : 978–2‑88253–545‑0

Michelle Fourez, Elisabeth en hiverDepuis quelques romans déjà (Une famille, Adri­enne ne m’a pas écrit…), Michelle Fourez sem­ble s’être don­né une ligne d’écriture (comme on dit une ligne de con­duite) : explor­er la psy­ché, le quo­ti­di­en, les humeurs, les rela­tions des femmes qui ont pour com­pagne la soli­tude. Des femmes, seules peut-être, seules mais pas exclu­sive­ment ; des femmes du côté de la vie. Sans se cacher de ses ratages, de ses douleurs et de ses duretés. Con­tin­uer la lec­ture

Familles décomposées

Bar­bara ABEL, Je t’aime, Bel­fond, 2018, 464 p., 19.50 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 9782714476333

abel_je t aimeJe t’aime, le nou­veau roman de Bar­bara Abel, est con­stru­it autour d’un fait divers. Un jeune con­duc­teur per­cute un car sco­laire, tue un écol­i­er de sept ans assis au mau­vais endroit dans le bus, et meurt lui-même sur le coup. La police recon­stitue sans peine la chronolo­gie des faits et trou­ve rapi­de­ment les caus­es de l’accident : le jeune homme avait fumé du cannabis toute l’après-midi avant de pren­dre le volant. Con­tin­uer la lec­ture

Ring Est, prix Fintro Écritures noires

Isabelle CORLIER, Ring Est, Ker, 2018, 277 p., 18 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑87586–225‑9

corlier ring estC’est sur man­u­scrit et à l’occasion de la Foire du Livre de Brux­elles 2018 qu’Isabelle Cor­li­er a rem­porté le pre­mier prix Fin­tro Écri­t­ures noires 2017. Un prix tout à fait mérité pour Ring Est, que les édi­tions Ker ont pub­lié dans la foulée. Un pre­mier roman d’une grande matu­rité, tant dans la manière de men­er une intrigue hors norme que de décrire le quo­ti­di­en d’un jeune veuf, père d’une gamine en bas âge, juge d’instruction de pro­fes­sion : Aubry Daban­court. Con­tin­uer la lec­ture

Père, fils et ABC

Sébastien MINISTRU, Appren­dre à lire, Gras­set, 2018, 160 p., 17,00 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 9782246813996

ministru apprendre a lireAntoine, à presque soix­ante ans, se rap­proche de son père, un octogé­naire bour­ru auquel il rend vis­ite dès que son tra­vail le con­sent. Père et fils évolu­ent dans des univers antin­o­miques. Le pater­nel est un Sarde au machisme appuyé, anal­phabète, qui s’abreuve des nou­velles télévisées tout en cri­ti­quant l’hypocrisie des jour­nal­istes ; il se nour­rit de plats en bar­quette qu’il réchauffe sur une gazinière qui par­ticipe à ali­menter la couche de gras recou­vrant la total­ité de la cui­sine et l’inquiétude du fils quant à l’usage du gaz com­biné à l’âge avancé de son util­isa­teur. Le fis­ton, directeur général à la tête d’un groupe de presse, est un pro­fes­sion­nel exi­gent et antipathique, qui vit en cou­ple avec Alex, son com­pagnon. Ces deux pro­tag­o­nistes se fréquentent, ou plutôt, se frô­lent, plus qu’ils ne sem­blent avoir tis­sé ensem­ble une véri­ta­ble rela­tion ; pour­tant, avoue Antoine, ils sont bien liés, reliés par « ce lien que j’ai tant essayé de défaire mais qui, peine per­due, ne fait que se ren­forcer ».

