Archives de catégorie : Coups de cœur du Carnet

Les livres qui ont par­ti­c­ulière­ment séduit la rédac­tion du Car­net et les Instants et ont reçu la men­tion “Coup de coeur”

Dans le giron d’un livre gigogne

Un coup de cœur du Car­net

aNNe HERBAUTS, Ma matri­ochka, Cast­er­man, 2022, 11 p., 11,90 €, ISBN : 9782203236646

herbauts ma matriochkaLe dernier livre d’aNNe herbauts épouse la forme d’une matri­ochka, dont il porte le joli nom. Pour réalis­er cet éton­nant tout car­ton, l’autrice-illustratrice belge s’est amusée à adapter d’autres car­ac­téris­tiques d’une poupée russe. Comme le jou­et en bois, le livre est séparé en une par­tie supérieure, dont les pages s’ouvrent vers le haut, et une inférieure, dont les pages s’ouvrent vers le bas. Ain­si, elles peu­vent se feuil­leter indépen­dam­ment les unes des autres, à la manière d’un livre méli-mélo, ce qui offre aux lecteurs la pos­si­bil­ité de créer autant de lec­tures que les règles de prob­a­bil­ité le per­me­t­tent, soit une abon­dance d’interprétations, ou, s’ils le préfèrent, de suiv­re une lec­ture linéaire qui s’avère riche en sens et d’une grande cohérence poé­tique. Ce fonc­tion­nement ludique sied par­ti­c­ulière­ment à cet objet en forme de jou­et : non seule­ment il mime une poupée gigogne et son fonc­tion­nement, mais il en a l’apparence solide. En effet, l’objet est en car­ton épais, résis­tant aux manip­u­la­tions des petites mains. Con­tin­uer la lec­ture

David Besschops ou l’incommunicabilité

Un coup de cœur du Car­net

David BESSCHOPS, Faut-il que tout meure pour que rien ne s’achève ?, L’Âne qui butine, coll. « Troglodyte », 2022, 11 €

besschops faut il que tout change pour que rien ne s acheve« On ne com­prend pas quel drame j’ai pré­ten­du ouïr. »

À con­tre-courant d’une lit­téra­ture con­tem­po­raine per­pétuelle­ment en fête et de ses parades menées tam­bour bat­tant avec force péta­rades, le tra­vail de David Bess­chops s’impose comme l’un des plus intran­sigeants de notre époque. Aux recueils Trou com­mun (2010), Avec un orgasme sur la tête en guise de bon­net d’âne (2017) ou Pla­cen­ta (2018) vient s’ajouter ce petit opus, Faut-il que tout meure pour que rien ne s’achève ?, pub­lié aux édi­tions L’Âne qui butine. Peu (re)connus, les ouvrages de Bess­chops, depuis son pre­mier recueil Car­men (2006), sont de ceux qu’on se passe sous le man­teau ou qu’on acquiert comme des livres de col­lec­tion. Ain­si, sans doute, de cer­tains des plus grands livres ou des plus grands écrivains : peu de pail­lettes, peu de médailles mais un halo feu­tré et pérenne.   Con­tin­uer la lec­ture

Le Réseau de la béatitude

Un coup de cœur du Car­net

Pierre HOFFELINCK, K‑Gool®,  Mur­mure des soirs, 2022, 255 p., 20 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑930657–87‑5

hoffelinck k goolQue de « cagoules » dans l’Histoire : celle du bour­reau, celle de l’Extrême-droite française des années 30 (« La Cagoule »), celle du ter­ror­iste ou du cam­bri­oleur, mais jamais encore nous n’avions ren­con­tré K‑Gool®…Ce petit ® sig­ni­fierait-il que l’auteur, qui a réservé le droit de ce nom, a fait un pari sur l’avenir de l’anticipation, de la per­ti­nence et de la fonc­tion de cet étrange objet dans un autre réc­it ?

