Un coup de cœur du Carnet
Jacques-Gérard LINZE, La fabulation, Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique, 2022, 158 p., 18 €, ISBN : 9782803200634
Après L’ornement des mois de Maurice des Ombiaux et L’herbe qui tremble de Paul Willems l’an dernier, c’est à un roman majeur de Jacques-Gérard Linze que l’Académie royale de langue et de littérature françaises offre une seconde vie. Préfacé par Ludovic Janvier, La fabulation, paru initialement en 1968 chez Gallimard, retrouve ici les mains, les yeux, le trouble du lecteur.
Que s’est-il vraiment passé lorsque Marian a quitté le bruit de la fête pour la paix du jardin ? Il avait emporté une carabine pour l’essayer sur le pas de tir situé en contrebas de la propriété. Il était seul. Était-il troublé par quelque révélation de la soirée ? Avait-il trop bu ? Qui pourra expliquer sa mort ? Son corps fut retrouvé en travers du sentier, l’arme à la main, le crâne perforé par une balle, dans une position qui permettait de conclure à un accident. Mais n’y a‑t-il pas matière à croire à un suicide ? ou à un meurtre ? C’est ce que le narrateur va tenter de découvrir. Continuer la lecture



Si on ne présente plus François Emmanuel, on peut sans fin le redécouvrir, à l’exemple de Jean-Luc Outers qui confie s’emparer régulièrement, au hasard, de l’un de ses romans – et l’étagère qu’ils peuvent occuper dans une bibliothèque est longue – pour y picorer une page, un bref extrait, une ligne. Le volume Le monde de François Emmanuel permettra, à celles et ceux qui ont trop longtemps ajourné le bonheur de faire sa rencontre, de l’approcher cette fois en exhaustivité comme en intimité.
Michael Lonsdale résume bien cette étrange machine qu’est le théâtre avant que d’être spectacle. François Emmanuel vient de publier deux pièces aux éditions Lansman, Dressing room et Les trains dans la plaine. Deux pièces absolument différentes dans la langue et cependant à aucun moment contraires. Il s’agit de la question centrale de l’amour, de la dignité, de la patience et des versions carnivores de l’homme qui rôde parmi nous. 

Il faut remercier Ange Leccia. En effet, l’artiste, qui présente son œuvre (D)’Après Monet au musée de l’Orangerie du 2 mars au 5 septembre de cette année, a donné envie à Jean-Philippe Toussaint d’écrire sur Monet. Et c’est un délice de livre minute, dans un format que l’auteur pratique régulièrement depuis
Ceux qui ont été mis à nu
Ce leporello est un livre ; il se glisse dans un mince étui et se range dans les rayons d’une bibliothèque. Ce livre est un leporello ; fait d’une seule page pliée en accordéon, il ne se manipule pas comme un ouvrage traditionnel ; et voilà que se modifient pas mal d’habitudes de lecture…
Souvent, les ciels sont lisses et pâles.
Pierre, le narrateur, reçoit une lettre de Vera, une femme qu’il a connue étant adolescent, mais c’est le visage de sa sœur jumelle Jelena qui s’impose dès la première phrase de ce nouveau roman de François Emmanuel :
Mother India n’est pas un recueil de nouvelles mais « une collection de souvenirs personnels » livrant des nouvelles du sous-continent indien. Le journal de bord d’un journaliste belge, Jean-Pol Hecq, qui a repris en radio le flambeau éthique des Lachterman, Désir, Danblon et autres Sasson, qui ont enchanté les écrans des années 1970–1980 :
Que disent de nous les lieux que nous abandonnons ? Que dit un foyer de la personne qui y a vécu ? Les objets gardent-ils d’elle une empreinte, une présence ? Dans son dernier livre, aNNe herbauts raconte l’absence, celle d’Hadda, à travers l’exploration de son appartement. Sans jamais représenter personne, en choisissant de n’illustrer que les pièces et tout ce qu’elles contiennent de matériel, l’autrice-illustratrice boitsfortoise réalise le tour de force de livrer un album touchant, d’une grande humanité. De la cuisine au salon, en passant par le balcon et le corridor, le regard se pose sur tout qui a fait la vie d’Hadda, grand-mère que l’on devine décédée récemment, et à travers ces objets posés, chaises autour de la table, lunettes sur une cheminée, écharpe, pot de farine, oignon, plantes en pot, radio, trousseau de clés, quelque chose d’elle, que nous ne connaissons pas, semble surgir, apparaitre pour aussitôt nous échapper. Des fulgurances de présence se dessinent dans ces moments suspendus.
Pour son entrée dans le monde de la bande dessinée, l’auteur et illustrateur David Merveille s’est associé à un scénariste aguerri, son complice de longue date Zidrou. Avec Amore, le tandem nous emmène en Italie.
Bruxelles, un « vieux vendredi d’avril », un vingt-quatre. Célestin de Méeûs prend la tangente pour une cavale russe qu’il effectue à rebours de Cendrars – s’expulsant du petit pays dont il « n’a jamais voulu rien savoir » pour se ficher, telle une épingle sur une carte, à Vladivostok. C’est des confins de la Russie, du plus extrême est, qu’il entreprend alors un retour vers Ostende et vers l’aimée. Gardien d’une photographie d’elle qu’il « criblera de doigts », c’est à elle qu’il s’adresse dans ce long poème démontrant que le souffle peut ne jamais mourir, déroulant implacablement des vers d’une exigeante soif de justesse.