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Tuer le fils

Mireille BAILLY, Le départ, Lans­man, 2017, 50 p., 11€, ISBN : 978–2‑8071–0145‑6

baillyLe Fils, 35 ans, est sur le départ et l’annonce de but en blanc à ses par­ents pen­dant le repas du soir. Il est 19h pré­cis­es et ils regar­dent bien tran­quille­ment la télévi­sion. Dans le cos­tume de son père, la valise à la main, le Fils a décidé de par­tir loin. Très loin. Ses par­ents ont-ils bien enten­du ? Eux qui cinq min­utes plus tôt se dis­putaient sur la poten­tielle nou­velle couleur de leur salon. Faut-il d’ailleurs vrai­ment le repein­dre ce salon ? L’incompréhension des pre­mières min­utes laisse rapi­de­ment place à la colère. Le Fils veut par­tir ? Lui qui ne sait pas s’habiller tout seul. Un assisté, pour­rait-on dire. La Mère, pour­tant si mater­nelle et affectueuse, se trans­forme en mon­stre crachant des mots vul­gaires et odieux. Le déni suit quand le Fils annonce qu’il part retrou­ver celui, et non celle, qu’il aime. Ce coup — de poignard ou de feu, c’est au choix — leur sera fatal. Le cœur de la Mère saigne de voir par­tir la prunelle de ses yeux. La soirée avance. Des mon­des con­tin­u­ent de s’affronter. Arrivent ensuite Mon­sieur, une mitraille à la main, Madame et le Fils de 33 ans de Mon­sieur et Madame, qui lui aus­si aime les hommes. N’est-il pas temps de laiss­er par­tir son petit chou­chou ? Et si cet amour était bien réel ? Et s’il ne fal­lait pas tou­jours « tuer le père » pour avancer ? Et si rien ne changeait finale­ment ? Con­tin­uer la lec­ture

La chasse et l’amour

Car­o­line LAMARCHE, Dans la mai­son un grand cerf, Gal­li­mard, 2017, 131 p., 12,50 €/ePub : 8.99 €, ISBN 978–2‑07–270024‑8

lamarcheIl est dif­fi­cile de s’arracher au ton mineur qui prélude au dernier réc­it de Car­o­line Lamarche, Dans la mai­son un grand cerf. Dès le départ, le bat­te­ment irrité du sang, le sif­fle­ment dans les oreilles vient oblitér­er l’écoute. Pour­tant elle a lieu l’écoute tout intime et si par­ti­c­ulière du père qui, en con­traste avec le bruit de la con­ver­sa­tion à la table famil­iale, pour­suit son mar­mon­nement dis­cret. Déjà cet envi­ron­nement envahissant et le brouha­ha général font comme une cen­sure et évo­quent la vio­lence, que ce soit celle de la meute, des chas­seurs, de l’amour même qui lui aus­si peut forcer. Mais Lamarche dira tout de l’amour éter­nel des filles pour leur père, quoi qu’il en aille de ses aléas. Il aurait été et serait encore un anti­dote aux com­pli­ca­tions de l’amour. Le charme est donc bien réel. Con­tin­uer la lec­ture

Oser inventer l’avenir ?

Nicole VERSCHOORE, Stéphane 1956, Édi­tion Sam­sa, 2016, 204 p., 18 €   ISBN : 978–2875930637

verschooreQui est ce per­son­nage au cœur du roman de Nicole Ver­schoore, Stéphane 1956 ?

Bien­tôt dix-huit ans, élève bril­lant en dernière année d’humanités, à Gand, que ses par­ents ne doutent pas de voir s’inscrire à la fac­ulté de Droit, promis à devenir avo­cat comme son père. Une voie tracée d’avance, con­forme au cer­cle famil­ial rangé, con­ven­tion­nel, sans effu­sions ni fan­taisie. Con­tin­uer la lec­ture

En direct de l’Autistan

Un coup de coeur du Carnet

Lau­rent DEMOULIN, Robin­son, Gal­li­mard, 2016, 230 p., 19.50 €/ePub : 13.99 €   ISBN : 9782070179985