K‑Gool®… est cet acces­soire de « bon­heur » que les ter­riens de son roman por­tent avec oblig­a­tion et jouis­sance. Mais revenons au début : une colonie de ter­riens sur Mars n’a plus de nou­velles depuis de nom­breux mois de la terre, la terre ne répond plus, c’est le temps du Grand Silence. Con­tin­uer la lec­ture

Fermeture pour inventaire

Un coup de cœur du Car­net

Une poésie de vingt ans. Antholo­gie de la poésie en Bel­gique fran­coph­o­ne (2000–2020), choix de textes et intro­duc­tion par Gérald PURNELLE, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2022, 440 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87568–557‑5

une poesie de vingt ansLa col­lec­tion Espace Nord pub­lie en juin 2022 une antholo­gie con­sacrée à la poésie belge fran­coph­o­ne parue entre 2000 et 2020. « Ni un bilan, ni un état des lieux en bonne et due forme », le vol­ume héberge les textes de 128 auteurs et autri­ces sous le pavil­lon d’une poésie jeune, à l’échelle d’un siè­cle jeune et d’un jeune mil­lé­naire. Con­tin­uer la lec­ture

La lutteuse amoureuse

Un coup de cœur du Car­net

Anna AYANOGLOU, Sen­sa­tions du com­bat, Gal­li­mard, 2022, 88 p., 13 € / ePub : 9,49 €, ISBN : 9782072972454

ayanoglou sensations du combatElle esquive les coups, elle absorbe tout – à l’in­star de la boxeuse d’Arthur H, Anna Ayanoglou. Sen­sa­tions du com­bat, son deux­ième recueil, parait trois ans après le remar­qué Le fil des tra­ver­sées, chez Gal­li­mard encore – col­lec­tion blanche, et en redé­ploie, avec vigueur, des traces vives. Un philtre de per­cep­tion pure.

Dieu soit loué il m’est don­né d’aimer encore
de vivre à perte con­tre le temps Con­tin­uer la lec­ture

Dire le désastre

Un coup de cœur du Car­net

Luc BABA, Ves­dre, Arbre à paroles, 2022, 123 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87406–725‑9

baba vesdreDix mois à peine après les ter­ri­bles inon­da­tions de juil­let dernier, voici que nous parvient un texte nour­ri de ces jours où les riv­ières et les fleuves ont tué des hommes et détru­it des maisons. Luc Baba, qui vit au bord de la Ves­dre, a été témoin direct du désas­tre qu’il nous rend en séquences brèves, tout en finesse. Car le pro­pos d’un écrivain n’est pas de recenser, de doc­u­menter un dossier mais de met­tre des mots qui suiv­ent au plus près les femmes et les hommes cernés par les flots.

D’abord pour rap­pel­er le plaisir des per­son­nes qui vivent en com­pag­nie de l’eau, qui s’endorment et se réveil­lent avec son mur­mure à l’oreille, qui en con­nais­sent la faune et la flo­re, la lumière et les odeurs. Et qui savent que quelque­fois, elle grogne, monte jusqu’à un point don­né, puis se retire. Mais cette fois, c’est dif­férent, elle ne s’arrête pas, tous les points de repère sont effacés, il n’y a plus d’électricité, les télé­phones sont déchargés, cha­cun est seul chez soi, sans plus aucun con­tact direct autre que des vis­ages aux fenêtres. Dans les flots passent des voitures, des objets, des ani­maux, des arbres. Dans l’esprit de ceux et celles qui atten­dent, des images défi­lent, les vis­ages des par­ents et amis, la crainte du pire, des lam­beaux de prières, des sou­venirs qui se bous­cu­lent. On est sous le toit et on sait que ce qui est en-dessous est déjà per­du, le puz­zle qu’on a com­mencé, la pho­to encadrée, les livres et les choses que l’on aime. Et on pense à l’après. Con­tin­uer la lec­ture

Recoudre le corps du vivant…

Un coup de cœur du Car­net

Pas­cal LECLERCQ, Dans un pays pour­tant phénomé­nal, dessins de Ben­jamin Mon­ti, Herbe qui trem­ble, coll. “D’autre part”, 2022, 88 p., 13 €, ISBN : 9782491462406

