Archives par étiquette : poésie

Où l’on dit qu’on vit dans un monde fait d’ombres et de lumières

Lau­ra SCHLICHTER, Recoudre la nuit, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2024, 72 p., 8 €, ISBN : 9782875055002

schlichter recoudre la nuitRecoudre la nuit, ça peut se lire comme un jour­nal intime. Jour­nal de deuil. Ou tra­ver­sée de l’ab­sence. D’abord il y a le vide, la place vide et froide à côté de soi dans le lit. Le fait que rien, pas même les mots, le plaisir qu’il y avait à en jouer, ni per­son­ne, aucun des autres êtres qui comptent, ne con­sole. Le fait que, face au deuil et au grand saut, on est seul.e. Rien qu’avec soi. Sociale­ment sommé.e de trou­ver en soi la force de tra­vers­er l’ab­sence. Parce que, sociale­ment par­lant, on le sait, tous et toutes, on ferait pareil : on ne tourne le dos, on ne sait pas quoi nous dire, il y a comme une gêne. Parce qu’on vit à une époque où les mal­heurs intimes, surtout ceux des autres, on ne sait pas quoi en faire, on ne sait pas con­sol­er. A‑t-on jamais appris à le faire ? Comme si on ne voulait surtout pas que quelque chose, un mal­heur d’autrui, nous rap­pelle cette évi­dence : LIFE IS A KILLER. LA VIE TUE. LA VIE DÉTRUIT. Et d’abord nous-mêmes. Nous fra­cas­sant en 10 000 morceaux. 10 000 pièces de puz­zle. À rassem­bler. À rec­oller. Seule façon de recoudre la nuit, si l’on désire con­tin­uer. Si quelque chose, un élan, nous incite à pour­suiv­re. Con­tin­uer la lec­ture

Des poètes au carré à Liège

poetes au carre 2024

Poètes2, c’est un cycle de per­for­mances poé­tiques pro­posé par la Mai­son de la poésie Jacques Izoard. Un auteur ou une autrice y présente, sous une forme libre, le poète ou la poétesse de son choix. 

La Mai­son de la poésie Jacques Izoard rend ain­si hom­mage au tra­vail du poète qui lui a don­né son nom. Jacques Izoard a en effet inlass­able­ment œuvré en faveur des ren­con­tres lit­téraires de tous ordres. Con­tin­uer la lec­ture

Le promeneur d’Ostende

Pierre CORAN, Ciels d’Ostende, Arbre à paroles, 2024, 86 p., 13 €, ISBN: 978–2‑87406–740‑2

coran ciels d'ostendeOstende, où la mer aban­donne, longe et débor­de la terre, joint à la géo­gra­phie les ombres du mythe. Les sou­venirs des écrivains, des pein­tres, des musi­ciens se mêlent au coin des rues où s’engouffre le vent. Au fond des bars déserts, le car­naval des masques rôde et, au bout de la digue, la lueur per­due d’une lanterne rend la plage à jamais au pinceau de Spilli­aert. Ostende, ce sont aus­si les enfants, jeunes et vieux, aux tables des glac­i­ers ; les ritour­nelles de la plage ; les familles en marge de leurs vies ; les rit­uels pré­cis du port et, par-dessus, le ciel à l’infini. Con­tin­uer la lec­ture

L’amour est à réinventer

Un coup de cœur du Car­net

Elya VERDAL, L’amour en creux : là où est mon vide est ta place, Bleu d’encre, 2024, ISBN : 978–2‑930725–68‑0

verdal l'amour en creuxRési­dant à Brux­elles, Elya Verdal offre en ce pre­mier ouvrage poé­tique une explo­ration auda­cieuse de l’érotisme, mêlant sub­tile­ment la poésie, la nar­ra­tion et la psy­chothérapie. Née à Limo­ges en 1978, elle se con­sacre désor­mais à l’expression artis­tique et à l’écriture. Ce recueil de prose libre célèbre l’amour dans toute sa com­plex­ité, offrant une vision où l’érotisme se fond har­monieuse­ment avec le spir­ituel et le sen­suel. La prose poé­tique d’Elya Verdal cap­ture l’intensité des émo­tions humaines, offrant une expéri­ence de lec­ture immer­sive et émou­vante. Con­tin­uer la lec­ture