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Lui-même père d’un enfant autiste, Lau­rent Demoulin s’est assigné le défi de con­sign­er les épisodes de la vie d’un homme avec son fils atteint de ce trou­ble, Robin­son, et il nous livre un texte éton­nant, ni roman, ni réc­it, ni témoignage, mais d’une force lit­téraire indé­ni­able qui, trans­gres­sant les gen­res, nous offre une lec­ture inso­lite et intense. Con­tin­uer la lec­ture

Cernes de famille

Chan­tal DELTENRE, La Forêt Mémoire, mael­strÖm, 2016, 110 p., 12 €

deltenreCom­ment imbrique-t-on dans sa mémoire les sou­venirs, doux ou douloureux ? Com­ment faire pour qu’ils se trans­fig­urent, se floutent et ne nous digèrent pas tout cru ?
Dans La Forêt-Mémoire, la nar­ra­trice, encore enfant, a plan­té à son seul usage une canopée sen­si­ble imag­i­naire. Au plus pro­fond, comme dans autant de boules à neige, elle peut à loisir étein­dre ou ani­mer les scènes qu’elle a vécues : Grande, la mamy aimante, en train de rac­com­mod­er un chandail. Grand, le pépé com­mu­niste, feuil­letant Le Dra­peau Rouge en quête d’une nou­velle manif où il l’emmènerait. La Ducasse d’Ath et ses Géants au dernier week-end d’août, les bor­ds de la Den­dre et la stat­ue de Saint Antoine, qui veille sur la plus jeune occu­pante de la maison­née. Il reste mal­gré tout des paysages qui grésil­lent bien trop à son goût, sous ten­sion ou au mieux, vidés de tout lien. Des moments qu’elle ne maîtrise guère: tous ceux où appa­rais­saient ses par­ents, mar­iés très jeunes et comme encom­brés de leur progéni­ture. Con­tin­uer la lec­ture

Portraits de familles

Michel TORREKENS, Papas !, Zel­lige, 2016, 157 p., 14.90 €

torrekensCe matin-là, Sig­mund Zieger reçoit une let­tre inat­ten­due. Et sur­prenante. Un jeune homme lui annonce être son fils. Loin des effu­sions sen­ti­men­tales, cette déc­la­ra­tion est pleine de rage et de haine. Car l’adolescent en est cer­tain : le vieux pro­fesseur n’a même plus à l’esprit le vis­age de la jeune étu­di­ante qu’il a séduite voilà des années de cela. Pas le moin­dre sou­venir de cette femme qui l’a pour­tant aimé d’un amour dévo­rant, au point d’en oubli­er de vivre. Déroutante mis­sive. Con­tin­uer la lec­ture

Un deuil hors norme

Pas­cale de TRAZEGNIES, Le Mort, Neufchâteau, Weyrich, coll. « Plumes du Coq », 2016, 97 p.

trazegnies_pirauxLou est de retour à Brux­elles, ville de sa jeunesse, pour y retrou­ver sa mère et ren­dre vis­ite à la dépouille mortelle de son père. Lou vient donc de per­dre son père. Ou plutôt, le père de Lou vient de mourir. Car on com­prend vite que ces deux-là se sont per­dus depuis longtemps et que les liens entre Lou et ses par­ents sont loin d’être forts. Pourquoi ? Com­ment cette famille en est-elle arrivée à des rap­ports si mécaniques ? Le lecteur ne le saura pas. Tout au plus sera-t-il infor­mé de l’existence d’une maîtresse et d’une fille illégitime mais aucun détail de l’histoire famil­iale ne lui sera con­fié. Con­tin­uer la lec­ture

Carnets mexicains

Un coup de coeur du Carnet

Hubert ANTOINE, Danse de la vie brève,Ver­ti­cales, 2016, 227 p., 19,50 €/ePub : 13.99 €

antoineA pro­pos de son dernier recueil pub­lié aux Edi­tions La Let­tre volée Pourquoi je ne suis pas devenu poète, le poète namurois Hubert Antoine nous don­nait à enten­dre qu’il délais­serait pour un temps la poésie pour le roman. C’est main­tenant chose faite. Et voici donc ce qu’il est con­venu d’ap­pel­er le pre­mier roman d’un poète, gageure s’il en est, sous la forme du jour­nal intime de Melitza dont on sait d’emblée qu’elle mour­ra… Con­tin­uer la lec­ture