leclercq dans un pays pourtant phenomenalSi nous suiv­ons avec atten­tion, depuis plusieurs années, la pro­duc­tion de Pas­cal Lecler­cq, c’est sans doute dans l’attente du plaisir de retrou­ver, à chaque nou­velle paru­tion, une musique bien per­son­nelle. Même s’il reste dis­cret, l’auteur pour­suit à tra­vers ses dif­férentes activ­ités de tra­duc­teur, de cri­tique, de romanci­er ou d’animateur de la revue Bous­tro une œuvre cohérente et exigeante. Avec ce dernier recueil de textes en prose, Dans un pays pour­tant phénomé­nal, il con­solide un peu plus encore son archi­tec­ture intime. Depuis une quin­zaine d’années déjà, l’auteur affine ses posi­tions, creuse tou­jours plus pro­fond le sil­lon de ses obses­sions, de ses inter­ro­ga­tions. Dans ces sept par­ties com­posées cha­cune de sept textes courts, l’écorce des nar­ra­teurs ne cesse de se fis­sur­er au con­tact d’un monde qui court tou­jours plus vite. Un monde à bout de souf­fle et sou­vent bur­lesque mais dont l’accélération inévitable imprime sur les corps d’insignes cica­tri­ces. Blessures indélé­biles que le poète tente de recoudre vaille que vaille même s’il pressent que l’opération restera vaine. Con­tin­uer la lec­ture

La vieille dame qui murmurait à l’oreille des marginalisés

Un coup de cœur du Car­net

Yves NAMUR, Nadine VANWELKENHUYZEN, Hélène CARRERE D’ENCAUSSE, David BONGARD, Danielle BAJOMEE, Jean Claude BOLOGNE et S.A.R. Lau­rent DE BELGIQUE, Cen­te­naire de l’Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique, 1920–2020, Textes des dis­cours pronon­cés lors de la séance solen­nelle du 16 octo­bre 2021, Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es, 2022, 81 p., 10 €, ISBN : 978–2‑8032–0065‑8

centenaire de l'academie royale de langue et de litterature francaises de belgiqueQu’appréhende-t-on face à des textes pronon­cés lors d’une céré­monie com­mé­mora­tive ? Du pesant, de l’obséquieux et du byzan­tin. Or… L’objet-livre, déjà, prédis­pose en faveur des con­tenus. Mise en abyme ? Une belle mise en page mais un for­mat réduit, un cahi­er pho­tographique en guise de témoignage mais une sobriété à mille coudées du livre d’art, etc. Quant aux textes… Passées quelques for­mules de politesse, ils sont flu­ides et justes, tein­tés de sec­ond degré et d’empathie. Ils se com­plè­tent surtout har­monieuse­ment pour nous offrir une vision syn­thé­tique de ce qu’est, de ce qu’a été, de ce que devrait être à l’avenir l’Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique. Con­tin­uer la lec­ture

La visibilité est bonne

Un coup de cœur du Car­net

Karel LOGIST, Tout est loin, L’herbe qui trem­ble, coll. « D’autre part », 2022, 120 p., 16 €, ISBN : 978–2‑491462–39‑0

logist tout est loinTout est loin : voilà bien une logis­ti­sa­tion, une karel­logis­terie – un flou entretenu qui a du charme. Car rien n’est plus vrai et rien n’est moins faux quand le sen­ti­ment de prox­im­ité nous saisit à chaque poème, ren­ver­sant le titre du recueil, mali­cieuse­ment. Avec une sim­plic­ité d’ap­parence, Karel Logist sait com­ment dessin­er les con­tours du trou­ble en nous rap­prochant par le poème des paysages humains.

Se sai­sis­sant des mots de tous les jours, le poète esquisse ici les malen­ten­dus de l’ex­is­tence. « Je ne trou­verai point / de meilleurs com­pagnons / pour chanter mes saisons / ou dire mes cha­grins », écrit-il. De fait : Con­tin­uer la lec­ture

Au rythme du cœur qui bat et se débat

Un coup de cœur du Car­net

Ari­ane LE FORT, Quand les gens dor­ment, ONLIT, 2022, 186 p., 18 €, ISBN : 9782875601513

le fort quand les gens dormentOn prend l’histoire en cours – l’histoire d’un amour. Janet retrou­ve Pierre chez lui, dans un immeu­ble brux­el­lois promis à la démo­li­tion – avec vue sur la cathé­drale. Janet : 57 ans, « quelque chose de Bar­bara », tra­vaille dans une clin­ique de la douleur, « avec pour mis­sion de la réor­gan­is­er de A à Z ». Pierre : « Max von Sydow en plus chevelu », réal­isa­teur en vue, jusqu’à ce que. Sa fille, ren­ver­sée par un tram. Décédée. Lui, plus mort que vif, depuis. « Plus per­son­ne ne le recon­nais­sait, on ne le regar­dait plus, il n’avait pas fal­lu cinq ans ». Ils sont cha­cun d’un autre côté de la vie, de la mort, Janet et Pierre ; et ça, davan­tage que la dif­férence d’âge (il est plus âgé de quinze ans), va entraver l’histoire. Le désir. Va faire qu’« ils ne vivraient sans doute jamais ensem­ble et mour­raient cha­cun chez soi le soir venu ». Con­tin­uer la lec­ture