Des bleus à l’âme…

Thibaut CREPPE, Anas­ta­sio MARQUEZ, Bleus, Chat polaire, 2024, 94 p., 16 €, ISBN : 9–782931-028315

creppe bleusPour son sec­ond recueil de poésie, Thibaut Creppe s’est asso­cié à l’artiste-peintre Anas­ta­sio Mar­quez dont les mono­types illus­trent l’ouvrage. De sur­croît, comme l’indique en qua­trième de cou­ver­ture l’éditeur Le chat polaire, le poète revendique la fil­i­a­tion musi­cale avec les com­po­si­tions d’Antoine Dawans et Jim­my Bones­so, « dont le recueil est issu ». Con­tin­uer la lec­ture

Un écrin, une page, un appel…

Jean-Marie CORBUSIER (textes), Dominique NEUFORGE (encres), Print­emps pour un autre rivage, Tail­lis Pré, 2024, n.p., 25 €, ISBN : 978–2‑87450–228‑6

La col­lec­tion « Livres d’artistes » des édi­tions Le Tail­lis Pré est peut-être la moins con­nue de cet édi­teur incon­tourn­able dans le paysage poé­tique en Bel­gique fran­coph­o­ne. C’est d’ailleurs le pro­pre de ce type de pub­li­ca­tion, de nature con­fi­den­tielle. Non broché, le livre se présente sous la forme d’un car­ton­nage car­ré ren­fer­mant les pages volantes imprimées sur papi­er épais légère­ment tein­té (papi­er Stein­bach). De sorte qu’il est pos­si­ble de déploy­er l’ouvrage afin d’appréhender le texte à la manière d’une lec­ture-puz­zle. La belle typogra­phie aérée de chaque page, le jeu sur la let­trine en gras et italique ain­si que les encres délavées de Dominique Neu­forge qui rehaussent les poèmes, don­nent à l’ensemble un car­ac­tère extrême­ment soigné. Con­tin­uer la lec­ture

… avant que s’épande la mélancolie des fins

Pierre DANCOT, L’apparition, Tail­lis Pré, 2024, 66 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87450–226‑2

dancot l'apparitionNou­veau venu dans le cat­a­logue de la pres­tigieuse enseigne Le Tail­lis Pré, le poète lié­geois Pierre Dan­cot y pub­lie L’apparition, un livre de rup­ture amoureuse, vécue comme un deuil dont les strates déploient, dans l’imaginaire de lec­tures suc­ces­sives, les étapes suc­ces­sives, inquiètes, con­tra­dic­toires. Où faut-il chercher les caus­es de la fin d’un amour ? Dans l’enfance ? Dans les secrets ? Dans les meur­tris­sures muettes ? Dans l’envahissement du silence ? Con­tin­uer la lec­ture

À mes amies et amis de cœur…

Un coup de cœur du Car­net

Michaël LAMBERT, Mon corps d’avant, Arbre à paroles, coll. « iF », 2024, 80 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87406–747‑1

lambert mon corps d'avantPoète, romanci­er, nou­vel­liste, auteur de théâtre, ani­ma­teur d’ateliers d’écriture, pro­mo­teur sur de livres inspi­rants aux­quels il con­sacre une par­tie de son blog, slam­meur (sous le pseu­do­nyme de « L’homme chou­ette »), auteur de scé­nar­ios de bande dess­inée… Michaël Lam­bert se partage entre les mul­ti­ples manières de racon­ter des his­toires. « L’aventure humaine est un enchevêtrement de réc­its », clame-t-il à l’entame de son site. Con­tin­uer la lec­ture

Effet-miroir

Un coup de cœur du Car­net

Jan BAETENS et Marie-Françoise PLISSART, Mon jardin des plantes : poèmes et pho­togra­phies, Impres­sions nou­velles, 2024, 136 p., 18 € / ePub : 7,99 €, ISBN :978–2‑39070–145‑3