Au nom du Père et du Fils

Daniel ARNAUT, Les choses que l’on ne dit pas suivi de Com­man­der et men­tir, post­face de Lau­rent Demoulin, Brux­elles, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2016, 192 p., 8,5€

Les choses que l’on ne dit pas | Espace NordDaniel Arnaut entre dans la col­lec­tion Espace Nord par la pub­li­ca­tion de deux réc­its partageant une thé­ma­tique com­mune : la fig­ure pater­nelle. Au début des Choses que l’on ne dit pas (2006), un homme quitte une cham­bre d’hôpital et tente de se ménag­er un sas de décom­pres­sion avant de retourn­er à l’air hiver­nal des bien-por­tants. Il observe, dans le hall prin­ci­pal, les malades et vis­i­teurs qui cir­cu­lent ou sta­tion­nent, et inter­ag­it mal­gré lui avec cer­tains d’entre eux. Il vient de laiss­er son père sur son lit de mourant. En cinq tableaux, le nar­ra­teur évoque la vie qui fuit un corps amaigri et per­clus de douleur, la rai­son qui s’envole d’un esprit vif :

sa tête un ter­rain vague / d’où les idées s’échappent en désor­dre / comme des ani­maux hors d’un enc­los mal fer­mé / piéti­nant furieuse­ment sur leur pas­sage / toute apparence de rai­son / (et le pire de tout / fils j’ai l’impression de devenir bête / c’est qu’il s’en rend compte)

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« Tu lui ressembles tant »

Un coup de coeur du Carnet

Jacques RICHARD, Le Car­ré des Alle­mands. Jour­nal d’un autre, Édi­tions de la Dif­férence, 2016, 146 p., 17€

richard allemandsIl y a dif­férents types de cimetières. Loin des Val­lées des Rois et des Reines, des croix blanch­es mil­i­taire­ment alignées et des nécrop­oles aujourd’hui virtuelles, ceux de nos con­trées se ram­i­fient sou­vent en allées rec­tilignes et sen­tiers tortueux, entre gravier et pous­sière. Le long des caveaux en flo­rai­son ou en aban­don, nous percevons rapi­de­ment une organ­i­sa­tion sin­gulière : une par­tie anci­enne, des tombes mod­ernes, des lop­ins dévo­lus à telle ou telle con­fes­sion, des rassem­ble­ments com­mu­nau­taires post-mortem, une pelouse cinéraire. Et, au fond, tout au fond, un peu cachée, par­fois une fos­se com­mune. Le car­ré des indi­gents dans lequel sont enfouies les petites mis­ères et ensevelis les grands secrets, de ceux qui engen­drent les ques­tion­nements de toute une vie, de toutes les vies. Con­tin­uer la lec­ture

Et le Peau-Rouge vainquit la Tunique Bleue

Un coup de coeur du Carnet

Francesco PITTAU, Tête-Dure, Brux­elles, Les Car­nets du Dessert de Lune, coll. « Sur la Lune », 2015, 100 p., 12 €

pittau_hammamiSame­di 27 octo­bre 1962. Au cœur de la Guerre froide, le monde passe à quelques étin­celles d’une pul­véri­sa­tion nucléaire. La crise des mis­siles de Cuba atteint son parox­ysme ; les mycéli­ums atom­iques se ram­i­fient sous les eaux caribéennes, dans les airs sibériens ou sur les ter­res insu­laires. Dans le poste de radio, la voix du jour­nal­iste égrène des nou­velles inquié­tantes. Con­tin­uer la lec­ture