Parlons chiffons

Un coup de cœur du Car­net

Vic­toire DE CHANGY, Sub­venir aux mir­a­cles, Cam­bourakis, 2022, 96 p., 10 €, ISBN : 978–2‑36624–672‑8

de changy subvenir aux miracles« Écrire sur le vête­ment, sur mon rap­port au vête­ment, ma rela­tion au vête­ment, obses­sion­nelle, com­pul­sive, admi­ra­tive, spon­tanée, fan­tas­mée, ensor­celée, basique par­fois, dépen­dante for­cé­ment, sen­sorielle surtout : tac­tile, sen­si­ble. »

Tout en finesse et déli­catesse, com­posé de petits textes cousus dans un tis­su lan­gagi­er raf­finé, le livre Sub­venir aux mir­a­cles de Vic­toire de Changy donne textuelle­ment forme aux tex­tiles qui nous vêtent et revê­tent, nous apprê­tent ou nous caparaçon­nent. Lurex, tulle, lin, chan­vre,… se croisent et se décroisent dans ce livre, à l’instar des divers points de vue sol­lic­ités par Vic­toire de Changy, pour for­mer la matière tis­su­laire de son écri­t­ure. Con­tin­uer la lec­ture

Poésies chemin faisant

Un coup de cœur du Car­net

Carl NORAC, aNNe HERBAUTS, Petits poèmes pour y aller, Pas­tel, 2022, 132 p., 18 €, ISBN : 9782211316842

norac herbauts petits poemes pour y allerÀ ma gauche, Carl Norac, qui fut notre poète nation­al jusqu’il y a peu, qui s’adresse tant aux enfants qu’aux adultes et arpente les plages ostendais­es. À ma droite, aNNe herbauts, illus­tra­trice brux­el­loise vivant en lisière de forêt et récente lau­réate du Prix tri­en­nal de lit­téra­ture jeunesse de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles. Lorsque ces deux auteurs, qui ont cha­cun der­rière (et devant) eux une œuvre aus­si sin­gulière que réjouis­sante, se réu­nis­sent le temps d’un livre, cela donne un recueil de poèmes mali­cieux et déli­cat. Con­tin­uer la lec­ture

La rafle du 12 juin 1943 au pensionnat Gatti de Gamond

Un coup de cœur du Car­net

Frédéric DAMBREVILLE, Les dis­parus de Gat­ti de Gamond, Pré­face de Daniel Weyssow, CFC, 2022, 790 p., 28 €, ISBN : 978–2‑87572–075‑7

dambreville les disparus de gatti de gamondC’est sans doute son œil de pein­tre et de graveur qui, détec­tant une inscrip­tion sur la chem­inée du salon, a le pre­mier pressen­ti la lourde his­toire du nou­veau lieu qu’il occupe rue Fauchille à Brux­elles. À par­tir d’un détail visuel qui l’interpelle, Frédéric Dambre­ville recon­stitue pas à pas, durant dix années, la tragédie qui a frap­pé cet immeu­ble qui abri­ta l’Institut Gat­ti de Gamond. Tirant un fil d’Ariane mémoriel, il délivre au fil d’enquêtes, de témoignages, d’études d’archives le réc­it de la rafle d’enfants juifs et de leurs logeurs qui eut lieu le 12 juin 1943. Du plus ténu, du micro­scopique, d’une trace muette, l’auteur dégage la tragédie d’une scène macro­scopique, lève le voile sur un pan de la résis­tance en Bel­gique et inter­roge un épisode boulever­sant de la Shoah. Con­tin­uer la lec­ture