baetens plissart mon jardin des plantesJan Baetens (1957) est l’auteur de vingt recueils de poésie, dont récem­ment Après, depuis (2021, prix Mau­rice Carême de poésie 2023) et Tant et tant (2022). Styles et thèmes de ses livres vari­ent mais leur point de départ est tou­jours le même : la vie quo­ti­di­enne repen­sée par l’art et la lit­téra­ture. Auteur de nom­breuses études sur les rap­ports entre textes et images, dont Le roman-pho­to (avec Clé­men­tine Mélois) ou Adap­ta­tion et bande dess­inée : éloge de la fidél­ité, dans son essai Illus­tr­er Proust, il présen­tait et dis­cu­tait les répons­es suc­ces­sives don­nées depuis plus d’un siè­cle par les artistes et leurs édi­teurs au désir et à la dif­fi­culté d’illustrer Proust. Il a pub­lié le remix d’une col­lec­tion privée de ciné-romans-pho­tos, Une fille comme toi (2020) et un essai con­tre l’oralisation de la poésie : À voix haute. Poésie et lec­ture publique (2016). Marie-Françoise Plis­sart (1954) est l’une des fig­ures majeures de la pho­togra­phie belge. Comme Baetens, elle s’est intéressée très tôt aux rap­ports entre un texte et une image, réal­isant avec Benoît Peeters le livre Cor­re­spon­dance (Yel­low Now, 1981), début d’une bib­li­ogra­phie abon­dante. Pho­tographe free-lance depuis 1987, elle a réal­isé de nom­breux travaux dans de mul­ti­ples domaines tels que l’architecture, le théâtre, le por­trait et l’illustration. Ses pho­togra­phies ont été notam­ment exposées à Brux­elles, Liège, Paris, Genève, Ams­ter­dam, La Haye, Rot­ter­dam, Berlin et Vienne. Elle est aus­si une vidéaste cap­tivée par l’exploration du tis­su urbain et par ses trans­for­ma­tions. Con­tin­uer la lec­ture

Topogrammétrie vibratoire

Jack KEGUENNE, Alexan­dre HOLLAN, Au grand jour, La pierre d’alun, coll. “La petite pierre”, 2024, 64 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87429–139‑5

keguenne au grand jourOuvrez Au grand jour au hasard et voyez la page de droite. Un dessin entre cray­on et fusain d’Alexan­dre Hol­lan prend le regard et pénétrez‑y. Un fouil­lis de pen­sées com­men­cent à s’immiscer entre les vides et pleins. Alors sans atten­dre, passez au pre­mier vers sur la page de gauche. Entrez‑y à l’invite de Jack Keguenne. Con­tin­uer la lec­ture

On bouscule tout et on recommence

COLLECTIF L‑SLAM, On ne s’excuse de rien!, vol. 2, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2024, 296 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87505–493‑7

l slam on ne s excuse de rien 2On s’écrie qu’on écrit.
On frappe où ça fait mal.
On marche. On danse. On embrasse. On écrase ses angoiss­es.

« On », c’est le Col­lec­tif L‑SLAM. Poètes, poét­esses, slameureuses, badass­es, iels unis­sent leur plume une nou­velle fois, après un pre­mier recueil paru en 2019 et qui rassem­blait déjà cinquante-sept auteurices. Aujourd’hui, le chœur a grossi et la verve ne s’affaiblit pas. Haut et fort, iels don­nent de la voix. Il est ques­tion de racisme, de mater­nité, de rup­ture, de viol, de burn-out et de vio­lence con­ju­gale, mais aus­si de mar­rainage, de mat­ri­moine, de com­per­sion et d’intersection des luttes. Le vers a du poids. La rime ne décore pas. La poésie se poli­tise. Le mot sert le com­bat. Con­tin­uer la lec­ture

Écrire ou parier sur les possibles…

Ludi­vine JOINNOT, Sans las­si­tude des paysages, Arbre à paroles, 2024, 112 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87406–749‑5