By jove ! La Marque Jaune, roman

Un coup de cœur du Car­net

Edgard P. JACOBS, La Mar­que Jaune, 5e couche, coll. « Didas­calies », 2022, 124 p., 10 €, ISBN : 978–2‑39008–083‑1

jacobs la marque jaune la 5e coucheAu ray­on lit­téra­ture française chez votre libraire, l’ouvrage n’attire pas vrai­ment plus l’attention qu’un autre. Une cou­ver­ture blanche ornée d’un filet bleu, une typogra­phie alter­nant le noir pour l’auteur et le bleu nuit pour le titre, tout sem­ble indi­quer qu’on a sous les yeux un ouvrage de cette mai­son bien con­nue qui pub­lie Jean Echenoz, Pierre Bayard ou Eugène Sav­itzkaya. La cou­ver­ture, car­ton­née à dos car­ré, intrigue un peu, mais voilà, un zeste de coquet­terie sans doute… Et puis… By jove ! Damned ! Bon sang ! Dès qu’on ouvre la pre­mière page, trois phras­es bien sen­ties propulsent le lecteur non endor­mi dans l’atmosphère noc­turne du « fog » anglais : « Big Ben vient de son­ner une heure du matin. Lon­dres, la gigan­tesque cap­i­tale de l’empire bri­tan­nique, s’étend, vaste comme une province, sous la pluie qui tombe obstiné­ment depuis la veille. Sur le fond du ciel som­bre, la tour de Lon­dres, cœur de la ‘City’, découpe sa dure sil­hou­ette médié­vale… » Ces quelques lignes, un peu désuètes (où en est aujourd’hui l’empire bri­tan­nique ?) camp­ent directe­ment l’atmosphère d’un de ces romans qu’aurait pu écrire Agatha Christie, ou, avant elle, Jules Vernes… Con­tin­uer la lec­ture

Histoires d’eaux

Un coup de cœur du Car­net

Bernard ANTOINE, Aquam, Mur­mure des soirs, 2022, 466 p., 22 €, ISBN : 978–2‑93065–782‑0

antoine aquamBernard Antoine, l’auteur d’Aquam, a sur­gi du néant en 2018 pour décrocher d’emblée deux prix, le Saga Café et celui des bib­lio­thèques de la ville de Brux­elles pour son pre­mier roman Pur et nu (Mur­mure des soirs).

Bernard Antoine et Jean-Marc Rigaux (Kipjiru 42… 195) chez Mur­mure des soirs, Alain Beren­boom (Hong-Kong Blues) chez Genèse, Mar­cel Sel (Rosa et Elise) chez Onlit… En cinq ans, cinq thrillers d’envergure et com­plets : souf­fle, inten­sité et écri­t­ure. Des auteurs belges pub­liés en Bel­gique à situer tout en haut du genre, dignes des plus grandes maisons parisi­ennes. Par ailleurs, Antoine, Rigaux et Sel assè­nent une vérité trou­blante : un auteur peut se déploy­er tar­di­ve­ment, après une autre car­rière, et, en un seul livre, en quelques mois ou une poignée d’années, être infin­i­ment plus con­sis­tant, recon­nu, impor­tant que des con­frères pub­liant des dizaines d’ouvrages depuis des décen­nies. Con­tin­uer la lec­ture

« Ce Milou… Quel type ! »

Un coup de cœur du Car­net

Renaud NATTIEZ, Milou. Humain, trop humain, Impres­sions nou­velles, coll. « La fab­rique des héros », 2022, 139 p., 13 € / ePub : 7,99 €, ISBN : 978–2‑87449–940‑1

nattiez milou humain trop humainEn tintinophile paten­té, Renaud Nat­tiez pour­suit ses coups de sonde dans l’univers hergéen. Après avoir opéré un astu­cieux rap­proche­ment entre le bédéaste brux­el­lois et le chan­son­nier lib­er­taire Brassens, voici qu’il con­sacre un essai au poil à un véri­ta­ble mon­stre sacré de la « Comédie humaine » sor­tie du cerveau de Georges Remi : Milou.

Présen­té comme un « sym­pa­thique cabot », son nom appa­raît en jan­vi­er 1929 dans l’incipit de Tintin au Pays des Sovi­ets et sa sil­hou­ette, dès la deux­ième case. En qua­trième case, l’air dépité, il prononce sa pre­mière phrase : « J’ai enten­du dire qu’il y avait des puces là-bas ». Un on-dit déno­tant d’emblée la tonal­ité qui va s’imposer au fil des albums – du moins jusque dans les années de guerre, péri­ode où Milou perd de son impor­tance nar­ra­tive et passe au sec­ond plan, relayé par le toni­tru­ant Had­dock. Con­tin­uer la lec­ture