joinnot sans lassitude des paysagesDans le précé­dent recueil de Ludi­vine Join­not, Nous vivons encore, « une phrase extraite de La cloche de détresse de […] Sylvia Plath sonne le glas. L’impact d’un gong comme pour mieux accom­pa­g­n­er les dis­parus aux­quels s’adresse l’autrice dans la pre­mière par­tie du livre inti­t­ulée Faire le deuil. » Dans Sans las­si­tude des paysages, Ludi­vine Join­not cite Ale­jan­dra Pizarnik et Manuel Vilas. Celui-ci, écrivain et poète né en 1962 à Bar­bas­tro en Espagne, est une fig­ure de l’avant-garde de la lit­téra­ture espag­nole. Il a écrit : « la joie qui m’intéresse se con­quiert». La pre­mière, poète mys­tique sans dieu, « peu con­nue et célébrée en France, est presque l’objet d’un culte dans sa patrie, l’Argentine, mais aus­si dans le monde his­panophone. Sa noirceur, ses invo­ca­tions amères, son sui­cide, auraient pu en faire un poète mau­dit. Il n’en fut rien […]. Mais la bar­rière, faite des tes­sons de la mort, édi­fiée dans son œuvre, effraie et tient en respect sans doute. Un voile noir cou­vre ses mots, elle glace et elle boule­verse tout à la fois. » Para­doxale­ment au des­tin trag­ique de Pizarnik, c’est à une cita­tion volon­tariste — auto­sug­ges­tive ? — de celle-ci que fait appel Join­not dès l’entame de son recueil : mais je veux me savoir vivante / mais je ne veux pas par­ler / de la mort / ni de ses étranges mains. On notera néan­moins tout de même que, dans les références à des fig­ures de femmes ici mis­es en avant, Join­not fait la part belle à deux sui­cidées. On voit d’emblée que le pro­pos de l’ensemble poé­tique sera à la fois exis­ten­tiel et méta­physique. Con­tin­uer la lec­ture

« Tout être vivant porte en lui une part d’étoile et de mer… »

Anne ROTHSCHILD, Tourne et tourne le vent, Tail­lis pré, 2024, 63 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87450–224‑8

rotschild tourne et tourne le ventEn exer­gue du recueil d’Anne Roth­schild, trois vers de l’Ecclésiaste (Quo­helet, I, 6) évo­quent l’irrémédiable mou­ve­ment cir­cu­laire du vent et, à l’instar du fron­tispice dess­iné par la poète, annon­cent une forme de ver­tige que les poèmes vien­dront nour­rir. Le vent fou, seul témoin du naufrage qu’il sur­v­ole sur les eaux bleues du désas­tre, donne le ton dès le pre­mier texte. S’y inscrit d’emblée la référence aux textes dont Anne Roth­schild s’est imprégnée pour con­stru­ire le recueil comme l’histoire de Noé (Genèse VIII, 6–13), le Can­tique des can­tiques, Rute­beuf et Vil­lon, des midrashim (exégès­es bibliques) et le Coran. Con­tin­uer la lec­ture

Contemplation au bord du vacillement

Serge NUÑEZ TOLIN, Sur le fil de la présence, Tail­lis pré, 2024, 75 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87450–227‑9

nunez tolin sur le fil de la presenceTail­lé dans une langue toute en déli­catesse, ce nou­v­el opus de Serge Núñez Tolin, Sur le fil de la présence, déplie plusieurs de ses thé­ma­tiques de prédilec­tion, déjà présentes notam­ment dans ses derniers recueils L’exercice du silence (Le Cad­ran Ligné) et Les mots sont une foudre lente (Edi­tions Rougerie, 2023, titre qui lui a par ailleurs valu le Grand prix de poésie 2023 de l’Académie royale de Langue et de Lit­téra­ture français­es de Bel­gique). Celles-ci ne sont autres que l’éveil et le silence, face à l’obstacle que con­stituent les mots, le lan­gage. Con­tin­uer la lec­ture

Jardin du Palais-Royal à Paris : flâner en poésie

palais-royal

Ce 18 juin, dans le cadre du Marché de la poésie, seront inau­gurées dans le jardin du Palais-Roy­al à Paris trois œuvres d’art pub­lic qui met­tent à l’honneur la poésie, et en par­ti­c­uli­er la poésie fran­coph­o­ne. Elles sont signées du Québé­cois Michel Goulet et du Français François Mas­sut. Con­tin­uer la lec­ture

Faire résonner son corps-paysage avec des « histoires sans livre »

Zaïneb HAMDI, Où mon amour sera houb, Arbre de Diane, coll. « Les deux sœurs », 94 p., 15 €, ISBN : 9782930822341

hamdi ou mon amour sera houbOù mon amour sera ḥoub se bâtit sur un con­stat d’origines en fil­igrane : la poétesse Zaïneb Ḥam­di aimerait mieux par­ler le der­ja, dialecte tunisien, que son père lui a par­tielle­ment dérobé, priv­ilé­giant son appren­tis­sage du français, afin de garan­tir son inté­gra­tion. Les langues, solaires, tou­jours con­voiteuses d’autres amies, insuff­isantes pour décrire le monde, seront analysées dans leur musi­cal­ité, leur rap­port étroit à nos organes. Con­tin­uer la lec­ture